Observation des élections législatives anticipées en Bulgarie (9 juin et 27 octobre 2024)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 16077
| 26 novembre 2024
1 Introduction
1. L’Assemblée parlementaire du
Conseil de l’Europe (APCE) a observé toutes les élections nationales
en Bulgarie depuis 1990. Cela inclut le récent cycle de sept élections
législatives anticipées organisées depuis 2021, suite aux échecs
successifs de la formation de gouvernements stables
Note.
Le présent rapport couvre les deux dernières élections législatives
anticipées qui se sont tenues les 9 juin et 27 octobre 2024.
2. Depuis trente ans, l’Assemblée s’est engagée à soutenir le
développement démocratique de la Bulgarie. La Bulgarie a adhéré
au Conseil de l’Europe le 7 mai 1992. Elle a été soumis à une procédure
de suivi complète de 1994 à 2000 et, depuis lors, elle fait l’objet
d’un dialogue postsuivi
Note sur un certain nombre
de questions en suspens découlant des obligations incombant à tout
État membre du Conseil de l’Europe en vertu de l’article 3 du Statut
du Conseil de l’Europe (STE no 1) relatives
à la démocratie, à la prééminence du droit et aux droits humains.
Cette dernière engage les autorités bulgares à inviter l’Assemblée
à observer les élections et référendums nationaux.
3. Lors de sa réunion à Strasbourg le 19 avril 2024, le Bureau
de l’APCE a décidé de constituer une commission ad hoc multipartite
de 20 membres conformément au système d’Hondt, plus les deux corapporteurs
de la commission pour le respect des obligations et engagements
des Etats membres du Conseil de l'Europe (commission de suivi),
pour observer les élections législatives anticipées du 9 juin 2024 en
Bulgarie. En outre, le Bureau a désigné M. Oleksii Goncharenko (Ukraine,
CE/AD) comme président de la commission ad hoc (voir la composition
de la délégation en annexe 1).
4. Après une nouvelle série de tentatives infructueuses pour
former un gouvernement au cours de l’été 2024, le Président Rumen
Radev a demandé la tenue de nouvelles élections législatives le
27 octobre 2024. Le Bureau de l’Assemblée a décidé, lors de sa réunion
du 6 septembre 2024, d’observer ces élections anticipées. Compte
tenu du très court délai écoulé depuis les précédentes élections
législatives anticipées du 9 juin, il a décidé de maintenir la même
liste de membres. M. Goncharenko n’étant pas disponible aux nouvelles
dates, le Bureau est convenu de désigner M. Alfred Heer (Suisse,
ADLE) comme nouveau président de la commission ad hoc
Note (voir la composition
de la délégation en annexe 4).
5. Conformément à l’accord de coopération signé entre l’Assemblée
et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission
de Venise) le 4 octobre 2004, Mme Katharina
Pabel (Autriche) et M. Richard Barrett (Irlande) ont représenté
la Commission de Venise en tant qu’experts juridiques respectivement
lors de ces deux missions d’observation des élections.
6. Dans les deux cas, la délégation de l’APCE était la seule
organisation parlementaire internationale à observer ces élections.
Parmi les organisations partenaires habituelles, seule une équipe
limitée d’experts du Bureau des institutions démocratiques et des
droits de l’homme de l’Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (BIDDH/OSCE) était présente dans le pays pour ces élections
(voir les programmes des réunions en annexes 2 et 5). À l’issue
des deux missions, la délégation a tenu un point de presse et publié une
déclaration (annexes 3 et 6).
7. La délégation de l’APCE souhaite remercier les autorités bulgares
pour leurs invitations, et en particulier le personnel du Département
des droits de l’homme du ministère des Affaires étrangères et la
délégation de l’APCE pour leur contribution au succès de ses missions.
2 La crise politique qui a conduit aux
élections anticipées successives
8. Depuis juillet 2020, la Bulgarie
est confrontée à une crise politique majeure qui a donné lieu à
sept élections législatives anticipées consécutives. Pendant la
majeure partie de cette période, le pays a été gouverné par des
gouvernements techniques intérimaires aux mandats limités.
9. La période entre juillet 2020 et avril 2023 a été marquée
par une crise politique et une instabilité suite à des manifestations
de masse. Celles-ci ont été déclenchées par de nombreux scandales
de corruption entourant notamment l’attribution de fonds européens,
de projets d’infrastructures et de subventions publiques. Seules
deux des six dernières élections (14 novembre 2021 et 2 avril 2023)
ont abouti à la formation d’un gouvernement, mais les deux coalitions
ont échoué après que les dirigeants réformateurs ont tenté de s’attaquer
à la corruption et de mettre fin à la dépendance du pays à l’égard
de la Fédération de Russie en matière d’énergie et de sécurité.
10. Les 5èmes élections anticipées
du 2 avril 2023 ont débouché sur une coalition gouvernementale entre les
deux plus grands groupes politiques – Citoyens pour le développement
européen de la Bulgarie (GERB) et Nous continuons le changement-Bulgarie
démocratique (PP-DB), avec un système de rotation au poste de premier
ministre: M. Nikolay Denkov du PP-DB en tant que Premier ministre
pendant les neuf premiers mois, puis Mme Mariya
Gabriel du GERB qui, jusqu’alors, devait occuper les fonctions de
vice-Premier ministre et de ministre des Affaires étrangères.
11. Le 5 mars 2024, le Premier ministre Denkov a démissionné conformément
à l’accord de rotation. Cependant, la rotation du gouvernement et
la formation d’une nouvelle administration telles qu’elles avaient été
prévues ont échoué le 20 mars. Bien que les négociations dans le
cadre du premier mandat se soient poursuivies jusqu’à la fin du
mois de mars, aucun gouvernement viable n’a vu le jour. Après deux
autres cycles de négociations infructueux, de nouvelles élections
ont été annoncées le 26 mars, prévues pour le 9 juin 2024 afin de
coïncider avec les élections du Parlement européen.
12. En vertu de l’article 99 de la Constitution, si aucun accord
sur la formation d’un gouvernement n’est conclu à l’issue des trois
mandats de négociation, le président, en consultation avec les groupes parlementaires
et sur proposition d’un candidat au poste de premier ministre intérimaire,
nomme un gouvernement intérimaire et programme de nouvelles élections
anticipées dans les deux mois qui suivent son entrée en fonction.
Le 29 mars 2024, le Président Radev a nommé le président de la Cour
des comptes, Dimitar Glavchev, comme candidat au poste de premier
ministre intérimaire.
13. Les élections législatives anticipées du 9 juin 2024 – les
sixièmes en trois ans – ont été marquées par un désengagement politique
sans précédent. Le taux de participation a atteint un niveau historiquement
bas de 34,41 %, reflétant l’apathie et la frustration croissantes
de l’électorat. Ce niveau historiquement bas a fait des non-votants
la «force» la plus importante, soulignant le désengagement généralisé.
Au cours des trois dernières années, les partis traditionnels ont
perdu plus de 1,2 million d’électeurs. Les sept partis qui sont entrés
dans la 50ème Assemblée nationale n’ont
pas réussi à représenter 70 % de la population bulgare.
14. Les anciens partenaires de la coalition ont dû faire face
à une réaction négative de la part de leurs électeurs. Bien que
le GERB-Union des Forces démocratique (GERB-SDS) soit sorti vainqueur
avec 24,7 % des voix et ait obtenu 68 sièges, il a perdu 21 % de
ses partisans, passant de 670 000 voix en avril 2023 à 526 000.
Le PP-DB a vu son soutien diminuer de moitié, passant de 621 000
à 308 000 électeurs. Le Parti socialiste bulgare (BSP), l’une des
plus anciennes forces politiques du pays, a poursuivi son déclin,
son électorat se réduisant à 151 000 voix (19 sièges). À l’inverse,
le Mouvement pour les droits et les libertés (MRF (DPS)) et Il y
a un tel peuple (ITN) ont amélioré leurs performances de 5 % et
22 % respectivement, le MRF (DPS) réalisant des gains significatifs
en ajoutant 11 sièges à la 50ème Assemblée
nationale. Sans ce taux de participation à un niveau historiquement
bas, le parti «Velichie» n’aurait pas pu entrer au parlement avec
ses 4,65 % des voix.
15. Ce résultat a ouvert la voie à une nouvelle impasse politique,
car aucun parti ou bloc n’a obtenu la majorité à l’Assemblée nationale,
qui compte 240 sièges, perpétuant la fragmentation et l’instabilité
politiques de la Bulgarie. Bien qu’ayant remporté le plus grand
nombre de voix, le GERB-SDS s’est retrouvé à 53 sièges de moins
que les 121 nécessaires pour former un gouvernement, avec peu de
partenaires de coalition potentiels. L’alliance PP-DB a catégoriquement
rejeté toute coopération avec le GERB-SDS après l’échec de leur
précédente coalition. Le MRF (DPS), traditionnellement un acteur
central dans les politiques de coalition et détenant 47 sièges –
assez pour former une coalition majoritaire – est resté une force
polarisante. En juillet 2024, le MRF lui-même s’est divisé sur la
question de savoir s’il devait rejoindre un nouveau gouvernement
de coalition.
