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La protection des enfants contre la violence en ligne

Réponse à Recommandation | Doc. 16082 | 03 décembre 2024

Auteur(s) :
Comité des Ministres
Origine
Adoptée lors de la 1513e réunion des Délégués des Ministres (27 novembre 2024). 2025 - Première partie de session
Réponse à Recommandation
: Recommandation 2274 (2024)
1. Le Comité des Ministres a examiné attentivement la Recommandation 2274 (2024) de l’Assemblée parlementaire «La protection des enfants contre la violence en ligne» et l’a transmise aux organes compétents pour information et commentaires éventuelsNote. Au vu de l’essor des technologies numériques et de l’accès libre des enfants à des matériels potentiellement dangereux, que ce soit de manière intentionnelle ou non, le Comité des Ministres partage les préoccupations exprimées par l’Assemblée sur cette question.
2. La protection des enfants contre la violence en ligne est une tâche complexe compte tenu de l’évolution constante des plateformes numériques, de la portée mondiale de l’internet, de la difficulté à réglementer les contenus en ligne au-delà des frontières et de la nécessité d’assurer la coordination entre de multiples parties prenantes, notamment les entreprises du secteur des technologies, les services répressifs et les éducateurs. Il s’agit aussi de trouver un juste équilibre entre la sécurité des enfants et leurs droits à la vie privée et à la liberté d’expression, ce qui ajoute à la difficulté de l’exercice. Ces divers aspects sont traités par différents organes du Conseil de l’Europe (voir ci-dessous), qui s’efforcent de répondre aux défis relevant du mandat de notre Organisation.
3. En réponse au paragraphe 1.1 de la recommandation, l’Assemblée parlementaire est informée que la Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur l’intelligence artificielle et les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit a été adoptée par le Comité des Ministres le 17 mai 2024 et ouverte à la signature lors d’une conférence des ministres de la Justice du Conseil de l’Europe qui a eu lieu à Vilnius en septembre 2024. Il s’agit du tout premier instrument international juridiquement contraignant visant à garantir que les systèmes d’IA restent compatibles avec les droits humains, la démocratie et l’État de droit. Le Comité des Ministres souligne que l’article 18 de la Convention porte sur les droits des personnes handicapées et des enfants et dispose que «[c]haque Partie tient dûment compte des besoins particuliers et des vulnérabilités en rapport avec le respect des droits des personnes handicapées et des enfants, conformément à son droit interne et aux obligations internationales applicables».
4. Par ailleurs, la protection des enfants contre la violence en ligne relève de deux des domaines prioritaires définis dans la Stratégie du Conseil de l'Europe pour les droits de l'enfant (2022-2027), à savoir les domaines prioritaires n° 1 («Une vie sans violence pour tous les enfants») et n° 3 («L’accès de tous les enfants aux technologies et à leur utilisation sûre»).
5. S’agissant du paragraphe 1.2 de la recommandation de l’Assemblée, le Comité informe cette dernière que lors de sa 9e réunion plénière, le Comité directeur pour les droits de l’enfant (CDENF) a accueilli favorablement une «Étude de faisabilité sur l’éducation complète à la sexualité adaptée à l'âge des enfants afin de renforcer les réponses pour entre autres prévenir et combattre la violence à l’égard des enfants, y compris la violence sexuelle et les comportements préjudiciables ou à risque». Cette étude souligne l’importance de dispenser une telle éducation dans les contextes éducatifs formels, informels et non formels afin de doter les enfants des compétences nécessaires pour reconnaître et signaler la violence en ligne. Elle définit également les principaux éléments d'un instrument non contraignant sur l'éducation complète à la sexualité adaptée à l’âge des enfants devant être élaboré par le CDENF d'ici à la fin de 2026. Le Comité des Ministres encourage l’Assemblée à collaborer avec le CDENF pour l’élaboration dudit instrument.
6. Le Comité des Ministres attire également l’attention sur la Recommandation CM/Rec(2023)8 sur le renforcement des systèmes de signalement des cas de violence à l’égard des enfants, qu’il a adoptée en septembre 2023, et sur la pertinence particulière de celle-ci quant à la nécessité pour les États de garantir un signalement sûr de la violence à l’égard des enfants, y compris la violence infligée par le biais des technologies numériques.
7. En ce qui concerne la paragraphe 2.2 de la recommandation de l’Assemblée («en mettant à la disposition des enfants et des parents des outils de sensibilisation aux dangers d’internet»), le Comité des Ministres note l’engagement continu du CDENF à «promouvoir activement la Recommandation CM/Rec(2018)7 du Comité des Ministres aux États membres sur les lignes directrices relatives au respect, à la protection et à la réalisation des droits de l'enfant dans l'environnement numérique» et à «prendre des mesures spécifiques concernant sa mise en œuvre afin de permettre à tous les enfants d'exercer pleinement leurs droits humains et leurs libertés fondamentales dans l’environnement numérique», comme appelle à le faire le Comité des Ministres dans sa Déclaration relative à la protection du droit au respect de la vie privée des enfants dans l’environnement numérique. Un certain nombre d'outils ont été conçus pour soutenir ce processus, notamment la version adaptée aux enfants des lignes directrices «Apprends tes droits dans l'environnement numérique », traduite dans de nombreuses langues, et la liste de contrôle pour les parents et les soignants faisant l’objet du document intitulé «La parentalité à l'ère du numérique – des approches parentales positives pour différents scénarios». En outre, le livre d'histoires et la vidéo «Kiko et les Moipartouts » sur l'utilisation abusive des images dans l'environnement en ligne ont été mis au point pour aider les enfants et les parents en les sensibilisant aux dangers de l'internet. Citons aussi le Manuel de maîtrise de l'internet, un outil plus général destiné aux enfants, aux parents, aux enseignants et aux décideurs politiques, qui vise à permettre d'utiliser l'internet en toute sécurité et en toute confiance, en étant cependant conscients des possibilités et des risques que présente le réseau. Enfin, pour les adolescents, il existe une brochure intitulée «Alors c’est ça les abus sexuels?», qui traite des abus sexuels, y compris des abus commis en ligne, et de la diffusion d'images à caractère sexuel.
