Observation de l'élection présidentielle au Monténégro (19 mars et 2 avril 2023)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 15744
| 14 avril 2023
1 Introduction
1. Le 23 janvier 2023, la présidente
du Parlement du Monténégro, Mme Danijela
Đurović, a invité l’Assemblée parlementaire à observer l’élection
présidentielle prévue au Monténégro le 19 mars 2023. Le même jour,
le Bureau de l’Assemblée a décidé d’observer cette élection, le
pays faisant l’objet d’une procédure de postsuivi de l’Assemblée,
de mettre en place une commission ad hoc composée de 20 membres
(SOC-6; PPE/DC-6; ADLE-4; CE/AD-3; GUE-1), ainsi que des deux corapporteurs
de la commission pour le respect des obligations et engagements
des États membres du Conseil de l'Europe (commission de suivi),
et de mener une mission pré-électorale. Lors de sa réunion du 27 janvier
2023, le Bureau a approuvé la composition de la commission ad hoc
(voir annexe 1), puis le Comité présidentiel a désigné M. Joe O’Reilly
(Irlande, PPE/DC) en tant que président de la commission.
2. Conformément à l’accord de coopération signé le 4 octobre 2004
entre l’Assemblée et la Commission européenne pour la démocratie
par le droit (Commission de Venise), un représentant de la Commission
de Venise a été invité à se joindre à la commission ad hoc en qualité
de conseiller juridique.
3. Une délégation pré-électorale s’est rendue à Podgorica les
23 et 24 février 2023 afin d’évaluer le climat pré-électoral. Elle
a rencontré des candidats à la présidence ou leurs représentants,
des dirigeants et des représentants des principaux groupes parlementaires,
le président et des membres de la Commission électorale d’État (CEE),
le ministre de l’Administration publique, des membres de la délégation
du Monténégro auprès de l’Assemblée, des représentants de la société
civile et des médias, la mission d’observation des élections du
Bureau des Institutions Démocratiques et des Droits de l'Homme de
l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (BIDDH)
et des diplomates présents à Podgorica. Le programme de la mission pré-électorale
figure à l’annexe 2 et sa déclaration à l’annexe 3.
4. La commission ad hoc de l’Assemblée (ci-après, la «délégation
de l’APCE»), dans son intégralité, a œuvré du 17 au 20 mars. Elle
est intervenue dans le cadre d’une mission internationale d’observation
des élections (ci-après, la MIOE) incluant aussi une délégation
du Parlement européen et la mission d’observation électorale du
BIDDH. Le programme des réunions de la délégation figure à l’annexe 4.
5. La MIOE a conclu que le premier tour de l’élection présidentielle
au Monténégro avait été compétitif, que les candidats avaient pu
faire campagne librement et que les libertés fondamentales de tous
les citoyens avaient été respectées, mais que l’inscription des
candidats n’avait pas été inclusive et que les insuffisances que
comportent de longue date le cadre juridique et la réglementation
sur le financement des campagnes électorales n’avaient pas été corrigées.
Le communiqué de presse conjoint figure à l’annexe 5.
6. Des membres de la délégation de l’APCE sont retournés au Monténégro
du 31 mars au 3 avril 2023 pour observer le second tour de l’élection
présidentielle, dans le cadre de la MIOE. Le programme des réunions
de la délégation figure à l’annexe 6.
7. La MIOE a conclu que le second tour était compétitif et que,
comme au premier tour, les candidats avaient pu faire campagne librement
dans le respect des libertés fondamentales, mais que le ton était
de plus en plus négatif et que les lacunes du cadre juridique devenaient
de plus en plus apparentes. Le communiqué de presse conjoint figure
en annexe 7.
2 Contexte
politique
8. Le Monténégro est une république
parlementaire dotée d’un système politique mixte, parlementaire
et présidentiel, les deux institutions étant élues au suffrage universel.
Le 16 janvier 2023, la présidente du parlement a convoqué une élection
présidentielle pour le 19 mars 2023. L’élection a eu lieu dans un
contexte de crise institutionnelle et constitutionnelle, d’impasse
politique et d’appels à la tenue d’élections législatives anticipées
afin de sortir de la crise.
9. Lors des élections législatives de 2020, c’est le Parti démocratique
des socialistes (PDS) qui avait remporté le plus de sièges, mais
les trois coalitions qui s’y sont opposées ont formé un gouvernement, remplaçant
le PDS au pouvoir pour la première fois depuis 1990.
10. L’Assemblée s’est félicitée de ce transfert pacifique du pouvoir
mais a regretté que le cadre juridique électoral soit resté largement
inchangé lors des élections législatives de 2020, malgré les recommandations répétées
du BIDDH visant à remédier aux défauts et aux limites de ce cadre
et bien que des pratiques contraires aux principes du BIDDH aient
à nouveau été observées lors de ces élections, notamment concernant
l’utilisation abusive des ressources de l’État, l’indépendance de
la couverture médiatique et le financement de la campagne électorale
Note.
11. Ce gouvernement avait dû démissionner à la suite d’un vote
de censure, comme l’a fait le dernier gouvernement en août 2022,
mais ce dernier est resté au pouvoir jusqu’à ce jour en l’absence
de nomination d’un nouveau gouvernement.
12. Les femmes demeurent sous-représentées dans la vie politique.
En dépit des quotas de genre pour les listes des partis, seulement
18 des 81 membres du parlement actuel et 4 des 20 ministres du gouvernement sont
des femmes.
13. En septembre 2022, le président a refusé d’accepter la nomination
d’un nouveau candidat au poste de Premier ministre et a demandé
au parlement de raccourcir son mandat et de permettre la tenue d’élections anticipées.
En réponse, la majorité parlementaire a demandé à la Cour constitutionnelle
d’évaluer si le président avait violé la Constitution, en vue d’engager
sa procédure de destitution. En outre, le parlement a adopté des
amendements à la loi sur le président qui permettent au parlement
de nommer un Premier ministre ayant le soutien de la majorité des
députés si le président refuse de le faire. Les amendements ont
été adoptés en dépit de l’avis urgent de la Commission de Venise
déconseillant leur adoption
Note.
14. En septembre 2022, la Cour constitutionnelle a perdu le quorum
nécessaire pour prendre des décisions, le parlement ayant été à
plusieurs reprises incapable d’élire de nouveaux juges. En conséquence,
plusieurs affaires importantes sont restées en suspens, portant
notamment sur les élections municipales d’octobre 2022 (résolue
le 16 mars 2023) et sur la constitutionnalité des décisions du président
et de la nouvelle législation. En décembre 2022, les corapporteurs
de l’Assemblée, M. Damien Cottier (Suisse, ADLE) et M. Nicos Tornaritis (Chypre,
PPE/DC), ont appelé toutes les parties prenantes à agir de manière
responsable et à surmonter les divisions afin de trouver un compromis
permettant l’élection de juges à la Cour constitutionnelle. Ils
ont souligné qu’une Cour constitutionnelle pleinement fonctionnelle
devait être en place sans délai afin de sortir de l’impasse politique,
cette institution étant vitale pour le fonctionnement de la démocratie,
notamment en vue des élections [de 2023]
Note. À la suite d’un accord politique
conclu le 27 février 2023, le parlement a voté pour pourvoir trois
des quatre postes vacants, ce qui a permis à la Cour constitutionnelle
d’atteindre le quorum. Les trois juges nouvellement nommés sont
des femmes.
15. Pendant la campagne électorale, les négociations sur la formation
d’un nouveau gouvernement se sont poursuivies. Dans le même temps,
l’actuel Premier ministre cherchait à s’assurer le soutien du parlement
pour rétablir son gouvernement. Le 16 mars 2023, le président a
dissous le parlement et, le lendemain, a convoqué des élections
anticipées pour le 11 juin 2023. Cette décision a immédiatement
été contestée par l’opposition et une décision est attendue de la
part de la Cour constitutionnelle.
3 Système électoral
et cadre juridique
16. Le président est élu au suffrage
universel direct, dans une circonscription nationale unique, pour
un mandat de cinq ans. Il ne peut exercer plus de deux mandats.
Pour être élu, un candidat doit recueillir plus de 50 % des suffrages
exprimés. Dans le cas contraire, les deux premiers s’affrontent
lors d’un second tour qui a lieu 14 jours plus tard.
17. La législation relative à l’élection présidentielle se compose
principalement de la Constitution de 2007 et des lois sur l’élection
présidentielle (2007), sur l’élection des conseillers et des représentants
(loi électorale, 1998) et sur le financement des entités politiques
et des campagnes électorales (2020). Le processus est en outre réglementé
par les instructions de la CEE. Le parlement n’a pas modifié la
loi électorale depuis 2014 et cette loi nécessite une réforme complète.
La plupart des recommandations antérieures de la Commission de Venise
et du BIDDH n’ont pas été prises en compte, notamment celles qui
concernent l’harmonisation de la législation électorale, les restrictions
des droits de vote et de candidature, la transparence et les procédures de
résolution des litiges ainsi que la surveillance des médias et du
financement des campagnes électorales.
18. Le cadre juridique électoral constitue, dans l’ensemble, une
base adéquate pour la conduite d’élections démocratiques, mais dans
le même temps présente plusieurs lacunes et manque de clarté sur
un certain nombre de questions, ce qui nuit à son efficacité. La
législation électorale ne réglemente pas suffisamment, entres autres
aspects, le second tour de l’élection, les motifs d’annulation des
résultats de l’élection par le tribunal, les procédures de dépouillement
des résultats et de résolution des litiges électoraux, ou encore
la responsabilité des membres des commissions électorales pour les
violations de la loi et celle des candidats en cas de falsification
des signatures de soutien. En outre, la loi énumère des motifs d’invalidation
facultative des résultats au niveau des bureaux de vote, ce qui
ouvre la voie à des décisions arbitraires et incohérentes des commissions
électorales municipales (CEM).
4 Administration
électorale, listes électorales et inscription des candidats
19. L’élection présidentielle est
encadrée par une administration électorale à trois niveaux composés
de la CEE, de 25 CEM et de 1 162 commissions électorales de bureau
de vote (CEBV).
20. Les femmes restent sous-représentées au sein de l’administration
électorale, en particulier aux postes de direction, puisque seulement
3 des 11 membres permanents de la CEE et 5 des 25 présidents de
CEM sont des femmes.
21. La CEE est un organe permanent doté d’un mandat de quatre
ans, dont le président est élu par le parlement au moyen d’un concours
ouvert. Elle compte 10 membres, dont 4 sont nommés par la majorité parlementaire
et 4 autres par la minorité. Les sessions de la CEE étaient ouvertes
aux observateurs et aux médias.
