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Favoriser les négociations politiques en vue de l'échange et de la libération des prisonniers de guerre

Avis de commission | Doc. 16206 | 23 juin 2025

Commission
Commission des questions juridiques et des droits de l'homme
Rapporteure :
Mme Rian VOGELS, Pays-Bas, ADLE
Origine
Renvoi en commission: Doc. 16021, Renvoi 4823 du 28 juin 2024. Commission chargée du rapport: commission des questions politiques et de la démocratie. Voir Doc. 16197. Avis approuvé par la commission le 23 juin 2025. 2025 - Troisième partie de session

A Conclusions de la commission

1. La commission des questions juridiques et des droits de l'homme se félicite du rapport élaboré par Mme Yelyzaveta Yasko (Ukraine, PPE/DC) pour la commission des questions politiques et de la démocratie et approuve le projet de résolution.
2. Le rapport donne un aperçu minutieux du non-respect persistant par la Fédération de Russie de ses obligations fondamentales au regard du droit international humanitaire, en particulier celles découlant de la troisième Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre. Il présente une documentation détaillée et étayée par des preuves des violations systématiques, notamment la torture, les exécutions sommaires et le refus de soins médicaux aux prisonniers de guerre ukrainiens, qui non seulement souligne la gravité des violations, mais renforce également la nécessité d’un plaidoyer en faveur d'une action internationale d'urgence. Le rapport reconnaît qu'il importe de demander des comptes aux auteurs russes de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, et exhorte les États à apporter leur soutien à cette cause en coopérant avec la Cour pénale internationale et en exerçant leur compétence universelle pour poursuivre les auteurs de crimes de guerre et d'autres crimes de droit international.
3. À cet égard, la commission rappelle la Résolution 2598 (2025) «Guerre d’agression russe contre l’Ukraine: la nécessité d’établir les responsabilités et d’empêcher l’impunité» et le soutien constant apporté par l’Assemblée parlementaire aux travaux menés par les autorités chargées des poursuites et les juridictions des États membres qui enquêtent sur les crimes commis en Ukraine sur le fondement du principe de la compétence universelle, comme en témoigne la récente condamnation par un tribunal finlandais d’un citoyen russe pour crimes de guerre commis en Ukraine.
4. La commission partage les préoccupations formulées dans le rapport et soutient les démarches qui visent à accroître les pressions exercées sur la Fédération de Russie afin qu'elle garantisse un traitement humain des prisonniers de guerre ukrainiens, conformément aux principes contraignants du droit international humanitaire, et qu'elle procède à leur libération. Elle note également que le rapport qu’elle a récemment adopté sur «Les questions juridiques et violations des droits de l'homme liées à l'agression de la Fédération de Russie contre l'Ukraine» (Doc. 16193, rapporteur: M. Eerik-Niiles Kross, Estonie, ADLE) exhorte la Fédération de Russie à veiller au respect des obligations qui lui incombent en vertu du droit international, à cesser immédiatement la pratique du recours systématique à la torture contre les prisonniers de guerre, à fournir des informations complètes sur les prisonniers de guerre et à garantir l’accès immédiat, sûr et sans entrave du au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à tous les lieux de détention où sont détenus des prisonniers de guerre.
5. La commission propose de renforcer le projet de résolution en adaptant certains paragraphes afin de le mettre en conformité avec les observations des organismes internationaux chargés du suivi des violations du droit international humanitaire et des droits humains, ainsi que des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, commis dans le cadre de la guerre d'agression menée actuellement par la Fédération de Russie contre l'Ukraine.

B Amendements proposés

Amendement A (au projet de résolution)

Au paragraphe 4, première phrase, remplacer les mots «La Fédération de Russie a par ailleurs manqué à ses obligations de créer un Bureau officiel de renseignements sur les prisonniers de guerre se trouvant en son pouvoir (article 122 de la troisième Convention de Genève)» par les mots suivants:

«La Fédération de Russie n’a par ailleurs pas créé un Bureau officiel de renseignements efficace, fonctionnel et transparent sur les prisonniers de guerre se trouvant en son pouvoir (article 122 de la troisième Convention de Genève)»

Amendement B (au projet de résolution)

Remplacer le paragraphe 12.8 par le paragraphe suivant:

«à veiller à la création d'un Bureau officiel de renseignements efficace, fonctionnel et transparent, qui aura pour mandat de prendre en charge les prisonniers de guerre et les détenus civils qui se trouvent en son pouvoir.»

