Observation des élections législatives anticipées en Serbie (17 décembre 2023)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 15895
| 17 janvier 2024
1 Introduction
1. Le 13 octobre 2023, le Président Aleksandar Vučić
a fait part de son intention d’organiser des élections législatives
d’ici la fin de l’année. Le 1er novembre 2023,
sur proposition du gouvernement, le Président a dissous le parlement
et convoqué des élections législatives anticipées pour le 17 décembre.
Le même jour, le Président de l’Assemblée nationale de Serbie a
invité l’Assemblée parlementaire à observer le scrutin. Le 27 novembre 2023,
le Bureau de l’Assemblée a approuvé la liste des membres de la commission
ad hoc (annexe 1).
2. Par souci d’anticipation, et sous réserve de la réception
d’une invitation, le Bureau de l’Assemblée a décidé, le 13 octobre 2023,
d’observer les élections législatives anticipées prévues en Serbie
le 17 décembre 2023, de constituer une commission ad hoc composée
de 20 membres (SOC-6; PPE/DC-6; ADLE-4; CE/AD-3; GUE-1), ainsi que
des deux corapporteurs de la commission pour le respect des obligations et
engagements des Etats membres du Conseil de l'Europe (commission
de suivi), et de conduire une mission préélectorale. Le Bureau de
l’Assemblée a désigné, par consultation écrite, M. Stefan Schennach
(Autriche, SOC) en tant que président.
3. Conformément à l’accord de coopération signé le 4 octobre 2004
entre l’Assemblée parlementaire et la Commission européenne pour
la démocratie par le droit (Commission de Venise), un représentant
de la Commission de Venise a été invité à se joindre à la commission
ad hoc en qualité de conseiller juridique.
4. Une délégation préélectorale s’est rendue à Belgrade les 23
et 24 novembre 2023 pour y évaluer le climat politique en amont
des élections. Elle a rencontré un grand nombre d’interlocuteurs
et d’acteurs électoraux clés. La délégation s’est félicitée de la
préparation efficace des élections et du haut degré de confiance
à l’égard de l’administration électorale. Elle a toutefois fait
le constat d’une campagne très polarisée à l’approche des élections
législatives anticipées, marquée par un niveau de dénigrement et
de catastrophisme sans précédent, des attaques contre l’opposition
et les journalistes et de graves problèmes liés aux médias (voir
sa déclaration à l’annexe 3).
5. La commission ad hoc de l’Assemblée («délégation de l’APCE»)
a œuvré du 15 au 18 décembre 2023 dans le cadre d’une mission internationale
d’observation des élections (MIOE), aux côtés des délégations de l’Assemblée
parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (AP-OSCE), du Parlement européen (PE) et de la mission
d’observation électorale du Bureau des institutions démocratiques et
des droits de l’homme de l’OSCE (MOE du BIDDH). Le programme des
réunions de la délégation figure à l’annexe 4.
6. La MIOE a conclu que, bien que les élections législatives
anticipées serbes aient offert aux électeurs le choix entre plusieurs
options politiques et que les libertés d’expression et de réunion
aient été respectées dans l’ensemble, les élections ont été entachées
d’actes de violence isolés, d’irrégularités de procédure et de nombreuses
allégations d’organisation et de transport d’électeurs pour soutenir
le parti au pouvoir lors des élections locales également convoquées
le 17 décembre 2023. Les pressions exercées sur les électeurs ainsi que
l’implication décisive du Président, combinées aux avantages systémiques
du parti au pouvoir, ont nui au processus électoral dans son ensemble
et créé des conditions injustes (voir le communiqué de presse conjoint figurant
à l’annexe 5).
2 Contexte
politique
7. À l’issue des élections législatives
anticipées d’avril 2022
Note, le Parti
progressiste serbe (SNS), a remporté 120 des 250 sièges et le Parti
socialiste de Serbie (SPS) 31, tandis que la coalition d’opposition
«Unis pour la victoire de la Serbie» en a obtenu 38. Ces élections
ont assuré une majorité parlementaire au parti au pouvoir, le SNS,
présidé par le Président Vučić jusqu’en mai 2023 (qui domine le
paysage politique serbe depuis 2012) et à ses partenaires de coalition.
8. Après les deux fusillades de masse perpétrées en mai 2023
(notamment dans une école primaire par un jeune de 13 ans), qui
ont fait 19 morts et provoqué un véritable choc dans la société,
d’importantes manifestations réunissant des représentants des partis
d’opposition et de la société civile ont été organisées tous les
samedis pendant 27 semaines consécutives sous le slogan «La Serbie
contre la violence». Elles faisaient suite à la prétendue inaction
du gouvernement face à la demande des manifestants de porter un
coup d’arrêt à la «culture de la violence» qui, selon eux, s’est
développée dans les médias et le monde politique en Serbie. En réponse
à cette inaction, l’opposition a demandé la tenue d’élections anticipées
en guise de «stratégie de sortie» de cette crise. Des grèves ont
également été menées dans divers secteurs de la société afin d’exiger
l’engagement de réformes politiques et économiques.
9. Le 1er novembre 2023, faisant valoir
les demandes de scrutin anticipé formulées par l’opposition, le Président
dissolvait le parlement et fixait au 17 décembre 2023 la tenue d’élections
législatives anticipées.
10. Depuis 2000, toutes les élections législatives en Serbie,
sauf une, ont été des élections anticipées. Il s’agissait là du
troisième scrutin législatif en moins de quatre ans. La délégation
de l’APCE regrette une nouvelle fois que la culture d’élections
anticipées continue de prévaloir et partage l’avis du corapporteur
de la commission de suivi de l’APCE, Axel Schäfer (Allemagne, SOC),
selon lequel «l’organisation fréquente d’élections à intervalles
rapprochés déstabilise le fonctionnement de la démocratie et des
institutions de l’État»
Note.
11. Ces élections se sont déroulées sur fond de polarisation sociale
accrue et de concurrence intense entre des programmes politiques
opposés. En septembre 2023, le nord du Kosovo*
Note a connu une escalade des tensions
et des actes de violence, qui a amplifié encore davantage le débat
public sur la situation au Kosovo. Par ailleurs, un certain nombre
de préoccupations concernant le respect de la liberté d’expression
et les manœuvres d’intimidation et de harcèlement à l’encontre de
militants de la société civile, des personnes LGBTI, d’autres défenseurs
des droits humains et de journalistes sont restées sans réponse.
12. À la suite de la démission soudaine et simultanée de 65 maires
du parti au pouvoir, dont celui de Belgrade, et de l’auto-dissolution
de l’Assemblée de la région autonome de Voïvodine, des élections
locales anticipées dans un tiers des communes de Serbie et des élections
provinciales ont été convoquées à la même date, le 17 décembre 2023.
La délégation préélectorale a constaté que l’opposition voyait dans
ces élections anticipées un outil de consolidation du pouvoir et
estimait qu’elles constituaient une utilisation abusive du droit de
vote des communautés locales. Bien que la délégation de l’APCE n’ait
pas été invitée à observer ces scrutins locaux, il lui était impossible
d’en faire abstraction (l’élection de l’Assemblée de la ville de
Belgrade étant la plus contestée) et d’ignorer l’impact des questions
électorales au niveau local sur l’ensemble de la procédure électorale.
3 Système électoral
et cadre juridique
3.1 Cadre juridique
électoral
13. La Serbie est partie aux instruments
régionaux et internationaux relatifs à la tenue d’élections démocratiques.
Le cadre juridique national régissant les élections législatives
est formé par la Constitution de 2006, la loi de 2022 sur l’élection
des députés et d’autres textes législatifs, ainsi que par les instructions
et les décisions de la Commission électorale de la République.
14. La Serbie a signé et ratifié la Convention européenne des
droits de l’homme (STE n° 5) et son premier Protocole additionnel
(STE n° 9), qui consacrent un certain nombre de principes fondamentaux
pour une démocratie effective et véritable, parmi lesquels le droit
à des élections libres (article 3 du Protocole additionnel), la
liberté d’expression, la liberté de réunion et d’association, ainsi
que l’interdiction de la discrimination (articles 10, 11 et 14 de
la Convention). Cela suppose la mise en œuvre pleine et entière
des décisions de la Cour européenne des droits de l’homme dans ce
domaine.
15. Les 250 membres du parlement sont élus pour un mandat de quatre ans
dans une circonscription nationale unique, selon un système proportionnel
à liste bloquée. Les mandats sont attribués selon la méthode de
la plus forte moyenne (dite méthode D’Hondt). Les partis doivent
recueillir au moins 3 % des suffrages exprimés pour pouvoir prétendre
à l’attribution proportionnelle des sièges. Cette exigence ne s’applique
pas aux listes représentant les minorités nationales. Cette exemption
est conforme aux normes internationales qui préconisent «la participation
effective des personnes appartenant à des minorités nationales aux
[...] affaires publiques»
Note.
16. La législation électorale a été fortement remaniée au début
de l’année 2022, au terme de deux processus de dialogue transpartisan
Note entre les partis
au pouvoir et l’opposition et elle est restée dans une large mesure
inchangée depuis les élections de 2022. Le Groupe de travail interinstitutionnel
sur la coordination et le suivi de la mise en œuvre des recommandations
visant à améliorer le processus électoral, dirigé par le gouvernement,
a été reconstitué en mars 2023; les progrès réalisés dans le traitement
des questions en suspens ont toutefois été limités, les interlocuteurs
du gouvernement attribuant cette situation aux délais serrés avant
les élections anticipées. Plusieurs interlocuteurs de la MIOE ont
fait état d’une volonté insuffisante de remédier aux principaux
aspects problématiques du processus électoral et ont mis en avant
la nécessité d’assurer la bonne application de la législation en
vigueur.
17. À la demande de la commission de suivi de l’APCE, la Commission
de Venise et l’OSCE/BIDDH ont rendu, en décembre 2022, un avis sur
«le cadre constitutionnel et juridique régissant le fonctionnement
des institutions démocratiques en Serbie – Droit électoral et administration
électorale». Cet avis conjoint comprenait plusieurs recommandations
spécifiques visant à améliorer le cadre juridique régissant les élections.