16. L’incapacité des partis ayant obtenu le plus de voix à surmonter
les divisions idéologiques, associée à la montée continue de mouvements
nationalistes-populistes tels que Revival (Renouveau), qui ont refusé
de coopérer avec tout parti traditionnel, a effectivement paralysé
le processus politique post-électoral. Malgré de nombreux cycles
de négociations et après que le GERB, le PP-DB et l’ITN aient épuisé
leurs tentatives de former un gouvernement, aucune coalition stable
n’a pu être formée, laissant la Bulgarie sans gouvernement opérationnel
au lendemain des élections.
17. Après des semaines de négociations de coalition infructueuses,
la Bulgarie a été contrainte de convoquer un nouveau tour d’élections
législatives anticipées et de poursuivre avec un gouvernement intérimaire.
Le 9 août, le Président bulgare a donc nommé la vice-présidente
de la Cour des comptes bulgare, Goritsa Grancharova-Kozhareva, au
poste de première ministre intérimaire. Elle s’est vu accorder 10
jours pour formuler une proposition pour le gouvernement intérimaire
devant être nommé le 20 août. Le 19 août 2024, Mme Grancharova-Kozhareva
a rempli son mandat, mais le président Rumen Radev a refusé de signer le
décret de nomination de son cabinet. La principale raison de ce
refus était la décision de Mme Grancharova-Kozhareva
de maintenir Kalin Stoyanov au poste de ministre de l’Intérieur
Note.
M. Radev a demandé un nouveau candidat pour ce poste, invoquant
les tensions politiques autour de M. Stoyanov, mais Mme Grancharova-Kozhareva
a refusé d’apporter des changements. En conséquence, M. Radev a
rejeté son cabinet et a reconduit Dimitar Glavchev au poste de premier
ministre.
18. Le gouvernement intérimaire «Glavchev II» a finalement prêté
serment le 27 août 2024, après que le président Radev a accepté
un cabinet révisé avec des changements dans les ministères de l’Intérieur,
des Affaires étrangères et des Transports. Le tour suivant des élections
anticipées a été convoqué pour le 27 octobre 2024.
19. Entre-temps, après les élections générales du 9 juin 2024,
le MRF (DPS) a connu d’importants conflits internes. Les partisans
de l’un des dirigeants du parti, le magnat des médias Delyan Peevski,
sanctionné pour corruption dans le cadre de la loi américaine Magnitsky,
ont entrepris d’expulser les membres alignés sur l’ancien dirigeant
et cofondateur du parti, Ahmed Doğan. Le conflit est né de points
de vue opposés sur la formation d’un gouvernement dirigé par le
GERB: Ahmed Doğan y était opposé, tandis que Delyan Peevski y était
favorable. Au parlement, cette division était évidente puisque 30
députés du MRF (DPS) ont voté pour le gouvernement et 15 ont voté
contre.
20. Le 27 août, Delyan Peevski a été démis de ses fonctions de
président du parti et sept de ses députés les plus proches ont été
expulsés, ce qui a entraîné une scission au sein du DPS. Les partisans
de M. Peevski ont formé une nouvelle faction appelée DPS-Nouveau
départ, joignant leurs forces à celles du Parti de la voix bulgare
et du Parti des nouveaux dirigeants. Les partisans d’Ahmed Doğan
ont d’abord pris le nom de Démocratie, droits et libertés, puis
se sont alliés aux Patriotes unis (SBOR) et à l’Union nationale
agraire. Les deux groupes ont cherché à conserver l’acronyme DPS,
mais suite à une décision de la Cour administrative suprême de considérer
l’enregistrement électronique de M. Peevski comme le premier, sa
faction a été autorisée à conserver le nom, tandis que le groupe
de M. Doğan a finalement adopté le nom d’Alliance pour les droits
et les libertés.
3 Cadre constitutionnel et légal
21. L’Assemblée nationale de Bulgarie
est un organe monocaméral composé de 240 membres. Les députés sont
élus au moyen d’un système proportionnel à liste ouverte dans 31
circonscriptions à mandats multiples. Une circonscription supplémentaire
est réservée aux électeurs de l’étranger.
22. Le Code électoral de 2014 est le principal texte législatif
régissant les élections parlementaires et a été modifié à de nombreuses
reprises depuis lors. Les modifications les plus récentes ont eu
lieu en décembre 2023 et concernent le vote par machine, à la suite
d’une décision de la Cour constitutionnelle qui a déclaré inconstitutionnelles
certaines parties de la réglementation concernée. Les autorités
n’ont pas consulté la Commission de Venise sur les différents amendements
électoraux adoptés depuis le dernier avis sur les questions électorales
émis en juin 2017
Note.
23. L’article 99 de la Constitution est la disposition pertinente
concernant les élections anticipées et la formation d’un gouvernement
intérimaire. Selon cette disposition, si aucun accord sur la formation
d’un gouvernement n’est été conclu à l’issue des trois mandats de
négociation, le président, en consultation avec les groupes parlementaires
et sur proposition du candidat au poste de premier ministre intérimaire,
nomme un gouvernement intérimaire et programme de nouvelles élections
anticipées dans les deux mois qui suivent son entrée en fonction.
24. La réforme constitutionnelle de décembre 2023 portait principalement
sur des dispositions concernant le système judiciaire bulgare et
le ministère public. Toutefois, elle est également importante dans
le contexte d’élections législatives anticipées répétées
Note.
Visant à réduire les pouvoirs du président, la réforme a restreint le
pouvoir discrétionnaire de ce dernier dans la nomination d’un premier
ministre intérimaire à un groupe limité de hauts fonctionnaires
de l’État. Elle a également stipulé que le mandat de l’Assemblée
nationale en place ne prendrait fin qu’à l’entrée en fonction de
l’Assemblée nouvellement élue et que les élections pour une nouvelle Assemblée
nationale doivent se tenir au plus tard un mois avant l’expiration
du mandat de l’Assemblée en place. En outre, la réforme a accordé
aux citoyens ayant la double nationalité le droit d’être élus membres
du parlement et ministres, à condition qu’ils remplissent une condition
de résidence de 18 mois
Note.
25. Le président Radev s’est opposé à ces changements et les a
contestés devant la Cour constitutionnelle en janvier 2024. Avant
leur adoption, la Commission de Venise avait, avec certaines réserves,
émis un avis favorable à ces éléments de la réforme constitutionnelle
Note.
Le 26 juillet, la Cour a annulé les dispositions relatives à la
division du Conseil judiciaire, aux changements dans la répartition
et l’élection des membres des différentes chambres, aux limitations
des pouvoirs du procureur général et à la réduction des mandats
du procureur général et du Conseil judiciaire.
26. Cependant, les juges constitutionnels ont été divisés (6-6)
sur les amendements liés aux élections mentionnés ci-dessus, à savoir
la procédure de nomination d’un premier ministre intérimaire, les
règles relatives à la durée du mandat de l’Assemblée nationale et
les droits de suffrage passif des citoyens bulgares ayant une double
nationalité. Ces dispositions n’ayant pas fait l’objet d’une décision
à la majorité, elles sont restées en vigueur.
27. La Commission électorale centrale (CEC) est un organe permanent
composé de 15 membres nommés pour un mandat de cinq ans, dont la
composition actuelle a été établie en mai 2021. Depuis sa nomination, cette
CEC a déjà organisé huit élections – six pour l’Assemblée nationale,
une élection présidentielle et une élection locale. Selon la loi,
la CEC devrait refléter proportionnellement la composition du parlement. Cependant,
en raison d’une série d’élections anticipées, certains partis représentés
au parlement sortant n’étaient pas représentés à la CEC, ou leur
représentation ne correspondait pas à leur nombre de sièges au parlement.
28. La première chambre de la Cour administrative suprême est
l’organe compétent pour traiter en dernière instance les plaintes
électorales. La délégation de l’APCE couvrant les élections du 27
octobre a rencontré, le 25 octobre, la première chambre, composée
de 14 juges, et la vice-présidente de la Cour administrative suprême.
Cette dernière a expliqué que la Cour avait reçu cette année une
cinquantaine d’affaires liées aux élections, toutes réglées à ce
moment-là.
29. Le seuil électoral pour accéder au parlement est de 4 % des
votes valides au niveau national, tandis que les candidats indépendants
doivent atteindre le quota électoral calculé selon la méthode Hare-Niemeyer.
Les électeurs peuvent donc exprimer des préférences au sein d’une
liste
Note. Un candidat bénéficie
du vote préférentiel si le nombre de voix reçues est au moins égal
à 7 % des suffrages exprimés pour la liste candidate.
30. Il y avait 6 138 050 électeurs éligibles pour les élections
du 19 juin et 6 601 262 pour celles du 27 octobre, des chiffres
inhabituellement élevés par rapport à la population officielle,
estimée à 6 445 481 en 2024 (données de l’Union européenne)
Note.
31. En ce qui concerne le vote à l’étranger et les élections anticipées
du 27 octobre, 719 bureaux de vote ont été installés à l’étranger,
dans 57 pays, et environ 30 000 électeurs ont été inscrits à l’avance
pour voter à l’étranger. Il est également possible de voter sur
simple présentation d’une pièce d’identité, même si l’on n’est pas
inscrit à l’avance. La plupart des bureaux de vote à l’étranger
ont été installés dans des locaux diplomatiques et consulaires,
et certains dans des locaux privés mis à disposition par des communautés diasporiques
Note.
