Logo Assembly Logo Hemicycle

Soutien à la reconstruction de l’Ukraine / Questions juridiques et violations des droits de l'homme liées à l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine

Réponse à Recommandation | Doc. 16167 | 06 mai 2025

Auteur(s) :
Comité des Ministres
Origine
Adoptée lors de la 1527e réunion des Délégués des Ministres (30 avril 2025). 2025 - Commission permanente de mai (Malte)
Réponse à Recommandation
: Recommandation 2271 (2024) et Recommandation 2279 (2024)
1. Le Comité des Ministres informe l’Assemblée parlementaire que la réponse suivante a été adoptée à la majorité telle que stipulée par l’article 20 (d) du Statut.
2. Le Comité des Ministres a attentivement examiné la Recommandation 2271 (2024) de l'Assemblée parlementaire «Soutien à la reconstruction de l'Ukraine», qu'il a transmise au Comité des conseillers juridiques sur le droit international public (CAHDI), à MONEYVAL et au Comité européen pour les problèmes criminels (CDPC) pour information et observations éventuelles, ainsi que la Recommandation 2279 (2024) «Questions juridiques et violations des droits de l'homme liées à l'agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine», qu’il a transmise au CAHDI pour information et observations éventuelles. Le Comité des Ministres fait les observations suivantes au sujet des nombreuses recommandations relatives à ces questions.
3. Premièrement, le Comité réitère son soutien indéfectible à la mise en place d'un système complet d’établissement des responsabilités pour l'agression de la Fédération de Russie contre l'Ukraine et toutes ses conséquences juridiques et en matière de droits humains, comme il l'a déjà souligné dans plusieurs réponses aux recommandations de l'Assemblée et à de nombreuses reprises.
4. S'agissant de l'appel de l'Assemblée en faveur de la mise en place d'un mécanisme d’indemnisation, le Comité rappelle que la création du Registre des dommages causés par l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, conformément à l'article 2.5 de son Statut, est censée constituer la première composante d’un futur mécanisme international d’indemnisation, auquel le registre pourrait ultérieurement être transféré. Quant à la deuxième composante – une commission des demandes d'indemnisation pour l'Ukraine – des progrès importants ont été accomplis au cours de quatre réunions préparatoires qui se sont tenues à La Haye en juillet, septembre et novembre 2024 et janvier 2025. Les discussions et les idées issues de la 4e et dernière réunion préparatoire représentent une étape cruciale vers des négociations formelles visant à établir un cadre solide pour traiter les demandes d’indemnisation découlant de l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine. L’étude de l’option d’une convention ouverte du Conseil de l’Europe afin de constituer un tel cadre a suscité un large intérêt lors de cette dernière réunion, ainsi que lors de la première réunion du Comité intergouvernemental de négociation qui s'est tenue du 24 au 26 mars 2025. Le Conseil de l'Europe était représenté lors de ces réunions par son Secrétariat.
5. Le Comité des Ministres estime que la possibilité de créer une commission des demandes d'indemnisation sous l'égide du Conseil de l'Europe faciliterait la transition des travaux du Registre vers la future commission des demandes d'indemnisation, en garantissant des synergies et un bon rapport coût-efficacité. Il reconnaît en outre que la création d’un éventuel fonds d'indemnisation devrait être abordée une fois que la commission des demandes d'indemnisation aura été établie.
6. En outre, le Comité prend note de la recommandation d'envisager d'étendre le champ d'application temporel du futur mécanisme international d'indemnisation pour y inclure les dommages causés avant le 24 février 2022, en raison de l'agression de la Fédération de Russie contre l'Ukraine depuis 2014. Il considère qu'il s'agit là d'une décision politique à prendre en considération au moment opportun.
7. En ce qui concerne la demande de création d'un fonds fiduciaire international pour le transfert de tous les avoirs saisis de l'État russe, le Comité attire l’attention de l’Assemblée sur le droit international coutumier relatif à l’immunité des États, codifié dans une large mesure dans deux traités pertinents qui devraient être pris en considération lorsqu’il est question de la saisie des biens de l’État russe: (i) la Convention des Nations Unies de 2004 sur les immunités juridictionnelles des États et de leurs biens; et (ii) la Convention européenne de 1972 sur l’immunité des États (STE n° 74). Quant au recours à des contre-mesures à cette fin, le Comité souligne le rôle important du Projet d’articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite de la Commission du droit international des Nations Unies, qui reflète le droit international coutumier établi de longue date.
8. En ce qui concerne la recommandation en vue d’œuvrer à la création d’un tribunal spécial, le Comité rappelle les décisions prises lors de sa 1497e réunion, le 30 avril 2024 (CM/Del/Dec(2024)1497/10.2), dans lesquelles il a pris note de la participation du Conseil de l’Europe au Groupe restreint concernant la création d’un Tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine. Notant que les participants au Groupe restreint ont exprimé leur intérêt pour examiner la possibilité de créer un tel tribunal par un accord entre le Conseil de l’Europe et l’Ukraine, il a autorisé le Secrétaire Général à préparer tous les documents nécessaires pour contribuer à ces consultations, lui a demandé de faire rapport régulièrement aux Délégués, et a convenu d'examiner les prochaines étapes possibles de ce processus, le cas échéant, en tenant compte de toute proposition que le Secrétaire Général pourrait faire.
9. Conformément à ce mandat, le Secrétaire Général, représenté par son conseiller juridique, a participé aux travaux du Groupe restreint, a préparé les documents nécessaires et a fait rapport aux Délégués sur les progrès accomplis. Des discussions au niveau technique sur la forme et les caractéristiques d'un éventuel tribunal spécial ont eu lieu au sein de cette instance, notamment la création possible d'un tel tribunal par le biais d'un accord conclu entre le Conseil de l'Europe et l'Ukraine, dans le cadre d'un accord partiel élargi.
10. Enfin, le Comité informe l'Assemblée que le CAHDI a préparé un aperçu indicatif des options possibles en vertu du droit international visant à garantir le paiement par la Fédération de Russie de la satisfaction équitable octroyée par la Cour européenne des droits de l'homme, qui sera transmis aux Délégués des Ministres (Réunions Droits de l’Homme) dans le cadre de leur échange annuel sur les affaires pendantes contre la Fédération de Russie.