22. Pour cette élection, la CEE a adopté de nouvelles réglementations,
notamment sur le vote autonome des personnes en situation de handicap
physique et sur les activités des CEBV. Toutefois, elle n’a pas suffisamment
réglementé d’autres aspects nécessaires à la bonne mise en œuvre
de la loi ni fourni d’orientations détaillées aux commissions électorales
de niveau inférieur, malgré plusieurs demandes des CEM. Si la CEE
a fonctionné de manière collégiale lors de l’examen des questions
techniques, la plupart des membres ont voté selon des lignes politiques
sur des décisions clés, notamment sur le refus de l’inscription d’un
candidat potentiel de premier plan, ce qui a affaibli la confiance
des parties prenantes vis-à-vis de l’administration électorale.
23. Les CEM sont composées d’un président et de quatre membres
permanents désignés par les conseils municipaux, sur la base des
résultats des élections municipales. Les élections municipales d’octobre
2022 n’ayant pas été menées à leur terme dans quatre communes, dont
Podgorica, les CEM concernées ont conservé leur composition précédente,
ce qui a faussé l’équilibre de la représentation politique au sein
des CEM. En outre, certaines CEM n’ont pas pleinement assuré la
transparence de leur travail. Bien que la loi exige que les sessions
des CEM soient ouvertes aux observateurs et aux médias, les CEM
n’ont souvent pas annoncé leurs sessions et certaines CEM n’ont
pas publié toutes les informations et décisions relatives aux élections
sur leur site web, comme l’exige la loi.
24. Les CEBV sont composées d’un président et de quatre membres
désignés par les CEM, proportionnellement à la représentation des
partis au sein des conseils municipaux. La formule appliquée à la composition
des CEBV et des BE vise à leur assurer un certain équilibre politique,
mais elle n’empêche pas qu’un parti ou une coalition dispose d’une
majorité au sein de ces commissions et bureaux. Dans la pratique, à
l’échelle nationale, le PDS est beaucoup plus représenté au sein
des commissions électorales que tout autre parti ou toute autre
coalition. En raison d’une réduction du nombre total des bureaux
de vote, plusieurs bureaux de vote, dans un certain nombre de communes,
ont été déplacés ou fusionnés, ce qui pourrait avoir une incidence
négative sur la participation des électeurs.
25. L’administration électorale a assuré la préparation de l’élection
de manière efficace et a respecté la plupart des délais légaux.
Comme le prévoit la loi, tous les candidats inscrits ont nommé des
représentants autorisés disposant de tous les droits de vote pour
siéger à la CEE; la plupart des candidats ont nommé des membres
dans la majorité des CEM; et certains candidats ont nommé des membres
au sein des CEBV. La CEE a dispensé une formation aux représentants
des CEM, qui ont ensuite formé les membres des CEBV. Certaines CEM
n’ont pas organisé de formation mais se sont contentées de distribuer
les manuels de formation aux membres des CEBV. La loi autorise les
partis politiques et les coalitions à changer de représentant au
sein des CEBV jusqu’à 12 heures avant le début du scrutin et ne
prévoit aucune sanction en cas d’absence le jour du scrutin. La
campagne d’information des électeurs de la CEE s’est limitée à des
spots vidéo expliquant les procédures de vote.
26. L’inscription des électeurs est passive. Le droit de vote
est accordé à tous les citoyens âgés d’au moins 18 ans, ayant résidé
de manière permanente dans le pays pendant au moins 24 mois avant
le jour du scrutin. Cette condition de résidence, étant donné sa
longue durée, est contraire aux normes internationales et une recommandation
antérieure de la Commission de Venise et du BIDDH visant à la supprimer
n’a pas été prise en compte. De plus, la loi ne prescrit pas de
critères clairs et objectifs pour déterminer comment un citoyen acquiert
ou perd sa résidence permanente. Cela permet des décisions arbitraires
et peut entraîner la privation indue du droit de vote pour certains
électeurs, ce qui est contraire aux normes internationales. En novembre 2020,
la Cour constitutionnelle a abrogé la disposition qui privait du
droit de vote les personnes ayant un handicap intellectuel ou psychosocial.
27. Le registre des électeurs est une base de données permanente
gérée par le ministère de l’Intérieur et fondée sur les registres
de résidence, de citoyenneté, de naissance et de décès. Selon la
loi, les CEM, les observateurs accrédités, les partis parlementaires
et les représentants des candidats ont le droit de consulter le
registre des électeurs en ligne. Les électeurs ont eu la possibilité
de vérifier leurs données personnelles dans le registre par le biais
d’un site web dédié ou en personne dans les bureaux locaux du ministère
de l’Intérieur et, jusqu’à dix jours avant l’élection, ils ont pu
demander des corrections ou des modifications.
28. Le 9 mars 2023, la CEE a indiqué que le registre des électeurs
pour ce scrutin comprenait 542 154 électeurs. Plusieurs interlocuteurs
de la MIOE ont fait part de leurs préoccupations quant à l’exactitude
du registre, mettant en cause les registres de résidence permanente
et les procédures de changement de résidence, et suspectant d’éventuelles
inscriptions en double et des inscriptions de personnes décédées.
Bien que le ministère de l’Intérieur ait fait quelques efforts pour
améliorer le registre, notamment en éliminant certains doublons
dans les données biométriques, il n’a pas répondu efficacement aux
préoccupations, exprimées de longue date, concernant l’exactitude
du registre des électeurs.
29. Le droit de se porter candidat à la présidence est accordé
à tout électeur, à condition qu’il ait eu sa résidence permanente
au Monténégro pendant au moins dix des quinze dernières années.
Cette condition de résidence constitue une restriction indue du
droit d’éligibilité, contraire aux normes internationales. Un candidat à
la présidence peut être nommé par un ou plusieurs partis politiques
ou par un groupe d’au moins deux électeurs. Les candidatures doivent
avoir recueilli la signature de soutien d’au moins 8 101 électeurs
(1,5 % des électeurs inscrits aux dernières élections législatives),
ce qui peut être considéré comme une exigence excessive au regard
des normes internationales. En dépit d’une recommandation antérieure
de la Commission de Venise et du BIDDH, les électeurs ne peuvent
accorder leur signature qu’à un seul candidat, ce qui restreint indûment
les libertés d’association et d’expression.
30. La loi ne prescrit pas de règles détaillées sur la vérification
des signatures, ce qui est contraire aux bonnes pratiques internationales.
Le 10 février 2023, trois semaines après le début de la période
de nomination et après l’inscription d’un candidat, la CEE a adopté
une instruction sur la vérification des signatures, réglementant
en partie le processus. La CEE a vérifié si les données des électeurs
ayant fourni des signatures correspondaient à celles du registre
des électeurs. Comme lors des élections précédentes, les électeurs pouvaient
vérifier en ligne s’ils apparaissaient dans la base de données de
la CEE comme soutenant l’un des candidats inscrits, mais seulement
après la validation de l’inscription. Au 13 mars 2023, la CEE avait
reçu 86 signalements et de nombreux appels téléphoniques de citoyens
affirmant que leur nom était inclus dans la base de données bien
qu’ils n’aient pas signé en faveur d’un candidat ou qu’ils l’aient
fait en faveur d’un candidat différent. Le procureur de Podgorica
enquête sur 30 affaires de ce type. Le jour de l’élection, ces affaires
étaient en cours. L’absence d’un mécanisme accéléré pour traiter
de telles violations a limité l’efficacité de ce recours, et si
les violations ne sont pas sanctionnées, cela peut avoir un impact
négatif sur la confiance des parties prenantes aux élections dans
l’intégrité du processus.
31. La loi exige que les candidats présentent des certificats
de citoyenneté et de résidence permanente délivrés par le ministère
de l’Intérieur. Le 3 février 2023, avant le dépôt des demandes d’inscription,
la CEE a décidé de recueillir des informations sur le statut de
résidence permanente et d’inscription sur les listes électorales
à l’étranger de deux candidats potentiels, sur la base de leurs
déclarations publiques faisant état de leur intention de participer
aux élections. La loi ne donne pas à la CEE la compétence de procéder
à de telles enquêtes et lui prescrit seulement de procéder à des
vérifications sur la base des documents émis par le ministère de
l’Intérieur. Le 18 février 2023, la CEE a refusé l’inscription de
M. Spajić, invoquant des informations contradictoires concernant
sa citoyenneté et sa résidence permanente, malgré la présentation des
documents requis par la loi. La CEE a pris cette décision à l’issue
d’un vote partagé: 8 voix en faveur de la non-inscription, 4 voix
contre et 4 abstentions. La décision de la CEE de refuser l’inscription
de M. Spajić est incompatible avec la législation nationale et la
manière dont sa demande a été gérée est contraire aux normes internationales.
La CEE n’a pas accordé à M. Spajić 48 heures pour corriger les lacunes
de sa candidature, comme le prescrit la loi, alors qu’elle l’a fait
pour quatre candidats dont les documents de candidature étaient insuffisants.
32. Dans l’ensemble, le refus de la CEE d’inscrire M. Spajić,
le manque de cohérence de la prise de décision et le manque de transparence
de la vérification des signatures de soutien et d’autres documents
de nomination ont considérablement nui à l’inclusivité du processus
d’inscription des candidats et ont eu un effet sur la confiance
à l’égard de l’administration électorale. Au total, 9 candidats
potentiels ont présenté leur candidature. La SEC a inscrit 7 candidats
à l’unanimité, dont 1 femme, et 2 autres se sont vu refuser l’inscription.
5 Campagne électorale
et financement de la campagne
33. Les libertés fondamentales
ont été respectées et les candidats ont pu s’adresser aux électeurs.
Selon la loi, les candidats potentiels pouvaient commencer à faire
campagne après la convocation des élections, mais ils ne pouvaient
faire campagne dans les médias qu’après leur inscription par la
CEE. La réglementation relative aux campagnes interdit aux organisations
religieuses, entre autres, de faire campagne pour le compte ou pour
les besoins de partis politiques ou de candidats. Certaines dispositions
de cette réglementation s’appliquent également aux campagnes sur
les réseaux sociaux, notamment l’interdiction pour les candidats de
faire preuve d’intolérance dans leurs propos. Les candidats avaient
droit à un accès égal aux locaux publics pour l’organisation d’événements
de campagne et aux lieux désignés pour la mise en place du matériel
de campagne, et aucune entrave à l’exercice de ce droit n’a été
signalée ou observée. La loi n’exige pas que les documents de campagne
imprimés identifient leur commanditaire, ce qui limite la responsabilité
en cas de campagne négative ou de désinformation.