32. Au cours de la dernière décennie, le vote par machine a été
une question controversée dans le processus électoral bulgare, créant
des divisions importantes entre les partis politiques. Initialement
introduit à titre expérimental en 2014 pour réduire la fraude électorale
en minimisant les bulletins nuls et les erreurs humaines, le vote
par machine a été rendu obligatoire dans les bureaux de vote les
plus importants à partir de 2021. Cependant, de 2021 à 2024, de
fréquents changements de politique ont eu lieu en raison des changements
d’alliances politiques, les partis soutenant et s’opposant alternativement
au vote par machine en fonction de leurs propres intérêts. Fin 2022,
une coalition composée du GERB-SDS, du MRF et du BSP a réintroduit
le vote mixte, arguant que les électeurs devraient avoir le choix
entre les machines et les bulletins de vote papier. Cette décision
a réduit les machines à voter à de simples imprimantes de bulletins
de vote, les bulletins en papier étant comptés manuellement, ce
qui a suscité des critiques de la part de partis comme le PP-DB
qui préconisaient le vote par machine pour empêcher les manipulations
électorales. Lors des élections législatives de juin 2024, l’utilisation
des machines à voter a fortement diminué, passant de 59,12 % en
2022 à 39,02 % en 2024, en partie à cause de la confusion qui a
suivi la suspension de l’utilisation des machines par la CEC lors
des élections locales de 2023 et des messages politiques en faveur
des bulletins de vote en papier.
33. Le retour au vote mixte a ravivé les inquiétudes concernant
la fraude électorale, en particulier la résurgence des votes contrôlés
et achetés, que le vote par machine avait contribué à limiter. Le
26 octobre, le ministre de la Gouvernance électronique nous a expliqué
que des experts spécialisés avaient authentifié 3 306 machines et
leurs algorithmes. Il a indiqué que le contractant, Ciela Norma
AD, avait refusé de coopérer à la mise à jour du système d’exploitation
du système de vote par machine (version 2023) et en particulier
du noyau (qui date de 2019), et n’avait pas installé les machines
conformément au calendrier convenu. Cela a entraîné un retard dans
la phase d’inspection. Alors que la Bulgarie va de l’avant, le débat
sur l’opposition entre le vote par machine et le vote papier reste
au cœur des discussions visant à garantir des élections libres et équitables.
157 bureaux de vote à l’étranger ont été équipés de machines à voter
Note.
4 Inscription des candidats et principaux
thèmes de campagne
34. Au total, 24 partis et 9 coalitions
se sont inscrits pour le septième tour des élections législatives anticipées,
une coalition n’ayant pas pu concourir en raison d’un nombre insuffisant
de signatures. Par rapport aux élections précédentes – 20 partis
et 11 coalitions en juin 2024, et 14 partis et 7 coalitions en avril
2023 – l’augmentation du nombre d’acteurs politiques a suscité des
inquiétudes parmi les observateurs. De nombreux interlocuteurs craignaient
qu’à mesure que les électeurs s’éloignaient des partis traditionnels,
le parlement fragmenté qui en résulterait aurait encore plus de
mal à former un gouvernement stable.
35. Les élections du 9 juin 2024, qui se sont déroulées en même
temps que les élections européennes, ont été largement axées sur
les questions européennes. Il s’agissait notamment de savoir si
la Bulgarie recevrait 5,69 milliards d’euros au titre du plan de
relance de l’Union européenne et si elle rejoindrait la zone euro
le 1er janvier 2025. La situation économique
générale, le chômage, le coût de la vie, la disponibilité des soins
de santé et le système éducatif étaient également des questions
importantes.
36. Les interlocuteurs ont décrit la campagne électorale du 27
octobre 2024 comme une campagne discrète pour les partis traditionnels,
consistant principalement en des campagnes de dénigrement contre
les opposants. La campagne a été menée principalement sur les médias
sociaux et par des méthodes traditionnelles dans les zones rurales.
Le ministère de l’intérieur a fait état de 415 événements pré-électoraux auxquels
ont participé 63 840 personnes. Les représentants des médias et
la CEC ont noté l’absence de débats entre dirigeants, et d’interviews
traditionnelles, les politiciens privilégiant la communication par
le biais de plateformes et de déclarations plutôt que par des interactions
en face-à-face avec les journalistes ou le public. Les représentants
du GERB ont mis en avant leur vaste campagne rurale, tandis que
d’autres forces politiques ont accusé le GERB d’utiliser abusivement
les ressources administratives et de pratiquer le vote contrôlé.
37. La scission au sein du camp du MRF (DPS) a suscité un débat
politique important, mettant en lumière des questions telles que
l’indépendance des forces de l’ordre et du pouvoir judiciaire, la
corruption, la domination de Delyan Peevski sur les médias locaux
et les soupçons d’achat de voix importants en faveur du MRF-Nouveau
départ.
38. Alors que les votes contrôlés et achetés sont depuis longtemps
une caractéristique des élections bulgares, les interlocuteurs ont
souligné l’importance des enjeux de ces élections et les allégations
de systèmes généralisés d’achat de voix. Ils ont estimé que le vote
contrôlé pouvait représenter 8 à 10 % des votes et l’achat de voix
environ 3 à 4 %. Le ministère de l’Intérieur a été perçu comme inefficace
dans la gestion de ces questions, ciblant de manière sélective certains
quartiers.
39. Lors d’une réunion avec trois ministres du gouvernement intérimaire
chargé d’organiser les élections
Note, nous avons été
informés des mesures prises par le gouvernement intérimaire pour
protéger les droits politiques des citoyens. Une unité nationale
interdépartementale comprenant le bureau du procureur, le ministère
de l’Intérieur et l’agence d’État pour la sécurité nationale a été
créée. Au 25 octobre 2024, la police avait reçu 512 signalements
de violations électorales, dont 408 concernaient l’achat de voix
pour des partis politiques ou des coalitions. Les autorités avaient
exécuté 1 450 protocoles d’avertissement, engagé plus de 110 procédures
préliminaires et détenu 51 personnes. Par rapport à la même période
des élections précédentes, cela représentait une augmentation de
65,7 % des signalements, de 21 % des procédures préliminaires et
de 36 % des protocoles d’avertissement. Une ligne téléphonique d’urgence
a également été ouverte pour recevoir des alertes le jour du scrutin.
40. Parmi les principales questions ayant précédé les élections
figuraient l’élection du procureur général, les amendements à la
Loi sur l’enseignement préscolaire et scolaire et les tentatives
d’introduction d’un projet de loi sur les «agents étrangers».
41. Le procureur général bulgare détient des pouvoirs constitutionnels
étendus, ce qui fait de ce poste un élément central du paysage politique
du pays. Le Conseil judiciaire suprême a décidé, sans débat, de
relancer le processus d’élection d’un nouveau procureur général
à la suite d’un appel du coprésident du MRF (DPS), Delyan Peevski,
visant vraisemblablement à maintenir son influence. Le processus
électoral, initialement retardé en 2023 en raison de la pression
exercée par le GERB, le PP-DB et le MRF, a été suspendu dans l’attente
d’une décision de la Cour constitutionnelle, qui a finalement annulé
les réformes judiciaires proposées au milieu de l’année 2024. Malgré
les demandes de réforme de la justice formulées de longue date,
le procureur général reste largement incontrôlé et exerce un contrôle
substantiel sur le pouvoir judiciaire.
42. En août, le parti Revival a proposé un amendement parlementaire
interdisant la «propagande» LGBTQ+ dans les écoles, inspiré par
une législation similaire en Fédération de Russie. Cet amendement
est discriminatoire et en contradiction directe avec la Constitution
bulgare, la Convention européenne des droits de l’homme (STE n°
5) et la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant.
Adopté à une large majorité
Note, l’amendement
interdit de promouvoir des idées relatives à une «orientation sexuelle
non traditionnelle» ou d’encourager celles-ci, ou relatives à toute
définition de l’identité de genre autre que biologique. À partir
de l’année scolaire 2024/2025, les élèves, les parents ou les enseignants
pourraient être poursuivis et dénoncés publiquement pour avoir prétendument
encouragé des orientations sexuelles différentes. La formulation
vague de la loi permet une interprétation large, ce qui en fait
un outil de pression sur les individus et les organisations de la
société civile. En octobre 2024, de nombreuses écoles avaient coupé
les liens avec les organisations non gouvernementales pour éviter
les risques juridiques. Le parti Revival semble avoir gagné le soutien
des électeurs après avoir proposé cette loi.
43. Le parti Revival a également présenté un projet de loi sur
les «agents étrangers» visant les personnes et les organisations
recevant plus de 1 000 euros de l’étranger au cours d’une année.
Ce projet de loi les priverait de certains droits civiques, les
empêcherait d’enseigner ou d’exercer des activités politiques, et
les obligerait à s’identifier comme «agents étrangers». Les auteurs
du projet de loi affirment qu’il vise à promouvoir la transparence
et à protéger les intérêts nationaux. C’est la troisième fois depuis
2022 que Revival tente de faire passer une telle loi, sans succès
jusqu’à présent.
44. Avant la clôture de la 50ème Assemblée
nationale, l’adoption de la feuille de route actualisée pour la neutralité
climatique a été importante, car elle pourrait permettre de dégager
plus de 500 millions d’euros pour la remise en état des sites miniers
en Bulgarie. Le dernier jour de travail du parlement a été l’occasion
de préserver plus de 2 milliards de BGN dans le cadre du plan de
relance. Deux projets de décision, déposés par les députés du GERB-SDU
et du MRF PP et négociés avec les syndicats qui avaient organisé
une manifestation à Sofia, ont été proposés pour garantir l’accès
à ces fonds. Cependant, la session a été interrompue lorsque les
députés d’ITN et de Revival ont bloqué la tribune parlementaire.
