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Mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme

Résolution 2599 (2025)

Auteur(s) :
Assemblée parlementaire
Origine
Discussion par l’Assemblée le 9 avril 2025 (15e séance) (voir Doc. 16134, rapport de la commission des questions juridiques et des droits de l'homme, rapporteur: M. Constantinos Efstathiou). Texte adopté par l’Assemblée le 9 avril 2025 (15e séance).Voir également la Recommandation 2295 (2025).
1. L’année 2025 marquera le 75e anniversaire de l’adoption de la Convention européenne des droits de l’homme (STE n° 5, «la Convention»). L’Assemblée parlementaire célèbre l’histoire et l’impact extraordinaire du système établi par cet instrument unique. La Convention et la Cour européenne des droits de l’homme («la Cour») ont contribué à promouvoir la paix sur le continent, ce qui a valu à la Cour le Prix de la paix de Dresde en janvier 2025. La Convention et la Cour ont également contribué à consolider la démocratie et l’État de droit sur notre continent et à créer un vaste espace juridique dans lequel toute personne peut être protégée contre les violations des droits humains et demander réparation. À ce jour, la Convention et la Cour représentent le système supranational le plus avancé au monde en matière de protection des droits humains.
2. L’Assemblée rappelle l’obligation faite sans équivoque aux États parties à la Convention d’exécuter les arrêts de la Cour en temps utile et de manière effective. Elle souligne en outre que les États parties sont tenus de se conformer aux mesures provisoires indiquées par la Cour, car ces dernières sont essentielles pour garantir la poursuite de la mise en œuvre effective des arrêts.
3. Dans la Déclaration de Reykjavík adoptée lors du 4e Sommet des chefs d’État et de gouvernement du Conseil de l’Europe (16-17 mai 2023), les États ont souligné l’importance fondamentale de l’exécution des arrêts de la Cour. Ils ont réaffirmé leur attachement indéfectible au système de la Convention, sont convenus de redoubler d’efforts pour assurer une exécution complète, efficace et rapide des arrêts de la Cour, et ont défini une série de mesures spécifiques pour permettre d’y parvenir. Les chefs d’État et de gouvernement, rappelant qu’il incombe aussi aux parlements nationaux de se conformer aux arrêts de la Cour, ont invité le Président de l’Assemblée à renforcer le dialogue politique avec les interlocuteurs nationaux dans ce domaine.
4. L’Assemblée se félicite des engagements pris lors du Sommet de Reykjavík, ainsi que du travail considérable accompli à ce jour pour mettre en œuvre les mesures demandées par les chefs d’État et de gouvernement.
5. Bien que la grande majorité des arrêts de la Cour soit exécutée, l’Assemblée s’inquiète du fait que certains États ne remédient pas aux causes profondes des violations des droits humains relevées dans certains arrêts, comme en témoignent les affaires en cours d’exécution qui ont été classées par le Comité des Ministres comme des «affaires de référence». Les affaires de référence mettent généralement en lumière un problème plus général de violation des droits humains qui touche de nombreuses personnes. Si des réformes ne sont pas mises en œuvre pour exécuter ces arrêts, le problème de fond peut persister et causer un préjudice à un plus grand nombre de personnes. La non-exécution de ces arrêts peut également entraîner des requêtes répétitives devant la Cour, ce qui alourdit sa charge de travail et nuit à l’efficience et à l’efficacité de l’ensemble du système de la Convention. L’examen du nombre total d’affaires en attente d’exécution pour un État n’est que d’une utilité limitée pour appréhender le respect par cet État de la Convention et de la jurisprudence de la Cour, car le nombre de ces affaires peut souvent être réduit simplement par le versement d’une satisfaction équitable. Le nombre et le type d’affaires de référence en attente d’exécution sont des indicateurs importants, car ces dernières ne peuvent souvent être exécutées qu’en prenant les mesures générales nécessaires pour résoudre les problèmes sous-jacents en matière de droits humains.