Il recommandait également aux autorités serbes d’évaluer le cadre
électoral après chaque élection et, si nécessaire, de mettre en
place un système de préparation, de consultation et d’adoption des amendements
à la législation électorale bien avant les prochaines élections
Note.
18. Même si le cadre juridique est propice à la conduite d’élections
démocratiques, plusieurs problèmes majeurs restent à résoudre, notamment
en ce qui concerne la garantie de conditions équitables, les mesures visant
à prévenir tout abus de fonctions publiques et des ressources de
l’État, la séparation entre les fonctions officielles et les activités
de campagne, et la mise en place de mécanismes efficaces pour empêcher
les manœuvres d’intimidation et l’exercice de pressions sur les
électeurs, y compris l’achat de voix.
3.2 Égalité entre
les femmes et les hommes
19. Conformément à l’article 73
de la loi sur l’élection des députés, une liste électorale doit
comprendre 40% au moins de membres du sexe sous-représenté
Note. L’ensemble des listes
de candidats enregistrées étaient conformes à l’exigence selon laquelle,
dans chaque tranche de cinq candidats consécutifs, deux au moins doivent
être de sexe différent. Sur un total de 2 817 candidats au parlement,
1 205 (43%) étaient des femmes. Deux listes de candidats (11%) étaient
menées par des femmes
Note.
20. Malgré certains efforts visant à promouvoir la participation
des femmes, celles-ci restent généralement sous-représentées aux
postes pourvus par voie d’élections ou de nominations. C’était également
le cas au sein de l’administration électorale, où elles ne représentaient
que 31% de la Commission électorale de la République dans sa composition
élargie, 43,6% des commissions électorales locales et 42% des commissions électorales
de bureau de vote. La visibilité des candidates s’est avérée limitée
et les questions liées à l’égalité entre les femmes et les hommes
ont rarement été abordées dans le cadre de la campagne.
21. Les amendements à la loi électorale adoptés en 2022 imposent
une représentation équitable des femmes et des hommes et l’inclusion
de personnes en situation de handicap dans les organes de l’administration
électorale. Cependant, en raison de l’absence de mécanisme de contrôle
de leur mise en œuvre, ces dispositions n’ont pas été appliquées
de manière proactive.
4 Administration
électorale, listes électorales et enregistrement des candidats
4.1 Administration
électorale
22. Les élections législatives
anticipées ont été administrées dans le cadre d’un système de commissions électorales
à trois niveaux comprenant la Commission électorale de la République
(CER), 166 commissions électorales locales (CEL) et 8 273 commissions
électorales de bureau de vote (CEBV).
23. En raison de l’incapacité de constituer des bureaux de vote
dans les communes de résidence des électeurs, 5 CEL et 51 CEBV ont
été mis en place pour les électeurs résidant au Kosovo dans la ville
de Vranje ainsi que dans les communes de Kuršumlija, Raška, et Tutin.
24. La CER est un organe permanent chargé d’organiser les élections,
de procéder à l’enregistrement des candidats, de traiter certaines
plaintes liées aux élections et d’annoncer les résultats définitifs.
Elle comprend 17 membres permanents et 18 membres additionnels dans
sa composition étendue nommés par les candidats aux élections. Pendant
le processus électoral, la CER opère dans sa composition étendue.
Chaque parti qui présente une liste de candidats enregistrés a le
droit de désigner un représentant habilité à siéger en tant que membre
de la CER élargie, jouissant des mêmes droits et ayant les mêmes
devoirs que les membres permanents.
25. Les membres des commissions électorales sont désignés par
les partis politiques, proportionnellement à leur représentation
au sein du parlement et des assemblées locales. La composition de
la CER est renouvelée à chaque élection d’une nouvelle législature
dans un délai de six mois à compter de la constitution de l’Assemblée
nationale.
26. Les préoccupations précédemment soulevées par les missions
d’observation électorale sont toujours d’actualité en ce qui concerne
la composition des organes de l’administration électorale qui pourrait
conduire à une politisation excessive au détriment de leur neutralité,
remettant ainsi en cause leur indépendance et leur impartialité
Note. La Commission de Venise et le
BIDDH ont donc recommandé «de renforcer l’expérience et l’expertise
professionnelles de ses membres, l’équilibre entre les partis soutenant
le gouvernement et l’opposition, et l’inclusion éventuelle de membres
indépendants qui ne sont pas directement nommés par les partis ou
dont la nomination nécessite un large consensus»
Note.
27. La CER ne dispose pas de ses propres services, mais ceux de
l’Assemblée nationale lui fournissent l’expertise et l’assistance
technique et administrative nécessaires dont elle pourrait avoir
besoin dans l’exercice de ses fonctions. Le secrétaire de la CER,
nommé par l’Assemblée nationale parmi les experts employés au sein
de ses services, et un représentant du Bureau des statistiques de
la République de Serbie participent aux travaux de la Commission
mais n’ont pas le droit de prendre part à la prise de décisions.
28. Les CEBV comptent trois membres permanents et leurs suppléants,
ainsi que, dans leur composition étendue, des membres additionnels
et leurs suppléants, désignés par les candidats aux élections et
nommés par la CER.
29. La CER a tenu des sessions régulières ouvertes aux médias
et aux observateurs et retransmises en ligne, et a publié toutes
ses décisions dans un délai de 24 heures, comme l’exige la loi,
contribuant ainsi à une meilleure transparence. L’administration
électorale a mené les préparatifs électoraux de manière efficace
et transparente, en dépit des difficultés liées aux délais serrés
et à la tenue simultanée d’élections locales. De nombreuses parties
prenantes ont reconnu une amélioration de la communication et de
la transparence de la CER, ce qui a suscité une confiance accrue
dans son travail.
30. La loi confère à la CER la responsabilité d’élaborer des programmes
de formation et d’organiser des formations à l’intention des membres
et des suppléants des administrations électorales de niveau inférieur. Contrairement
aux recommandations formulées antérieurement par le BIDDH et la
Commission de Venise
Note, la
participation des membres des CEBV aux formations n’a pas été rendue
obligatoire, et les nombreuses modifications de dernière minute
apportées à la composition des CEBV sont préoccupantes. L’éducation
des électeurs a été limitée et dispensée principalement par le biais
de plateformes numériques.
4.2 Listes électorales
31. Les citoyens de plus de 18 ans
disposant de la capacité juridique bénéficient du droit de vote
et d’éligibilité. Les restrictions au droit de vote des citoyens
totalement privés de leur capacité juridique par une décision de
justice vont à l’encontre des normes internationales et des recommandations
formulées précédemment par le BIDDH et la Commission de Venise
Note.
32. L’inscription des électeurs est automatique. Le registre électoral
unifié consiste en une base de données électronique gérée par le
ministère de l’Administration publique et de l’Autonomie locale
et actualisée en permanence à partir des procès-verbaux des communes,
des données fournies par les institutions publiques et des demandes
d’électeurs.
33. Depuis le 14 septembre 2023, les citoyens sont en mesure de
vérifier et de mettre à jour en ligne les informations les concernant
dans le registre électoral, et ce gratuitement. La CER a publié
les données relatives à l’inscription des électeurs ventilées par
commune et par bureau de vote, donnant ainsi aux parties prenantes
la possibilité de procéder à un examen plus approfondi.
34. Le nombre définitif d’électeurs était de 6 500 666. Bien que
le caractère exhaustif des listes électorales n’ait suscité aucune
inquiétude, des allégations faisant état de la présence dans le
registre du nom de nombreuses personnes décédées, notamment à l’étranger,
ainsi que de la migration d’électeurs dans le cadre des scrutins
locaux, ont ébranlé la confiance dans l’exactitude de ces listes.
35. La loi électorale de 2022 a supprimé la condition préalable
de résidence permanente pour pouvoir voter, mais la loi relative
au registre électoral unifié a maintenu l’obligation de fournir
une adresse permanente pour figurer dans ledit registre. D’après
le ministère de l’Administration publique et de l’Autonomie locale,
et selon les précisions apportées par le ministère de l’Intérieur
en septembre 2023, les électeurs ne disposant pas d’une adresse
sont inscrits sur la liste électorale correspondant à leur dernier
domicile enregistré. Cette mesure pourrait mettre fin à la pratique
largement répandue consistant à radier des électeurs de la liste
dès lors que le ministère de l’Intérieur établissait qu’ils ne résidaient
pas en permanence à l’adresse sous laquelle ils étaient inscrits.
36. Plusieurs lacunes ont été décelées en ce qui concerne l’exactitude
du registre électoral unifié et les incohérences entre les exigences
de transparence énoncées dans la loi y afférente et la législation
relative à la protection des données. La Commission de Venise et
le BIDDH ont recommandé «(1) d’harmoniser complètement les lois
sur le registre électoral unifié et sur la protection des données
personnelles, qui devraient détailler l’étendue des données personnelles
des électeurs rendues publiques, et l’accès sûr et légal à ces données;
(2) d’envisager la mise en place d’un mécanisme de contrôle externe
indépendant de l’inscription des électeurs, par la CER ou un organe
ad hoc doté d’un mandat clair; (3) de répondre aux préoccupations
concernant l’exactitude des listes électorales, en envisageant la
réalisation d’un audit indépendant du registre électoral unifié»
Note.
4.3 Enregistrement
des candidats
37. Tout citoyen ayant le droit
de vote peut se présenter aux élections législatives.
38. Les listes de candidats aux élections législatives doivent
recueillir les signatures authentifiées d’au moins 10 000 électeurs
(5 000 pour les listes représentant des minorités nationales). Le
coût de la certification de chaque signature s’élève à 30 RSD, ce
qui représente une charge financière conséquente pour certains petits
partis politiques. Les partis, les coalitions ainsi que les groupes
de citoyens sont habilités à désigner des candidats
Note. Les candidats indépendants
ne sont pas autorisés à participer aux élections à titre individuel. Contrairement
aux bonnes pratiques internationales et aux recommandations antérieures
de la Commission de Venise et du BIDDH, les électeurs ne peuvent
déclarer leur soutien qu’à un candidat à la présidence et une seule
liste de candidats au parlement
Note.
39. L’enregistrement des listes de candidats était globalement
inclusif. En effet, la CER a enregistré les listes de 18 partis
politiques et candidats, dont 7 représentant des minorités nationales
Note, et
a rejeté deux listes en raison de manquements dans les documents
fournis à l’appui des candidatures
Note.