Après trois tentatives infructueuses de réunir le quorum, le parlement
a été dissous. En conséquence, la Bulgarie risque de perdre des
centaines de millions d’euros de financement de l’Union européenne
liés au plan de relance et au Green Deal européen, laissant les
mineurs protester pour une transition équitable et contre les promesses
non tenues.
5 Le paysage médiatique
45. Le paysage médiatique bulgare
est diversifié, avec de nombreux organismes de radiodiffusion et
de presse écrite. La télévision reste la principale source d’information,
suivie par les médias en ligne. Les médias traditionnels se sont
développés en ligne et sont actifs sur des plateformes telles que
Facebook, Instagram, YouTube et TikTok. La télévision nationale
bulgare (BNT) et la radio nationale bulgare (BNR) sont les sources d’information
les plus fiables. Toutefois, l’incapacité du Conseil des médias
électroniques (CEM) à nommer un directeur pour la BNT pendant plus
de deux ans a suscité des inquiétudes, ce qui pourrait nuire à la gouvernance
et à la confiance du public.
46. La concentration de la propriété des médias est un problème
important. Deux grands groupes – le groupe PPF et le groupe United
– dominent environ les deux tiers du marché des médias. En février
2024, United Group a encore consolidé sa position en rachetant Bulsatcom,
ce qui a suscité des inquiétudes quant au pluralisme des médias
et au respect des recommandations du Conseil de l’Europe. Alors
que les lois protègent la liberté d’expression et le droit à l’information,
la diffamation reste criminalisée, contrairement aux normes internationales,
ce qui rend les journalistes enquêtant sur la corruption vulnérables
aux poursuites judiciaires.
47. La couverture des élections par les médias publics est réglementée
par la loi et les accords approuvés par la CEC. Les médias doivent
divulguer tout contrat avec les partis politiques sur leur site
web. Le Code électoral impose une participation égale de tous les
candidats politiques dans les médias publics. Les critiques soutiennent
que cela peut entraver une couverture significative en diluant les
débats et en donnant une tribune aux partis marginaux qui peuvent
utiliser un discours hostile, réduisant ainsi la qualité du discours
public.
48. La CEM surveille le contenu des médias pendant les campagnes
et signale les violations à la CEC, qui peut imposer des sanctions.
Lors des élections de juin et d’octobre, de nombreuses violations
ont été signalées, notamment la publication prématurée des sondages
de sortie des urnes, la non-divulgation des contrats entre les médias
et les partis, l’utilisation abusive des symboles nationaux et l’absence
de messages obligatoires sur l’illégalité de l’achat de voix. Bien
qu’il existe des protections contre le langage offensant, l’environnement
des médias en ligne est largement non réglementé, avec des messages
négatifs généralisés contre la communauté LGBTI, les personnes migrantes
et les Roms.
49. Des initiatives telles que le partenariat entre Google News
Initiative, l’Association des journalistes européens de Bulgarie
(AEJ pour Association of European Journalists) et FactCheck.bg ont
été lancées pour lutter contre la désinformation électorale. Malgré
ces efforts, les journalistes ont dû faire face à des actes d’intimidation
et de violence pendant les élections. L’AEJ a recensé quatre incidents
au cours desquels des journalistes ont été menacés ou agressés alors
qu’ils couvraient les élections d’octobre. Dans trois cas, l’agression
provenait de représentants du MRF-Nouveau départ. Dans un autre
cas, des menaces ont été proférées par une personne se faisant passer
pour un représentant du GERB-SDF et un maire affilié à la coalition
Note.
50. L’AEJ a condamné ces attaques, appelant les partis politiques
à assurer une communication professionnelle et à éviter les intimidations.
Elle a exhorté les autorités à protéger les journalistes. Notre délégation
se fait l’écho de ce sentiment, soulignant que la violence et les
menaces à l’encontre des journalistes sont inacceptables et compromettent
les processus démocratiques. De tels actes menacent la liberté de
la presse et ne devraient pas être tolérés.
51. Un autre élément inquiétant est la diminution spectaculaire
du nombre de femmes participant à la campagne et ayant accès aux
ondes, comme l’a souligné la présidente en exercice du CEM dans
un communiqué de presse du 14 novembre 2024.
6 Observations du jour de l’élection
52. Le 9 juin 2024, la délégation
de l’APCE était composée de cinq équipes, qui ont observé le processus électoral
à Blagoevgrad, Breznik, Kyustendil, Pernik, Pleven, Plovdiv et Sofia.
Le 27 octobre 2024, la délégation de l’APCE était composée de sept
équipes, qui ont observé le processus à Barzia, Blagoevgrad, Breznik,
Doupnitsa, Etropole, Komarevo, Lovetch, Montana, Pazarddjik, Pernik,
Plovdiv, Rila, Sofia, Sredets et Vraca.
53. Nos observateurs ont relevé plusieurs constats cohérents au
cours des deux journées de scrutin. Dans l’ensemble, les élections
ont été techniquement bien administrées, les commissions électorales
locales faisant preuve d’un professionnalisme louable. Les électeurs
connaissaient généralement bien les procédures de vote, bien que
le processus soit resté quelque peu bureaucratique et lourd.
54. Malgré une administration sans heurts, les délégations ont
identifié des problèmes qui méritent l’attention. Dans certains
cas, le secret du vote a été compromis, en particulier lors du vote
par machine. Des problèmes techniques avec les machines à voter,
tels que des bogues et la nécessité de redémarrer les appareils,
ont été signalés, ce qui a pu entraîner des retards et la frustration
des électeurs. Dans les régions où les populations roms sont importantes,
les observateurs ont noté des cas d’infractions électorales. En
outre, des soupçons d’intimidation des électeurs sont apparus en
raison de la présence de groupes d’hommes, reconnus comme des responsables
de partis, à l’extérieur des bureaux de vote.
55. Le faible taux de participation aux deux élections a constitué
une préoccupation constante, reflétant une grande lassitude des
électeurs, un manque d’enthousiasme et une désillusion à l’égard
de la gouvernance du pays. Les délégations ont mis en évidence une
méfiance profonde de l’électorat à l’égard des principaux acteurs
politiques et un scepticisme quant à la possibilité d’un changement
politique significatif.
56. Les délégations ont également fait part de leurs vives préoccupations
concernant les allégations persistantes d’achat de voix, ainsi que
de vote collectifs sous pression et de votes contrôlés. Ces pratiques compromettent
l’intégrité du processus électoral et érodent la confiance du public
dans les institutions démocratiques. Il est essentiel de s’attaquer
à ces problèmes pour rétablir la confiance dans les dirigeants politiques
et dans le système électoral.
57. En ce qui concerne l’utilisation de la technologie, les observateurs
ont noté les avantages potentiels d’une intégration technologique
accrue le jour du scrutin. Toutefois, ils se sont interrogés sur
l’efficacité de l’utilisation des machines à voter comme simples
imprimantes aux côtés des bulletins de vote en papier, ce qui pouvait
entraîner des erreurs supplémentaires dans les bureaux de vote.
Les délégations ont souligné que si les technologies de l’information
et de la communication ne peuvent à elles seules restaurer la confiance
ou éliminer les pratiques de corruption, elles peuvent renforcer
la confiance des électeurs si elles sont associées à des garanties
juridiques et à des pratiques électorales transparentes.
58. Les observateurs de l’APCE ont également souligné d’autres
problèmes «chroniques», tels que la faible participation des femmes
à la vie politique et l’absence de dispositions légales favorisant
la participation des minorités, les limitations du droit de vote
des personnes sous le coup d’une interdiction judiciaire ou purgeant une
peine de prison, ou encore les recommandations du Groupe d'États
contre la corruption (GRECO) sur le financement des campagnes électorales
qui n’ont pas été suivies d’effet, notamment celles relatives à
la notification des dépenses avant le jour du scrutin.
59. Nos délégations respectives ont rappelé que la responsabilité
de sortir de l’impasse politique actuelle incombe aux forces politiques
bulgares. Le peuple bulgare mérite des dirigeants qui s’engagent
à mettre en place un gouvernement démocratique qui fonctionne. Il
est impératif que les acteurs politiques s’attaquent aux problèmes
mis en évidence, tels que les irrégularités électorales, l’intimidation
des électeurs et la désillusion du public, afin de renforcer la
démocratie et de veiller à ce que les futures élections se déroulent
de manière équitable et transparente.
7 Résultats des élections et développements
post-électoraux
60. Au-delà de la faible participation,
les résultats des élections législatives anticipées du 9 juin et
du 27 octobre ont révélé la poursuite de la fragmentation du paysage
politique bulgare, comme le montre ce tableau comparatif des sept
tours d’élections législatives organisés entre 2021 et 2024:
|
Parti
|
Avril
2021
|
Juillet 2021
|
Nov. 2021
|
Oct.
