Les États membres du Conseil de l'Europe ont fait part de préoccupations légitimes au sujet de l'impact des nouvelles technologies sur la démocratie et les droits humains. Ces préoccupations sont prises en compte dans la Convention-cadre du Conseil de l'Europe sur l'intelligence artificielle et les droits de l'homme, la démocratie et l’État de droit (STCE n° 225).
Dans le même temps, les États membres risquent de réglementer de manière excessive les nouvelles technologies en raison de l'absence d'un large débat avec les innovateurs et les utilisateurs finaux. Certains États membres, comme l'Islande et la Norvège, proposent par exemple d'interdire le minage de bitcoins pour des raisons environnementales et énergétiques. En outre, le règlement anti-blanchiment de l'Union européenne classe les outils de paiement qui préservent la confidentialité des crypto-actifs parmi les technologies à haut risque.
Cet excès de réglementation rend encore plus difficile la distinction entre les innovations néfastes et celles qui sont bénéfiques. Une approche politique excessivement prudente ne nuit pas seulement à la compétitivité économique, mais accroît également l'émigration des talents. Elle néglige par ailleurs le potentiel qu'offrent les nouvelles technologies pour renforcer des libertés humaines, notamment en matière de protection de la vie privée, pour lutter contre l'exclusion financière et pour reconstruire des infrastructures énergétiques, alors que la demande de solutions de pointe ne cesse de croître avec la numérisation rapide de la vie quotidienne.
De nombreuses technologies émergentes protègent non seulement les libertés individuelles, mais élargissent également les opportunités économiques, telles que l'accès aux services financiers ou de nouvelles formes de participation économique. Ce lien entre politique économique et droits humains est crucial: comme le souligne la Résolution 2180 (2017) de l'Assemblée «Le «Processus de Turin»: renforcer les droits sociaux en Europe», «seules la jouissance des droits socio-économiques et l'inclusion sociale permettent aux citoyens d'exercer pleinement leurs droits civils et politiques».
L'absence de méthodologie standardisée pour évaluer la valeur sociale des technologies émergentes prive les décideurs politiques des outils nécessaires pour évaluer efficacement leur impact. Pour remédier à ces problèmes, l'Assemblée parlementaire devrait encourager une analyse pluridisciplinaire de l'impact sociétal des nouvelles technologies, en collaboration avec des militants des droits humains et des représentants de l'industrie, en mettant particulièrement l'accent sur la prise en compte du point de vue des jeunes.