6. Neuf États comptent plus de 40 affaires de référence en attente d’exécution: l’Azerbaïdjan, la Bulgarie, la Hongrie, l’Italie, la République de Moldova, la Pologne, la Roumanie, la Türkiye et l’Ukraine. Ces États comptent également le plus grand nombre d’affaires de référence en attente d’exécution depuis plus de cinq ans, ce qui indique que les questions relatives aux droits humains ne sont pas réglées dans un délai raisonnable. L’Assemblée exhorte ces pays en particulier à prendre des mesures d’urgence pour améliorer de manière systématique leur exécution des arrêts de la Cour.
7. L’Assemblée est consciente que la situation en Ukraine est complexe par rapport à d’autres pays en raison de la guerre d’agression russe et que l’exécution des arrêts de la Cour se heurte à des difficultés particulières en raison de cette guerre. L’Assemblée se félicite du fait que, même dans ces circonstances difficiles, les autorités ukrainiennes sont restées fermes, ont confirmé et continuent à démontrer leur engagement à respecter pleinement la Convention et à prendre un certain nombre de mesures pour résoudre les problèmes structurels relevés par la Cour.
8. Les «Principes de Reykjavík pour la démocratie», énoncés à l’annexe III de la Déclaration de Reykjavík de 2023, réaffirment que «la démocratie est le seul moyen de garantir que chaque personne puisse vivre dans une société pacifique, prospère et libre». Les États membres du Conseil de l’Europe ont décidé d’éviter le recul de la démocratie sur le continent européen et d’y résister. L’un des principaux moyens d’y parvenir est l’exécution des arrêts de la Cour, notamment ceux qui concernent la protection de la liberté d’expression, de la liberté de réunion, de la liberté d’association, du droit à des élections libres et équitables et de l’indépendance du pouvoir judiciaire, ainsi que les arrêts qui mettent en évidence une restriction abusive des droits et libertés, constitutive d’une violation de l’article 18 de la Convention. L’Assemblée exhorte les États parties à la Convention à exécuter ces arrêts en priorité.
9. L’Assemblée juge absolument inadmissible que l’affaire Kavala c. Turquie, qui a fait l’objet d’une procédure en manquement en vertu de l’article 46, paragraphe 4, de la Convention, n’ait pas encore été exécutée et que M. Kavala soit toujours emprisonné. L’Assemblée rappelle sa Résolution 2518 (2023) «Appel à la libération immédiate d’Osman Kavala», notamment sa conclusion selon laquelle l’affaire mérite l’ouverture de la procédure complémentaire conjointe prévue dans la Résolution 2319 (2020) «Procédure complémentaire conjointe entre le Comité des Ministres et l’Assemblée parlementaire en cas de violation grave par un État membre de ses obligations statutaires». Elle réitère son appel lancé à la Türkiye pour que celle-ci libère immédiatement M. Kavala, conformément à ses obligations au titre de la Convention et du Statut du Conseil de l’Europe (STE n° 1).
10. L’exécution des affaires interétatiques et des affaires qui présentent des caractéristiques interétatiques est également un sujet de préoccupation considérable. L’Assemblée appelle les États parties actuels et anciens à la Convention, qui font l’objet de ces arrêts, à respecter leurs obligations internationales. L’Assemblée appelle en outre les États membres et les autres parties prenantes du système de la Convention à faire la démonstration de la volonté politique et de l’engagement nécessaires pour faire progresser l’exécution de ces affaires.
11. Afin de renforcer d’urgence l’exécution des arrêts de la Cour, l’Assemblée appelle les États parties à la Convention à mettre en œuvre les mesures énoncées au paragraphe 7 de la Résolution 2494 (2023) «Mise en œuvre des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme».
12. En particulier, l’Assemblée exhorte les États parties à la Convention à veiller à ce que des mécanismes nationaux de coordination efficaces soient mis en place et à ce qu’ils disposent d’une autorité et de ressources suffisantes, ainsi que de la participation de l’ensemble du gouvernement, pour permettre l’exécution rapide et efficace des arrêts de la Cour. Le Conseil de l’Europe a mené une étude sur plusieurs pays afin de recenser les bonnes pratiques qui permettent de renforcer les capacités nationales en matière d’exécution rapide des arrêts et décisions de la Cour (dans le cadre du projet Soutien aux moyens efficaces à mettre en œuvre au niveau interne pour l’exécution rapide des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme). L’Assemblée exhorte les États parties à utiliser les conclusions de cette étude pour apporter les modifications nécessaires à leurs propres dispositions nationales, afin de garantir l’exécution complète et rapide des arrêts de la Cour. L’Assemblée se félicite de la création du Réseau des coordinateurs de l’exécution en juin 2024 et décide de mener toute activité conjointe que le réseau et l’Assemblée jugent constructive.