34. La campagne a été compétitive, quatre candidats ayant fait
campagne de manière plus active. Parmi ceux-ci figurait le président
sortant qui, comme d’autres candidats, a parcouru le pays en organisant
des rassemblements publics ou des réunions à huis clos avec ses
partisans. D’autres candidats étaient moins visibles tandis que
l’un d’eux n’est apparu que sur les médias sociaux, ce qui a soulevé
des inquiétudes quant à son intention réelle de se présenter à l’élection.
En raison de son inscription dès le 7 février 2023, un candidat (M. Mandić)
a commencé à faire campagne dans les médias plus de trois semaines
avant les autres. Plusieurs interlocuteurs de la MIOE ont estimé
que la participation de certains candidats à l’élection présidentielle
avait pour but premier de leur donner plus de visibilité en vue
des élections législatives anticipées à venir.
35. Le 17 mars 2023, l’Église orthodoxe serbe du Monténégro est
intervenue activement dans la campagne, au moyen d’une déclaration
publique appelant les électeurs à ne pas soutenir «les forces politiques
qui ont dirigé le pays jusqu’en 2020».
36. Les méthodes de campagne comprenaient des visites en porte-à-porte,
des affiches et des panneaux d’affichage, ainsi que de la publicité
en ligne. Les concurrents ont également utilisé les réseaux sociaux
comme plateforme de campagne. Certaines campagnes ont également
inclus la mise en place de centres d’appel pour téléphoner et envoyer
des messages aux électeurs, ce que certains d’entre eux ont perçu
comme du harcèlement.
37. La campagne a porté sur des thématiques de politique étrangère
et sur la lutte contre la corruption, mais elle s’est concentrée
sur les personnalités plutôt que sur les politiques. Tous les candidats
sauf un se sont déclarés favorables à l’intégration euro-atlantique
du pays. Le président sortant a insisté sur le besoin de continuité,
tandis que les candidats de l’opposition ont surtout abordé les
questions relatives à la corruption et à l’économie. Le ton du discours
en ligne était généralement neutre, mais quelques cas de discours incendiaires
ont été relevés. Si la campagne a dans l’ensemble été calme, quelques
incidents isolés de violence et de harcèlement se sont produits.
Lors des événements de campagne, les femmes étaient sous-représentées
dans le public et, à l’exception d’une candidate, en tant qu’oratrices.
La seule femme candidate, qui bénéficie d’une protection policière,
a reçu des menaces sur les réseaux sociaux qui font actuellement l’objet
d’une enquête du procureur.
38. Les réglementations relatives aux campagnes électorales visent
à empêcher l’utilisation abusive des ressources publiques à des
fins électorales, notamment la création de nouveaux emplois publics
et l’utilisation abusive de ressources budgétaires ou administratives,
mais il demeure possible de les contourner. L’Agence pour la prévention
de la corruption (APC), chargée de contrôler le respect de la réglementation
sur les campagnes, a publié des informations sur l’emploi public
créé après la convocation de l’élection, mais n’a pas publié de
conclusions. Certains interlocuteurs de la MIOE ont fait part de
leurs préoccupations quant à l’utilisation abusive de ressources
publiques de la part des partis politiques qui contrôlent les institutions financées
par l’État. Au 14 mars 2023, l’APC avait reçu 55 plaintes, pour
la plupart déposées par MANS, une organisation de citoyens observateurs,
alléguant que les organes de l’État n’avaient pas publié en temps
utile les relevés hebdomadaires des dépenses requis. L’APC n’a saisi
le tribunal d’aucune de ces affaires, mais elle a décidé d’office
de saisir la justice de 31 affaires d’emploi non déclaré ou illégal
après la convocation des élections, qui restent en suspens, et a
saisi le procureur d’une affaire de collecte présumée de signatures
de soutien dans une entreprise publique, qui a été rejetée.
39. Le cadre juridique du financement des campagnes électorales
est resté inchangé depuis 2020. La plupart des recommandations formulées
précédemment n’ont pas été prises en compte, notamment en ce qui concerne
le processus de vérification de la légalité des dons, l’utilisation
des prêts, les sanctions effectives en cas d’infraction au financement
des campagnes et l’efficacité du contrôle, ce qui souligne la nécessité
d’une réforme législative globale. Dans l’ensemble, les lacunes
du cadre réglementaire ont eu un impact négatif sur la transparence
du financement des campagnes et la responsabilité en cas d’infraction.
40. Les candidats inscrits à l’élection présidentielle ont droit
à un financement public. Cependant, conformément à la loi, la première
dotation a été allouée une semaine avant le jour du scrutin, ce
qui ne contribue pas à équilibrer les possibilités financières dont
dispose chaque candidat lors de la campagne. Chaque candidat peut
dépenser jusqu’à 1,7 million d’euros, un plafond très élevé qui
ne favorise pas non plus des conditions de concurrence équitables.
Les candidats peuvent recevoir des dons en espèces et en nature, tandis
que les dons provenant de diverses sources, notamment anonymes et
étrangères, sont interdits. En contradiction avec les normes et
les bonnes pratiques internationales, la loi ne réglemente pas suffisamment les
campagnes menées par des tiers, l’utilisation par les candidats
de leurs propres fonds, le fait de contracter des emprunts et l’établissement
de rapports à leur sujet, ainsi qu’une méthodologie détaillée pour
évaluer les dons en nature.
41. L’APC est chargée de surveiller le financement des campagnes
électorales. Conformément à la loi, tous les candidats ont ouvert
des comptes bancaires dédiés et ont soumis des rapports bi-hebdomadaires
sur les dons reçus, pour la plupart à une date très proche du jour
du scrutin en raison de leur inscription tardive en tant que candidats.
L’APC a publié les six rapports sur les dons reçus avant le jour
du scrutin et avant la date limite légale, contribuant ainsi à la
transparence des dons. Dans la limite du délai fixé au 14 mars,
tous les candidats ont soumis leurs rapports de dépenses, que l’APC
a publiés dans les 24 heures, comme l’exige la loi. Les candidats
doivent rendre compte des dépenses effectuées sur les réseaux sociaux.
Seuls les relevés bancaires des fonds de campagne sont exigés, les
rapports finaux devant être remis 30 jours après l’élection.
42. L’APC ne dispose pas de pouvoirs d’enquête; elle peut seulement
demander aux ministères concernés de vérifier si les donateurs sont
inscrits sur les listes électorales et s’ils n’ont pas été condamnés
pour crime organisé ou corruption, mais elle n’a pas les moyens
de vérifier efficacement si des donateurs sont bénéficiaires de
contrats de marchés publics. Selon une pratique établie, l’APC a
chargé un organisme privé de collecter des informations sur les
dépenses effectuées dans les médias, sur les réseaux sociaux et
sur les panneaux d’affichage, mais elle n’a pas publié ses conclusions
avant le jour de l’élection. L’APC n’est tenue de publier ses conclusions
sur le financement des campagnes que soixante jours après la publication
des résultats des élections, ce qui n’est pas pleinement conforme
aux bonnes pratiques internationales. L’APC peut imposer des sanctions
aux candidats et engager des procédures correctionnelles contre
des entités politiques et des personnes responsables au sein des
institutions publiques, mais pas contre les groupes de citoyens
qui peuvent proposer des candidats. Cependant, l’APC ne peut pas
imposer de sanctions en cas de rapports inexacts, ce qui, avec l’absence
de pouvoirs d’enquête, affaiblit les mécanismes permettant d’engager la
responsabilité des entités politiques en cas de violations liées
au financement de la campagne.
6 Paysage médiatique
43. L’environnement médiatique
est diversifié. Les médias opèrent dans un marché publicitaire limité,
ce qui affecte leur viabilité financière et les rend vulnérables
à l'influence interne et externe d’intérêts commerciaux et politiques.
Le paysage médiatique est marqué par des clivages politiques. La
télévision reste la principale source d'information, suivie des
médias en ligne. Les quatre chaînes de télévision privées titulaires
d'une licence de diffusion nationale ont pour actionnaires majoritaires
des sociétés étrangères.
44. La liberté d'expression et la liberté des médias sont bien
protégées par la législation. Les modifications apportées au Code
pénal en 2021 prévoient des peines plus sévères pour les attaques
et les menaces contre des journalistes ou contre des professionnels
des médias. Toutefois, des journalistes continuent à faire l’objet de
menaces et d'intimidations et la lenteur des poursuites judiciaires
dans ces affaires demeure un motif de préoccupation. Certains interlocuteurs
de la MIOE ont déclaré craindre que les conditions de travail et
le professionnalisme des journalistes ne laissent à désirer, ce
qui pourrait nuire à la qualité globale de l'information présentée
au public.
45. Le cadre juridique applicable aux médias est complet. Il a
été modifié pour la dernière fois en 2020; le nouvel ensemble de
projets de textes sur les médias actuellement à l’étude est destiné
à rendre ce cadre juridique plus compatible avec le droit de l'Union
européenne. Les chaînes de radio et de télévision sont principalement
régies par la loi sur les médias électroniques, tandis que l’autorégulation
prévaut pour la presse écrite et pour les médias en ligne. Lorsqu’ils
couvrent la campagne électorale, les médias audiovisuels publics et
privés doivent se conformer à la loi électorale, à la loi sur les
médias électroniques et aux dispositions émanant de l’Agence des
médias électroniques. En vertu de la législation, les électeurs
ont le droit d'être informés des programmes politiques de tous les
candidats, et les médias publics et privés sont tenus d’en rendre
compte de manière équilibrée. La couverture de la campagne doit
donner lieu à des séquences d’information sur les élections et il
faut veiller à ce que ces séquences soient bien distinctes des autres émissions
d’actualité. La publicité payante est autorisée sans limitation
de temps et selon les mêmes modalités pour tous les candidats, à
condition d’être clairement présentée comme payante. Le service
public de radio et de télévision du Monténégro (la RTCG) est tenu
d'offrir un temps d'antenne gratuit, d’assurer la couverture des élections
selon le principe d’égalité et d'organiser des débats électoraux.
46. La loi électorale prévoit que la couverture de la campagne
par tous les médias est supervisée, non pas par un organe indépendant
de régulation des médias, mais par une commission parlementaire
ad hoc; or, cette commission n'a été mise en place ni pour cette
élection ni pour les trois précédentes. L’Agence des médias électroniques,
qui est l’organe de régulation des médias audiovisuels, est chargée,
quant à elle, d’élaborer, à l’intention des médias, des règles relatives
aux élections et de statuer sur les plaintes. Cependant, l'Agence n'a
pas pour mandat de vérifier que les organismes de radio et de télévision
respectent la loi électorale. Par conséquent, aucune instance ne
veille à ce que les dispositions de la loi électorale destinées
aux médias soient appliquées. En outre, l’Agence dispose de pouvoirs
de sanction limités: elle peut uniquement adresser des avertissements
aux médias audiovisuels ou leur retirer leur licence de diffusion.