8. Reconnaissant que des mesures supplémentaires devraient être prises pour protéger les enfants des contenus préjudiciables proposés en ligne, le CDENF a récemment approuvé une étude cartographique sur les droits de l'enfant et l'intelligence artificielle (IA), qui se concentre sur les cadres juridiques traitant de l'IA dans le contexte des droits de l'enfant. Cette étude souligne la responsabilité des autorités publiques de protéger les enfants et de leur donner les moyens de jouir de leurs droits en les sensibilisant aux risques posés par les systèmes d'IA, attirant également l’attention sur l’importance de l’éducation et des campagnes de sensibilisation pour les jeunes. En outre, le CDENF a organisé un échange thématique afin de rechercher des moyens de protéger les enfants contre les risques liés à l'accès à des contenus pornographiques en ligne, soulignant l’importance de la vérification de l'âge, de l'éducation, de la culture numérique des enfants et des parents et du rôle des décideurs politiques, des entreprises du secteur des technologies et des plateformes de médias sociaux. Dans le prolongement de cet échange thématique et conformément à son mandat, le CDENF élabore actuellement une note d'orientation thématique sur cette question.
9. Le Conseil de l’Europe poursuit également ses travaux visant à protéger les enfants contre toutes les formes de violence grâce à la mise en œuvre de la Convention sur la protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels, également connue sous le nom de «Convention de Lanzarote». Ce traité exige des États qu'ils informent les enfants au sujet des risques d'exploitation et d'abus sexuels d'une manière adaptée à leur stade de développement (article 6), qu'ils sensibilisent le public au phénomène de l'exploitation et des abus sexuels concernant des enfants et aux mesures préventives qui peuvent être prises (article 8), qu'ils encouragent le signalement de ces infractions (article 12), qu'ils mettent en place des services d'assistance téléphonique (article 13) et qu'ils apportent une aide aux victimes de ces infractions (article 14).
10. En 2022, le Comité de Lanzarote a adopté un rapport de mise en œuvre sur la Protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels facilités par les technologies de l'information et de la communication, qui répond spécifiquement aux défis soulevés par les images et/ou vidéos à caractère sexuel autogénérées par des enfants.
11. Le Comité des Ministres rappelle également que l'édition 2024 de la Journée pour la protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels (18 novembre) avait pour thème principal «Les technologies émergentes: menaces et opportunités pour la protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels».
12. Le Comité des Ministres souhaiterait en outre souligner qu’il a adopté plusieurs recommandations pertinentes pour le thème en question, plus précisément dans le domaine des médias et de la société de l’information. Ainsi, il appelle tout particulièrement l’attention sur trois instruments relatifs à la protection des enfants contre la violence en ligne. Le premier, la Recommandation CM/Rec(2022)13 sur les effets des technologies numériques sur la liberté d’expression, souligne, dans son préambule, la nécessité de protéger les enfants dont les droits humains peuvent subir de graves atteintes du fait de certains types de contenus largement disponibles en ligne, et que toute mesure visant à les protéger doit respecter la liberté d’expression telle que garantie par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, autant que les autres droits humains. Le deuxième, Recommandation CM/Rec(2018)7 sur les «Lignes directrices relatives au respect, à la protection et à la réalisation des droits de l’enfant dans l’environnement numérique», rappelle que l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale dans toutes les actions concernant l’enfant dans l'environnement numérique et qu'en évaluant l'intérêt supérieur d’un enfant, les États devraient faire tout leur possible pour équilibrer et, dans la mesure du possible, concilier le droit de l’enfant à la protection avec le respect de ses autres droits, notamment le droit à la liberté d’expression. Enfin, le troisième instrument, à savoir la Recommandation CM/Rec(2022)11 sur les principes de gouvernance des médias et de la communication, fournit un cadre global pour la régulation, la corégulation et l’autorégulation des environnements numériques dans le respect des droits humains, notamment en prévoyant des mesures d’ordre législatif et autres pour protéger les enfants.
13. Pour finir, le Comité des Ministres informe l’Assemblée que son Comité directeur sur les médias et la société de l’information (CDMSI), dans le cadre de son mandat actuel, prend dûment en considération la protection des mineurs et le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, notamment dans les travaux menés actuellement par les Comités d'experts sur la sécurité en ligne et l'autonomisation des créateurs de contenu et des utilisateurs (MSI-eSEC) et sur les implications de l'intelligence artificielle générative sur la liberté d'expression (MSI-AI). Il entretient également, dans le cadre du partenariat numérique du Conseil de l'Europe, un dialogue régulier avec le secteur privé.