L’Assemblée parlementaire souligne
que l’actuelle guerre d’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine
doit être replacée dans le contexte d’une tentative antérieure d’anéantissement
de la nation ukrainienne, à savoir l’Holodomor, dont le 90e anniversaire
a été commémoré en novembre 2023:
1.1 l’Holodomor,
un génocide par famine artificielle, a entraîné la mort de millions
d’Ukrainiens, soustraits aux regards des observateurs étrangers
établis dans les zones urbaines;
1.2 des documents jusqu’ici secrets, rendus publics après
la «Révolution orange», montrent que la famine était la conséquence
voulue des politiques imposées par le régime soviétique. La famine artificielle
a visé principalement les Ukrainiens à l’intérieur de la République
socialiste soviétique d’Ukraine, ainsi que les Ukrainiens vivant
dans d’autres régions de l’Union soviétique; seuls les Kazakhs de
souche, qui pourraient bien avoir été visés par le Kremlin pour
des raisons similaires, ont subi des pertes en vies humaines comparables;
1.3 selon le récit officiel russe, cette famine a été la conséquence
involontaire d’une politique économique erronée menée par Joseph
Staline. Les documents montrent cependant qu’il n’y avait pas de
pénurie de céréales jusqu’à ce que les autorités confisquent jusqu’aux
semences qui auraient permis d’assurer la récolte de l’année suivante.
Les documents révèlent également que la confiscation des denrées
alimentaires visait non seulement les céréales, mais aussi toutes
les denrées alimentaires trouvées dans les maisons des paysans ukrainiens
lors des perquisitions brutales menées par des fonctionnaires, y
compris lorsque les membres d’une famille étaient déjà morts ou
agonisaient sur le sol;
1.4 le caractère mortifère de la famine artificielle a été
renforcé par le fait que les troupes du NKVD (le Commissariat du
peuple aux Affaires intérieures) encerclaient les villages et les
régions sinistrés, en empêchant les habitants de s’enfuir et en
bloquant l’entrée de toute denrée alimentaire dans les régions visées;
1.5 l’Union soviétique a également refusé l’aide internationale
proposée par plusieurs pays pour soulager les souffrances en Ukraine
et, au contraire, a exporté le blé ukrainien confisqué à l’étranger;
1.6 la famine artificielle a été précédée d’une campagne de
simulacres de procès, de disparitions forcées et d’autres formes
de répression à l’encontre des élites intellectuelles ukrainiennes,
qui constituaient l’épine dorsale culturelle de la nation ukrainienne.
Cette campagne de terreur et de répression dirigée contre «l’intelligentsia»
ukrainienne a eu lieu des années avant que les purges et la campagne
de terreur menées par Staline à la fin des années 1930 ne s’abattent
aussi sur de nombreux Russes de souche et sur les membres d’autres
nationalités soviétiques;
1.7 ces mesures spéciales, notamment la confiscation de toutes
les denrées alimentaires lors des perquisitions à domicile et les
blocus du NKVD, ainsi que la répression de l’élite intellectuelle,
n’ont été appliquées qu’en Ukraine et dans d’autres régions principalement
peuplées d’Ukrainiens, et non dans d’autres parties de l’Union soviétique
touchées par la famine;
1.8 l’Assemblée conclut donc que la destruction systématique
d’abord des dirigeants politiques et culturels, qui formaient l’épine
dorsale culturelle de la nation ukrainienne, puis de millions d’Ukrainiennes et
d’Ukrainiens ordinaires a été délibérément conçue comme un génocide.
Le génocide, selon la définition donnée par la Convention de 1948
pour la prévention et la répression du crime de génocide («Convention
sur le génocide»), n’exige pas l’élimination physique de tous les
membres du groupe cible. Il suffit que les conditions de vie soient
rendues si difficiles que l’existence du groupe en tant que tel, dans
son ensemble ou en partie, est mise en péril;
1.9 jusqu’à la chute de l’Union soviétique, les Ukrainiens
ont continué à souffrir du silence de plomb imposé par le régime
soviétique sur l’Holodomor. Après l’indépendance de l’Ukraine, et
en particulier depuis la «Révolution orange», le peuple ukrainien
a connu une renaissance de sa langue, de sa culture et de sa conscience
politique, qui s’est accompagnée d’un indéniable engagement en faveur
des droits humains et de l’État de droit. Sa résilience face au
génocide et à la répression brutale historique et présente mérite
la plus grande admiration.