La nécessité d'un nouvel ordre international fondé sur des règles
Recommandation 2288
(2025)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 28 janvier 2025 (3e séance)
(voir Doc. 16087, rapport de la commission des questions politiques et
de la démocratie, rapporteure: Mme Dora
Bakoyannis). Texte adopté par l’Assemblée le
28 janvier 2025 (3e séance).
1. L’Assemblée parlementaire attire
l’attention du Comité des Ministres sur sa
Résolution 2581 (2025) «La nécessité
d’un nouvel ordre international fondé sur des règles», dans laquelle
elle fait le point sur les défis actuels auxquels est confronté
l’ordre international fondé sur des règles tel qu’il a été établi
après la seconde guerre mondiale. L’évolution vers la multipolarité,
avec des groupes de pays qui se rassemblent autour d’approches et
de visions divergentes sur les valeurs, les systèmes de gouvernance
et l’ordre international lui-même, s’accompagne d’une montée rapide
de l’autoritarisme, du nationalisme, de l’isolationnisme, de l’unilatéralisme
et d’une pure politique de puissance. Ce phénomène a été mis en
évidence par la guerre d’agression menée actuellement par la Fédération
de Russie contre l’Ukraine, qui constitue une violation grave et
flagrante de l’ordre international fondé sur des règles. Le monde
est actuellement confronté au nombre de conflits le plus élevé depuis
la fin de la seconde guerre mondiale, et le Conseil de sécurité
des Nations Unies peine à s’acquitter de sa responsabilité première
qui est d’assurer le maintien de la paix et de la sécurité internationales,
en raison des positions et des intérêts inconciliables de ses membres
permanents.
2. Ce contexte d’instabilité et d’insécurité mondiales est d’autant
plus préoccupant que, outre le maintien de la paix internationale,
le monde est confronté à un certain nombre d’autres défis distincts
et interdépendants qui ne peuvent être relevés que par une action
concertée, qu’il s’agisse du changement climatique et de la dégradation
de l’environnement, des migrations de masse, des inégalités croissantes,
des risques sanitaires mondiaux, des crises alimentaires et énergétiques,
du terrorisme et de l’extrémisme violent, de l’essor de l’intelligence
artificielle et de ses effets sur tous les aspects de la société,
ou des risques liés à l’exploration spatiale.
3. L’Assemblée soutient fermement le renouvellement du système
multilatéral de gouvernance mondiale, qui devrait continuer à se
fonder sur le respect du droit international et des principes inscrits
dans la Charte des Nations Unies. La coopération entre les organisations
internationales partageant ces valeurs et principes universels sera
essentielle pour préserver le multilatéralisme et faire en sorte
que les défis majeurs à venir puissent être relevés dans l’intérêt
de l’humanité.
4. Fondé en 1949 en tant que projet de paix, le Conseil de l’Europe
a apporté une contribution exceptionnelle au renforcement du multilatéralisme
fondé sur des règles en promouvant la démocratie, les droits humains
et l’État de droit, et en contribuant à la création d’un espace
juridique européen unique, par le biais de la Convention européenne
des droits de l’homme (STE no 5) et son
interprétation par la Cour européenne des droits de l’homme, et
de plus de 200 autres conventions. En renforçant les normes démocratiques,
la protection des droits humains et le respect de l’État de droit,
le Conseil de l’Europe contribue à la sécurité démocratique et à
la promotion de la paix internationale au sens de la Charte des
Nations Unies.
5. Pour ces raisons, l’Assemblée lance un appel résolu au renforcement
du partenariat entre le Conseil de l’Europe et les Nations Unies,
conformément à la position adoptée par les chefs d’État et de gouvernement
du Conseil de l’Europe lors de leur 4e Sommet
à Reykjavík en 2023, lorsqu’ils se sont engagés à «renforcer le rôle
du Conseil de l’Europe dans l’architecture multilatérale européenne
en évolution et dans la gouvernance mondiale en améliorant sa dimension
extérieure, par le biais de ses bureaux de liaison et à travers
un nouvel engagement fondé sur ses valeurs fondamentales avec les
démocraties dans le monde et son voisinage méridional».
6. L’Assemblée rappelle que, dans sa
Recommandation 1367 (1998) «Réforme
des Nations Unies», elle avait déjà recommandé au Comité des Ministres
de «reconnaître au Conseil de l’Europe la qualité d’une organisation
régionale au sens du chapitre VIII de la Charte des Nations Unies,
sur la base de sa contribution à la sécurité démocratique en Europe
et de son statut d’observateur à l’Assemblée générale des Nations Unies»,
et d’«examiner les possibilités pratiques pour le Conseil de l’Europe,
ainsi que pour son Assemblée parlementaire, d’assister effectivement
aux sessions de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York». Dans
le contexte international actuel, ces recommandations sont encore
plus pertinentes.
7. Compte tenu de ce qui précède, l’Assemblée invite le Comité
des Ministres:
7.1 à prendre les
mesures appropriées pour obtenir la reconnaissance du Conseil de
l’Europe en tant qu’organisation régionale au sens de l’article
52, chapitre VIII, de la Charte des Nations Unies, compte tenu du
rôle joué par le Conseil de l’Europe pour assurer la sécurité démocratique;
7.2 à renforcer la coopération entre les organes compétents
du Conseil de l’Europe et des Nations Unies, notamment en ce qui
concerne la mise en œuvre des Objectifs de développement durable,
leurs travaux respectifs dans le domaine de la démocratie, des droits
humains et de l’État de droit, ainsi que des questions telles que
la protection de l’environnement, les avantages et les risques des
nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, le rôle
de la jeunesse, et l’égalité entre les femmes et les hommes;
7.3 à envisager de mettre à jour l’Arrangement de 1971 de
coopération et de liaison entre les Secrétariats du Conseil de l’Europe
et des Nations Unies afin de mieux refléter les domaines potentiels de
synergie et de coopération entre les deux organisations face aux
défis actuels.
8. Enfin, l’Assemblée rappelle ses
Recommandations 1659 (2004) «Renforcement
des Nations Unies» et
2150
(2019) «Renforcement de la coopération avec les Nations
Unies dans la mise en œuvre du Programme de développement durable
à l’horizon 2030», dans lesquelles elle invitait le Comité des Ministres
à trouver des modalités pour établir une représentation du Conseil
de l’Europe au siège des Nations Unies à New York. Elle soutient
donc fermement la proposition du Secrétaire Général du Conseil de
l’Europe d’établir un bureau de liaison du Conseil de l’Europe au
siège des Nations Unies à New York et exhorte le Comité des Ministres
à prendre sans délai les mesures nécessaires en ce sens.