En revanche, elle n’a pas systématiquement appliqué les critères
liés à la prise en compte du statut de minorité nationale lors du traitement
des demandes d’enregistrement de listes ayant déclaré représenter
des minorités nationales.
5 Campagne électorale
et financement de la campagne
5.1 Campagne électorale
40. La campagne s’est principalement
concentrée sur les questions économiques et, dans une moindre mesure,
sur la politique d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne et
les relations internationales, le statut du Kosovo et les migrations.
Alors que la coalition au pouvoir faisait valoir ses réalisations,
l’opposition a mis l’accent sur l’appel à la destitution du Président,
la lutte contre la corruption et la prévention de la violence, notamment
en réponse aux fusillades perpétrées au mois de mai.
41. La campagne s’est déroulée dans un contexte globalement respectueux
des libertés de réunion et d’expression et les élections ont offert
aux électeurs le choix entre de véritables options politiques.
42. Cependant, la campagne, dans l’ensemble calme, a été marquée
par un durcissement de la polarisation, la tenue de propos agressifs,
la volonté de discréditer personnellement les opposants, des insultes
verbales et un langage incendiaire. Les pressions exercées sur les
employés du secteur public, l’abus de ressources publiques et les
tentatives d’orientation du vote ont suscité des préoccupations
quant à la capacité des électeurs à faire un choix à l’abri de toute
pression indue. Outre certaines difficultés d’accès aux lieux publics
rencontrées par l’opposition, ces pratiques ont biaisé les règles
du jeu et brouillé la frontière entre le parti et l’État, ce qui
est contraire aux normes internationales.
43. Par ailleurs, la campagne a été dominée par le Président sortant.
Bien qu’il n’ait pas été candidat à ces élections, le Président Vučić
a joué un rôle central dans la campagne. Il a participé activement
aux événements organisés par le SNS et assuré une présence massive
à la télévision et sur les panneaux d’affichage, conférant ainsi
un avantage indu à son parti. De nombreux représentants de l’opposition
ont fait part de leurs préoccupations quant à l’intitulé de la liste
de la coalition conduite par le SNS («Aleksandar Vučić. La Serbie ne
doit pas s’arrêter»), qui, combiné à l’utilisation de son nom et
de son image dans le cadre de la campagne, remet en question le
principe constitutionnel selon lequel le Président doit «exprimer
l’unité étatique de la République de Serbie».
5.2 Financement de
la campagne
44. Le financement des campagnes
est principalement régi par la loi de 2022 sur le financement des activités
politiques et la loi de 2019 sur la prévention de la corruption.
Cette législation prévoit à la fois des financements publics et
privés. Elle fixe des limites quant à la valeur maximale des dons
de sources privées (soit l’équivalent de 10 salaires mensuels moyens
pour une personne physique et 30 pour une personne morale). En outre,
elle interdit la collecte de fonds au profit d’une entité politique.
45. Les partis politiques représentés au parlement perçoivent
des fonds publics annuels proportionnels aux résultats qu’ils ont
obtenus lors des dernières élections, sachant qu’ils peuvent les
utiliser pour financer leurs campagnes électorales
Note. Celles-ci peuvent également
être financées par des dons monétaires et en nature, des prêts,
les cotisations des adhérents et d’autres sources de financement
privé. Les dons doivent obligatoirement être effectués par virement
bancaire, et ceux dont le montant est supérieur à un salaire mensuel
moyen doivent être publiés sur le site web des partis politiques
dans un délai de huit jours à compter de la date de leur réception.
46. L’Agence de prévention de la corruption (APC) est chargée
de contrôler le financement des partis politiques et des campagnes
électorales.
47. Les récents changements législatifs opérés en 2022 ont amélioré
la réglementation du financement des campagnes électorales et donné
suite à plusieurs recommandations du BIDDH et de la Commission de Venise.
Les nouvelles dispositions introduites prévoient notamment la nécessité
pour les partis et les candidats de produire un rapport intermédiaire
sur les dépenses électorales avant le jour du scrutin (en plus des
rapports établis au cours du processus électoral). Bien que cette
mesure constitue une avancée, le rapport intérimaire ne couvre que
la période allant jusqu’à 15 jours avant la tenue du scrutin, et
néglige ainsi la phase finale de la campagne juste avant les élections.
Les amendements ont également plafonné les cotisations d’adhésion.
48. Les partis politiques sont tenus de déclarer leurs recettes
et dépenses de campagne, y compris en ligne, à l’APC, dans un premier
temps sept jours au plus tard avant le jour du scrutin et, dans
un second temps, dans les 30 jours suivant la publication des résultats
électoraux; ces rapports doivent être publiés sur le site web de l’APC.
Avant le jour du scrutin, celle-ci a publié 14 rapports intérimaires,
proposant aux électeurs des informations supplémentaires pour examen.
L’Agence est tenue de rendre compte de son contrôle des dépenses
au titre de la campagne dans les 120 jours suivant la soumission
des rapports finaux par les entités politiques.
49. Les amendements apportés en 2022 ont confié à l’APC des responsabilités
accrues. Pour ces élections, l’Agence a déployé 144 observateurs
sur le terrain chargés de recueillir des informations sur les dépenses
de campagne, afin de pouvoir comparer les montants indiqués dans
les rapports finaux avec ses propres données ainsi collectées. Cependant,
plusieurs interlocuteurs du BIDDH ont déclaré n’avoir guère confiance
dans la capacité de l’APC à déceler les éventuelles violations des
règles de financement des campagnes électorales et à y réagir
NoteNote.
50. Malheureusement, certaines des recommandations formulées précédemment,
notamment celles relatives à l’amélioration du mécanisme de contrôle
et à l’introduction d’un plafonnement des dépenses
Note de campagne, n’ont pas été prises en
compte. Cette situation réduit la transparence du contrôle et contribue
à des niveaux de dépenses élevés. L’absence de plafonnement des
dépenses dans la législation électorale de la République de Serbie,
même si elle n’est pas contraire aux normes internationales, est
une lacune qui compromet l’objectif d’assurer l’égalité des chances.
Par ailleurs, l’absence de réglementation concernant les dépenses
engagées par de tierces parties laisse la possibilité de contourner
les règles relatives au financement des campagnes électorales.
5.3 Abus de ressources
administratives
51. L’abus de ressources administratives
reste un problème, comme le notent la Commission de Venise et le
BIDDH dans leur avis rendu récemment
Note. Les organismes internationaux
ont recommandé à la Serbie d’améliorer la réglementation en vigueur
et de veiller à renforcer sa mise en œuvre effective par le biais
de sanctions dissuasives, y compris la disqualification et la perte
de mandat.
52. Un certain nombre de partis politiques rencontrés par le BIDDH
dans le cadre de ces élections ont fait part de préoccupations similaires
concernant l’avantage indu conféré au parti au pouvoir grâce aux
allocations distribuées à différentes catégories d’électeurs, notamment
les retraités et les étudiants, perçues comme une manœuvre visant
à influencer le comportement des électeurs à l’approche du scrutin
Note.
53. L’APC est habilitée à enquêter sur les abus potentiels de
fonctions publiques dans les activités de campagne, qui contreviennent
à la loi sur la prévention de la corruption. Toutefois, les avertissements
qu’elle émet ne sont pas publiés et les sanctions plus lourdes imposées
ne sont rendues publiques qu’au terme de la procédure d’appel administratif,
dont la durée encore longue nuit à l’efficacité d’un tel recours,
en dépit d’une recommandation formulée antérieurement par le BIDDH
et la Commission de Venise. L’APC a mené des enquêtes sur plus de
30 dossiers de ce type, mais n’a publié aucune décision avant le
jour du scrutin. Le fait qu’elle n’intervienne pas publiquement
pour dénoncer l’abus de fonctions publiques réduit l’effet dissuasif
de ses sanctions.
54. La loi prévoit également l’établissement d’une commission
ad hoc chargée de la surveillance de la campagne, et susceptible
de faire des déclarations publiques concernant des violations des
règles de campagne. Cependant, cette commission ne dispose pas du
mandat nécessaire pour traiter les plaintes individuelles, et la
formule utilisée pour sa nomination garantit une majorité aux partis
politiques au pouvoir. Avant le jour du scrutin, la commission a
publié deux déclarations dans lesquelles elle demandait instamment aux
candidats d’agir avec intégrité. Elle n’a pas donné suite à la proposition
avancée par un membre de faire une déclaration concernant l’engagement
du Président Vučić dans la campagne.
6 Environnement
médiatique
55. La télévision demeure la principale
source d’information, suivie des médias en ligne et des réseaux sociaux.
Bien que la Serbie dispose d’un grand nombre de médias, la diversité
des points de vue a été considérablement réduite par le degré élevé
de polarisation et la forte influence du gouvernement sur la plupart d’entre
eux. Le contrôle excessif du gouvernement sur le paysage médiatique
continue de susciter des inquiétudes
Note.
56. La loi sur l’élection des députés rassemble les règles relatives
aux campagnes électorales, selon lesquelles les citoyens ont le
droit d’être informés par les médias de service public des programmes
électoraux et des activités que mènent les candidats et les partis
ou coalitions.
57. Le 26 octobre 2023, à l’issue de vastes consultations avec
les parties prenantes concernées, l’Assemblée nationale de la République
de Serbie a adopté la loi sur l’information publique et les médias
ainsi que celle sur les médias électroniques, qui sont entrées en
vigueur le 4 novembre 2023. Ces lois ont notamment apporté des changements
positifs, en fournissant une nouvelle définition de la publicité
politique, et en introduisant des dispositions visant à prévenir
la censure et toute ingérence indue dans les activités des fournisseurs
de services de médias, ainsi que des mesures visant à renforcer
l’indépendance de l’Autorité de régulation des médias électroniques
(ces mesures s’appliquant à la réélection de ses membres). Cependant, ces
nouveaux textes législatifs permettent aux entreprises publiques
de télécommunication de détenir des médias, au risque d’accroître
l’influence de l’État sur les médias.
