Les mouvements de la jeunesse pour la démocratie
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 1er octobre
2025 (33e séance) (voir Doc. 16239, rapport de la commission de la culture, de la science,
de l'éducation et des médias, rapporteure: Mme Yevheniia
Kravchuk). Texte adopté par l’Assemblée le
1er octobre 2025 (33e séance). Voir
également la Recommandation 2299
(2025).
1. Ces dernières
années, les mouvements menés par des jeunes sont devenus des forces
vives de la défense et du renouveau des valeurs démocratiques, en
particulier face à la montée de l’autoritarisme, à la méfiance envers
les institutions, à l’exclusion socio-économique, à la transformation
numérique et à la crise environnementale, ainsi qu’à la réduction
de l’espace civique qui compromet la capacité des jeunes à participer à
la démocratie et à plaider en faveur du changement.
2. Se référant à sa
Résolution 2553 (2024) «Renforcer la perspective jeunesse dans les travaux
de l’Assemblée parlementaire» et à sa
Résolution 2610 (2025) «Mobilisation sociale, troubles sociaux et réaction de
la police dans les États membres du Conseil de l’Europe: un nouveau
contrat social est-il nécessaire?», l’Assemblée parlementaire:
2.1 affirme que les jeunes de toute
l’Europe comptent parmi les défenseurs les plus actifs et les bâtisseurs
les plus imaginatifs de la démocratie, des droits humains et de
l’État de droit, en défendant une vision inclusive de la justice,
des droits et de la participation;
2.2 reconnaît la créativité, la résilience et l’innovation
civique des organisations et des mouvements de jeunes, qui sont
à l’avant-garde de nouvelles formes de participation politique,
de la budgétisation participative aux laboratoires civiques en données
ouvertes, et des cadres de justice environnementale à l’éducation
à la démocratie au niveau des collectivités, tout en remodelant
également la participation politique par des formes non institutionnalisées
d’action directe, telles que les manifestations, les pétitions,
les boycotts, les activités et l’activisme en ligne;
2.3 est profondément préoccupée par la répression croissante
à laquelle font face les jeunes militant·es et les organisations
de jeunesse dans certains États membres, notamment par les arrestations
à caractère politique, la criminalisation des manifestations pacifiques,
le harcèlement, la surveillance et la stigmatisation;
2.4 souligne que les gouvernements et les institutions doivent
répondre à l’engagement civique des jeunes non par la répression
ou l’indifférence, mais par la reconnaissance, la protection, le
soutien et des réformes structurelles.
3. L’Assemblée se félicite du travail de longue date accompli
par le Conseil de l’Europe pour soutenir la participation des jeunes
grâce à son système de cogestion, aux Centres européens de la jeunesse,
au Fonds européen pour la jeunesse et aux cadres politiques tels
que la Charte européenne révisée sur la participation des jeunes
à la vie locale et régionale.
4. Compte tenu des récents développements, l’Assemblée exhorte
les États membres du Conseil de l’Europe:
4.1 à protéger les droits humains et les libertés fondamentales
des jeunes:
4.1.1 en garantissant
le droit à la liberté d’expression, à la liberté de réunion pacifique
et à la liberté d’association des jeunes, conformément aux articles 10
et 11 de la Convention européenne des droits de l’homme (STE no 5),
et en éliminant les obstacles administratifs et politiques qui affectent
de manière disproportionnée les organisations et mouvements menés
par des jeunes;
4.1.2 en abrogeant ou en modifiant les lois qui érigent en infraction
pénale ou restreignent injustement les manifestations pacifiques,
notamment les dispositions vagues relatives à l’ordre public, à
la sécurité nationale ou à l’«extrémisme», souvent utilisées pour
faire taire les jeunes dissident·es;
4.1.3 en mettant fin aux arrestations de jeunes militant·es
pour des motifs politiques et en veillant à ce que toute privation
de liberté soit strictement conforme aux normes juridiques, tout en
renforçant l’accès à l’aide juridique et aux voies de recours judiciaires
pour les jeunes menacés de poursuites en raison de leur engagement
civique;
4.2 à institutionnaliser la participation des jeunes aux processus
politiques:
4.2.1 en garantissant
une représentation significative des jeunes dans les organes élus,
tels que les parlements nationaux et les conseils municipaux, et
en soutenant des structures et des mécanismes efficaces et inclusifs
afin d’associer les jeunes à l’élaboration des politiques et à la prise
de décisions;
4.2.2 en envisageant d’abaisser l’âge de la majorité électorale
à 16 ans dans tous les États membres du Conseil de l’Europe afin
d’encourager la responsabilité et l’inclusion civiques dès le plus
jeune âge;
4.2.3 en établissant des listes électorales qui rassemblent
des personnes de différentes tranches d’âge et des quotas de jeunes
dans les partis politiques et les institutions publiques, afin de
lutter contre les déséquilibres générationnels et de promouvoir
la solidarité intergénérationnelle dans la gouvernance;
4.2.4 en garantissant une représentation significative des jeunes
au moyen de conseils de jeunes indépendants et représentatifs, habilités
à donner des avis sur toute initiative politique ou question concernant
les enfants et les jeunes, soit de leur propre initiative, soit
à la demande des autorités;
4.3 à soutenir les initiatives et les infrastructures civiques
menées par les jeunes:
4.3.1 en protégeant
les droits humains et les libertés des jeunes, et en garantissant
le droit à la liberté d’expression, à la liberté de réunion pacifique
et à la liberté d’association;
4.3.2 en allouant des fonds publics dédiés aux infrastructures
