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Prévenir et lutter contre la discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé

Résolution 2631 (2025)

Auteur(s) :
Assemblée parlementaire
Origine
Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de l’Assemblée, le 21 novembre 2025 (voir Doc. 16286, rapport de la commission sur l'égalité et la non-discrimination, rapporteure: Mme Camilla Fabricius).
1. L’accès aux soins de santé reste inégal et la discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé est fréquente dans les pays européens. Dans un contexte d’attaques de plus en plus fréquentes contre les droits des femmes et des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI), la garantie d’un accès universel aux soins de santé et la prévention et la lutte contre la discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé sont des objectifs importants qui devraient devenir des priorités politiques.
2. L’examen de 2025 du Programme d’action de Beijing est l’occasion de rappeler aux États membres des Nations Unies leur engagement à défendre le droit des femmes de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible, et à intensifier leurs efforts pour atteindre pleinement les Objectifs de développement durable des Nations Unies, notamment la cible 7 de l’objectif 3, relative à l’accès universel aux services de soins de santé sexuelle et reproductive, et la cible 8, relative à la couverture sanitaire universelle.
3. La santé des femmes a longtemps été considérée comme une question secondaire. Dans la recherche médicale, le corps de l’homme cisgenre a longtemps fait figure de norme. L’Assemblée parlementaire estime que le manque d’attention accordée à la santé des femmes, dans toute leur diversité, reflète l’organisation patriarcale traditionnelle de la société et les profondes inégalités de genre qu’elle entraîne. La discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé, y compris les préjugés liés au genre dans la recherche médicale et dans les essais cliniques, entraîne des erreurs de diagnostic et des retards dans les traitements. Les conceptions traditionnelles des femmes et de leurs rôles peuvent conduire à une attente sociétale selon laquelle les femmes doivent simplement tolérer la douleur et l’inconfort, en particulier lorsque ceux-ci sont liés au cycle de reproduction, tandis que les praticien·nes de santé peuvent ignorer ou minimiser cette douleur.
4. Se référant à sa Résolution 2048 (2015) «La discrimination à l’encontre des personnes transgenres en Europe», à sa Résolution 2191 (2017) «Promouvoir les droits humains et éliminer les discriminations à l’égard des personnes intersexes» et à sa Résolution 2576 (2024) «Prévention et lutte contre les violences et discriminations à l’encontre des femmes lesbiennes, bisexuelles et queers en Europe», l’Assemblée déplore l’existence d’une discrimination spécifique à l’encontre des personnes LGBTI dans les établissements de santé, qui peut également conduire ces personnes à éviter les consultations médicales (effet du «stress des minorités»). La discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé, amplifiée par les formes croisées de discrimination liées au handicap, à l’âge, à l’origine, à l’orientation sexuelle, aux caractéristiques sexuelles, au statut social ou à la religion, a de multiples conséquences à long terme sur l’état de santé et d’autres aspects. Il est temps de transformer la culture du secteur de la santé et de veiller à ce que les protocoles de traitement tiennent compte des besoins et des spécificités de tous les genres, y compris en matière de santé mentale. La médecine devrait contribuer à la protection et à l’amélioration des droits humains, et non à favoriser la discrimination.
5. Les attentes sociétales et les stéréotypes de genre ont une incidence sur l’accès aux soins de santé, y compris en matière de santé sexuelle et reproductive. Les personnes qui demandent de tels soins peuvent être confrontées à des questions, à des jugements et à des tentatives de contrôle de leurs choix et de leurs intentions. Des données factuelles montrent que les médecins généralistes qui sont des hommes cisgenres peuvent avoir des préjugés négatifs à l’encontre des femmes et des personnes LGBTI. Ce problème doit être traité tant au sein de la profession médicale elle-même que par les gouvernements nationaux. L’Assemblée souligne que les tentatives visant à contrôler le corps d’autrui, y compris dans les établissements médicaux et les services de soins de santé reproductifs, ne sont pas acceptables et peuvent être discriminatoires. Elle rappelle sa Résolution 2331 (2020) «Autonomiser les femmes: promouvoir l’accès à la contraception en Europe», dans laquelle elle souligne que l’accès à la contraception moderne est essentiel à l’émancipation des femmes.
6. Les violences fondées sur le genre existent également dans le secteur de la santé. L’Assemblée rappelle sa Résolution 2306 (2019) «Violences obstétricales et gynécologiques», dans laquelle elle a appelé les États membres à prévenir les discriminations, quel qu’en soit le motif, dans l’accès aux soins de manière générale, et à lutter contre elles. Elle réaffirme qu’il ne peut y avoir d’impunité pour les auteurs de violences.
7. La discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé aggrave les inégalités existantes et a un coût économique important. L’Assemblée souligne que la dimension de genre doit être prise en compte lors de l’élaboration des politiques de santé et de la prise de décisions relatives aux investissements à réaliser dans le secteur de la santé, y compris de la recherche. Les politiques inclusives permettent d’améliorer la qualité des traitements; l’investissement dans la santé des femmes et la lutte contre la discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé présentent des avantages non seulement moraux et sociaux, mais aussi économiques.