58. La loi sur les médias électroniques, adoptée le 26 octobre 2023,
a étendu l’interdiction de la couverture médiatique des événements
d’ouverture ou d’inauguration de projets d’intérêt public par des
fonctionnaires de l’État, qui sont également candidats, à une période
de 30 jours avant le jour du scrutin, donnant ainsi suite à une
recommandation de la Commission de Venise, ce qu’il convient de
saluer. Cependant, la promotion massive de projets d’infrastructure
gouvernementaux pendant la période de campagne par des agents publics qui
n’étaient pas candidats a faussé les règles du jeu.
59. La loi oblige tous les radiodiffuseurs publics à diffuser
des informations sur les candidats en lice d’une manière objective
et non discriminatoire. Les médias de service public doivent assurer
une couverture égale de tous les candidats et leur accorder un temps
d’antenne égal pour présenter leur programme.
60. L’ensemble des chaînes nationales observées par le BIDDH ont
couvert les activités de campagne des candidats aux élections conformément
à la loi, en accordant à chacun d’entre eux le même temps d’antenne. Les
médias ont toutefois fait la part belle aux partis au pouvoir et
assuré une couverture positive du Président. Ce dernier et le parti
au pouvoir sont apparus dans 91% des bulletins d’information sans
rapport avec les élections, diffusés sur les chaînes nationales.
Plus de la moitié de la couverture qui leur était consacrée était positive,
tandis que l’opposition était souvent présentée sous un jour négatif
sur TV Pink et B92. L’absence
de véritables reportages analytiques dans la plupart des médias
qui ont fait l’objet d’un contrôle a entravé la possibilité pour
les électeurs de faire un choix éclairé. L’opposition a mis en avant
sa difficulté persistante à accéder aux radiodiffuseurs pour présenter
son point de vue avant les élections.
61. Il a été signalé à de nombreuses reprises à la MIOE que des
journalistes critiques à l’égard du gouvernement avaient été victimes
d’insultes verbales, y compris de la part de représentants de l’État,
ainsi que d’attaques concertées menées par des médias pro-gouvernementaux.
Plusieurs journalistes, en particulier dans les régions, ont déclaré
avoir reçu des menaces et subi des pressions et des intimidations,
et avoir été la cible d’actions en justice.
62. L’organe chargé de superviser les médias audiovisuels, à savoir
l’Autorité de régulation des médias électroniques, est resté globalement
passif dans la régulation de la conduite des médias pendant la campagne. L’Autorité
n’a publié aucun résultat de la surveillance exercée au cours de
la campagne, et n’a engagé aucune procédure sur la base de ces résultats.
Par ailleurs, elle n’a émis publiquement, avant le jour du scrutin,
aucune réponse aux 22 plaintes reçues, arguant du fait que leur
traitement ne peut se faire de manière expéditive, ce qui a continué
à nuire considérablement à son efficacité. Dans sa composition actuelle,
l’Autorité jouit d’une confiance limitée du public quant à son indépendance
et son efficacité. Malheureusement, aucun représentant de l’Autorité
n'a souhaité rencontrer la délégation préélectorale en novembre
2023, ni les observateurs internationaux de l'APCE et de l’AP-OSCE
à la veille des élections.
7 Recours
63. La CER est habilitée à examiner
les plaintes déposées par les électeurs, les candidats et les partis
qui soumettent des listes de candidats, dès lors qu’elles portent
sur des décisions, l’absence de décision ou l’inaction d’une commission
électorale
Note. La personne
ou le parti concerné doit déposer son recours dans les 72 heures
après le rendu de la décision ou l’expiration de la période dans
laquelle la décision aurait dû être rendue, ou dans laquelle une
mesure aurait dû être prise. La CER dispose ensuite de 72 heures
pour émettre et publier sa décision. S’agissant des réclamations
portant sur des résultats électoraux, l’auteur doit introduire un
recours auprès de la CER dans les 72 heures suivant la fermeture
du ou des bureaux de vote concernés.
64. Il est possible de saisir la Cour administrative, qui est
la juridiction qui statue en dernier ressort. La CER a 24 heures
pour transmettre le recours à la Cour administrative, laquelle dispose
ensuite de 72 heures pour rendre sa décision.
65. Les modifications apportées à la législation en février 2022
ont pris en compte plusieurs recommandations antérieures de la Commission
de Venise et du BIDDH visant à améliorer l’efficacité du règlement
des litiges, en permettant notamment aux électeurs inscrits dans
un bureau de vote de former un recours et en prolongeant les délais
impartis pour le dépôt et l’examen des plaintes, en exigeant la
publication, dans les 24 heures, de toutes les décisions prises
par la CER et les CEL, et en introduisant la possibilité de contester
les procès-verbaux de résultats des CEBV et les décisions des CEL
concernant la compilation des résultats.
66. Les litiges électoraux peuvent également être portés devant
la Cour constitutionnelle une fois que toutes les autres voies de
recours juridique ont été épuisées. La Cour constitutionnelle est
habilitée à invalider les élections si elle constate des irrégularités
susceptibles d’avoir influencé le résultat. Les réclamations concernant
des irrégularités en matière de financement des campagnes et l’abus
de ressources administratives peuvent être déposées auprès de l’APC.
La police, le procureur, le médiateur et le commissaire à la protection
des données personnelles sont également en mesure de traiter des
litiges électoraux qui ont fait l’objet de plaintes.
67. Avant le jour du scrutin, la CER a traité 23 plaintes, principalement
liées à l’enregistrement ou au rejet de listes de candidats. Toutes
ont été examinées dans les délais impartis et dans le cadre de séances publiques.
Le registre des recours, tenu sur le site web de la CER, a été régulièrement
mis à jour et incluait les décisions et appels des CEL, contribuant
ainsi à la transparence du règlement des litiges électoraux et donnant suite
à une recommandation formulée antérieurement par le BIDDH.
68. La Cour administrative a confirmé les sept décisions de la
CER dont elle avait été saisie. Les décisions de la Cour étaient
motivées et ont été publiées en temps voulu sur son site web. Certains
interlocuteurs de la MIOE ont estimé que les commissions électorales
et les tribunaux pourraient être soumis à des influences politiques,
ajoutant n’avoir ainsi qu’une confiance limitée dans le règlement
impartial des litiges qu’ils sont amenés à traiter
Note.
69. Les plaintes relatives à un abus des ressources et fonctions
publiques dans le cadre de campagnes électorales sont soumises à
l’APC. La loi prévoit également l’établissement d’une commission
ad hoc chargée de la surveillance de la campagne, qui peut faire
des déclarations publiques concernant des violations des règles
de campagne. Ces deux instances n’ont toutefois eu qu’un impact
limité sur le traitement des plaintes relatives à l’abus de ressources
administratives (voir le point 5.3).
8 Observateurs
citoyens et internationaux
70. La législation électorale prévoit
explicitement la présence d’observateurs citoyens et internationaux.
Les organisations de la société civile enregistrées dont les objectifs
statutaires ont trait aux élections ont le droit de nommer des observateurs,
jusqu’à sept jours avant les élections, tandis qu’un délai de dix jours
avant les scrutins s’applique aux observateurs internationaux.
71. Le Centre pour des élections libres et la démocratie (CeSID)
et le Centre pour la recherche, la transparence et la responsabilité
(CRTA) ont mené des observations à long terme à l’échelle nationale. D’autres
organisations, comme le Bureau pour la recherche sociale (BIRODI)
et Transparency International, ont examiné divers aspects du processus,
et ont notamment assuré un suivi des médias et analysé le financement
de la campagne.
72. La CER s’est chargée de l’accréditation rapide et sans heurts
de la délégation de l’APCE et des autres observateurs internationaux
et a pris toutes les dispositions nécessaires afin que le chef de
la délégation puisse observer le déroulement du scrutin dans l’établissement
pénitentiaire de Sremska Mitrovica.
73. Au total, 5 112 observateurs représentant 9 organisations
de la société civile et 475 observateurs internationaux issus de
25 organisations ont été accrédités par la CER. Des observateurs
citoyens ont suivi le processus dans un bureau de vote sur quatre,
contribuant ainsi à la transparence du processus électoral. Cependant,
plusieurs organisations de la société civile ont fait part à la
MIOE d’un climat tendu et d’une diminution de l’espace pour les
activités civiques.
9 Jour du scrutin
74. Selon les chiffres publiés
par la CER le 17 décembre 2023, le taux de participation le jour
du scrutin était de 58,58 %.
75. Le jour du scrutin, la délégation de l’APCE s’est scindée
en onze équipes qui ont observé le vote à Belgrade et ses environs,
ainsi qu’à Novi Sad, Niš, Šabac, Pancevo et Sremska Mitrovica (y
compris dans son établissement pénitentiaire).
76. Le non-respect du secret du vote dans certains bureaux de
vote, les files d’attente devant d’autres, l’exiguïté des locaux
(parfois bondés) et les difficultés d’accès pour les électeurs handicapés
ont été évoqués par plusieurs équipes. Dans un des lieux, des hommes
à la carrure imposante ont été vus en train de déambuler d’un bureau
de vote à l’autre dans un bâtiment scolaire. Dans un autre endroit,
ils se tenaient à l’extérieur du bureau de vote, influençant ainsi
potentiellement les électeurs. Dans un bureau de vote, une femme
a présenté six bulletins de vote reçus à son adresse, tout en affirmant
que les personnes concernées n’y résidaient pas. Une des équipes
a été témoin de l’acheminement par bus de personnes originaires
de Bosnie-Herzégovine vers la Štark Arena de Belgrade
Note. Des tensions pendant le décompte
ont été observées dans un bureau de vote, tandis que dans un autre,
trois bulletins de vote imprimés (et tamponnés), mais de couleur
légèrement différente, ont été trouvés empilés dans l’urne et mis
de côté par la commission électorale de bureau de vote au terme
de longues discussions. Le président de l’une de ces commissions
s’est adressé aux observateurs de l’APCE pour se plaindre des pressions
exercées sur les électeurs afin de les inciter à se rendre aux urnes.
77. Les observateurs de la MIOE ont jugé satisfaisant le déroulement
du scrutin dans 93% des 1 220 bureaux de vote observés.
78. Le jour du scrutin s’est déroulé dans l’ensemble de manière
ordonnée, mais il a été marqué par des cas isolés d’agressions physiques.
Un véhicule appartenant aux observateurs de la CRTA a été endommagé
à Odzaci, et des membres de CEBV ainsi qu’un militant ont été agressés.
