Lutter contre l’effacement de l’identité culturelle en temps de guerre et de paix
Réponse à Recommandation
| Doc. 16168
| 06 mai 2025
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1527e réunion des Délégués des Ministres
(30 avril 2025). 2025 - Commission permanente de mai (Malte)
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2280
(2024)
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation
2280 (2024) de l’Assemblée parlementaire « Lutter contre l’effacement
de l’identité culturelle en temps de guerre et de paix », qu'il
a transmise au Comité directeur de la culture, du patrimoine et
du paysage (CDCPP) et au Comité directeur de l’éducation (CDEDU)
pour information et commentaires éventuels.
2. Comme statué lors du 4e Sommet
de chefs d’État et de gouvernement à Reykjavík en 2023, le Comité des
Ministres rappelle que la Convention culturelle européenne, dont
nous célébrons cette année le 70e anniversaire,
soulignait déjà en 1954 le rôle important de notre patrimoine culturel
commun et de notre diversité dans la construction d’une culture
européenne commune afin d’accomplir une plus grande unité entre
les États membres et une plus grande compréhension entre les peuples
d’Europe. Dans le monde actuel, plus interconnecté et interculturel,
il est d’une importance encore plus cruciale de nourrir cette diversité,
afin de préserver le caractère démocratique, tolérant et inclusif
de nos sociétés. Toute tentative d’effacer la culture, le patrimoine
et l’identité culturelle va donc à l’encontre des principes fondateurs
du Conseil de l’Europe. Comme le rappelle aussi la Convention cadre
sur la valeur du patrimoine culturel pour la société (la Convention
de Faro), l’accès et la jouissance du patrimoine culturel matériel
et immatériel sont des éléments du système des droits humains et
ils sont fondamentaux pour l’identité culturelle individuelle et
collective.
3. Le Comité réaffirme sa condamnation de la guerre d’agression
de la Fédération de Russie contre l’Ukraine et son soutien indéfectible
à l’Ukraine dans le cadre de l’Accord partiel élargi du Conseil
de l’Europe sur le Registre des dommages causés par l’agression
de la Fédération de Russie contre l’Ukraine et les prochaines étapes
vers la mise en place d'un mécanisme complet d'indemnisation. Dans
ce contexte, le Comité rappelle qu’une déclaration sur l’agression
de la Fédération de Russie contre l’Ukraine a été adoptée lors de
la Conférence des Ministres responsables de la Culture qui s’est
tenue à Strasbourg le 1er avril 2022, lors
de laquelle les ministres se sont engagés à aider l’Ukraine, selon
le besoin, à faire face aux menaces qui pèsent sur son patrimoine
culturel et à le préserver d’urgence.
4. Le Comité est régulièrement informé par les autorités ukrainiennes
de la situation relative aux menaces pesant sur la culture et le
patrimoine culturel du fait de l’agression de la Fédération de Russie
contre l’Ukraine. Il partage l’opinion de l’Assemblée parlementaire
que les dommages causés au patrimoine culturel et à l’infrastructure
culturelle en Ukraine devraient être enregistres précisément dans
le cadre du Registre des dommages. Le Comité a souligné l'importance
de la sauvegarde de sites culturels en Ukraine, en insistant sur leur
rôle de témoignage de l'histoire de la nation et d'espaces éducatifs
permettant aux générations futures de se souvenir des leçons du
passé.
5. Le Comité rappelle également que le Plan d'action pour l'Ukraine
«Résilience, relance et reconstruction» 2023-2026 comprend une nouvelle
ligne d’action spécifique liée à la préservation de la culture et
du patrimoine culturel visant à promouvoir un tel patrimoine en
tant que point de départ de la reconstruction et à valoriser les secteurs
de la culture et de la création. Il vise à ce que des actions concrètes
soient entreprises dans ce contexte, en étroite coopération avec
les autorités ukrainiennes et la société civile, en vue de contribuer
au renforcement de l’identité culturelle ukrainienne, de contrer
toute nouvelle tentative contre elle et à son rétablissement, compte
tenu des attaques déjà subies au fil des ans.
6. Le Comité des Ministres apprécie également la participation
continue et active de l’Ukraine au programme des Journées européennes
du patrimoine (JEP) comme moyen de soutenir les communautés locales
pendant la guerre. Les prochains thèmes annuels des JEP, « Patrimoine
architectural » en 2025 et « Patrimoine en danger » en 2026, sont
l’occasion de mettre en avant la prise de conscience, les histoires,
les idées et les pratiques qui contribuent à la protection du patrimoine
durant la guerre, ainsi qu’à la reconstruction et à la sauvegarde
du patrimoine vivant des communautés touchées par les conflits.
7. Le Comité attire aussi l’attention sur les normes existantes,
telles que la Convention du Conseil de l’Europe sur les infractions
visant des biens culturels (STCE n° 221, la « Convention de Nicosie»),
qui est un instrument destiné à prévenir et à combattre le trafic
illicite et la destruction de biens culturels, y compris lorsque
ces actes résultent d’un conflit armé, et invite les États membres
à la ratifier. L’adoption de mesures juridiques spécifiques, à savoir
l’incrimination du trafic illicite de biens culturels et d’autres
infractions pénales associées, peut contribuer à la lutte contre
la destruction systémique du patrimoine culturel et au pillage des biens
culturels en assurant la poursuite judiciaire, y compris en temps
de guerre. Le Comité prend note que le Conseil de l’Europe se tient
prêt à coopérer avec l’UNESCO, dont la Convention de La Haye de
1954 se place dans le contexte des conflits armés, ainsi qu’avec
d’autres organisations internationales concernées, afin de trouver
des solutions pour éviter toute forme d’effacement culturel.
8. Le Comité saisit aussi cette occasion pour informer l’Assemblée
parlementaire du fait qu’il suit de près tous les efforts visant
à assurer la continuité du service éducatif ukrainien, y compris
dans les pays qui accueillent un nombre important de réfugiés. Dans
ce cadre, une nouvelle étude cartographique sur l'accès des enfants
d'Ukraine à l'éducation dans les États membres du Conseil de l'Europe
a été préparée par le Groupe consultatif du Conseil de l’Europe
sur les enfants d'Ukraine (GCU). L'étude met en garde contre les barrières
linguistiques, la capacité limitée des écoles et la difficulté de
suivre les enfants non scolarisés, qui font partie des principaux
défis auxquels sont confrontés les millions d'enfants ukrainiens
qui cherchent un refuge et un accès à l'éducation en Europe – ainsi
que leurs pays d'accueil. L'étude suggère qu'il est temps de passer
des solutions d'urgence à des mécanismes plus durables et à long
terme.
9. Enfin, en ce qui concerne le Bélarus, le Comité des Ministres
considère que la liberté d’expression culturelle est un élément
important de la préservation d’une société démocratique. La protection
de la culture et de la langue bélarussiennes en tant que caractéristiques
distinctives du peuple bélarusse et d’un Bélarus démocratique, correspond
aux valeurs fondamentales du Conseil de l’Europe que sont les droits
humains, la démocratie et l’État de droit.