2022
|
Avril 2023
|
Juin 2024
|
Oct. 2024
|
|
GERB – UDF
|
75
|
63
|
59
|
67
|
69
|
68
|
69
|
|
Nous continuons le changement
(PP)
|
-
|
-
|
67
|
53
|
64
|
39
|
37
|
|
BG démocratique
|
27
|
34
|
16
|
20
|
|
Renouveau
|
-
|
-
|
13
|
27
|
37
|
38
|
35
|
|
MRF (DPS)
|
30
|
29
|
34
|
36
|
36
|
47
|
-
|
|
MRF-Nouveau départ
|
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
30
|
|
ARF
|
|
|
|
|
|
|
19
|
|
BSP pour la Bulgarie
|
43
|
36
|
26
|
25
|
23
|
19
|
20
|
|
Montée en puissance de
la Bulgarie
|
|
|
-
|
12
|
-
|
-
|
-
|
|
ITN
|
51
|
65
|
25
|
-
|
11
|
16
|
18
|
|
Velichie
|
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
13
|
-
|
|
MECh
|
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
12
|
|
Nombre de partis au parlement
|
5
|
5
|
6
|
7
|
6
|
7
|
8
|
|
Participation en %
|
50,61
|
42,19
|
40,23
|
39,42
|
40,69
|
34,41
|
38,94
|
61. Avec un taux de participation
de 38,94 %, supérieur au taux de participation historiquement faible enregistré
lors des précédentes élections anticipées du 9 juin (34,41 %), tous
les partis parlementaires représentés à la 51ème Assemblée
nationale ont, en termes numériques, gagné (regagné) des voix par
rapport aux sondages précédents. La faction MRF-Nouveau départ a
surpassé les sondages pré-électoraux en remportant 4 % de voix de
plus que prévu. Delyan Peevski a donc remporté la compétition avec
Ahmed Doğan, dont l’ARF a obtenu des résultats conformes aux sondages
pré-électoraux, en remportant un grand nombre de voix parmi la plus
grande communauté d’électeurs à l’étranger en Türkiye. Les allégations
d’achat de voix sont courantes en Bulgarie, mais il y a certainement
des raisons de remettre en question le résultat du MRF-Nouveau départ.
|
Parti
|
Avril 2023
|
Juin 2024
|
Octobre 2024
|
Tendances
|
|
GERB – UDF
|
669 924
|
530 658
|
642 931
|
+112
273
|
|
PP-DB
|
621 069
|
307 849
|
346 063
|
+38 214
|
|
Renouveau
|
358 174
|
295 915
|
325 468
|
+29 553
|
|
MRF (DPS)
|
347 700
|
366 310
|
-
|
(+97
319)
|
|
MRF-Nouveau départ
|
-
|
-
|
281 366
|
|
|
ARF
|
-
|
-
|
182 263
|
|
|
BSP pour la Bulgarie
|
225 914
|
151 560
|
184 403
|
+32 843
|
|
ITN
|
193 971
|
128 007
|
165 160
|
+37 153
|
|
Velichie
|
-
|
99 862
|
-
|
-
|
|
MECh
|
-
|
-
|
111 946
|
+111
946
|
|
«Personne»
|
109 095
|
63 913
|
82 618
|
+18 705
|
62. Après l’annonce des résultats
des élections du 27 octobre, le 30 octobre, des manifestations ont
éclaté à Sofia, organisées par le mouvement anti-corruption BOEC,
appelant à l’annulation des élections en raison d’allégations de
truquage des bulletins de vote. Plusieurs partis de premier plan,
dont le PP-DB, ont annoncé leur intention de demander un recomptage
complet des voix à la Cour constitutionnelle. Ils ont fait état
de problèmes tels que l’invalidité de 5 % des votes, des divergences
importantes entre les reçus des machines à voter et les enregistrements
numériques, ainsi qu’une participation électorale irrégulière allant
de faibles pourcentages dans certaines régions à des pourcentages
aussi importants que 80 % dans d’autres.
63. D’autres partis, tels que l’ARF et le parti nationaliste «Velichie»,
qui ont manqué de peu le seuil de 4 % pour entrer au parlement (de
21 voix seulement), contestent également les résultats. Le parti
pro-russe Revival et les partis nationalistes ITN et MECh se sont
joints à la demande d’enquête. En revanche, le GERB, vainqueur des
élections, a rejeté ces allégations comme étant des tentatives de
diversion, bien que ses opposants l’accusent depuis longtemps d’exercer
une influence indue sur les votes dans les municipalités qu’il gouverne.
64. La 51ème Assemblée nationale nouvellement
convoquée s’est réunie le 11 novembre 2024, mais n’a pas, après
trois tentatives, réussi à élire un président, ce qui témoigne de
la persistance d’une profonde impasse politique. Avec huit partis
représentés au parlement, la formation d’une majorité est théoriquement possible
mais compliquée. Plusieurs partis ont déclaré qu’ils ne travailleraient
pas avec Delyan Peevski, et le PP-DB a appelé à un «cordon sanitaire»
contre lui. Si l’on exclut les 30 sièges de Peevski du calcul de
la coalition, il est beaucoup plus difficile d’atteindre les 121
sièges nécessaires à la formation d’une majorité.
65. Alors que le GERB a exprimé sa volonté de négocier avec tous
les partis à l’exception de Revival, les partenaires potentiels
de la coalition restent hésitants. La plupart des voies viables
vers une majorité nécessiteraient un accord entre le GERB et le
PP-DB, mais les conflits passés et la méfiance actuelle entravent cette
possibilité. Les conditions posées par le PP-DB pour toute coalition
comprennent des réformes radicales de lutte contre la corruption
et la nomination d’un premier ministre indépendant et non partisan,
et non du leader du GERB, Boyko Borissov. Même si un accord était
conclu, leurs 106 sièges combinés ne constitueraient pas une majorité,
ce qui nécessiterait un soutien supplémentaire et pourrait amener
les partis à rompre leurs engagements antérieurs.
66. Revival a invité quatre autres forces parlementaires – BSP-Gauche
unie, ITN, PP-DB et MECh – à des pourparlers le 20 novembre 2024.
Son leader, Kostadin Kostadinov, a explicitement déclaré que le
GERB, le MRF-Nouveau départ et l’ARF n’étaient pas invités. Revival
et les quatre entités invitées aux pourparlers contrôlent une majorité
de 122 sièges dans la nouvelle Assemblée nationale de 240 sièges.
67. L’impasse politique dans laquelle se trouve la Bulgarie reflète
les tendances européennes plus larges d’un soutien croissant aux
partis de la droite radicale et aux partis anti-establishment, ce
qui pose des défis à la gouvernance démocratique. En Bulgarie, le
soutien à la droite radicale est passé de 10-12 % à plus de 20 % lors
des dernières élections. Cette évolution reflète non seulement la
montée du nationalisme, mais renforce également l’influence potentielle
de la Fédération de Russie dans la politique nationale et européenne,
car certains partis de la droite radicale sont favorables à la Russie.
Si la Cour constitutionnelle juge les résultats des élections illégitimes
– une décision qui nécessite une pétition signée par un cinquième
des députés – de nouvelles élections seraient organisées dans les
deux mois, ce qui pourrait conduire à une huitième élection depuis
2021.
8 Les voies à suivre
68. Après ces deux processus électoraux
anticipés – qui font partie d’un total de sept élections législatives anticipées
– l’avenir politique de la Bulgarie reste plus incertain que jamais.
Les deux cycles d’élection observés ont abouti à un parlement encore
plus fragmenté, n’offrant aucune solution claire à l’impasse politique.
69. Plusieurs recommandations formulées depuis longtemps à l’occasion
des précédents cycles d’élection restent d’actualité. Le pays a
besoin de certaines améliorations de sa législation et de ses pratiques électorales.
Cependant, entreprendre des modifications du Code électoral dans
le contexte de la crise politique actuelle, avec l’éventualité d’une
nouvelle élection, pourrait revenir à ouvrir la boîte de Pandore.
Par conséquent, toute nouvelle modification du Code électoral, à
l’exception des mesures ponctuelles indispensables pour aider à
résoudre la crise, devrait être mise en attente pour le moment.
70. Néanmoins, sur la base de ses observations lors des deux dernières
élections et des recommandations des précédentes missions d’observation
des élections, la commission ad hoc a établi une «feuille de route» des
réformes électorales. Ces questions devront être abordées immédiatement
après la formation d’un nouveau gouvernement, et cette feuille de
route devra être présentée à la future coalition gouvernementale une
fois établie.
8.1 Lutte contre les fraudes électorales
71. Les pratiques persistantes
d’intimidation, d’achat de vote et de vote contrôlé compromettent
l’intégrité des processus électoraux. Les autorités bulgares doivent
s’attaquer à ces problèmes de manière décisive. Une autorité judiciaire
compétente et indépendante doit enquêter rapidement et efficacement
sur toutes les allégations de telles pratiques abusives et faire
en sorte que les responsables rendent des comptes. Encourager le
signalement des activités illégales et lancer des campagnes de sensibilisation
pour informer les électeurs de leurs droits et des garanties en
place contribueront à des élections plus équitables.
8.2 Lutte contre les pratiques de corruption
72. Pour lutter efficacement contre
la corruption, la Bulgarie devrait mettre en œuvre les recommandations en
suspens du GRECO concernant le financement des campagnes électorales,
notamment celles relatives à la déclaration des dépenses avant le
jour de l’élection. Le renforcement du cadre de lutte contre la
corruption passe par l’amélioration de l’indépendance, de la compétence
et de la capacité de contrôle de la Cour des comptes, notamment
en augmentant la transparence du financement des campagnes électorales.