79. De nombreuses allégations ont fait état d’électeurs résidant
à l’étranger dont le déplacement a été organisé et qui ont été transportés
en bus par le parti au pouvoir pour aller voter aux élections locales
à Belgrade. La loi n’interdit pas d’assurer l’acheminement en bus
des électeurs, sauf lorsque ce service est fourni en échange de
votes.
80. La CRTA a émis des soupçons crédibles concernant des cas identifiés
de transport organisé d’électeurs, de vote supervisé, [et] de manipulation
éventuelle de l’identité d’électeurs dans 71 bureaux de vote, soit
14% de ceux de Belgrade. Elle a également indiqué que l’ampleur
des migrations organisées d’électeurs
Note était telle qu’elle
a pesé de manière décisive sur les résultats électoraux très serrés
à l’Assemblée de la ville de Belgrade
Note. Dans un message publié sur les
réseaux sociaux, le Premier ministre a nié toute malversation à
cet égard.
81. Les évaluations négatives faites par les observateurs de la
MIOE étaient principalement liées à l’affluence excessive et à l’insuffisance
des mesures prises pour garantir le secret du vote, en contradiction avec
les recommandations de longue date du BIDDH et de la Commission
de Venise, ainsi qu’au vote collectif ou familial pratiqué dans
quelque 19% des bureaux de vote. De graves irrégularités ont été
constatées, notamment l’achat de voix (9 cas), le bourrage d’urnes
(5 cas), et la présence de personnes non autorisées en train de
surveiller la participation électorale (14 cas). La MIOE a également
été témoin d’électeurs prenant en photo leur bulletin de vote (22 cas)
et de tentatives visant à influencer les électeurs dans leur choix
(20 cas).
82. D’autres vices de procédure (par exemple des urnes mal scellées,
la vérification aléatoire de l’identité des électeurs ou un contrôle
superficiel d’éventuelles traces d’encre invisible sur les doigts
des électeurs) ont été relevés dans 39% des observations, principalement
en raison d’une mauvaise application des procédures par les membres
des CEBV, ce qui pourrait être révélateur d’un manque de formation
adéquate. Dans 3% des cas, des personnes non autorisées étaient
présentes dans les bureaux de vote, parfois de manière intimidante.
83. Dans 9% des observations, en raison principalement de l’exiguïté
des locaux, l’agencement des bureaux de vote n’était pas approprié
à la conduite du scrutin. Cette situation, combinée au nombre élevé
de membres des CEBV, s’est traduite par un engorgement dans 10%
des lieux observés. Près de 60% des bureaux de vote n’étaient pas
accessibles de façon indépendante aux personnes en situation de
handicap physique et, dans 25% des cas, la configuration des lieux
n’était pas adaptée à ces électeurs, en dépit des efforts déployés
pour améliorer l’accessibilité.
84. Peu après la clôture du scrutin, la CER a commencé à publier
les résultats électoraux par bureau de vote. La Première ministre
Ana Brnabić a déclaré, à 21h30, la victoire du parti au pouvoir,
le SNS, en s’appuyant sur des projections basées sur des données
non officielles. Un peu plus tard, le président de la CER a donné
une conférence de presse et communiqué les résultats préliminaires
partiels des élections.
85. La CER a décidé d’organiser de nouvelles élections législatives
anticipées dans 35 bureaux de vote
Note. Cependant, l’opposition a annoncé
qu’elle n’y participerait pas, estimant qu’il fallait reconduire
l’ensemble des scrutins. De nouvelles élections législatives anticipées
ont aussi été tenues dans huit bureaux de vote de cinq communes
serbes, le 2 janvier 2024.
86. Le 12 janvier 2024, la CER a publié les résultats des élections,
menant à la victoire du parti au pouvoir, le SNS, aux élections
législatives. Les résultats obtenus dans les 8 273 bureaux de vote
sont les suivants:
- «Aleksandar
Vučić. La Serbie ne doit pas s’arrêter», Parti progressiste serbe
(SNS): 46,75% des suffrages exprimés (1 783 701 voix) - 129 sièges
(sur 250)
- La coalition d’opposition «La Serbie contre la violence»:
23,66% (902 450 voix) - 65 sièges
- «Ivica Dačić – Premier Ministre de la Serbie», Parti socialiste
de Serbie (SPS): 6,55% (249 916 voix) - 18 sièges
- La coalition d’opposition NADA: 5,02% (191 431 voix) -
13 sièges
- «Nous – la voix du Peuple», liste menée par Branimir Nestorovic:
4,69% (178 830 voix) - 13 sièges
- Alliance des Hongrois de Voïvodine (64 747 voix) - 6 sièges
- Coalition Usame Zukorlic - Tomislav Zigmanov (29 066 votes)
- 2 sièges
- SDA Sandzak - Dr Sulejman Ugljanin (21 827 voix) - 2 sièges
- Saip Kamberi Combat politique des Albanais (13 501) -
2 sièges
- Parti russe (11 369 voix) - 1 siège.
87. D’autres listes (autres que celle des minorités nationales)
n’ont pas franchi le seuil des 3%. C’est le cas de la coalition
«Rassemblement national» des deux partis d’extrême droite Dveri
(littéralement, «portes») et Zavetnici («Les gardiens du serment»)
(2,76%), du Parti radical serbe de Vojislav Seselj (1,46%), de la coalition
«Bonjour Serbie» menée par Saša Radulović et Boris Tadić (1,18%)
et le Parti populaire de Vuk Jeremić (0,88%).
10 Développements
post-électoraux
88. Les résultats des scrutins,
en particulier ceux des élections locales à Belgrade, ont été contestés
par l’opposition, et ont donné lieu à d’importantes manifestations
organisées par le parti «La Serbie contre la violence» ou par l’association
non partisane ProGlas. La cheffe de «La Serbie contre la violence», Marninka Tepić,
rejointe ultérieurement par d’autres membres de l’opposition, a
mené une grève de la faim de 13 jours. De son côté, un groupe d’étudiants
a appelé à un blocage de 24 heures des rues de la capitale. Une manifestation
organisée le 24 décembre 2023 a dégénéré lorsque des manifestants
ont tenté de prendre d’assaut l’Assemblée de la ville de Belgrade.
Les forces de l’ordre ont arrêté 38 personnes, dont des étudiants, qui
ont été poursuivies pour avoir remis en cause l’ordre constitutionnel.
Plusieurs protestataires ont affirmé que des hooligans avaient infiltré
les manifestations, tout en dénonçant des violences policières disproportionnées.
89. Le Président et la Première ministre ont rejeté toutes les
allégations de fraude électorale, ont qualifié les manifestants
de «voyous» et s’en sont pris aux observateurs internationaux, y
compris au chef de la délégation de l’APCE, pour les déclarations
faites après la publication des conclusions de la MIOE, ce qui est
tout à fait inapproprié. Tout en remerciant la Russie de les avoir
averties à l’avance des manifestations, les autorités ont également
affirmé que l’Occident encourageait ces mouvements de protestation.
90. Le 23 décembre 2023, la CER a examiné les éléments de preuve
fournis par la coalition «La Serbie contre la violence» et sa demande
de convoquer et d’organiser de nouvelles élections pour l’Assemblée
de la ville de Belgrade. La CER s’est déclarée incompétente pour
répondre à cette demande mais, faisant suite aux allégations d’inscriptions
abusives, elle a demandé au ministère de l’Administration publique
et de l’Autonomie locale et au ministère de l’Intérieur de vérifier
les inscriptions au registre électoral unifié et la résidence enregistrée
des électeurs qui ont été appelés à voter lors des élections tenues
le 17 décembre 2023
Note.
91. À Belgrade, la commission électorale locale a annoncé que
le parti au pouvoir, le SNS, avait remporté 39% des voix (49 des
110 sièges de l’Assemblée de la ville), la coalition «La Serbie
contre la violence» ayant obtenu 34% des voix (43 sièges). L’opposition
a annoncé la poursuite des manifestations, appelant à l’organisation
de nouvelles élections et à la réalisation d’une enquête internationale,
proposition qui a été rejetée par le Président Vučić.
92. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de
l’Europe a réagi à ces événements. Son porte-parole pour l’observation
des élections locales et régionales, Stewart Dickson, s’est déclaré
très préoccupé par les graves irrégularités signalées et a appelé
les autorités serbes à traiter tous les cas présumés de violations
du processus électoral au niveau local et à mener des enquêtes en
bonne et due forme
Note. Le 27 décembre 2023, le président
du Congrès, Marc Cools, a demandé à M. Dickson de se rendre à Belgrade rapidement
en début d’année pour rencontrer les autorités serbes afin de discuter
des améliorations à apporter aux processus électoraux et des réformes
urgentes à entreprendre pour combattre le recours à toute fraude potentielle.
11 Conclusions et recommandations
93. Bien que les élections législatives
anticipées de Serbie aient offert aux électeurs le choix entre plusieurs options
politiques et que les libertés d’expression et de réunion aient
été dans l’ensemble respectées, elles ont été marquées par des conditions
injustes et entachées d’irrégularités de procédure et de nombreuses allégations
d’organisation et de transport d’électeurs pour soutenir le parti
au pouvoir lors des élections locales.
94. La délégation de l’APCE rappelle qu’une élection et son observation
ne se limitent pas au jour du scrutin mais constituent un processus
comportant plusieurs phases qui doivent toutes être analysées et
évaluées afin d’avoir une appréciation globale de l’ensemble du
processus électoral.
95. La Mission internationale d’observation des élections a conclu
que:
- bien qu’elles aient été
techniquement bien administrées et qu’elles aient offert aux électeurs
le choix entre plusieurs options politiques, les élections législatives
anticipées ont été dominées par l’implication décisive du Président,
qui, associée aux avantages systémiques du parti au pouvoir, a créé
des conditions injustes;
- le jour du scrutin s’est déroulé sans heurts mais a été
marqué par de nombreux vices de procédure, notamment une application
irrégulière des garanties procédurales pendant le vote et le décompte,
des exemples fréquents d’encombrement des bureaux de vote, des violations
du secret du vote et de nombreux cas de vote collectifNote;
- la fréquence des élections anticipées a érodé encore davantage
la confiance du public dans le fonctionnement des institutions démocratiques
et, conjuguée au manque de volonté politique, n’a pas permis d’entreprendre
les réformes nécessaires;
- les libertés fondamentales ont été globalement respectées
au cours de la campagne, mais que celle-ci a été entachée par une
rhétorique violente, des médias biaisés, des pressions exercées
sur les employés du secteur public et un abus des ressources publiques.