Ce qui est positif, c’est que, pour la première fois, l’Agence a
publié un rapport préliminaire sur le suivi des médias avant le
jour du scrutin, le 13 mars 2023.
47. Le service public de radio et de télévision a rempli son obligation
juridique d'offrir aux candidats un temps d'antenne gratuit et d’assurer
la couverture des élections selon le principe d’égalité. Cependant,
il n’a guère aidé les électeurs à faire un choix éclairé puisqu’il
a décidé de diffuser la majeure partie de sa couverture des élections,
y compris les interviews des candidats, sur la chaîne de télévision
parlementaire de la RTCG, qui a peu d'audience. En outre, la RTCG
n’a proposé que très peu d’informations et d’analyses concernant
la campagne électorale sur sa principale chaîne de télévision, la
RTCG1, où un seul débat électoral a été organisé. Bien que cela
soit interdit par la législation, certaines chaînes publiques locales
ont diffusé des publicités politiques payantes, en profitant de
l'absence de tout organe institutionnel habilité à les sanctionner.
48. Les chaînes de télévision privées ont contribué à informer
les électeurs sous diverses formes, notamment en proposant des bulletins
d'information, des talk-shows, des interviews et des débats électoraux. TV
Vijesti a assuré une couverture médiatique plutôt équilibrée et
a organisé des interviews avec les candidats et un débat électoral.
Prva TV et Adria TV ont affiché un net parti pris en faveur de M. Mandić:
elles ont consacré à ce candidat respectivement 54 % et 46 % de
leurs actualités. C’est sur E TV, qui lui a consacré 48 % de ses
actualités, que M. Đukanović a bénéficié de la couverture médiatique
la plus importante. M. Mandić, dont l'inscription a été finalisée
environ trois semaines avant celle des autres candidats et qui pouvait
donc commencer à faire campagne dans les médias, a acheté 56 % des
publicités payantes diffusées sur les chaînes de télévision privées
ayant fait l’objet d’un contrôle. Le site d'information Borba a
publié et republié trois sondages d'opinion provenant de sources
invérifiables qui présentaient deux candidats, M. Đukanović et M. Mandić,
comme des favoris.
49. Les chaînes de télévision de pays voisins, qui proposent des
contenus dans des langues similaires à la langue nationale, sont
largement accessibles au public monténégrin par le câble, comme
le permet la législation. Cette possibilité a fait craindre une
ingérence étrangère dans la campagne électorale et a suscité des
inquiétudes quant à l'impact que la programmation de ces chaînes
pourrait avoir sur la campagne. Le 27 janvier 2023, une chaîne de
télévision étrangère a fait part à l’Agence des médias électroniques
de son intention de proposer du temps d’antenne payant aux candidats
à l’élection présidentielle monténégrine. L’Agence a indiqué que,
d’après ses observations, la couverture de cette élection par les
chaînes de télévision de pays voisins a été assez limitée jusqu’à
présent.
7 Plaintes et recours
50. La CEE et les CEM, la Cour
constitutionnelle et l’APC sont les principales institutions chargées
du règlement des litiges électoraux. Plusieurs aspects essentiels
des mécanismes de règlement des litiges ne sont pas conformes aux
bonnes pratiques et aux normes internationales, notamment les restrictions concernant
la capacité juridique et la limitation des possibilités de recours
contre les décisions relatives à l'inscription des candidats et
aux résultats des élections. Plusieurs interlocuteurs de la MIOE
ont affirmé que les institutions chargées de trancher les litiges
risquaient de faire l’objet d’influences politiques, à cause de l’amovibilité
des fonctions ou du mécanisme de désignation.
51. La Cour constitutionnelle est chargée de contrôler certaines
décisions de la CEE, mais la législation ne prévoit pas de contrôle
juridictionnel de la plupart des décisions des commissions électorales,
y compris les décisions concernant la recevabilité des plaintes
et l’inscription des candidats. Les parties prenantes aux élections
pourraient ainsi se trouver privées de toute possibilité de recours
en justice. En vertu de la législation, en cas d'irrégularités affectant
les résultats des élections, la Cour constitutionnelle peut annuler
les résultats en totalité ou en partie. Toutefois, selon la CEE
et la Cour, les décisions des CEM et de la CEE sur les résultats des
élections ne constituent que des compilations arithmétiques et ne
sont pas susceptibles de recours. Alors que les électeurs et les
candidats peuvent déposer des plaintes auprès de la CEE ou des CEM,
des recours peuvent être introduits devant la Cour constitutionnelle
par des électeurs uniquement s’ils s’estiment victimes de violations
de leurs droits de vote individuels.
52. La CEE examine les plaintes en séance publique, tandis que
la Cour constitutionnelle délibère sur les recours électoraux à
huis clos; ni la CEE ni la Cour constitutionnelle ne donnent aux
parties au litige la possibilité d'être entendues, ce qui est contraire
aux normes internationales. La CEE a publié les décisions relatives
aux plaintes sur son site web, améliorant ainsi la transparence.
53. Avant le jour du scrutin, la CEE a reçu cinq plaintes. Elle
a estimé que quatre d’entre elles ne relevaient pas de sa compétence
et en a rejeté une. Le déroulement de l’examen des plaintes a pu
être observé lors de séances ouvertes de la CEE et les membres ont
eu l'occasion de se familiariser avec les aspects sur lesquels portaient
les plaintes. Faute de quorum, la Cour constitutionnelle a été dans
l’impossibilité de statuer jusqu’au 27 février 2023, ce qui a eu
pour conséquence concrète de priver les parties prenantes – notamment
une personne dont la candidature à l’élection avait été rejetée –
de tout recours en justice. Après avoir atteint le quorum nécessaire,
la Cour a reçu 11 recours, y compris contre la décision de la CEE
de vérifier la nationalité de certains candidats et contre le refus
d'enregistrer une candidature. Deux plaintes ont été déposées auprès de
la CEE et cinq recours ont été introduits devant la Cour constitutionnelle
pour contester la possibilité, pour le président sortant, de briguer
un troisième mandat. Cependant, la Cour a donné la priorité aux
affaires pendantes relatives aux élections municipales; le déroulement
de l’élection présidentielle ne faisait donc l’objet d’aucun contrôle
juridictionnel. En outre, la législation ne garantit pas un contrôle
juridictionnel rapide, puisque la Cour peut prolonger la procédure
indéfiniment.
54. L’APC reçoit des plaintes concernant l’abus des ressources
publiques, notamment l’utilisation illégale du budget de l’État
et la création de nouveaux emplois publics durant la période électorale.
Lorsqu’elle a connaissance de soupçons de corruption, directement
ou à la suite d’une plainte, l'APC dispose d'un large pouvoir discrétionnaire
pour décider de renvoyer ou non l’affaire devant le tribunal correctionnel.
L'APC examine ces affaires à huis clos et n'a publié aucune information
sur les affaires qu'elle avait renvoyées devant le tribunal; bien
que la législation ne l'interdise pas, cela limite la transparence.
La législation n’indique pas clairement qui peut contester les décisions
de l'APC devant la juridiction administrative. Certains interlocuteurs de
la MIOE ont affirmé que l'APC avait une approche sélective lorsqu'elle
décidait des affaires sur lesquelles enquêter: elle privilégierait
les affaires mineures et moins politiques par rapport aux allégations
plus graves d'actes répréhensibles. Le tribunal correctionnel n’est
pas tenu de statuer à bref délai, ce qui est contraire aux normes
internationales.
8 Jour du scrutin
55. Dans le cadre de la MIOE, la
délégation de l’APCE s’est scindée en 12 équipes, qui se sont rendues dans
des bureaux de vote situés à Podgorica et dans ses environs, ainsi
qu’à Cetinje, Budva, Bar, Ulcin, Kotor et Niksic. Leurs observations
étaient en général similaires à celles des autres équipes de la
MIOE.
56. Le scrutin s’est déroulé dans le calme, malgré quelques incidents
isolés à l’intérieur et aux abords des bureaux de vote. Le silence
électoral a été globalement respecté par tous les candidats le jour
du scrutin, même si des actions de communication ont continué à
être menées sur les réseaux sociaux, qui ne sont pas soumis aux
dispositions régissant la campagne. Les opérations de vote étaient
bien organisées et le processus était transparent, mais des observateurs
ont constaté que le secret du scrutin n’était pas toujours respecté
par les électeurs. De plus, dans ou devant certains bureaux de vote,
des représentants des candidats ont été vus en train de noter qui
votait, ce qui fait douter de la possibilité, pour les électeurs,
de voter sans subir de pression.
57. Au total, dans les bureaux de vote où la MIOE s’est rendue,
les femmes représentaient 36 % des membres, et 27 % d’entre elles
en assuraient la présidence.
58. L'ouverture des bureaux de vote a été évaluée positivement
dans 66 des 68 bureaux observés. Quatorze des bureaux observés n'ont
pas ouvert à l'heure, mais les retards n’étaient pas très importants. Quelques
omissions procédurales ont été relevées lors des préparatifs du
vote: par exemple, la répartition des rôles entre les membres de
la CEBV ne s’est pas faite par tirage au sort (37 cas), les urnes
n'ont pas été scellées en présence du premier électeur (7 cas) et
la CEBV n'avait pas préparé son sceau correctement (11 cas).
59. Le déroulement du scrutin a été évalué positivement par les
membres de la MIOE dans 98 % des observations, ce qui montre que
la plupart des procédures électorales ont été largement respectées. L’agencement
des bureaux de vote était adéquat pour la conduite du scrutin dans
97 % des observations. Toutefois, les membres de la MIOE ont noté
que, dans plus de la moitié de leurs observations, le bureau était inaccessible
aux personnes handicapées sans assistance et que, dans 29 % des
observations, l’aménagement du bureau n'était pas adapté aux électeurs
en situation de handicap physique.
60. Les opérations de vote ont été considérées comme bien gérées
dans la quasi-totalité des bureaux de vote observés. Des représentants
autorisés des candidats étaient présents dans 83 % des bureaux observés et
des observateurs citoyens étaient présents dans près de la moitié
des bureaux observés, ce qui a contribué à la transparence du processus.
Dans 5 % des observations, des personnes non autorisées se trouvaient
dans les bureaux.