Amendement C (au projet de résolution)

Au paragraphe 10, première phrase, remplacer les mots «sur la base des obligations découlant de» par les mots suivants:

«tout en tenant compte»

C Exposé des motifs par Mme Rian Vogels, rapporteure pour avis

1 Introduction

1. Je tiens à féliciter Mme Yelizaveta Yasko (Ukraine, PPE/DC) pour son rapport, qui traite d'une question brûlante d'actualité et sensibilise l'opinion publique à la situation dramatique des prisonniers de guerre ukrainiens détenus en captivité par la Russie. Je suis d'accord pour dire que les cas bien documentés d'exécutions sommaires, de torture généralisée et systématique et les mauvais traitements infligés régulièrement aux prisonniers de guerre ukrainiens exigent une réaction internationale de toute urgence.
2. Malgré l'orientation politique du rapport de Mme Yasko, je salue le fait qu'il mentionne avec précision les normes applicables du droit international humanitaire, en particulier celles qui figurent dans la troisième Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre. En vertu de cette convention, le CICR est chargé de rendre visite aux prisonniers de guerre et de surveiller leur traitement. Malgré ce mandat incontestable, les autorités russes ont systématiquement refusé au CICR et à d'autres observateurs internationaux l'accès aux prisonniers de guerre ukrainiens dans au moins 186 sites de détention confirmés à travers la Russie. Selon la Direction du renseignement de la Défense ukrainienne, cette obstruction est renforcée par la création en Russie de fausses organisations humanitaires qui se font passer pour le CICR, entravant ainsi davantage l'exercice d'un contrôle légitime et facilitant la dissimulation des conditions dans lesquelles sont détenus les prisonniers de guerre ukrainiensNote. Compte tenu de ce qui précède, je souscris pleinement aux conclusions du rapport de Mme Yasko et à ses recommandations pertinentes.
3. Je salue également la référence faite par la rapporteure, dans l'exposé des motifs, au travail du Registre des dommages causés par l'agression de la Fédération de Russie contre l'Ukraine, qui a déjà ouvert plusieurs catégories de demandes d’indemnisation directement applicables aux prisonniers de guerre. Bien que le rapport se concentre sur la libération des prisonniers de guerre, j'estime qu'il est essentiel de prendre également en considération le soutien qui leur sera apporté après leur retour en Ukraine, en particulier dans le cadre des comptes à rendre par la Fédération de Russie pour les souffrances qu'elle leur a infligées.
4. Les amendements que je propose d'apporter au projet de résolution visent à le renforcer et à en garantir la précision. Conformément à l'article 122 de la troisième Convention de Genève, dès le début d'un conflit et dans tous les cas d'occupation, chacune des Parties au conflit «constituera un Bureau officiel de renseignements sur les prisonniers de guerre se trouvant en son pouvoir». Bien que cette disposition ne réglemente pas la nature, la composition et les méthodes de travail du Bureau national de renseignements, elle prévoit que celui-ci doit disposer des moyens nécessaires pour s'acquitter efficacement de ses missions humanitairesNote. Les amendements visent à préciser que, bien que la Fédération de Russie ait officiellement créé un Bureau national de renseignements, celui-ci fonctionne de manière inefficace et renforce la politique nationale de maintien de facto au secret des prisonniers de guerre ukrainiens.

2 Notes explicatives

2.1 Amendement A (au projet de résolution)

5. Cet amendement vise à renforcer encore la précision du rapport et à reconnaître que la Fédération de Russie a officiellement créé un Bureau national de renseignements, même si son fonctionnement semble viser uniquement à donner l'apparence du respect de la troisième Convention de Genève. Aucune information n'est accessible au public concernant le fonctionnement du Bureau national de renseignements russe (RNIB) et certains rapports affirment que les autorités russes instrumentalisent délibérément la procédure de transmission d'informations afin d'accroître les souffrances des proches des prisonniers de guerre ukrainiens.Note En revanche, l'Ukraine a créé en mars 2022 son Bureau national d'information pour les prisonniers de guerre, les personnes déportées de force et les personnes disparuesNote. Selon les observations de la mission d'experts mise en place dans le cadre du Mécanisme de Moscou de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE)Note, la Fédération de Russie a déclaré en août 2022 avoir créé en février 2022 un Bureau national de renseignements conformément à la troisième Convention de Genève. Cette information a également été reprise dans un communiqué de presse du CICR publié en février 2024Note. Aucune information publique n'est disponible sur son fonctionnement et la plupart des prisonniers de guerre ukrainiens sont détenus au secret. Par souci de précision, je propose un amendement qui reflète mieux cette situation.

2.2 Amendement B (au projet de résolution)

6. Cet amendement est la conséquence logique de l'amendement A. Il évoque également les détenus civils, dont le traitement est régi par la quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre. Le rapport du Mécanisme de Moscou de l'OSCE a établi qu'il n'existe actuellement aucun canal de communication régulier qui permette à la Fédération de Russie de s'acquitter de ses obligations en matière d'information à l'égard de l'Ukraine, prévues à l'article 137 de la quatrième Convention de Genève. Les experts ont conclu que le RNIB n'a pas pour mandat de prendre en charge les détenus civils, ce qui a des répercussions négatives sur la recherche des personnes disparuesNote.

2.3 Amendement C (au projet de résolution)

7. Cet amendement vise à préciser que l'obligation de libérer et de rapatrier les prisonniers de guerre, énoncée à l'article 118 de la troisième Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, ne s'applique qu'après la cessation des hostilités actives. Si je conviens qu'il serait souhaitable d'accélérer ce processus, en particulier pour préserver la dignité humaine des prisonniers de guerre et de leurs familles, je propose de préciser qu'une telle accélération ne constitue pas une obligation juridique au titre de ladite Convention.