L'ingérence étrangère: une menace pour la sécurité démocratique en Europe
Réponse à Recommandation
| Doc. 16294
| 14 novembre 2025
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1542e réunion des Délégués des Ministres
(7 novembre 2025). 2025 - Commission permanente de novembre (République de Moldova)
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2292
(2025)
1. Le Comité des Ministres
a examiné avec intérêt la
Recommandation
2292 (2025) de l'Assemblée parlementaire «L’ingérence étrangère:
une menace pour la sécurité démocratique en Europe» et l'a transmise au
Comité directeur sur la démocratie (CDDEM), à la Commission de Venise
et au Comité de la Convention sur la cybercriminalité (T-CY) pour
information et observations éventuelles. Il salue les efforts déployés
par l'Assemblée parlementaire pour promouvoir la sécurité démocratique
en Europe.
2. Le Comité des Ministres partage les préoccupations de l'Assemblée
parlementaire quant aux menaces qui pèsent actuellement sur les
processus démocratiques, notamment sur la pierre angulaire de la
participation démocratique – les élections – et qui découlent de
différents facteurs tels que l'ingérence de puissances étrangères
et/ou de leurs mandataires. Les tentatives visant à diffuser de
la désinformation, à éroder la confiance du public dans les institutions
et les élections et, en fin de compte, à déstabiliser les systèmes démocratiques
exigent un engagement ferme des États membres en faveur de nos valeurs
fondamentales communes que sont les droits humains, la démocratie
et l'État de droit, tel qu’il a été exprimé lors du 4e Sommet
des chefs d'État et de gouvernement à Reykjavík (16-17 mai 2023),
ainsi que des mesures concrètes et ciblées pour protéger les normes
démocratiques en Europe.
3. À cet égard, le Comité des Ministres mène des discussions
approfondies afin d'étudier les travaux normatifs qui pourraient
être entrepris à l'avenir pour lutter contre la désinformation et
l'ingérence étrangère, notamment au moyen de mesures pénales (par
exemple, identification des infractions, incrimination, sanctions,
réparation et soutien aux victimes, coopération internationale).
L’Assemblée sera tenue informée des prochaines étapes.
4. Le Comité des Ministres salue le Nouveau pacte démocratique
pour l'Europe, qui présente une vision tournée vers l’avenir pour
des systèmes démocratiques plus forts et plus inclusifs. Les activités
menées dans le cadre de ce Pacte visent à fournir un cadre complet
et innovant pour lutter contre le recul de la démocratie et pour
la revitaliser. Le Comité des Ministres invite l'Assemblée parlementaire,
ainsi que les autres organes et institutions du Conseil de l'Europe,
à contribuer, dans le cadre de leurs travaux et activités respectifs,
à cette entreprise et à sa mise en œuvre.
5. Le Comité des Ministres, soulignant l'importance d'efforts
soutenus pour renforcer la résilience démocratique, rappelle les
travaux en cours au sein du CDDEM visant à élaborer un ensemble
de paramètres destinés à faciliter la mise en œuvre des Principes
de Reykjavík pour la démocratie et d'autres normes pertinentes du
Conseil de l'Europe afin de promouvoir, protéger et renforcer la
démocratie dans les États membres, et salue la contribution de l'Assemblée
parlementaire à ces travaux. Ces paramètres sont destinés à servir
d'outil pratique pour aider les États membres à identifier et à
combler les lacunes et les vulnérabilités de leurs systèmes démocratiques,
notamment celles résultant de la désinformation et de l'ingérence
étrangère dans les processus électoraux. Le Comité des Ministres
encourage l'Assemblée parlementaire à contribuer à faire connaître
ces paramètres et à soutenir leur utilisation au niveau national.
6. L'Assemblée parlementaire est également informée de la pertinence
des travaux du CDDEM dans la préparation d'une recommandation actualisée
du Comité des Ministres aux États membres sur le statut juridique
des organisations de la société civile en Europe, dans le but de
faciliter la mise en place d'un environnement juridique et institutionnel
sûr et propice à la création et au fonctionnement continu des organisations
de la société civile. L'espace civique est une pierre angulaire
des sociétés démocratiques, garantissant que les citoyens et la
société civile puissent s'engager librement, demander des comptes
aux autorités publiques et participer activement à la vie publique.
À cet égard, le Comité des Ministres souligne que les mesures visant
à lutter contre l'ingérence étrangère ne doivent pas stigmatiser
ou pénaliser les objectifs et les activités légitimes des organisations
de la société civile qui sont conformes aux exigences d'une société démocratique.
7. Le Comité des Ministres attire également l'attention sur les
travaux de la Commission de Venise qui a débuté cette année une
étude approfondie sur l'ingérence étrangère visant à définir juridiquement
ce concept dans ses États membres et à dresser un inventaire des
outils juridiques dont disposent ses États membres pour lutter contre
l'ingérence étrangère et à les analyser. L'objectif est d'adopter
une approche systémique de cette question et d'examiner tous les
domaines dans lesquels elle se pose, notamment en ce qui concerne
les exigences de transparence et le financement des ONG, les subventions
étrangères, le lobbying, le financement des partis politiques et
des campagnes électorales, le financement des médias publics, la publicité
politique, la désinformation en ligne, le financement des communautés
religieuses/ethniques, etc. La Commission vise à élaborer des lignes
directrices dans ce domaine, qui devraient contribuer à répondre aux
recommandations formulées par l'Assemblée.
8. Enfin, le Comité des Ministres garde également à l'esprit,
dans ce contexte, le cadre de la Convention sur la cybercriminalité,
qui peut être utile pour enquêter, poursuivre et coopérer en matière
d'ingérence étrangère lorsqu'il s'agit d'infractions contre des
systèmes informatiques ou des données, ou lorsqu'il est nécessaire
de recueillir des preuves sur les systèmes informatiques de cette
ingérence.