Modification héréditaire du génome chez l’être humain
Recommandation 2264
(2023)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Texte
adopté par la Commission permanente, agissant au nom
de l’Assemblée, le 28 novembre 2023 (voir Doc. 15855, rapport de la commission des questions sociales, de
la santé et du développement durable, rapporteur: M. Stefan Schennach).
1. En novembre 2018, il a été annoncé
que, à la suite de travaux non autorisés d’un chercheur chinois,
au moins deux bébés (des jumelles) étaient nés avec des gènes modifiés
afin de leur conférer une immunité contre le virus du VIH/sida.
Cet acte a été fortement critiqué par les éthiciens et les chercheurs
du monde entier en raison de sa nature prématurée et du risque élevé
d’effets secondaires indésirables. Cela a conduit à des appels renouvelés
en faveur d’un moratoire mondial sur les grossesses induites à partir
de cellules germinales ou d’embryons humains ayant fait l’objet
d'une modification intentionnelle du génome de leur ADN nucléaire.
2. L'Assemblée parlementaire rappelle sa
Recommandation 2115 (2017) «Le recours
aux nouvelles technologies génétiques chez les êtres humains», dans
laquelle elle soulignait que la modification intentionnelle de la
lignée germinale humaine franchirait des limites éthiquement inviolables.
En effet, la Convention du Conseil de l'Europe pour la protection
des droits de l’homme et de la dignité de l’être humain à l'égard
des applications de la biologie et de la médecine: Convention sur
les droits de l'homme et la biomédecine (STE no 164,
«Convention d’Oviedo») de 1997, qui lient les 30 États membres l’ayant
ratifiée, postule dans son article 13 qu’«[u]ne intervention ayant
pour objet de modifier le génome humain ne peut être entreprise
que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques
et seulement si elle n'a pas pour but d'introduire une modification
dans le génome de la descendance».
3. Le Comité directeur pour les droits humains dans les domaines
de la biomédecine et de la santé (CDBIO) du Conseil de l'Europe
évalue les défis éthiques et juridiques soulevés par les technologies émergentes
de modification du génome au regard de la Convention d’Oviedo. L’Assemblée
se félicite des clarifications apportées par le CDBIO en 2022, selon
lesquelles l’article 13 s’applique aussi bien à la recherche qu’au
contexte clinique, et que toute intervention visant à modifier le
génome humain ne peut être effectuée qu'à des fins préventives,
diagnostiques ou thérapeutiques – et que les gamètes, les embryons
ou leurs précurseurs qui ont fait l’objet d’une telle intervention
ne peuvent pas être utilisés à des fins de procréation.
4. Il existe un large consensus au sein de la communauté scientifique
sur le fait que la technologie actuelle n’est pas encore suffisamment
sûre et efficace pour induire une grossesse à partir de cellules
germinales ou d’embryons humains ayant fait l’objet d'une modification
intentionnelle du génome de leur ADN nucléaire, et aucun pays ne
l’autorise expressément. Ces cinq dernières années, beaucoup de
chercheurs ont toutefois exercé des pressions notables en faveur
du développement d’une «voie translationnelle pour la modification héréditaire
du génome humain», c’est-à-dire le lancement d’essais cliniques
lorsque, dans l’avenir, certaines normes minimales seront respectées.
5. Le Conseil de l'Europe a un mandat qui englobe la promotion
et la protection des droits humains de toutes les personnes. Il
lui incombe donc d'évaluer soigneusement les implications en matière
de droits humains de la modification héréditaire du génome chez
l’être humain. Les risques sont graves et multiples, et ne peuvent
être justifiés d’un point de vue éthique. Pour l'Assemblée, même
si la technologie devait être considérée comme suffisamment sûre
et efficace, l’interdiction d’induire une grossesse avec des cellules germinales,
leurs précurseurs ou des embryons humains ayant subi une modification
intentionnelle du génome de leur ADN nucléaire devrait être néanmoins
maintenue.
6. L'Assemblée recommande donc au Comité des Ministres:
6.1 d'exhorter les États membres
qui n'ont pas encore ratifié la Convention d'Oviedo à le faire sans plus
tarder;
6.2 de rappeler aux États parties à la Convention d'Oviedo
leur obligation de rendre effectif son article 28 en promouvant
un vaste débat public éclairé sur la modification héréditaire du
génome chez l’être humain; la protection du génome humain en tant
que patrimoine de l'humanité ainsi que les droits humains des générations
futures doivent aussi être débattus;
6.3 d’appeler les États membres du Conseil de l'Europe à interdire
clairement et complètement les grossesses induites à partir de cellules
germinales, de leurs précurseurs ou d’embryons humains ayant fait
l’objet d’une modification intentionnelle du génome de leur ADN
nucléaire, en introduisant une législation au niveau national et
en s'opposant à une réglementation permissive aux niveaux européen et
international.