Les médias ont assuré la couverture de tous les candidats, mais
la plupart des radiodiffuseurs nationaux n’ont pas proposé de véritables reportages
analytiques, limitant ainsi la capacité des électeurs à faire un
choix éclairé;
- la sous-représentation des femmes dans la campagne témoigne
de la nécessité de s’engager plus résolument à garantir leur participation
adéquate à la vie politique;
- les activités de la Commission électorale de la République
ont bénéficié d’une meilleure communication et d’une plus grande
transparence, suscitant ainsi une confiance accrue dans son travail.
- les organes de surveillance de la campagne et des médias
électroniques se sont toutefois révélés, dans une large mesure,
inefficaces et incapables de prévenir les violations au cours de
la période électorale.
96. Sur la base de ces constats, la délégation de l’APCE note
avec inquiétude qu’un certain nombre d’irrégularités et de manquements
constituent des problèmes récurrents et profondément ancrés, auxquels
les autorités du pays doivent s’attaquer dans les meilleurs délais.
97. Par ailleurs, la délégation juge particulièrement regrettable
et inapproprié que le chef de la délégation de l’APCE et un autre
membre de la MIOE aient été pris pour cible par de hauts représentants,
ainsi que par des médias progouvernementaux, et accusés de «déstabiliser
le pays» à la suite de leur évaluation des élections à la suite
de la publication des conclusions de la MIOE.
98. La délégation souligne que la «culture des élections anticipées»
qui prévaut en Serbie et l’instrumentalisation des cycles électoraux
nuisent au bon fonctionnement des institutions démocratiques du pays
et les empêchent de remplir leur mission. Ce troisième scrutin législatif
consécutif en l’espace de quatre ans – toutes les élections législatives
en Serbie depuis 2000, sauf une, ayant été des élections anticipées
– compromet encore davantage le fonctionnement des institutions
démocratiques et des institutions indépendantes de l’État.
99. Ces élections fréquentes entravent également le bon fonctionnement,
en toute autonomie, du parlement: la cessation prématurée des mandats
parlementaires ne laisse pas la possibilité d’élaborer des législations
approfondies et inclusives. Cette situation a enfermé le pays dans
une période de campagne semi-permanente et fait obstacle à la mise
en œuvre pleine et entière des lois et au contrôle de l’exécutif,
pourtant essentiels dans une démocratie parlementaire. Cela ébranle
la confiance du public dans les institutions démocratiques et les
processus électoraux, favorisant ainsi le recul de la démocratie.
100. La délégation met également en exergue les facteurs récurrents
et systémiques qui ont créé des conditions électorales inéquitables:
- le rôle décisif joué par le
Président – qui n’était pas candidat – dans l’ensemble des processus électoraux,
à tous les niveaux, est préoccupant, alors que la Constitution de
cette démocratie parlementaire établit que le Président doit être
un personnage neutre qui «exprime l’unité étatique de la République
de Serbie». L’utilisation du nom et de la valeur symbolique de la
figure présidentielle dans le cadre de la campagne, l’omniprésence
du Président dans les médias qui en ont assuré une couverture élogieuse
ou favorable et le soutien illimité dont il a bénéficié ont clairement
conféré à son parti un avantage indu;
- des changements substantiels et des améliorations du cadre
de financement des campagnes s’imposent. Il s’agit notamment de
mettre en place une réglementation claire des campagnes en ligne, de
plafonner les dépenses de campagne et de réglementer l’intervention
de tiers dans les campagnes électorales, conformément aux recommandations
de la Commission de Venise et du BIDDH;
- la couverture médiatique tendancieuse et la situation
générale des médias en Serbie ont sérieusement entravé la capacité
de tous les partis politiques à faire passer leurs messages, non
seulement pendant la campagne, mais aussi entre les élections.
101. Des allégations crédibles de manipulation des votes, faisant
notamment état de la migration d’électeurs (en particulier des citoyens
de la Republika Sprska de la Bosnie-Herzégovine ayant la citoyenneté
serbe) et de la présence d’électeurs fantômes, ont été portées à
la connaissance de la délégation de l’APCE (et de la délégation
préélectorale) et ont déclenché des mouvements de protestation post-électoraux.
De telles suspicions et irrégularités présumées doivent être prises
au sérieux, faire l’objet d’une enquête transparente et inclusive
et donner lieu à des mesures correctives. Ces allégations, qui concernaient
essentiellement les scrutins locaux, ont aussi clairement entamé
la confiance générale dans les processus électoraux, y compris au
niveau parlementaire.
102. Par conséquent, la délégation encourage les autorités serbes:
- à faire preuve d’une réelle
et solide volonté politique de s’attaquer aux principaux aspects problématiques
du processus électoral et de veiller à la bonne mise en œuvre de
la législation en vigueur;
- à mettre en œuvre les recommandations visant à améliorer
encore le cadre juridique régissant les élections, formulées par
la Commission de Venise et le BIDDH dans leur avis conjoint de décembre 2022,
et notamment en procédant à un audit complet du registre électoral
unifié, conformément à une recommandation de longue date du BIDDH
et de la Commission de VeniseNote;
- à apporter des changements significatifs et crédibles
à la législation électorale afin de prévenir les migrations organisées
d’électeurs;
- à veiller à ce que les institutions de contrôle indépendantes
du pays, notamment l’Autorité de régulation des médias électroniques
et l’Agence de prévention de la corruption, jouent un rôle proactif
pour assurer la mise en place de conditions propices à des élections
équitables.
103. Sur le plan positif, la délégation constate une amélioration
de la transparence et des travaux de la Commission électorale de
la République. Cette Commission – qui, aux yeux des citoyens, est
la principale institution chargée de la bonne conduite et de la
validation des élections – a un rôle déterminant à jouer pour restaurer
la confiance du public dans les processus électoraux et devrait
s’affirmer à cet égard. Elle devrait également être encouragée à
développer la formation obligatoire des membres de l’administration
électorale et à promouvoir une véritable campagne d’éducation des
électeurs.
104. La délégation soutient pleinement la visite prochaine du Congrès
des pouvoirs locaux et régionaux dans le pays, afin d’aborder les
questions problématiques liées aux élections locales et au cadre
électoral régissant les scrutins locaux, ainsi que les allégations
de fraude, et d’examiner, avec les autorités, les moyens d’améliorer
la législation et la pratique dans ce domaine, en particulier dans
la perspective des nouvelles élections locales prévues en 2024 en
Serbie.
105. La délégation encourage les autorités serbes à organiser un
séminaire post-électoral en présence d’observateurs internationaux
afin d’examiner les sujets de préoccupation et les moyens d’améliorer
le cadre juridique et les pratiques, conformément aux obligations
de la Serbie en tant qu’État membre du Conseil de l’Europe, et ce
en étroite coopération avec l’Organisation, y compris la Commission
de Venise et le Groupe d’États contre la corruption (GRECO).
106. L’Assemblée est prête à travailler avec les autorités serbes
pour traiter les problèmes mis en exergue, en s’inspirant des principes
de Reykjavík pour la démocratie adoptés lors du Sommet des chefs
d’État et de gouvernement tenu à Reykjavík. Ces travaux devraient
être menés dans le cadre de la procédure de suivi de l’Assemblée
et en étroite coopération avec la Commission de Venise.