8. L’Assemblée se félicite du fait que plusieurs États membres ont adopté des politiques étrangères féministes, dans le cadre desquelles sont financés des programmes en faveur de la santé des femmes, y compris la santé et les droits sexuels et reproductifs, et de la lutte contre la discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé.
9. À la lumière de ces considérations, l’Assemblée appelle les États membres et observateurs du Conseil de l’Europe, ainsi que les États dont le parlement bénéficie du statut d’observateur ou de partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée:
9.1 en ce qui concerne la prévention et la lutte contre la discrimination fondée sur le genre dans le domaine des soins de santé:
9.1.1 à intégrer la dimension de genre dans les politiques de santé, à promouvoir des modèles de soins inclusifs et à élaborer et financer des plans d’action nationaux pour la santé des femmes, notamment en mettant l’accent sur la prévention de la discrimination fondée sur le genre dans les soins de santé et sur les stratégies nationales en matière de santé des personnes LGBTI;
9.1.2 à veiller à ce que les lois sur l’égalité et la non-discrimination couvrent le domaine des services de santé et tous les motifs de discrimination liés à l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre, et les caractéristiques sexuelles, et à assurer leur mise en œuvre;
9.1.3 à inclure des sessions sur la prévention des préjugés liés au genre et la promotion du respect des identités dans la formation des professionnel·les de la santé, tant au cours de leurs études que tout au long de leur carrière;
9.1.4 à lancer des campagnes de sensibilisation sur la prévention de la discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé et des préjugés liés au genre, en ciblant différents groupes d’âge;
9.1.5 à veiller à ce que les femmes, dans toute leur diversité, et les personnes LGBTI soient représentées dans les organes décisionnels des établissements de santé et dans les équipes de recherche;
9.1.6 à veiller, par la conception, l’expérimentation et le suivi, à ce que les systèmes d’intelligence artificielle utilisés dans le cadre des soins de santé ne reproduisent pas les préjugés liés au genre;
9.1.7 à veiller à ce que les femmes en situation d’addiction aient le même accès aux services de santé que les autres;
9.2 en ce qui concerne la prévention et la lutte contre la discrimination fondée sur le genre dans la recherche médicale et les essais cliniques:
9.2.1 à investir dans la collecte de données et la recherche sur la santé des femmes et la santé des personnes LGBTI, en exigeant que les propositions de recherche intègrent la dimension de genre et tiennent compte des différences entre les genres, et à œuvrer à la création d’une biobanque éthique européenne contenant des tissus corporels féminins;
9.2.2 à promouvoir une approche intersectionnelle dans la collecte de données et la recherche médicales, et à examiner les formes de discrimination croisées dans le domaine de la santé;
9.2.3 à veiller à ce que les participant·es aux essais cliniques représentent une diversité de genres;
9.2.4 à investir dans la recherche sur la santé mentale;
9.3 en ce qui concerne la prévention et la lutte contre les violences fondées sur le genre dans le secteur de la santé:
9.3.1 à signer, à ratifier et à mettre pleinement en œuvre la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (STCE no 210, «Convention d’Istanbul»), si tel n’est pas encore le cas, et à y adhérer de nouveau en cas de retrait;
9.3.2 à former le personnel de santé à la prévention et à la lutte contre les violences fondées sur le genre;
9.3.3 à veiller à ce que les auteurs de violences fondées sur le genre soient poursuivis, y compris dans le secteur de la santé;
9.3.4 à mieux faire connaître les mécanismes de recours et de signalement des violences fondées sur le genre subies dans le secteur de la santé;
9.4 en ce qui concerne la garantie de l’accès aux soins de santé, y compris les services de santé sexuelle et reproductive:
9.4.1 à garantir l’accessibilité, la qualité et le financement adéquat des services de santé sexuelle et reproductive;
9.4.2 à fournir une éducation à la santé sexuelle complète et adaptée aux différents groupes d’âge dans les écoles;
9.4.3 à adopter des politiques inclusives en matière de procréation médicalement assistée;
9.4.4 à supprimer toute exigence médicale, telle que la stérilisation ou la chirurgie, qui entrave l’accès des personnes transgenres à la reconnaissance juridique ou aux services de procréation;
9.4.5 à œuvrer pour que les questions de fertilité ne soient pas systématiquement abordées avec des préjugés liés au genre et pour qu’il soit reconnu que l’un·e ou l’autre des partenaires peut être concerné·e;
9.4.6 à fournir un accès gratuit ou subventionné aux produits menstruels et à des installations sanitaires appropriées dans les écoles, les lieux publics et les lieux de travail, en vue de lutter contre la précarité menstruelle.
10. L’Assemblée encourage les commissions de la santé des parlements nationaux à organiser régulièrement des débats publics sur la santé des femmes et la santé des personnes LGBTI, et à suivre la situation et les besoins au niveau national, afin d’encourager et de soutenir l’élaboration de politiques nationales.
11. L’Assemblée appelle les États membres à soutenir les programmes de lutte contre la discrimination fondée sur le genre dans le domaine de la santé, tant au niveau international par le biais de programmes de diplomatie féministe qu’au niveau national, notamment en finançant les organisations non gouvernementales actives dans les domaines de la santé des femmes, de la santé des personnes LGBTI, des soins de santé inclusifs et des services de santé sexuelle et reproductive.