61. Les observateurs ont constaté certains manquements à la procédure,
dont les suivants: le membre de la CEBV n’a pas entouré le nombre
ordinal correspondant à l’électeur sur la liste électorale (dans
14 % des cas), les coupons de confirmation délivrés par les dispositifs
électroniques d’identification des électeurs n’étaient pas signés
(12 %), et les coupons et les documents de contrôle n’ont pas été
placés dans la boîte prévue à cet effet (3 %). Dans 12 % des observations,
les membres de la MIOE ont noté que plusieurs électeurs avaient
été redirigés vers d'autres bureaux de vote, ce qui pourrait être
lié à la relocalisation et à la fusion de bureaux avant le scrutin.
De manière générale, les dispositifs électroniques d’identification
des électeurs fonctionnaient bien, même si les membres de la MIOE
ont constaté des problèmes dans 7 % des bureaux observés.
62. Les membres de la MIOE ont noté que le secret du vote n'était
pas respecté dans un certain nombre de cas. Lorsque le secret du
vote n’était pas garanti, c’était imputable à l’agencement du bureau
de vote (dans 8 % des cas), notamment au positionnement des écrans
de vote. Dans 2 % des observations, le secret du vote a été compromis
parce que des électeurs n’ont pas rempli leur bulletin de manière
confidentielle, ne l’ont pas plié ou l’ont montré à l’assistance
avant de le déposer dans l’urne, ou ont dit à haute voix pour qui
ils avaient voté. En outre, dans 3 % des cas, la MIOE a remarqué
que des électeurs semblaient photographier leur bulletin après l’avoir
rempli. Lorsque des électeurs avaient compromis le secret de leur
vote, les CEBV ont parfois invalidé ces bulletins, comme l’exige
la législation. Dans certains des bureaux observés, la CEBV annonçait haut
et fort le nom des personnes qui votaient, ce qui est interdit par
la législation.
63. Après la clôture du scrutin, la CEE a annoncé, à titre provisoire,
un taux de participation de 64 %. La CEE a précisé qu'elle ne publierait
pas de résultats préliminaires partiels, limitant ainsi la transparence.
64. Dans 9 des 52 bureaux de vote observés, la MIOE a évalué négativement
le dépouillement, principalement parce que la CEBV n’avait pas appliqué
les garanties procédurales, ce qui traduit une compréhension insuffisante
des procédures par les membres des CEBV et souligne la nécessité
de renforcer leur formation. Dans la moitié des bureaux observés,
les données concernant la participation générées par les dispositifs
électroniques d’identification des électeurs n’ont pas été utilisées
par la CEBV pour vérifier le nombre de personnes qui avaient voté.
65. Dans plus d’un tiers des observations, la CEBV a omis de faire
certaines vérifications avant l’ouverture de l’urne, par exemple
de compter les bulletins inutilisés, les documents de contrôle,
les coupons imprimés signés et les émargements sur la liste électorale;
or, ces vérifications sont importantes pour garantir l’intégrité du
processus électoral. Dans 14 cas, la CEBV n'a pas emballé et mis
sous scellés les bulletins de vote inutilisés avant d'ouvrir l'urne.
Dans plus de la moitié des cas, la CEBV a omis de consigner les
résultats des comptages dans le procès-verbal avant l'ouverture
de l'urne. Dans 16 cas, la CEBV n’a pas vérifié que la somme des
bulletins valides et des bulletins nuls correspondait au nombre
d’émargements sur la liste électorale. Dans cinq des bureaux de
vote observés, le nombre de bulletins trouvés dans l’urne était
supérieur au nombre d’émargements sur la liste électorale. Dans
sept des bureaux observés, la CEBV avait des difficultés à rédiger
le procès-verbal.
66. Les procédures de compilation des résultats ont été observées
dans 22 CEM et évaluées positivement dans toutes, à l’exception
de 3. Des représentants autorisés des candidats étaient généralement
présents, mais des observateurs citoyens n’étaient présents que
dans une CEM. Un surpeuplement des locaux a été signalé dans quatre
CEM et une mauvaise organisation du processus a été signalée dans
deux CEM. Les observateurs de la MIOE ont également fait état de
deux cas de tensions à l’intérieur ou aux abords de locaux de CEM. Bien
que les procédures de compilation des résultats aient été considérées
comme bien organisées dans presque toutes les observations, des
omissions procédurales ont été relevées dans certains cas: par exemple,
les CEM ne vérifiaient pas toujours si les procès-verbaux des CEBV
étaient complets et, parfois, les procès-verbaux n’étaient pas entièrement
compatibles.
67. Les équipes de l'APCE déployées à Podgorica ont noté que,
la composition des CEBV étant basée sur les résultats des élections
locales précédentes, la composition des CEBV ne reflétait pas les
résultats des élections locales précédentes à Podgorica, puisque
la validation de ces élections locales n'avait toujours pas été
confirmée par une décision de la Cour constitutionnelle, et ainsi
que la présidence et la vice-présidence en étaient assurées par
des membres du PDS, comme dans la plupart des CEBV.
68. Des observateurs de l’APCE ont noté que l’installation de
5 bureaux de vote dans la même grande salle d’un établissement scolaire
avait créé une certaine confusion. Des équipes ont signalé que les
urnes n’avaient pas toujours été scellées correctement. Une équipe
a vu un membre d’une CEBV invalider délibérément des bulletins de
vote; le problème a finalement été réglé avec l’aide de la CEM.
69. Le 20 mars 2023, la CEE a annoncé les résultats préliminaires
du premier tour de l'élection présidentielle du 19 mars. Le taux
de participation a été d'environ 64 %. Au total, 341 551 votes ont
été exprimés, dont 338 381 étaient valides. M. Đukanović a obtenu
119 673 voix (35,37 %) et M. Milatović 97 858 voix (28,92 %). La troisième
position était occupée par M. Mandić, avec 19% des voix. Aucun des
candidats n'a remis en cause les résultats du premier tour. Comme
aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue légalement mandatée pour
être élu, le 23 mars la CEE a annoncé un second tour, le 2 avril,
entre les deux favoris, le sortant Milo Đukanović et Jakov Milatović.
70. Des membres de la délégation de l'APCE sont retournés au Monténégro
du 31 mars au 3 avril pour observer le second tour de l'élection
présidentielle, dans le cadre de la MIOE. Ils ont noté que lors
d'un second tour compétitif, les candidats avaient pu faire campagne
librement et avaient des chances égales de s’adresser aux électeurs;
cependant, la rhétorique dure et la couverture biaisée de la campagne
par certains médias n'ont pas contribué à la capacité des électeurs
à faire un choix éclairé. La loi manque de réglementation explicite sur
presque tous les aspects du second tour et des clarifications importantes
n'ont pas été données sur la réglementation du financement des campagnes
et des médias. Pourtant, l'administration électorale a mis en œuvre
des solutions provisoires sur un certain nombre de questions de
procédure, qui ont comblé certaines des lacunes législatives et
géré le processus de manière adéquate. En général, le jour du scrutin
s'est déroulé dans l'ordre et le processus de vote a été bien administré.
71. Le taux de participation était d'environ 70 % et les résultats
préliminaires étaient d'environ 59 % pour M. Milatović et d'environ
41 % pour M. Đukanović.
72. Le soir des élections, M. Đukanović a prononcé un discours
de défaite, reconnaissant les résultats et félicitant son adversaire.
9 Conclusions et recommandations
73. L’élection a été compétitive
et gérée de manière adéquate. Les libertés fondamentales ont été respectées
durant la campagne. Le cadre juridique présente de nombreuses lacunes
et ambiguïtés qui nuisent à son efficacité. L’administration électorale
a travaillé de manière transparente; toutefois, la procédure d’inscription
des candidats était politisée et n’était pas assez inclusive, ce
qui a entamé la confiance du public. L’égalité des chances entre
les candidats inscrits a été assurée durant la campagne.
74. L’élection s’est tenue dans un contexte de crise institutionnelle
et d’impasse politique. En outre, comme la Cour constitutionnelle
a été dans l’impossibilité de fonctionner durant la majeure partie
du processus électoral, des aspects clés de l’élection ont échappé
à tout contrôle juridictionnel. L'impact que la programmation de
chaînes de télévision étrangères pourrait avoir sur la campagne
est resté un motif de préoccupation. Certaines dispositions relatives
au financement des campagnes électorales peuvent être contournées,
ce qui limite l'obligation de rendre des comptes. La liberté des
médias est garantie et le secteur est bien réglementé. Le service
public de radio et de télévision a rempli ses obligations juridiques
et a couvert la campagne de manière équilibrée. Toutefois, la visibilité
limitée de ses émissions et le manque d’objectivité des médias privés
ont réduit la capacité des électeurs à faire un choix éclairé. Le
scrutin s’est déroulé dans le calme et les opérations de vote ont
été évaluées positivement dans la grande majorité des bureaux de
vote observés, même si le secret du vote n’était pas toujours protégé.
Le dépouillement a fait l’objet d’une évaluation moins positive,
notamment à cause de l’omission de vérifications importantes, mais
la compilation des résultats a été évaluée positivement.
75. En conclusion, lors de son observation des élections, la délégation
de l’APCE a fait principalement les constats suivants:
- Le cadre juridique constitue
une base adéquate pour la conduite d’élections démocratiques mais manque
de précision sur certains points: par exemple, les motifs d’annulation
des résultats électoraux par la justice, les procédures de compilation
des résultats et le deuxième tour de scrutin.
- L’administration électorale a géré efficacement les préparatifs
du scrutin et a respecté la plupart des délais légaux.
- Les candidats ont pu faire campagne librement et les électeurs
ont eu le choix entre plusieurs options.
- Toutefois, le parlement n'a pas modifié la législation
électorale depuis 2014 et les recommandations de longue date de
la Commission de Venise et du BIDDH appelant à rendre la législation
plus conforme aux normes internationales n'ont toujours pas été
prises en compte.
- Le ministère de l’Intérieur a pris quelques dispositions
pour tenter de «nettoyer» le registre électoral, mais des parties
prenantes à l’élection continuent de douter de l’exactitude du registre.
La procédure d’inscription des candidats n’était pas inclusive.
- Pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle,
les électeurs doivent avoir eu leur résidence permanente au Monténégro
durant au moins 10 ans au cours des 15 dernières années; le droit
de se présenter en tant que candidat et d'être élu se trouve ainsi
limité d’une manière excessive, contraire aux normes internationales.