Annexe 1 – Composition de la commission
ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme
suit (* membres de la délégation pré-électorale):
Président: M. Stefan SCHENNACH
Groupe des socialistes, démocrates et
verts (SOC)
- M. Stefan SCHENNACH,
Autriche*
- M. Pierre-Alain FRIDEZ, Suisse
- M. Givi MIKANADZE, Géorgie
- M. Yunus EMRE, Türkiye
- M. Antonio GUTIÉRREZ LIMONES, Espagne
- Mme Gökçe GÖKÇEN, Türkiye
Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)
- Mme Jorida
TABAKU, Albanie
- M. Pauli AALTO-SETÄLÄ, Finlande
- M. Andreas NIKOLAKOPOULOS, Grèce
- M. Georgios STAMATIS, Grèce
- M. Corneliu-Mugurel COZMANCIUC, Roumanie*
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l’Europe (ADLE)
- Mme Tamara
VONTA, Slovénie*
- M. Mehmet AKALIN, Türkiye
- M. Sjoerd WARMERDAM, Pays-Bas
- Mme Liliana TANGUY, France
- M. Dean PREMIK, Slovénie
- M. Jean-Pierre GRIN, Suisse
Groupe des Conservateurs européens et
Alliance démocratique (CE/AD)
- M. José María SÁNCHEZ
GARCÍA, Espagne
- M. Harald WEYEL, Allemagne
Groupe pour la gauche unitaire européenne
(GUE)
- Mme Laura
CASTEL, Espagne*
Commission de Venise
- M. Óscar SÁNCHEZ MUÑOZ,
membre suppléant, Espagne
- M. Michael JANSSEN, administrateur, Commission de Venise
Secrétariat
- Mme Sylvie
AFFHOLDER, secrétariat de la commission ad hoc, Cheffe de la division
de l’observation des élections et de soutien
- Mme Carine ROLLER-KAUFMAN,
Assistante, division de l’observation des élections et de soutien
Annexe 2 – Programme de la délégation
pré-électorale de l'Assemblée parlementaire
Jeudi, 23 novembre 2023
9h00-10h00 Réunion de la délégation et mots de bienvenue:
- Accueil par le chef de la délégation,
Stefan Schennach
- Présentation par Nadia Cuk, cheffe interim du bureau du
Conseil de l’Europe à Belgrade
- Informations pratiques du secrétariat
10h00-11h00 Réunion avec les membres du corps diplomatique:
- Christian Ebner, Ambassadeur
d’Autriche
- Damjan Bergant, Ambassadeur de Slovénie
- Raul Bartolomé Molina, Ambassadeur d’Espagne
- Dario Otero, chef de mission adjoint, Ambassade d’Espagne
- Anca Popa, cheffe de mission adjointe, Ambassade de Roumanie
- Plamena Halacheva, cheffe de mission adjointe, Délégation
de l’Union européenne en Serbie
11h00-12h30 Réunion avec l’Ambassadeur Albert Jónsson, Chef
de la Mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH, Marcell
Nagy, chef de mission adjoint, et les membres de l’équipe de base:
- Introduction – Ambassadeur Albert
Jónsson
- Contexte politique et campagne – Daniela Bottigelli, analyste
politique
- Cadre juridique, système électoral, financement des campagnes
électorales, plaintes et appels – Vasil Vaschanka, analyste juridique
- Administration électorale, inscription des électeurs et
des candidats – Oleksiy Lychkovakh, analyste électoral
- Paysage médiatique – Kira Kalinina, analyste des médias
- Questions/réponses – Analystes du BIDDH, Marcell Nagy,
et Katarzyna Witt, experte en sécurité
14h30-15h30 Réunion avec des représentants de la société civile:
- Rasa Nedeljkov, chef de la mission
électorale du Centre pour la recherche, la transparence et la responsabilité
(CRTA)
- Tamara Branković, cheffe adjointe de la mission électorale
du CRTA
- Pavle Dimitrijevic, responsable de l’équipe juridique
du CRTA
15h30-16h00 Rencontre avec des représentants de la société
civile (suite):
- Sonja Biserko,
Comité Helsinki pour les droits de l’homme en Serbie
- Zlata Djordjević, chercheuse, Transparency International
Serbie
16h00-17h00 Rencontre avec des journalistes et des représentants
d’associations de médias:
- Igor
Božić, N1
- Slobodan Radičević, président du conseil d’administration,
Association des journalistes de Serbie (UNS)
- Željko Bodrožić, Président de l’Association des journalistes
indépendants de Serbie (NUNS)
17h00-17h30 Rencontre avec des dirigeants et représentants
de principaux partis non parlementaires:
- Duško Lopandić, vice-président, Centre Serbie – SRCE
- Nikola Lazić, membre de la présidence, Centre Serbie –
SRCE
- Stefan Janjić, secrétaire, Centre Serbie – SRCE
Vendredi, 24 novembre 2023
09h30-10h15 Réunion avec le Président de l'Assemblée nationale
de la République de Serbie, Vladimir Orlić
10h15-11h15 Réunion avec des représentants des groupes parlementaires
de la majorité:
- Milenko Jovanov,
AV-ZMS (Aleksandar Vučić. La Serbie ne doit pas s’arrêter)
- Snežana Paunović, SPS (Parti socialiste de Serbie)
- Jasmina Karanac, SDPS (Parti social-démocrate de Serbie)
- Dragan Marković, PUPS (Parti des retraités, paysans et
prolétaires unis de Serbie – Solidarité et Justice)
- Milija Miletić, Pour la réconciliation – SPP (Parti de
la justice et de la réconciliation)
- Života Starčević, JS (Serbie unie)
- Elvira Kovács, VMSZ/SVM (Alliance des Hongrois de Voïvodine)
11h15-12h15 Rencontre avec des représentants des groupes
d’opposition (1ère partie):
- Ksenija
Marković, Parti démocratique – DS
- Nebojša Zelenović, Ensemble
- Jelena Jerinić, ZLF (Vert-Front de gauche)
- Milinika Nikolić, Indépendants
15h30-16h30 Rencontre avec la Commission électorale de la
République:
- Vladimir Dimitriević,
président
- Tanasije Marinković, membre
- Srdan Smiljanić, secrétaire
- Dragana Odović, secrétaire adjointe
- Milan Culjković, conseiller
17h00-18h30 Réunion de débriefing de la délégation préélectorale
et préparation de la déclaration
Annexe 3 – Déclaration de la délégation
pré-électorale de l'Assemblée parlementaire
Élections législatives anticipées en Serbie:
les observateurs pré-électoraux de l’APCE notent une campagne très
polarisée et appellent à des mesures avant le vote
27 novembre 2023 – À l’issue d’une visite de deux jours en
Serbie, une équipe d’observateurs préélectoraux de l’APCE a fait
le constat d’une campagne très polarisée à l’approche des élections
législatives anticipées du mois prochain, marquée par un niveau
de dénigrement et de catastrophisme sans précédent, des attaques contre
l’opposition et les journalistes et de graves problèmes liés aux
médias. Elle s’est, toutefois, félicitée de la préparation efficace
des élections et du haut degré de confiance à l’égard de l’administration
électorale, tout en exhortant les autorités à prendre des mesures
pour atténuer le manque d’équité et protéger l’intégrité du processus
électoral.
La délégation multipartite de quatre membres, dirigée par
Stefan Schennach (Autriche, SOC), était à Belgrade les 23 et 24
novembre pour évaluer les préparatifs des élections anticipées.
Elle a rencontré des responsables électoraux, des représentants
de partis, des journalistes, des groupes de la société civile, ainsi
que la mission du BIDDH et des diplomates.
La délégation a été informée de la situation des médias, qui
jouent un rôle essentiel dans une campagne électorale: si des progrès
ont été observés après l’adoption récente de lois sur les médias,
la délégation s’est montrée très préoccupée par l’influence directe
et indirecte exercée par le parti au pouvoir sur les principaux médias
nationaux et locaux, les inégalités importantes dans l’accès des
entités politiques à l’espace médiatique, l’autocensure et la désinformation.
Elle a par ailleurs jugé particulièrement alarmante l’utilisation d’une
rhétorique incendiaire, notamment de la part de hauts responsables,
le discours de haine, ainsi que les propos hostiles et les pressions
contre les membres de l’opposition, les journalistes et les militants
de la société civile. La délégation exhorte tous les candidats et
responsables à s’abstenir de tenir des propos diffamatoires et clivants
et rappelle que l’électorat a besoin d’informations pluralistes
et factuelles pour faire un choix éclairé.
La délégation a pu noter la confiance de la plupart des interlocuteurs
dans l’administration électorale et a pris note des dispositions
prises par la Commission électorale de la République pour installer
des bureaux de vote dans le centre de la Serbie afin de permettre
aux citoyens serbes résidant au Kosovo de voter. Elle a été informée
de graves préoccupations et allégations concernant des «électeurs
fantômes», des signatures d’appui aux candidats falsifiées, d’éventuels
déplacements d’électeurs pour participer à des élections locales consécutives,
l’utilisation abusive des ressources administratives, la pression
exercée sur les employés des entreprises publiques et les fonctionnaires,
le traitement en temps utile des plaintes électorales par les tribunaux
et l’espace limité mis à la disposition des candidats de l’opposition
pour faire campagne au niveau local. La présence dominante du Président
de la République dans les médias, la campagne et les listes électorales
à tous les niveaux a également suscité l’inquiétude: la délégation
a été informée que les activités du Président, qui ne se présente
pas à ces élections, pouvaient en effet semer la confusion chez
les électeurs et n’étaient pas soumises aux règles de la campagne.
La délégation espère que les autorités s’attaqueront à ces questions
avant les élections.
La délégation a souligné qu’il s’agissait des troisième élections
législatives anticipées consécutives en l’espace de quatre ans –
toutes les élections législatives serbes depuis 2000, sauf une,
ont été des élections anticipées – ce qui a une incidence négative
supplémentaire sur le fonctionnement des institutions démocratiques, notamment
le Parlement et les institutions publiques indépendantes; cela fige
le pays dans une période de campagne semi-permanente, et entrave
la mise en œuvre complète des lois et le contrôle de l'exécutif.
Dans ce contexte, la délégation a également noté que les deux
tragiques fusillades de masse perpétrées en mai 2023, y compris
par un garçon de 13 ans (19 morts, principalement des jeunes) a
laissé le pays dans un état de choc. Cela a déclenché d'importantes
manifestations sous le slogan «La Serbie contre la violence», exigeant
des mesures pour lutter contre la culture dominante de la violence
dans le pays, ce qui a incité l'opposition à réclamer des élections
anticipées, qu'elle considère comme une stratégie de sortie après
la réponse des institutions de l'État jugée insatisfaisante.
La délégation a également appris que la démission inattendue
et simultanée de 65 maires du parti au pouvoir, dont le maire de
Belgrade – qui a conduit à la tenue d'élections anticipées dans
un tiers des municipalités – et l'autodissolution de l'Assemblée
de la Province autonome de Voïvodine, sont considérées par l'opposition comme
un outil de consolidation du pouvoir et une utilisation abusive
des droits de vote des communautés locales. La délégation déplore
cette instrumentalisation des cycles électoraux, qui sape la confiance
des citoyens dans la démocratie, les élections et la politique;
dans ce contexte, elle salue les initiatives de la société civile,
telles que ProGlas, qui encouragent les citoyens à aller voter,
et se réjouit de la mobilisation et de la formation d'observateurs
nationaux et des initiatives visant à promouvoir la participation
des femmes à la vie publique et aux élections. La délégation attend
des autorités qu'elles veillent à ce que ces initiatives positives puissent
se dérouler dans des conditions équitables, sans obstacles ni pressions
indues.
Une délégation complète de l’APCE composée de 21 membres,
accompagnée d’experts juridiques de la Commission de Venise, se
rendra en Serbie pour observer le scrutin le 17 décembre 2023 dans
le cadre de la Mission internationale d’observation des élections.
L'Assemblée débattra de ses conclusions en temps utile.
L’APCE – qui rassemble des parlementaires de 46 pays européens
– a observé toutes les élections en Serbie depuis 2000 (hormis les
élections législatives de 2020).