civiques pour les jeunes, y compris des centres communautaires sûrs
et inclusifs, des plateformes en ligne indépendantes, des centres
de consultation juridique et des espaces participatifs où les jeunes
peuvent s’organiser et collaborer;
4.3.3 en promouvant les médias dirigés par des jeunes et en
intégrant l’éducation civique et démocratique dans les programmes
scolaires, conformément à la Charte sur l’éducation à la citoyenneté
démocratique et l’éducation aux droits de l’homme et au Cadre de
référence des compétences pour une culture de la démocratie du Conseil
de l’Europe, afin de doter les jeunes des valeurs, des attitudes,
des compétences et des connaissances nécessaires pour s’engager dans
la vie démocratique et lutter contre la désinformation et l’extrémisme;
4.3.4 en encourageant la participation active des jeunes et
des organisations dirigées par des jeunes aux processus de relance
et de reconstruction après les conflits, et en reconnaissant leur potentiel
à apporter des solutions innovantes, promouvoir une gouvernance
inclusive et renforcer la résilience démocratique dans les sociétés
sortant d'un conflit ou confrontées à des transitions politiques
complexes. Une attention particulière devrait être accordée au soutien
des jeunes dans les pays en guerre ou dans des situations politiques
fragiles, en veillant à ce que les jeunes puissent faire entendre
leur voix et que leurs initiatives soient protégées et intégrées
dans les stratégies nationales et internationales de relance;
4.4 à s’attaquer aux obstacles structurels qui entravent la
participation démocratique des jeunes:
4.4.1 en luttant contre la précarité socio-économique des jeunes
au moyen de politiques inclusives en matière de logement, d’emploi
et d’éducation qui reconnaissent le lien entre la marginalisation
économique et le désengagement démocratique;
4.4.2 en renforçant l’offre d’activités de loisirs de qualité
pour les enfants et les jeunes dans les domaines du travail de jeunesse,
du sport et de la culture, afin de favoriser leur épanouissement
personnel et leur inclusion sociale;
4.4.3 en promouvant l’accès à des médias libres, indépendants
et pluralistes, y compris sous forme numérique, afin que les jeunes
aient accès à diverses sources d’information et puissent exprimer
librement leurs opinions;
4.4.4 en soutenant la coopération et les échanges entre jeunes
aux niveaux international et européen, comme moyen de construire
des cultures de la démocratie par-delà les frontières, d’encourager
la solidarité et de prévenir les conflits.
5. En outre, l’Assemblée appelle à renforcer la coopération internationale
pour préserver l’espace civique des jeunes:
5.1 en promouvant le rôle du Conseil de l’Europe en tant que
principal moteur paneuropéen du développement des politiques et
des normes de jeunesse en Europe, en assurant le suivi des conclusions
de la 10ᵉ Conférence du Conseil de l’Europe des ministres responsables
de la jeunesse, organisée à La Valette, Malte, les 8 et 9 octobre
2025;
5.2 en encourageant l’Union européenne à intégrer des critères
d’évaluation de l’espace civique dans les processus d’élargissement
et les cadres de financement, y compris des indicateurs spécifiques sur
les droits et la participation des jeunes;
5.3 en se coordonnant avec les organisations internationales,
telles que les Nations Unies et l’Organisation pour la sécurité
et la coopération en Europe (OSCE), afin d’améliorer l’accès des
jeunes aux droits humains, le renforcement de capacités, le soutien
aux organisations et mouvements de jeunesse, et de compléter les
mécanismes existants du Conseil de l’Europe pour faire face à la
réduction de l’espace civique;
5.4 en faisant participer les jeunes de la diaspora et les
jeunes réfugiés aux stratégies de démocratie participative, en reconnaissant
leurs expériences uniques et leur capacité à contribuer au développement
démocratique tant dans leur pays d’origine que dans les sociétés
d’accueil.
6. L’Assemblée s’engage:
6.1 à
renforcer la participation des jeunes à ses travaux, notamment grâce
aux activités des rapporteur·es pour la jeunesse, au dialogue régulier
avec les organisations dirigées par des jeunes et aux contributions
structurées du Conseil consultatif sur la jeunesse;
6.2 à intégrer la perspective jeunesse dans toutes les commissions
et tous les rapports, à placer la question de l’espace civique des
jeunes au rang des préoccupations démocratiques permanentes et à surveiller
les restrictions des droits des jeunes avec la même urgence que
les autres violations des droits humains;
6.3 à veiller à ce que le Bureau et les parties de session
de l’Assemblée offrent des plateformes pour les points de vue des
jeunes, en particulier celles et ceux qui vivent dans des contextes
marqués par la répression;
6.4 à promouvoir les échanges entre parlementaires et jeunes
militant·es, organisations et mouvements de jeunesse, notamment
en mettant en place des mécanismes durables, inclusifs et efficaces,
tels qu’un financement approprié.
7. L’Assemblée encourage toutes les parties prenantes concernées,
y compris les organisations internationales, la société civile,
le monde universitaire et le secteur privé, à travailler en partenariat
avec les organisations et mouvements de jeunesse pour concevoir
ensemble des initiatives démocratiques, donner plus de poids aux
jeunes dans la prise de décision et investir dans des infrastructures
civiques durables.
8. La protection des libertés des jeunes, l’institutionnalisation
de la participation et l’élimination des obstacles structurels sont
des impératifs démocratiques, et les mouvements de jeunes doivent
être reconnus non pas comme des sources de menaces mais comme des
acteurs indispensables au renforcement de la résilience démocratique
en Europe.