- Le cadre juridique du financement des campagnes électorales
n’a pas changé depuis 2020. La plupart des recommandations formulées
précédemment sont restées sans suite. Des préoccupations ont été exprimées
quant à l'abus des ressources publiques par les partis qui contrôlent
les institutions publiques, en dépit de règles complètes destinées
à éviter que cela se produise.
- L’APC est chargée de surveiller le financement de la campagne
mais elle n’a pas de pouvoirs d’enquête; la législation ne prévoit
pas non plus de sanctions si les candidats présentent des comptes
de campagne inexacts. Dans l'ensemble, les lacunes du cadre réglementaire
ont eu un impact négatif sur la transparence du financement de la
campagne et sur la responsabilisation des candidats en la matière.
- L’environnement médiatique est diversifié. Toutefois,
les clivages politiques et une viabilité financière limitée rendent
les médias vulnérables à l'influence interne et externe d’intérêts
commerciaux et politiques.
- Plusieurs aspects essentiels du cadre juridique applicable
au règlement des litiges et la mise en œuvre actuelle de ce cadre,
ne sont pas conformes aux bonnes pratiques et aux normes internationales, notamment
les restrictions concernant la capacité juridique et la limitation
des possibilités de contester les décisions relatives à l'inscription
des candidats et aux résultats des élections. Vu cette limitation, l’accès
à un recours effectif n’est pas garanti. Les institutions chargées
de trancher les litiges risquent de faire l’objet d’influences politiques,
à cause de l’amovibilité des fonctions ou du mécanisme de nomination.
- Les femmes restent sous-représentées parmi les titulaires
d’un mandat électif et parmi les personnes nommées à une charge
publique; en outre, la campagne n’a guère traité des thèmes qui
sont particulièrement importants pour les femmes.
- La CEE n’a pas permis aux observateurs d’observer la procédure
de vérification des signatures de soutien recueillies auprès d’électeurs,
ce qui a nui à la transparence de la procédure.
- Le secret du vote n’était pas toujours garanti.
- Plus de la moitié des bureaux de vote observés étaient
inaccessibles aux personnes handicapées sans assistance.
76. La délégation de l’APCE souligne que le ou la Président·e
nouvellement élu·e devra travailler loyalement avec le parlement
pour assurer le bon fonctionnement des institutions de l’État.
77. La délégation de l’APCE a relevé un certain nombre d’irrégularités
et de lacunes lors du déroulement de l’élection présidentielle tenue
au Monténégro les 19 mars et 2 avril 2023. Elle souligne que certains
aspects essentiels du processus électoral nécessitent encore l’adoption
et la mise en œuvre de mesures de réforme.
78. En outre, la délégation estime que le Monténégro devrait prendre
des mesures concrètes pour améliorer le cadre juridique applicable
aux élections, à commencer par le Code électoral, ainsi que pour
améliorer certaines pratiques électorales (voir ci-dessous). En
conséquence, la délégation encourage les autorités:
- à prendre en compte toutes les
recommandations précédentes de la Commission de Venise et du BIDDH
et à faire évoluer le cadre juridique régissant les élections, à
commencer par le Code électoral;
- à s’employer en particulier à intégrer, dans la législation
électorale, des dispositions régissant de manière suffisamment précise
le second tour de scrutin, les motifs d’annulation des résultats
électoraux par la justice, les procédures de compilation des résultats
et les procédures de règlement des litiges électoraux, la responsabilité
des membres des commissions électorales en cas d’infraction à la législation
et la responsabilité des personnes qui souhaitent se présenter à
l’élection en cas de falsification de signatures de soutien; et
à éviter que les membres de la Commission électorale d’État votent
sur des décisions clés en fonction de certaines lignes politiques;
- à revoir les exigences en matière de résidence permanente
imposées aux électeurs et aux candidats et à veiller à ce qu’elles
soient compatibles avec les normes internationales;
- à veiller à ce que la Cour constitutionnelle, qui est
l'autorité électorale statuant en dernier ressort, fonctionne de
manière permanente;
- à fixer des règles détaillées concernant la vérification
des listes de signatures de soutien recueillies par les personnes
souhaitant se présenter à l’élection présidentielle;
- à entreprendre une réforme législative complète du cadre
juridique régissant le financement des campagnes, en particulier
des dispositions visant à prévenir l’abus des ressources publiques
à des fins électorales et à vérifier la légalité des dons et l'utilisation
des prêts, des dispositions prévoyant des sanctions effectives en
cas d’infraction liée au financement de la campagne et des dispositions instaurant
un contrôle effectif;
- à augmenter les pouvoirs et les moyens de l’Agence de
prévention de la corruption;
- à améliorer la protection des journalistes et à garantir
l’indépendance des médias, qui est indispensable à une couverture
équilibrée des campagnes électorales;
- à prendre des mesures concrètes contre la sous-représentation
des femmes dans la vie politique et dans l'administration des élections;
- à rendre les bureaux de vote plus accessibles aux personnes
handicapées;
- à veiller à ce que toutes les insuffisances observées
le jour du scrutin soient traitées de manière appropriée.
79. Ces mesures devraient être prises dans le cadre du dialogue
postsuivi de l'Assemblée et en étroite coopération avec la Commission
de Venise.
Annexe 1 – Composition de la commission
ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme
suit (* membres de la délégation pré-électorale):
Président, M. Joe O’REILLY,
Irlande
Groupe des socialistes, démocrates et
verts (SOC)
- Mme Lise
SELNES, Norvège
- M. Adnan DIBRANI, Suède
- Mme Margreet DE BOER, Pays-Bas
- M. Domagoj HAJDUKOVIĆ, Croatie *
- M. Gerardo GIOVAGNOLI, Saint-Marin
Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)
- Mme Zdravka
BUŠIĆ, Croatie
- M. Corneliu-Mugurel COZMANCIUC, Roumanie
- M. Joe O’REILLY, Irlande *
- Mme Catia POLIDORI, Italie
- M. Jacek PROTASIEWICZ, Pologne
- M. Davor Ivo STIER, Croatie
- Mme Jorida TABAKU, Albanie
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l’Europe (ADLE)
- M. Jacques LE NAY, France
- Mme Tamara VONTA, Slovénie
*
Groupe des Conservateurs européens et
Alliance démocratique (CE/AD)
- Lord David BLENCATHRA,
Royaume-Uni
- M. Simone BILLI, Italie *
Groupe pour la gauche unitaire européenne
(GUE)
- M. Antón GÓMEZ-REINO,
Espagne
Corapporteurs AS/Mon (ex officio)
- M. Damien COTTIER, Suisse
*
- M. Nicos TORNARITIS, Chypre
Commission de Venise
- M. Michael JANSSEN,
Administrateur, Commission de Venise
- Mme Mirjana LAZAROVA TRAJKOVSKA,
Experte, Commission de Venise
Accompagnateur
- Lady Tara BLENCATHRA,
accompagnatrice de Lord David BLENCATHRA
Secrétariat
- M. Bogdan TORCĂTORIU,
Conseiller principal aux élections, Secrétaire de la commission
ad hoc
- Mme Anne GODFREY, Assistante,
Division de l’observation des élections et de soutien
Annexe 2 – Programme de la délégation
pré-électorale de l'Assemblée parlementaire
Jeudi, 23 février 2023
09:00-09:45 Réunion de la commission ad hoc
- Accueil par le chef de la délégation,
M. Joe O’Reilly
- Intervention du corapporteur: M. Damien Cottier
- Informations pratiques du secrétariat
10:00-11:00 Réunion avec des membres du corps diplomatique
- M. Veselko Grubisic, Ambassadeur
de Croatie au Monténégro
- Mme Andreina Marsella, Ambassadrice
d’Italie au Monténégro
- M. Gregor Presker, Ambassadeur de Slovénie au Monténégro
- Mme Karen Madocks, Ambassadrice
du Royaume-Uni au Monténégro
- Mme Dubravka Popovic, responsable
de fonds pour le conflit, la stabilité et la sécurité, Ambassade
du Royaume-Uni
- M. Riccardo Serri, chef adjoint de la délégation de l’UE
au Monténégro
- M. Vlado Dedovic, chargé de mission, délégation de l’UE
au Monténégro
11:15-12:45 Réunion avec la mission d’observation des élections
du BIDDH/OSCE
- M. Tamas Meszerics,
chef de la mission
- Mme Elissavet Karagiannidou,
cheffe adjointe de la mission
- M. Nicholas Jahr, analyste politique
- Mme Mariam Tabatadze, analyste
juridique (y compris le financement de la campagne)
- M. Oleksii Lychkovakh, analyste électoral (y compris inscription
des électeurs et enregistrement des candidats)
- M. Pietro Tesfamariam, analyste média
14:00-14:30 Réunion avec M. Marash Dukaj, ministre de l’Administration
publique
14:30-16:00 Réunion avec des représentant·e·s de la société
civile
- MANS: M. Dejan Milovac,
directeur du Centre d’investigation
- Human Rights Action: Mme Tea
Gorjanc Prelević, directrice exécutive
- Alliance civique: M. Pavle Ćupić, coordinateur du programme
des droits de l’homme et de la justice
- CEDEM – Centre pour la démocratie et les droits de l’homme:
Mme Milena Besic, directrice exécutive
- CDT – Centre pour la transition démocratique: Mme Biljana
Papović, directrice adjointe
- CEMI – Centre de suivi et de recherches: M. Ognjen Mitrović,
chef du service juridique, et M. Miloš Vukanović, directeur du département
de recherches sur les politiques publiques
16:15-17:45 Réunion avec des représentant·e·s des médias
- Radiotélévision Monténégro –
RTCG: Mme Bojana Čađenović, rédactrice
en chef de la chaîne parlementaire
- Mme Tatjana Debeljević, rédactrice
du journal télévisé à la TVCG, et Mme Ljiljana Savić,
cheffe du pool électoral
- Dan (media imprimé): M. Mili Prelevic, rédacteur en chef
Vendredi, 24 février 2023
09:00-10:00 Réunion avec
- M. Nikola
Mugoša, président de la commission électorale d’État
- Mme Nataša Pešić, Mme Vera
Mijatović, M. Aleksandar Jovićević et M. Haris Mekić, membres de
la CEE,
10:00-12:30 Rencontres consécutives avec des candidat·e·s
ou leurs représentant·e·s
- M. Milojko
Spajić, ES! (co-fondateur), ancien ministre des Finances (2020–2022),
et M. Vasilije Čarapić, membre de la présidence
- Mme Jelena Božović, députée
(représentante de M. Andrija Mandić, membre de la présidence de
DF, député, candidat en 2008)
- Mme Draginja Vuksanović Stanković,
parti social-démocrate SDP (ancienne présidente), députée, candidate
en 2018
- Mme Tamara Vujović, députée
(Démocrates), représentante de M. Aleksa Bečić
14:00-16:30 Rencontre avec des dirigeant·e·s et des représentant·e·s
des principaux groupes parlementaires
- M. Dejan Đurović, Groupe front démocratique – Nouvelle
démocratie serbe, Parti populaire démocratique, Parti travailliste
- M. Dragan Krapović, Groupe «Démocrates – Démos – La paix
est notre nation»
- M. Nikola Bajčetić, Groupe «Front démocratique – Mouvement
pour le changement»
- M. Dragan Ivanović, Groupe du Parti Populaire socialiste
du Monténégro
- M. Miloš Konatar, Groupe «En noir et blanc»
- Mme Daliborka Pejović, Groupe
du Parti démocratique des socialistes – DPS
- M. Ivan Brajović, Groupe «Sociaux-démocrates du Monténégro»
- M. Andrija Popović, Groupe du Parti social-démocrate –
Libéral Parti LP
- M. Amer Smailović, Groupe du Parti bosniaque
- M. Genci Nimanbegu, Groupe albanais
16:30-17:30 Rencontre avec la délégation du Monténégro auprès
de l’APCE
- Mme Maja
Vukićević, présidente de la délégation
- Mme Kenana Strujić-Harbić
- M. Maksim Vučinić
18:00-19:00 Réunion de la commission ad hoc
Annexe 3 – Déclaration de la délégation
pré-électorale de l'Assemblée parlementaire
Au Monténégro,
la délégation pré-électorale de l'APCE espère que la Cour constitutionnelle
parviendra à sortir de l'impasse à temps pour l'élection présidentielle.