Il s’agit également d’appliquer rigoureusement les règles relatives
aux conflits d’intérêts. Les fonctionnaires, en particulier les
membres du parlement, devraient faire l’objet d’un contrôle régulier
et approfondi de leurs actifs déclarés par un organe de contrôle
indépendant dans un délai raisonnable, afin de garantir la responsabilité et
l’intégrité dans l’exercice de la fonction publique.
8.3 Réforme de la législation et du système
électoral
73. Les dirigeants politiques et
les législateurs sont encouragés à envisager des modifications du
système électoral qui favorisent des gouvernements stables tout
en garantissant que les votes exprimés sont réellement représentatifs.
Toute modification substantielle de la législation électorale devrait
être adoptée dans le cadre d’un processus inclusif et consultatif,
être mise en œuvre de manière efficace et respecter les lignes directrices
de la Commission de Venise pour une réforme électorale réussie.
Cette approche souligne l’importance d’un large consensus et d’une
consultation publique pour renforcer la légitimité des changements électoraux.
8.4 Inscription des électeurs et privation
du droit de vote
74. Il est essentiel de supprimer
toute restriction légale au droit de vote fondée sur des handicaps intellectuels
ou physiques. En outre, la privation générale du droit de vote des
prisonniers devrait être abolie pour s’aligner sur l’article 3 du
Protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des droits de
l’homme et des libertés fondamentales (STE n° 9). Garantir le droit
de vote à tous les citoyens renforce le processus démocratique et
favorise l’inclusion.
8.5 Renforcer les normes éthiques
75. Les partis politiques et les
coalitions devraient adopter et appliquer des codes d’éthique concernant leurs
structures internes et leurs représentants, y compris leurs membres
du parlement. La sensibilisation aux normes éthiques est essentielle
et peut se faire par le biais de lignes directrices, de formations
et de conseils confidentiels sur des questions telles que les conflits
d’intérêts, les limites imposées aux contacts avec des tiers et
l’acceptation de cadeaux. L’application cohérente des principes
éthiques et la clarification des sanctions en cas d’infraction renforceront
l’engagement en faveur d’une gouvernance éthique.
8.6 Prévention de l’utilisation abusive
des ressources administratives
76. Afin de maintenir des conditions
équitables et de garantir l’égalité des chances pendant les élections,
il convient d’introduire et d’appliquer efficacement une législation
couvrant la conduite de tous les fonctionnaires, y compris les membres
du parlement, pendant les campagnes électorales. Cette législation
devrait empêcher l’utilisation abusive des ressources administratives
et imposer des sanctions rapides et efficaces en cas de violation.
L’adhésion aux recommandations du GRECO et aux lignes directrices
de la Commission de Venise fournira un cadre solide pour ces mesures.
8.7 Méthodes et technologies de vote
77. Une évaluation indépendante
des différentes méthodes de vote utilisées lors des élections précédentes, y
compris les procédures de vote électronique, devrait être entreprise
avec l’aide de l’expertise du Conseil de l’Europe. Toute introduction
ou modification des technologies électorales doit laisser suffisamment
de temps pour le pilotage, l’audit et la certification de l’équipement
et de son fonctionnement. La transparence peut être accrue en faisant
appel à des auditeurs externes indépendants, ce qui renforce la
confiance du public dans le processus. L’investissement dans l’éducation
des électeurs aux nouvelles technologies, en particulier parmi les
groupes défavorisés, et une formation spéciale du personnel des
bureaux de vote renforceront l’efficacité de ces technologies.
8.8 Renforcer la participation des électeurs
78. Le rétablissement de la confiance
dans les institutions est essentiel pour renforcer la participation
des électeurs. Les dirigeants politiques devraient envisager d’adopter
des réformes électorales courageuses visant à mettre fin au cycle
des élections anticipées. Ces réformes nécessitent une approche
unie et transpartisane pour regagner la confiance de l’électorat
et réengager les citoyens dans les processus démocratiques. Il incombe
aux forces politiques bulgares de faire preuve d’une forte volonté
politique dans cette entreprise.
8.9 Inclusion des femmes et des minorités
79. Des actions législatives et
politiques immédiates sont nécessaires pour parvenir à une plus
grande représentation des femmes dans les postes d’élus. Il pourrait
s’agir d’introduire des mesures spéciales temporaires, une discrimination
positive dans le placement des femmes à des postes éligibles, et
de mettre en œuvre des programmes de formation et de renforcement
des capacités. De même, des incitations législatives devraient être
introduites pour promouvoir la participation des minorités à la
direction des partis et en tant que candidats, afin de garantir
que la diversité de la société bulgare soit reflétée dans ses structures
de gouvernance.
8.10 Liberté des médias et couverture des
élections
80. La liberté des médias en Bulgarie
a été jugée fragile et instable. De nouvelles mesures législatives devraient
être adoptées pour protéger les journalistes et les travailleurs
des médias contre les procédures judiciaires abusives pour diffamation.
Les autorités devraient favoriser la liberté éditoriale des médias
de service public, en leur accordant une plus grande indépendance
dans la couverture des campagnes électorales dans les programmes
réguliers d’information. En outre, la distinction entre journalisme
et publicité politique doit être maintenue, en évitant l’implication
de journalistes dans des supports de campagne rémunérés pour des
candidats aux élections, tels que des interviews et des rapports
de campagne rémunérés.
8.11 Transparence des travaux parlementaires
81. Un processus législatif transparent
est fondamental pour le bon fonctionnement de la démocratie. L’application
effective des dispositions régissant l’interaction du parlement
avec la société civile, les entités commerciales et non commerciales
et les citoyens dans le processus législatif est nécessaire. L’établissement de
délais adéquats pour l’examen des projets de loi garantira un engagement
significatif et efficace de toutes les parties intéressées, améliorant
ainsi la qualité et la légitimité de la législation.
8.12 Stabilité des institutions
82. Les changements fréquents dans
les politiques de vote entre 2021 et 2024, motivés par les changements
d’alliances entre les principaux partis politiques, ont conduit
à un manque de cohérence et de confiance dans les processus électoraux.
La sécurité juridique est une condition préalable à des politiques efficaces
et à long terme, et comme l’a noté le GRECO, des amendements fréquents
et une mauvaise application de la loi compromettent la stabilité
de la législation et érodent la sécurité juridique. Les autorités bulgares
sont exhortées à faire preuve d’une volonté politique forte et sincère
pour mettre en place des institutions stables et remédier à toutes
les lacunes observées. Cet engagement est conforme aux Principes de
Reykjavík pour la démocratie, qui visent à garantir et à renforcer
la démocratie et la bonne gouvernance, et à encourager la participation
démocratique par le biais d’élections libres et équitables.
83. En mettant en œuvre ces recommandations, la Bulgarie peut
améliorer l’intégrité de ses processus électoraux, renforcer les
institutions démocratiques et rétablir la confiance du public dans
ses systèmes de gouvernance. L’effort collectif des dirigeants politiques,
des législateurs et de la société civile est essentiel pour atteindre
ces objectifs et garantir l’avenir démocratique du pays.
9 Conclusions
84. La délégation de l'APCE est
consciente des défis considérables que représente l'organisation
de sept élections en l'espace de trois ans. Nous félicitons les
gouvernements intérimaires successifs et les autorités électorales
bulgares d'avoir réussi à organiser des élections libres, compétitives
et bien administrées dans ces circonstances. Toutefois, le cycle
des élections en cours a plongé la Bulgarie dans un mode de campagne quasi
permanent, intensifiant les défis politiques et conduisant à une
instabilité bien ancrée. Les dernières élections du 27 octobre 2024
n’ont pas réussi à résoudre la crise politique prolongée, offrant
peu d’espoir pour la formation d’un gouvernement stable et durable.
Nos observations révèlent une érosion inquiétante des partis traditionnels,
une fragmentation politique accrue, une montée du populisme et une
désillusion généralisée du public. Cette crise de représentation
qui s’aggrave fait qu’il est de plus en plus difficile pour les
forces modérées d’unir l’électorat mécontent et de sortir de l’impasse
actuelle.
85. En outre, la paralysie des fonctions parlementaires – attestée
par l’absence d’élection d’un président – et l’incapacité des institutions
compétentes à nommer des postes judiciaires clés tels que le procureur
général et le président de la Cour administrative suprême suscitent
des inquiétudes quant à une crise institutionnelle potentielle affectant
le fonctionnement des institutions démocratiques.
86. Alors que des appels à un référendum pour passer à un système
présidentiel ont été lancés, des changements constitutionnels aussi
importants nécessitent une réflexion approfondie et une large consultation publique,
et non des décisions prises sous la contrainte politique. Le problème
fondamental ne réside pas dans la démocratie parlementaire, mais
dans la persistance de la corruption à haut niveau et dans le soutien
continu de l’électorat à des dirigeants corrompus.
87. Les difficultés à former un gouvernement viable sont exacerbées
par le clivage entre les positions pro-Union européenne et pro-russes.
L’orientation pro-européenne du GERB et du PP-DB contraste fortement avec
le puissant lobby pro-russe représenté par le Parti socialiste bulgare
(BSP), la droite radicale Revival et le nouveau venu MECh, qui ont
obtenu ensemble environ 25 % des voix. Faisant écho aux récentes
élections en Géorgie et en République de Moldova, le succès de Revival
souligne à quel point les élections dans la région sont devenues
des champs de bataille pour l’influence russe. Toutefois, l’impasse
politique dans laquelle se trouve la Bulgarie met en lumière non
seulement les pressions extérieures, mais aussi l’importance des
efforts de lutte contre la corruption, les conflits de personnalités
et les défis posés par la formation de coalitions.