13. L’Assemblée invite également les parlements nationaux à jouer leur rôle dans l’exécution des arrêts de la Cour, en mettant en œuvre les «Principes fondamentaux du contrôle parlementaire des normes internationales relatives aux droits de l’homme», énoncés par l’Assemblée dans la Résolution 1823 (2011) «Les parlements nationaux: garants des droits de l’homme en Europe». Ces principes exigent la mise en place de structures parlementaires adéquates pour assurer un suivi et un contrôle rigoureux et régulier du respect des obligations internationales en matière de droits humains, telles qu’une commission des droits humains spécialisée ou une structure analogue. Les compétences de telles structures devraient prévoir l’examen régulier de l’exécution des arrêts de la Cour par l’État concerné, des initiatives de modification de la législation afin de garantir le respect de la Convention et l’exécution des arrêts de la Cour, ainsi que la vérification systématique de la compatibilité de tous les projets de loi avec les obligations internationales en matière de droits humains. Il est essentiel que ces structures parlementaires disposent d’un personnel suffisant et spécialisé ainsi que des ressources nécessaires pour mener à bien ces missions.
14. L’Assemblée se félicite de la contribution de la Commission européenne dans ses rapports sur l’État de droit, qui met en lumière les problèmes liés à l’exécution des arrêts de la Cour. L’Assemblée invite la Commission européenne à mentionner plus fréquemment l’exécution des arrêts de la Cour dans ses listes de recommandations énoncées dans les chapitres par pays du Rapport sur l’État de droit:
14.1 en recommandant aux États d’exécuter des arrêts précis qui sont importants pour assurer la protection de l’État de droit; et/ou
14.2 en recommandant aux États d’améliorer leur bilan global d’exécution des arrêts de référence de la Cour, pour les pays où l’exécution de ces arrêts pose un problème important.
15. L’Assemblée souligne l’obligation continue de la Fédération de Russie d’exécuter les arrêts de la Cour et se félicite des mesures prises par le Comité des Ministres pour continuer à surveiller les affaires relatives à la Fédération de Russie, en particulier par le biais de ses contacts avec d’autres organisations internationales, notamment les Nations Unies. L’Assemblée décide d’examiner plus avant si des mesures supplémentaires peuvent être prises pour assurer le paiement de la satisfaction équitable accordée par la Cour dans ces affaires, notamment dans certaines affaires interétatiques.
16. L’Assemblée décide également de poursuivre et de renforcer son rôle dans la promotion de l’exécution complète, efficace et rapide des arrêts de la Cour, conformément à la Déclaration de Reykjavík et aux décisions ultérieures du Comité des Ministres. Les travaux supplémentaires entrepris depuis la Déclaration de Reykjavík comprennent un soutien accru au Président de l’Assemblée pour soulever la question de l’exécution des arrêts de la Cour lors de réunions de haut niveau, ainsi que des réunions d’information à l’intention des délégations nationales sur l’exécution des arrêts de la Cour dans leur État. Sous réserve de disposer de fonds suffisants, l’Assemblée décide de créer un réseau de parlementaires pour promouvoir l’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme. Les membres du réseau pourraient échanger les bonnes pratiques en matière d’exécution des arrêts au sein de l’Assemblée et, dans le même temps, promouvoir l’exécution des arrêts au niveau national dans leur propre pays, par exemple en dialoguant avec les interlocuteurs nationaux concernés ou en encourageant les réformes législatives et structurelles.
17. Compte tenu de la nécessité d’améliorer l’exécution des arrêts de la Cour, l’Assemblée décide de rester saisie de cette question et de continuer à lui accorder la priorité.