Podgorica, 24.02.2023 – Une délégation de l'Assemblée parlementaire
du Conseil de l'Europe (APCE) s'est rendue à Podgorica les 23 et
24 février 2023 pour évaluer le climat pré-électoral de l'élection
présidentielle prévue le 19 mars 2023.
La délégation*, dirigée par Joe O'Reilly (Irlande, PPE/DC),
s'est félicitée du fait que les préparatifs de l'élection soient
en cours. Toutefois, après s'être entretenue avec divers interlocuteurs,
elle a jugé nécessaire de signaler une série de lacunes, notamment
la nécessité impérieuse de veiller à ce que la composition de la
Cour constitutionnelle soit au complet ou, du moins, qu'elle dispose
d'un quorum qui lui permette de valider les résultats de l'élection.
En outre, la délégation a appris que la réforme du cadre législatif
électoral était au point mort, que le niveau de corruption était
élevé dans le pays et que des doutes subsistaient à propos de l'indépendance
du pouvoir judiciaire.
La délégation a constaté avec déception que la culture de
la procrastination et le manque de volonté politique de prendre
des décisions importantes perduraient.
Certains interlocuteurs se sont inquiétés de la politisation
du processus décisionnel de la Commission électorale nationale,
qui a entraîné une inégalité de traitement entre les candidats à
la présidence. Un candidat de premier plan a été écarté à la suite
d'un vote partagé qui aurait été motivé par des considérations politiques au
sein de cette commission; qui plus est, la paralysie actuelle de
la Cour constitutionnelle ne lui a laissé aucune possibilité de
recours.
La délégation a estimé que l'environnement médiatique était
généralement sain, bien qu'il soit fortement politisé, ce qui entraîne
l'autocensure des journalistes. Les pressions exercées sur les journalistes n'appartiennent
malheureusement pas non plus au passé. Elle est préoccupée par le
fait que la propriété et le contrôle d'un certain nombre de portails
médiatiques ne soient pas transparents.
La délégation a constaté avec regret que le détournement de
fonds publics était devenu la norme et que les électeurs le considéraient
comme un fait acquis.
Le registre électoral est largement critiqué pour son état
désordonné, puisqu'un grand nombre de personnes qui ont quitté le
pays restent inscrites sur cette liste en raison de la mauvaise
définition des critères de résidence.
Une plus grande transparence dans le financement des campagnes
électorales est également jugée nécessaire.
La délégation a constaté une sous-représentation des femmes
à tous les niveaux du processus électoral.
La délégation comprend parfaitement que certains problèmes
mentionnés ci-dessus ne peuvent pas être réglés dans le bref délai
qui reste avant le jour du scrutin, mais elle espère vivement qu'au
moins ceux qui peuvent encore l'être – en particulier la nomination
des quatre juges manquants au sein de la Cour constitutionnelle
– le seront effectivement.
La délégation pré-électorale de l'APCE était à Podgorica à
l'invitation de la présidente du parlement. Elle a rencontré des
candidats à la présidence ou leurs représentants, des dirigeants
et des représentants des principaux groupes parlementaires, le président
et des membres de la Commission électorale nationale, le ministre
de l'Administration publique, des membres de la délégation à l'APCE,
des représentants de la société civile et des médias, la mission
d'observation des élections de l'OSCE/BIDDH et des diplomates présents
à Podgorica.
Une délégation complète de 22 membres de l'Assemblée parlementaire
du Conseil de l'Europe arrivera au Monténégro avant l'élection présidentielle
pour observer le scrutin.
* M. Joe O'Reilly (Irlande, Groupe du parti populaire européen),
chef de la délégation;
M. Domagoj Hajduković (Croatie, Groupe des Socialistes, démocrates
et verts);
Mme Tamara Vonta (Slovénie, Alliance
des démocrates et des libéraux pour l'Europe);
M. Simone Billi (Italie, Groupe des conservateurs européens
et Alliance démocratique);
M. Damien Cottier (Suisse), rapporteur de l'APCE pour le dialogue
post-suivi.
Annexe 4 – Programme des réunions de la
mission internationale d'observation des élections: 1er tour
Vendredi 17 mars 2023
09:00-09:45 Réunion de la délégation de l'APCE
- Accueil par le chef de la délégation,
M. Joe O’Reilly
- Présentation de la délégation pré-électorale
- Présentation par Mme Mirjana
Lazarova Trajkovska, membre de la Commission de Venise
- Informations pratiques du secrétariat
10:00-10:15 Discours de bienvenue des chefs des délégations
parlementaires
- M. Joe O’Reilly,
APCE
- M. Tonino Picula, PE
10:15-12:30 Briefing par l’équipe de base de la mission d’observation
des élections du BIDDH (1ère partie)
- M. Tamás Meszerics, chef de
mission
- Mme Mariam Tabatadze, analyste
juridique (y compris financement de la campagne)
- M. Oleksii Lychkovakh, analyste électoral (administration
des élections, enregistrement des candidats, observateurs)
- M. Nicholas Jahr, analyste politique
- M. Pietro Tesfamariam, analyste média
14:00-15:30 Liberté de campagne et panel d’analyse
- MANS: M. Dejean Milovac, directeur
exécutif adjoint
- Alliance civique: M. Pavle Ćupić, coordinateur de programme,
Mme Aleksandra Dubak, coordinatrice du
programme
- CEDEM (Centre pour la démocratie et les droits de l’homme):
Mme Milena Bešić, directrice exécutive
- CDT (Centre pour la transition démocratique): Mme Milica
Kovačević, directrice de programme
- CEMI (Centre de suivi et de recherche): Mme Ana
Nenezić, directrice exécutive, M. Ognjen Mitrović, chef du service
juridique, M. Miloš Vukanović, directeur du département de recherches
sur les politiques publiques
- Institut Alternativa: Mme Milena
Muk, chercheuse
15:30-17:00 Table ronde avec des représentant·e·s des médias
- Radio Télévision Monténégro
– RTCG: M. Marko Vešović, Mme Tatjana
Debeljević
- MINA agence de presse: M. Milan Žugić, Éditeur en chef,
Mme Tijana Radulović, journaliste
- Vijesti: Mme Mijana Dašić,
journaliste de télévision, et Mme Mila
Radulović, Editrice -département politique
- Gradska – TV: Mme Bojana Dabović,
journaliste
- CDM: Mme Aleksandra Obradović,
rédactrice en cheffe adjointe
- Pobjeda (medias imprimés): M. Draško Đuranović, éditeur
en chef
- Dan (medias imprimés): M. Mladen Milutinović, directeur
exécutif
- Mme Biljana Jovićević, journaliste
et activiste civique à «Help»
17:00-18:00 Administration électorale
- Mr Nikola Mugoša, président de la commission électorale
d’État, et des membres de la CEE
Samedi, 18 mars 2023
09:00-12:00 Rencontres consécutives avec les candidat·e·s
ou leurs représentant·e·s
- M. Aleksa
Bečić, Monténégro Démocratique
- M. Goran Danilović, Monténégro uni
- M. Milo Đukanović, Parti démocratique des socialistes
(sortant)
- M. Andrja Mandić, Front démocratique
- M. Filip Ivanović, coordinateur de la coopération internationale
Europe Now!
12:00-13:20 Briefing par l’équipe de base de la mission d’observation
des élections du BIDDH (2ème partie)
- M. Oleksii Lychkovakh, analyste
électoral
- M. Anders Eriksson, analyste statistiques (procédures
et formulaires le jour du scrutin)
- M. Davor Ćorluka (sûreté et sécurité)
13:20-13:50 Briefing par les observateurs à long terme de
la mission d’observation des élections du BIDDH
- LTO6 Nicola Busse
- LTO6 Valdemar Uruba (Podgorica)
13:00-13:45 Rencontre avec la commission électorale d’État
Dimanche, 19 mars 2023
Observation du scrutin toute la journée
Ouverture des bureaux de vote: 07:00
Fermeture des bureaux de vote: 19:00
Lundi, 20 mars 2023
07:30 Réunion de la délégation de l’APCE (débriefing)
14:30 Conférence de presse conjointe
Annexe 5 – Communiqué de presse de la
mission internationale d’observation des élections: 1er tour
Selon les observateurs
internationaux, l’élection présidentielle au Monténégro a été compétitive
malgré un processus non inclusif et des lacunes juridiques.
PODGORICA, 20 mars 2023 – L’élection présidentielle au Monténégro
a été compétitive: les candidats ont pu faire campagne librement
et les libertés fondamentales de tous les citoyens ont été respectées.
Cependant, l’enregistrement des candidats n’a pas été inclusif et
les lacunes de longue date dans le cadre juridique et les règlements
relatifs au financement des campagnes électorales n’ont pas été
corrigées, ont déclaré aujourd’hui les observateurs internationaux
dans un communiqué.