88. Si les forces politiques récemment élues ne parviennent pas
à former une coalition stable dans les circonstances actuelles,
elles devraient rester ouvertes à des solutions innovantes et éventuellement temporaires,
telles que la formation d’un gouvernement de technocrates ou d’experts
ou d’autres mesures réalisables qui pourraient contribuer à rompre
le cycle des élections répétées donnant les mêmes résultats. Cependant,
toute solution de ce type devrait être obtenue par le biais d’un
large consensus, en s’assurant qu’elle reflète la volonté de l’électorat
et qu’elle adhère aux principes démocratiques.
89. Les membres de la délégation de l’APCE sont profondément préoccupés
par les allégations persistantes d’achat de voix et de vote contrôlé,
qui ont été particulièrement intenses avant ces élections. Bien que
des mesures telles que la ligne téléphonique d’urgence mise en place
par le ministère de l’Intérieur soient positives, l’augmentation
significative des alertes et un taux de participation plus élevé
dans certaines zones sensibles soulignent la nécessité urgente d’une
action plus efficace contre ces pratiques criminelles inacceptables.
Il est essentiel que les institutions publiques mènent des enquêtes
approfondies sur ces allégations et traduisent les auteurs en justice.
90. Ces élections ne semblent pas avoir permis de sortir de l’impasse
politique. Le fait que sept élections consécutives aient donné des
résultats similaires fait craindre que certains dirigeants politiques
influents ne préfèrent maintenir le statu
quo. Il incombe désormais à ces acteurs politiques de
dépasser les divisions partisanes et de sortir de l’impasse. Le
peuple bulgare mérite des dirigeants qui s’engagent à fournir un gouvernement
démocratique qui fonctionne, qui réponde à ses besoins et qui rétablisse
la confiance du public.
Annexe 1 – Composition
de la commission ad hoc – 9 juin 2024
Président:
M. Oleksii Goncharenko, Ukraine
Groupe des socialistes,
démocrates et verts (SOC)
- M. Saša Magazinović,
Bosnie-Herzégovine
- M. Yunus Emre, Türkiye
Groupe du Parti populaire
européen (PPE/DC)
- M. Corneliu-Mugurel
Cozmanciuc, Roumanie
Alliance des démocrates
et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
- M. Mehmet Akalın, Türkiye
Groupe des Conservateurs
européens et Alliance démocratique (CE/AD)
- M. Oleksii Goncharenko,
Ukraine
- M. Morten Wold, Norvège
Groupe pour la gauche
unitaire européenne (GUE)
- Mme Sevilay
Çelenk Özen, Türkiye
Commission de Venise
- Mme Katharina
Pabel, membre de la Commission de Venise
- M. Michael Janssen, conseiller juridique, secrétariat
de la Commission de Venise
Secrétariat
- Mme Ivi-Triin
Odrats, cheffe adjointe de la Division des élections, secrétaire
de la commission ad hoc
- Mme Carine Roller-Kaufman,
assistante, Division des élections
Annexe 2 – Programme
des réunions de la mission d’observation des élections – 9 juin
2024
Vendredi,
7 juin 2024
15h00-15h30 Réunion de la délégation
- Remarques de bienvenue par Oleksii Goncharenko, chef de
la délégation
- Présentation sur les aspects juridiques par Katharina
Pabel, membre de la Commission de Venise
- Informations pratiques par le secrétariat
15h30-17h00 Réunion avec l’équipe d’experts électoraux du
BIDDH/OSCE
- Contexte politique,
environnement de campagne – Lusine Badalyan, cheffe d’équipe
- Administration électorale (également axée sur le vote
par machine) – Oleksii Lychkovakh
- Aspects juridiques et financement de la campagne – Renata
Tardioli
- Environnement médiatique – Ágnes Dóka Magdolna
17h15-18h15 Échange de vues avec des représentant·es d’ONG
actives dans le domaine de l’observation électorale
- Vanya Nusheva – Transparency
International
- Daniel Stefanov – NBU, analyste principal, Laboratoire
électoral
- Rumyana Dencheva – ex-chef du conseil consultatif civique
de la CEC
Samedi, 8 juin 2024
8h30-11h30: Réunions consécutives
avec des dirigeant·es et des représentant·es de partis politiques
et coalitions
08h30-09h00 GERB + SDS
09h00-09h30 PP-DB
- Nadejda
Yordanova
- Lena Borislavova
- Stoju Stoev
- Vasil Pandov
09h30-10h00 MRF (Mouvement pour les droits et les libertés)
- Stanislav Anastasov
- Hamid Hamid
- Valentin Tonchev
11h00-11h30 ITN
11h45-12h45 Échange de vues avec les représentant·es des médias
- Mediapool.bg – Tzvetelina Sokolova
- Offnews.bg – Vladimir Yonchev
- Radio nationale bulgare – Milen Mitev
- Agence télégraphique bulgare – Genka Ivanova
- Association des journalistes européens, Horizon – Irina
Nedeva
13h00-14h00 Réunion avec la présidente et les membres de la
Commission électorale centrale
16h00 Réunion avec les ministres du gouvernement intérimaire
chargé de l’organisation des élections
- Georgi Gvozdeykov, ministre des Transports et de la Communication
- Valentin Mundrov, ministre de la Gouvernance électronique
- Kalin Stoyanov, ministre de l’Intérieur
- Svetlan Stoev, secrétaire permanent, ministère des Affaires
étrangères
Dimanche, 9 juin 2024
7h00-20h00 Jour du scrutin – observation dans les bureaux
de vote
20h00-23h00 Observation de la clôture des bureaux de vote
et du dépouillement
Lundi, 10 juin 2024
9h00-10h00 Réunion interne de débriefing de la délégation
et adoption d’une déclaration
13h00 Point presse par le chef de la délégation
Annexe 3 – Communiqué
de presse de la mission d’observation des élections – 9 juin 2024
Malgré un scrutin
libre et compétitif, les élections en Bulgarie ont été entachées
par la lassitude de l’électorat et un taux de participation historiquement
bas
Les élections législatives anticipées et les élections européennes
qui se sont tenues en Bulgarie le même jour (9 juin) ont été libres
et compétitives, offrant aux électeurs et aux électrices un choix
pluraliste. Si les procédures électorales ont été bien gérées, le
taux de participation a reflété un manque d’enthousiasme significatif.
En effet, un tiers des électeurs et des électrices seulement ont
participé aux élections nationales. Cela témoigne d’une lassitude
croissante de l’électorat et d’un scepticisme à l’égard du changement
politique, a conclu la délégation de l’Assemblée parlementaire du
Conseil de l’Europe (APCE) chargée d’observer les élections.
La délégation de 11 membres, dirigée par Oleksii Goncharenko
(Ukraine, CE/AD), a observé les élections législatives anticipées
pendant quatre jours, grâce à cinq équipes déployées à Sofia, Plovdiv,
Blagoevgrad, Kyustendil, Pleven, Pernik et Breznik. Un rapport complet
sur l’observation sera présenté à la Commission permanente de l’APCE
en novembre 2024.
«Toutes les élections récemment tenues en Bulgarie ont été
bien organisées et de manière professionnelle», a déclaré M. Goncharenko.
«Hormis quelques irrégularités mineures et des problèmes techniques
liés aux machines à voter, ces élections n’ont pas fait exception.
Les élections européennes simultanées n’ont pas posé de problèmes
majeurs. Cependant, l’électorat bulgare est épuisé d’avoir été appelé
à voter pour la sixième fois en trois ans, ce qui entraîne une désillusion
à l’égard de la gouvernance du pays. La méfiance à l’égard des principaux
responsables politiques et les perspectives incertaines de stabilité
politique risquent de pousser les électeurs et les électrices vers
les extrêmes. Le parlement nouvellement élu doit donc s’efforcer de
regagner la confiance de l’électorat et de renouer le dialogue avec
lui.»
La réforme constitutionnelle de décembre 2023, qui a notamment
accordé aux citoyens et aux citoyennes ayant la double nationalité
le droit de briguer un mandat de député ou de ministre, est une
évolution positive conforme aux recommandations antérieures de la
Commission de Venise et du BIDDH de l’OSCE. Cependant, d’autres
recommandations de longue date, telles que celles relatives au droit
de vote des personnes sous le coup d’une interdiction judiciaire
ou qui purgent une peine d’emprisonnement, n’ont pas été prises
en considération.
La délégation de l’APCE est particulièrement préoccupée par
les problèmes persistants d’achat de voix, de vote collectif sous
pression et de votes contrôlés, à la fois explicites et implicites,
qui ont été fréquemment soulevés par les personnes rencontrées et
confirmés par le ministre de l’Intérieur intérimaire. Ces questions doivent
faire l’objet d’une enquête approfondie afin de rétablir la confiance
du public.
Le ton des campagnes, tant hors ligne qu’en ligne, était essentiellement
négatif et ne s’est pas amélioré pendant la période de campagne
parlementaire. La délégation de l’APCE a également été informée
d’un certain nombre de procédures judiciaires abusives pour diffamation
et réitère sa recommandation de longue date d’adopter de nouvelles
mesures législatives pour la protection des journalistes.