Annexe 4 – Programme des réunions de la
mission internationale d'observation des élections
Vendredi, 15 décembre 2023
8h30-9h30 Réunion de la délégation de l’APCE:
- Mots de bienvenue par Stefan
Schennach, chef de la délégation
- Présentation de la mission pré-électorale par ses membres
- Présentation sur les élections législatives anticipées
par Óscar Sánchez Muñoz, membre de la Commission de Venise
- Informations pratiques par le secrétariat
10h00-10h20 Bienvenue et remarques introductives:
- Reinhold Lopatka, coordinateur
spécial et chef de la mission d’observation de court terme de l’OSCE
- Stefan Schennach, chef de la délégation de l’APCE
- Klemen Grošelj, chef de la délégation du Parlement européen
- Farah Karimi, cheffe de la délégation de l’AP-OSCE
10h20-10h40 Propos introductifs sur le pays:
- Ambassadeur Jan Braathu, Chef
de la mission de l’OSCE en Serbie
- Nadia Ćuk, cheffe interim du Bureau du Conseil de l’Europe
à Belgrade
- Dirk Lorenz, chef de la section politique, Délégation
de l’Union européenne en Serbie
11h00-13h00 Briefing par la mission d’observation des élections
du BIDDH:
- Accueil et vue d’ensemble
de la MOE – Ambassadeur Albert Jónsson, chef de mission
- Aperçu politique, candidats et campagne –Daniela Bottigelli,
analyste Politique
- Paysage médiatique – Kira Kalinina, analyste médiatique
- Cadre juridique, contentieux électoral – Vasil Vashchanka,
analyste juridique
- Administration électorale, inscription des électeurs et
observateurs citoyens –Oleksiy Lychkovah
- Sécurité – Katarzyna Witt, experte en sécurité
- Questions et réponses
14h00-15h30 Contexte socio-politique:
- Bojan Klačar, directeur général, Centre pour des élections
libres et démocratiques (CeSID)
- Tamara Brankovic, cheffe adjointe, Centre pour la recherche,
la transparence et la responsabilité (CRTA)
- Zlato Minic, membre du conseil d’administration et coordonnateur,
Transparency Serbie
- Zoran Gavrilović, directeur exécutif, Bureau pour la recherche
sociale (BIRODI)
- Saša Mirković, président adjoint, Association des médias
électroniques (ANEM)
- Dragana Žarković Obradović, directrice de pays pour la
Serbie, Balkan Investigative Reporting Network (BIRN)
- Tamara Filipović, secrétaire générale, Association des
journalistes indépendants de Serbie (NUNS)
16h00-18h00 Candidats/partis participant aux élections:
- Vladimir Orlić, coalition «Aleksandar
Vučić – La Serbie ne doit pas s’arrêter»
- Ugljesa Marković, coalition «Ivica Dačić – Premier ministre
de Serbie»
- Emir Rujević, membre du Parti de la justice et de la réconciliation,
«Usame Zukorlić – Unis pour la justice SPP-DSHV»
- Bela Butas, «Alliance des Hongrois de Voïvodine»
Samedi, 16 décembre 2023
9h00-10h30 Medias et campagne:
- Zoran Stanojević, rédacteur en chef des informations en
ligne, Radio Télévision de Serbie
- Igor Božić, directeur de l’information, N1
- Senka Vlatković Odavić, rédacteur, Insajder TV
11h00-12h00 Administration électorale et législation:
- Vladimir Dimitrijević, Président
de la Commission électorale de la République
- Srđan Smiljanić, secrétaire de la Commission électorale
de la République
- Milan Čuljković, conseiller, Commission électorale de
la République
- Dejean Damnjanović, directeur, Agence pour la prévention
de la corruption
- Dušan Jeličić, sous-directeur par intérim du Secteur de
la surveillance des activités et campagnes politiques, Agence pour
la prévention de la corruption
12h00-13h15 Briefing de la mission d’observation des élections
du BIDDH (suite):
- procédures
du jour de l’élection, Oleksiy Lychkovah, analyste électoral
- rapport des observateurs de court terme, Max Bader, statisticien
- briefing par des observateurs de long terme déployés à
Belgrade
Dimanche, 17 décembre 2023
Toute la journée Jour du scrutin – Observation dans les bureaux
de vote
(Les bureaux de vote ouvrent à 7h00 et ferment à 20h00)
Lundi 18 décembre
8h00-9h00 Débriefing de la délégation de l’APCE
15h00 Conférence de presse jointe
Annexe 5 – Communiqué de presse de la
mission internationale d’observation des élections
Selon les observateurs internationaux,
les électeurs disposaient d’alternatives politiques lors des élections
en Serbie, mais elles ont été entravées par l'avantage écrasant
du parti au pouvoir.
BELGRADE, 18 décembre 2023 – Bien que les élections législatives
anticipées de Serbie aient offert aux électeurs un choix entre plusieurs
options politiques et que la liberté d’expression et de réunion
aient été généralement respectées, les pressions exercées sur les
électeurs ainsi que l’implication décisive du Président et les avantages
systémiques du parti au pouvoir ont nui au processus électoral dans
son ensemble, ont estimé aujourd'hui les observateurs internationaux
dans un communiqué.
La mission d'observation conjointe du Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE (BIDDH), de l’Assemblée
parlementaire de l’OSCE (AP OSCE), de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe (APCE) et du Parlement européen (PE) a constaté
que le cadre juridique était adéquat pour mener à bien des élections
démocratiques. Toutefois, il reste beaucoup de problèmes à résoudre
et lors de ces élections, les observateurs ont constaté l’utilisation
abusive de ressources publiques, l’absence de séparation entre les
fonctions officielles et les activités de campagne, ainsi que les
intimidations et les pressions exercées sur les électeurs, y compris
des cas d’achat de voix.
«Bien que techniquement bien organisées, les élections se
sont déroulées dans un paysage socialement et politiquement divisé»,
a déclaré Reinhold Lopatka, coordinateur spécial et chef de la mission
d’observation à court terme de l’OSCE. «L'implication décisive du
Président a dominé le processus électoral et l’utilisation de son
nom par l’une des listes de candidats, ainsi que la partialité des
médias, ont contribué à créer des conditions inégales».
Les élections d’hier se sont déroulées dans un contexte de
forte polarisation et de concurrence intense entre des programmes
politiques opposés. Au cours de la campagne qui a précédé le scrutin,
un certain nombre de préoccupations ont été exprimées concernant
l’intimidation et le harcèlement de militants, de défenseurs des droits
humains et de journalistes.
«Les électeurs serbes ont une fois de plus été appelés aux
urnes, ce qui renforce malheureusement la «culture des élections
anticipées», les conditions inégales qu’elles créent et l’instrumentalisation
politique des cycles électoraux», a déclaré Stefan Schennach, chef
de la délégation de l’APCE. «Cela ne fait que saper la confiance
du grand public envers les institutions démocratiques et les processus
électoraux. Le fait de mettre fin, de façon prématurée, aux mandats
parlementaires empêche également les parlements de travailler de façon
satisfaisante, d’élaborer des législations globales et inclusives
et de demander des comptes à l’exécutif, ce qui est essentiel dans
une démocratie parlementaire».
Quelque 6,5 millions d’électeurs étaient inscrits pour participer
aux élections anticipées d’hier. L’administration électorale a préparé
le jour du scrutin de manière efficace et transparente, compte tenu
des problèmes posés par le court délai et par les élections locales
et régionales qui se déroulaient le même jour. Toutefois, le nombre fréquent
d’élections anticipées ces dernières années a sapé la confiance
envers les institutions démocratiques du pays. Le jour du scrutin
s’est déroulé sans heurts dans l’ensemble, mais il y a eu un certain
nombre de déficiences procédurales, notamment des cas fréquents
de surpopulation, des violations du secret du vote et de nombreux
cas de vote en groupe.
Farah Karimi, cheffe de la délégation de l'Assemblée parlementaire
de l'OSCE, a fait remarquer que «la Serbie a organisé ses troisièmes
élections législatives en un peu moins de quatre ans, fréquence
qui a nui à la confiance de la population envers le processus démocratique
et les institutions qui le gouvernent, et la campagne électorale
a été marquée par des divisions extrêmes. Des inquiétudes ont été
exprimées au sujet de la liberté d’expression et du traitement de
militants, de personnes LGBTI, de défenseurs des droits humains et
de journalistes, qui ont été victimes d’intimidation et de harcèlement.
La domination du Président dans la campagne, bien qu’il ne
soit pas candidat aux élections d'hier, a donné à son parti un avantage
injustifié. En outre, un certain nombre de recommandations antérieures
visant à améliorer les mécanismes de contrôle et à instaurer un
plafond pour les dépenses de campagne n’ont pas été prises en considération,
ce qui réduit la transparence et augmente les possibilités de dépenses
de campagne élevées, au risque de compromettre encore davantage
les chances de l’opposition.
«La campagne électorale s’est déroulée dans le contexte de
la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine. La manipulation
de l’information reste une préoccupation en Serbie, même si ce n’était
pas le sujet prédominant des élections», a déclaré Klemen Grošelj,
chef de la délégation du Parlement européen. «Le faible niveau du
débat politique, les pressions exercées sur les électeurs, la volonté
délibérée de discréditer personnellement les opposants, la dureté
du discours utilisé pendant la campagne et, en général, la vie politique
en Serbie, sont autant d’éléments très inquiétants».
Bien que la Serbie dispose d’un grand nombre de médias et
que les médias aient couvert tous les candidats conformément à la
loi, la diversité des points de vue a été considérablement réduite
par le degré élevé de polarisation et la forte influence du gouvernement
sur la plupart d’entre eux. Dans le même temps, les reportages des
médias ont été dominés par les partis au pouvoir et par une couverture
positive du Président. L’organe de surveillance responsable des
médias électroniques n’a pas réussi à mettre fin aux violations pendant
la période électorale. Les observateurs ont également noté de nombreuses
informations concernant des journalistes critiques qui ont été insultés
verbalement par des représentants de l’État, ainsi que des attaques
coordonnées menées contre des journalistes par des médias pro-gouvernementaux.
«Alors que les autorités serbes ont organisé efficacement
les élections dans des délais serrés, le manque d’accès de l’opposition
aux médias et l’absence de véritables rapports analytiques ont affecté
la capacité des électeurs à faire un choix éclairé», a déclaré l’Ambassadeur
Albert Jónsson, qui a dirigé la mission d’observation des élections
du BIDDH. «Il manque également des mesures pour empêcher l’utilisation
abusive de fonctions et de ressources publiques et en pratique,
la ligne de séparation entre les fonctions officielles et les activités
de campagne était floue».
La mission internationale d’observation des élections législatives
anticipées en Serbie se composait de 361 observateurs venus de 45
pays, dont 254 experts déployés par le BIDDH et des observateurs
à long terme et à court terme, dont 71 de l’AP de l’OSCE, 23 de
l’APCE et 13 du PE.