La mission d’observation conjointe du Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH), de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe (APCE), et du Parlement européen (PE) a constaté
que si le cadre juridique constituait une base adéquate pour la
tenue d’élections démocratiques, de nombreuses lacunes et ambiguïtés
dans les domaines allant de la législation électorale au financement
des campagnes nuisaient à son efficacité et démontraient la nécessité
d’une réforme complète.
«Nous avons apprécié de voir une
élection compétitive se dérouler dans un climat de paix», a déclaré Tamás Meszerics,
chef de la mission d’observation des élections du BIDDH. «Mais il
y a encore de nombreuses lacunes et ambiguïtés dans la loi. Cela
permet aux autorités de prendre des décisions arbitraires et aux
opposants de contourner les règles. Ces questions doivent être traitées
de toute urgence».
L’élection s’est déroulée dans un contexte de crise institutionnelle
persistante et d’impasse politique, qui a conduit à l’annonce d’élections
législatives anticipées trois jours seulement avant le scrutin présidentiel.
Si l’administration électorale a géré les préparatifs de manière
efficace et généralement respecté les délais légaux, la plupart
des membres de la commission électorale d’État se sont exprimés
selon des lignes politiques sur des questions essentielles, telles
que l’éligibilité des candidats, ce qui a sapé la confiance du public. L’absence
d’un tribunal constitutionnel pleinement opérationnel au cours de
la période précédant les élections a empêché l’examen judiciaire
d’un certain nombre de points majeurs.
«Quel que soit le résultat de l’élection,
le président ou la présidente nouvellement élu-e devra travailler loyalement
avec le parlement pour assurer le bon fonctionnement de toutes les
institutions de l’État», a précisé Joe O’Reilly, chef de la délégation
de l’APCE. «Les responsables politiques doivent entreprendre une
série de réformes, à commencer par la loi électorale. Il est également
indispensable de garantir le fonctionnement du tribunal constitutionnel,
l’autorité électorale en dernier ressort».
En demandant des informations sur la citoyenneté et le lieu
de résidence de certains candidats potentiels et en refusant leur
inscription sur cette base, l’administration éléctorale a fait preuve
de discrimination et a outrepassé les procédures juridiques. Parallèlement,
la loi imposant d’avoir résidé au moins deux ans au Monténégro avant
le jour du scrutin pour être autorisé à voter manque de critères
clairs, tandis que les récentes modifications législatives permettent
de prendre des décisions arbitraires susceptibles de priver de droit
de vote les électeurs remplissant les conditions requises.
Si le ton de la campagne à l’approche de l’élection était
globalement neutre, des propos incendiaires, des cas isolés de violence
et de harcèlement, ainsi que des craintes liées à l’utilisation
potentielle des ressources de l’État ont été signalés. La seule
femme candidate est sous protection policière et a reçu des menaces
sur les réseaux sociaux pendant la campagne. Dans l’ensemble, les
femmes restent sous-représentées dans la vie politique. Malgré quelques
troubles autour de certains bureaux de vote et l’absence de protection
systématique du secret du vote, la journée électorale s’est déroulée
dans le calme et les procédures ont le plus souvent été respectées.
«Ces élections ont mis en lumière
le civisme des électeurs monténégrins. Tous les bureaux que nous
avons observés le jour du scrutin nous ont accueillis chaleureusement»,
a indiqué Tonino Picula, chef de la délégation du Parlement européen.
«Dans les bureaux de vote, les assesseurs ont géré le processus
de manière efficace dans une atmosphère globalement calme. Ce comportement
est un exemple qui montre aux représentants élus la voie à suivre,
loin des divisions et vers une conception commune d’un avenir meilleur pour
le pays et pour le bien-être socio-économique de tous les citoyens».
La scène médiatique est diversifiée au Monténégro. Cependant,
la polarisation politique et le marché publicitaire limité rendent
les médias vulnérables à l’influence interne et externe des intérêts
commerciaux et politiques. La principale chaîne du radiodiffuseur
public n’a pratiquement pas couvert l’actualité, d’où la difficulté
accrue pour les électeurs de faire un choix éclairé. Bien que les
chaînes de télévision privées aient assuré une vaste couverture
avant l’élection, trois des quatre chaînes privées suivies par la
mission d’observation ont fait preuve d’un parti pris évident dans
leurs diffusions. L’impact potentiel des programmes télévisés étrangers
sur la campagne a également suscité de vives inquiétudes.
La mission internationale d’observation du premier tour de
l’élection présidentielle au Monténégro a mobilisé au total 187 observateurs
de 41 pays, dont 149 experts de longue durée déployés par le BIDDH,
et des observateurs à court terme, 24 déployés par l’APCE et 14
par le Parlement européen.
Annexe 6 – Programme des réunions de la
mission internationale d’observation des élections: 2e tour
Samedi, 1 avril 2023
09:45-10:00 Allocution de bienvenue des chefs des délégations
parlementaires
- M. Joe O’Reilly,
APCE
- M. Georgos Kyrtsos, PE
10:00-11:30 Réunion avec la mission d’observation électorale
du BIDDH/OSCE
- M. Tamas Meszerics,
chef de mission
- Mme Elissavet Karagiannidou,
cheffe adjointe de mission
- M. Nicholas Jahr, analyste politique
- Mme Mariam Tabatadze, analyste
juridique
- M. Oleksii Lychkovakh, analyste électoral
- M. Pietro Tesfamariam, analyste média
- M. Anders Eriksson, analyste statistique
- M. David Corluka, sûreté et sécurité
11:30-12:00 M. Milo Đukanović, Parti démocratique des socialistes
(sortant)
14:30-15:30 Rencontres consécutives avec les candidat·e·s
ou leurs représentant·e·s
14:30-15:30 M. Jakov Milatović, Europe Now!
15:30-16:30 M. Nikola Mugoša, président de la commission électorale
d’État et des membres de la CEE
Dimanche, 2 avril 2023
Journée complète: Observation du vote (ouverture des bureaux
de vote, vote, fermeture des bureaux de vote, dépouillement, comptage)
Lundi, 3 avril 2023
14:30 Conférence de presse conjointe
Annexe 7 – Communiqué de presse de la
mission internationale d’observation des élections: 2e tour
Selon les observateurs
internationaux, l’élection présidentielle au Monténégro a été bien
organisée et a permis une véritable mise en concurrence des candidats,
malgré des propos agressifs et des incertitudes juridiques.
PODGORICA, 3 avril 2023 – Le deuxième tour de l’élection présidentielle
au Monténégro a permis une véritable mise en concurrence et, comme
au premier tour, les candidats ont pu faire campagne librement,
dans un environnement où les libertés fondamentales étaient respectées,
mais le ton s’est durci et les lacunes du cadre juridique sont devenues
de plus en plus évidentes, ont déclaré les observateurs internationaux
dans un communiqué.
La mission d’observation conjointe du Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE, du Parlement
européen (PE) et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
(APCE) a constaté que, si le cadre juridique est adéquat pour des
élections démocratiques, la quasi-totalité des aspects du deuxième
tour sont en revanche insuffisamment réglementés. Ces insuffisances,
qui concernent notamment l’administration des élections, l’inscription
des électeurs, la campagne et son financement, et les médias, créent
une grande incertitude juridique. Dans le même temps, l'administration
électorale a comblé certaines lacunes juridiques et ajouté des garanties
importantes, qui ont renforcé l'intégrité du processus dans son
ensemble.
«Il y a eu un véritable débat politique
au Monténégro avant le second tour, et les deux candidats ont eu l'occasion
de s'adresser aux électeurs», a déclaré Tamás Meszerics, chef de
la mission d'observation électorale du BIDDH. «Mais, pour renforcer
le processus démocratique, il est urgent que le pays travaille sur son
cadre juridique afin de combler les lacunes et de garantir la transparence
et la responsabilité.»
Globalement, l’entre-deux-tours a été bien géré. Toutefois,
les observateurs ont noté que bon nombre des résultats du premier
tour n'avaient pas été publiés, ce qui a entraîné un manque de transparence,
et qu'il n'y avait pas de possibilité de contester les résultats
de manière effective avant le deuxième tour. En outre, et malgré
les lacunes procédurales identifiées lors du premier tour, aucune
formation complémentaire n'a été organisée à l'intention du personnel
électoral concerné. Il est inquiétant de constater qu’une organisation d’observateurs
citoyens a reçu de graves menaces avant le second tour. Le jour
du scrutin s’est largement déroulé dans le calme et les opérations
de vote étaient bien gérées.
«L’atmosphère généralement pacifique
que nous avons observée le jour du scrutin, lors de ce second tour
de l’élection présidentielle, confirme notre impression positive
d’un attachement des citoyens monténégrins à la démocratie», a déclaré
Georgios Kyrtsos, chef de la délégation du PE. «Les membres des
bureaux électoraux ont fait preuve d'engagement et d'une bonne coopération
entre eux, en aidant les électeurs tout au long des opérations de
vote. Cela a permis au scrutin de se dérouler avec fluidité dans
tous les bureaux de vote que nous avons observés.»
Alors que le calme avait généralement prévalu lors de la campagne,
le ton s’est durci avant le deuxième tour, dans la mesure où les
candidats ont cherché à se discréditer mutuellement dans leurs messages
de campagne. Les électeurs ont eu des occasions supplémentaires
de s'informer sur les candidats, notamment par le biais d'un débat
télévisé.
«En participant à ce scrutin présidentiel
dans un climat aussi détendu, les Monténégrins ont prouvé que leur pays
avait atteint un niveau élevé de culture démocratique et ils méritent
d'être félicités», a déclaré Joe O'Reilly, chef de la délégation
de l'APCE. «Ce qui importe maintenant, c’est que le Monténégro poursuive
sa trajectoire d’intégration européenne et euro-atlantique, sans
ingérence négative venue de l’extérieur. Il est également essentiel
que les institutions de l'État monténégrin collaborent de bonne
foi, en vue de faciliter le fonctionnement de la structure politique
et législative du pays. Nous espérons que cette élection présidentielle et
les prochaines élections législatives y contribueront.»
Bien que les deux candidats aient bénéficié d’un égal accès
aux médias publics, il a été noté que tant les chaînes de radio
et de télévision du secteur public que les médias privés avaient
fait preuve de partialité dans leur couverture de la campagne. En
général, le paysage médiatique est resté marqué par des clivages politiques
avant le second tour, et les organes de presse sont restés très
vulnérables à l'influence interne et externe d’intérêts commerciaux
et politiques.
L’observation internationale du deuxième tour de l’élection
présidentielle au Monténégro a mobilisé au total 38 observateurs
de 27 pays: 28 de ces personnes étaient des experts et des observateurs
à long terme déployés par le BIDDH, 3 étaient déployées par l’APCE
et 7 par le PE.