Le jour du scrutin, les électeurs et les électrices semblaient
bien connaître les procédures de vote et ont pu choisir entre les
bulletins de vote papier et les machines à voter. Un grand nombre
a préféré les bulletins papier. Le processus dans le bureau de vote
était quelque peu bureaucratique, avec de multiples tampons et contrôles
d’identité. Malgré le professionnalisme des membres des commissions
électorales locales, cette situation entraînerait probablement des
retards et de longues files d’attente en cas de participation plus
élevée.
Le secret du vote n’a pas été pleinement garanti. La transparence
des bulletins de vote imprimés sur les machines à voter a potentiellement
permis à d’autres personnes de voir les suffrages exprimés. La délégation de
l’APCE appelle les nouvelles autorités bulgares à repenser le système
de vote électronique existant afin d’en garantir la fiabilité tout
en utilisant au mieux les technologies modernes. S’il est clair
que les technologies de l’information et de la communication ne
peuvent à elles seules restaurer la confiance des Bulgares dans
le processus électoral ou éradiquer les pratiques de corruption,
elles pourraient néanmoins, si elles sont associées à des garanties
juridiques et à des pratiques électorales transparentes, renforcer
progressivement la confiance de l’électorat.
Annexe 4 – Composition
de la commission ad hoc – 27 octobre 2024
Président:
M. Alfred Heer, Suisse
Groupe des socialistes,
démocrates et verts (SOC)
- M. Yunus Emre, Türkiye
- Mme Bisera Kostadinovska-Stojchevska,
Macédoine du Nord
- M. Saša Magazinović, Bosnie-Herzégovine
Groupe du Parti
populaire européen (PPE/DC)
- Mme Andrea
Eder-Gitschthaler, Autriche
- Mme Maria Syrengela, Grèce
Alliance des démocrates
et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
- M. Mehmet Akalın, Türkiye
- M. Alfred Heer, Suisse
Groupe des Conservateurs
européens et Alliance démocratique (CE/AD)
- M. José María Sánchez
García, Espagne
- Mme Heather Wheeler, Royaume-Uni
Groupe pour la gauche
unitaire européenne (GUE)
- Mme Sevilay
Çelenk Özen, Türkiye
Commission de Venise
- M. Richard Barrett,
membre de la Commission de Venise
- M. Domenico Vallario, conseiller juridique, secrétariat
de la Commission de Venise
Secrétariat
- Mme Ivi-Triin
Odrats, cheffe adjointe de la Division des élections, secrétaire
de la commission ad hoc
- M. Gaël Martin-Micallef, secrétaire de commission
Annexe 5 – Programme
de la mission d’observation des élections – 27 octobre 2024
Vendredi,
25 octobre 2024
14h00-14h45 Réunion de la délégation
- Remarques de bienvenue de Alfred Heer, chef de la délégation
- Présentation sur les aspects juridiques par Richard Barrett,
membre de la Commission de Venise
- Briefing par le secrétariat
15h00-16h15 Échange de vues avec des représentant·es d’ONG
actives dans le domaine de l’observation des élections
- Ruzha Smilova, Centre pour les
stratégies libérales
- Vanya Nusheva, Transparency International
- Lilian Nikoforova, Institut pour le développement de l’environnement
public
16h30-18h00 Échange de vues avec les représentant·es des médias
- Assen Yordanov, directeur –
Bivol en ligne
- Evgeniya Drumeva, directrice générale adjointe – BTA
- Viktoria Spasova – journal Kapital
- Lubcho Neshkov – bnesbg.bg
- Dimitar Ruskov – dnesbg.bg
- Journal Dnevnik
16h15-17h00 Réunion du chef de la délégation avec la juge
Cherneva, vice-présidente de la Cour administrative suprême (CAS)
et des membres de la première chambre de la CAS
Samedi, 26 octobre 2024
08h00-08h45 Réunion avec les ministres du gouvernement intérimaire
chargé de l’organisation des élections
- Ivan Kondov, ministre des Affaires étrangères
- Rosen Karadimov, ministre de l’Innovation et de la Croissance
- Valentin Mundrov, ministre de la Gouvernance électronique
09h00-12h00: Réunions consécutives
avec des dirigeant·es et des représentant·es de partis politiques
et de coalitions en lice aux élections
09h00-09h30 Coalition Nous continuons le changement – Bulgarie
démocratique (PP-DB)
09h30-10h00 Mouvement pour les droits et les libertés (DPS)-Nouveau
départ
- Iskra Mihaylova
- Stanislav Anastasov
- Atidje Alieva-Veli
10h00-10h30 Citoyens pour le développement européen de la
Bulgarie – Union des forces démocratiques (GERB – SDS)
- Georg Georgiev
- Elena Naydenova
10h30-11h00 Alliance pour les droits et les libertés (ARF)
- Valentin Tonchev
- Ahmed Haku
- Neriman Mustafa
11h00-11h30 Renouveau (Revival)
11h30-12h00 BSP pour la Bulgarie (BSP)
- Yoan Ivanov
- Kamen Todorov
- Alexander Simov
12h00-12h30 Il y a un tel peuple (ITN)
15h00-15h45 Réunion avec la présidente et les membres de la
Commission électorale centrale
Dimanche, 27 octobre 2024
07h00-20h00 Jour du scrutin – observation dans les bureaux
de vote
20h00-23h00 Observation de la clôture des bureaux de vote
et du dépouillement
Lundi, 28 octobre 2024
09h00-10h00 Réunion interne de débriefing de la délégation
et adoption d’une déclaration
13h00 Point de presse par le chef de la délégation
Annexe 6 – Communiqué
de presse de la mission d’observation des élections – 27 octobre
2024
Des élections
bien organisées mais inefficaces maintiennent le statu quo en Bulgarie,
selon les observateurs de l'APCE
SOFIA, 28 octobre 2024: Les élections législatives anticipées
qui se sont tenues le 27 octobre en Bulgarie ont été compétitives
et gérées de manière professionnelle par l’administration électorale.
Le faible taux de participation a toutefois mis en évidence un manque
de confiance profondément ancré au sein de l’électorat envers les
dirigeants politiques du pays.
«Nous saluons une fois de plus la bonne organisation du scrutin
et les efforts continus d’un électorat épuisé par des cycles sans
fin d’élections répétées», a déclaré Alfred Heer, chef de la délégation
de l'APCE, à l’issue de la mission d’observation électorale de quatre
jours. «Après ce septième tour d’élections en trois ans, les dirigeants
politiques de tous les partis et coalitions devraient prendre en
considération la réalité de la désaffection du peuple bulgare et
s’y attaquer. Le pays traverse une crise politique récurrente –
pas une crise institutionnelle – mais qui conduit à l'institutionnalisation
de la crise politique. Il n’y a pas de démocratie fonctionnelle
sans participation active des électeurs».
Bien que certaines recommandations de la Commission de Venise
restent en suspens, le code électoral et la législation connexe
constituent un cadre général adéquat pour la tenue d'élections équitables.
Le recours fréquent à des gouvernements de courte durée et
à des gouvernements intérimaires a de
facto remplacé les rapports ordinaires entre les élections
et la formation de gouvernements stables. Cette situation est en
soi un aveu d’incapacité à établir des solutions politiques durables.
Les dirigeants politiques et les législateurs devraient envisager
d’apporter au système électoral des modifications qui pourraient
être plus propices à la formation de gouvernements stables.
La délégation réitère ses préoccupations concernant les allégations
persistantes d’achat de voix et de votes contrôlés. Bien que la
ligne téléphonique d’urgence et les autres mesures mises en œuvre
par le ministère de l’Intérieur pour signaler de telles violations
soient des évolutions bienvenues, l’augmentation significative des alertes
et le taux de participation nettement plus élevé dans certaines
zones sensibles montrent qu’il faut d’urgence s’attaquer davantage
à ces questions, qui constituent une infraction au regard de la
loi.
La campagne électorale sans éclat a été menée principalement
dans les médias sociaux et, dans une certaine mesure, par des moyens
traditionnels dans les zones rurales. Un nombre croissant de candidats
gèrent leur propre communication politique, en contournant partiellement
le journalisme professionnel, ce qui soulève des inquiétudes quant
à la qualité des informations qui parviennent aux électeurs.
Le jour du scrutin, malgré les avantages liés au développement
de la technologie, la combinaison actuelle de machines à voter utilisées
comme imprimantes et de bulletins de vote en papier a entraîné une
augmentation des étapes bureaucratiques et procédurales, ce qui
a accru le risque d’erreurs dans les bureaux de vote.
«Ces élections n’ont pas permis de sortir de l’impasse politique»,
a conclu M. Heer. «La responsabilité incombe désormais aux forces
politiques bulgares. Elles doivent dépasser les divisions partisanes
pour sortir de l’impasse. Le peuple bulgare mérite des dirigeants
qui s’engagent à mettre en place des structures démocratiques opérationnelles».
Une délégation de quatorze membres,
conduite par Alfred Heer (Suisse, ADLE), a observé les élections législatives
anticipées le 27 octobre. Le jour du scrutin, ses sept équipes étaient
déployées dans les villes suivantes: Sofia, Pazardjik, Plovdiv,
Pernik, Breznik, Blagoevgrad, Doupnitsa, Rila, Montana, Lovetch,
Vraca, Etropole, Komarevo, Barzia et Sredets. Un rapport sur l’observation
des élections sera présenté à la Commission permanente de l'APCE
le 29 novembre 2024 à Luxembourg.