L’intelligence artificielle et la migration
Réponse à Recommandation
| Doc. 16398
| 05 mai 2026
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1558e réunion des Délégués des Ministres
(29 avril 2026). 2026 - Commission permanente de mai (Monaco)
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2300
(2025)
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation
2300 (2025) de l’Assemblée parlementaire «L’intelligence artificielle
et la migration», et l’a transmise au Comité sur l’intelligence
artificielle (CAI), au Comité directeur pour les droits de l’homme
(CDDH) et à la Division des migrations et des réfugiés (DGI) pour
information et commentaires éventuels. Le Comité des Ministres reconnaît
l’impact croissant de l’utilisation de l’intelligence artificielle
(IA) sur les procédures de migration et d’asile, domaines dans lesquels les
décisions influencées par l’IA pourraient avoir une incidence directe
sur les droits humains et les libertés fondamentales protégés par
la Convention européenne des droits de l’homme.
2. Le Comité des Ministres reconnaît, à l’instar de l’Assemblée,
combien il est important que la Convention-cadre du Conseil de l’Europe
sur l’intelligence artificielle et les droits de l’homme, la démocratie
et l’État de droit (STCE n° 225) soit largement signée, ratifiée
et mise en œuvre par tous les États membres et d’autres États. Le
Comité souligne que cet instrument devrait constituer l'assise de
tous les travaux actuels et futurs du Conseil de l'Europe dans le
domaine de l'IA, en garantissant l'harmonisation, la cohérence et
de solides garanties en matière de droits humains dans l'ensemble
des États parties. Le Comité insiste également sur la nécessité
d'une coordination étroite entre tous les comités, organes et entités
du Conseil de l'Europe concernés par l'IA afin d'assurer une cohérence
et une complémentarité au niveau paneuropéen et mondial.
3. S'agissant de la proposition formulée au paragraphe 2 de la
Recommandation 2300 (2025), qui invite le Comité des Ministres à élaborer une recommandation
destinée à donner aux États membres des éléments d’orientation sur
l'utilisation de l'IA dans la gestion des migrations, il convient
de rappeler qu’en novembre 2025, le CDDH a adopté un Manuel sur
les droits humains et l'intelligence artificielle. Ce manuel se
veut un outil accessible destiné principalement à aider les fonctionnaires
et les responsables politiques des États membres du Conseil de l’Europe
à appliquer les normes de la Convention européenne des droits de
l’homme et de la Charte sociale européenne, et d'autres normes pertinentes
aux défis liés à l'intelligence artificielle (IA). Cette ressource
pratique fournit des éclaircissements sur la manière dont ces normes,
ainsi que des instruments tels que la Convention-cadre sur l’intelligence
artificielle et les droits de l’homme, la démocratie et l’État de
droit, peuvent s’appliquer aux activités tout au long du cycle de
vie des systèmes d’IA. En se concentrant sur les principaux cas
d’utilisation de l'IA dans la gouvernance publique, à la fois actuels
et raisonnablement prévisibles, il offre un cadre pour évaluer les
impacts de l'IA sur les droits humains, en tenant compte des normes
de la Convention européenne des droits de l’homme et de la Charte
sociale européenne.
4. L'un des secteurs de la gouvernance publique abordés dans
le manuel est l'utilisation de l'IA dans le contexte de l'immigration
et du contrôle aux frontières. Après avoir recensé les principes
juridiques généraux pertinents, les enjeux en matière de droits
humains et certains cas d'utilisation spécifiques de l'IA en la
matière, le manuel accorde une attention particulière aux questions
relatives au respect de la vie privée et à la protection des données,
à la non-discrimination et au droit à un recours effectif.
5. En réponse au paragraphe 3 de la recommandation, le Comité
des Ministres prend note de la recommandation de l'Assemblée relative
à la mise en place de garanties solides et opposables, ainsi qu'à l'élaboration
d'un code de bonnes pratiques sur l'utilisation de l'IA dans la
gestion des migrations. Le Comité prend acte de ces préoccupations
et, conformément aux travaux du CAI et du CDDH, estime que le Manuel, qui
se fonde sur les principes de la Convention-cadre, peut apporter
une contribution concrète et une orientation pratique pour garantir
la transparence, l'obligation de rendre des comptes et la protection
effective des droits humains dans la gestion des migrations au moyen
de l'IA.
6. Concernant le paragraphe 4 de la recommandation, le Comité
des Ministres partage l’avis de l’Assemblée parlementaire quant
à la nécessité d’une sensibilisation et d’une formation adaptée
aux implications de l’IA dans la gestion des migrations, à l’intention
des institutions de médiation, des organismes de promotion de l’égalité,
des agent·es du service de l’immigration, des travailleuses et travailleurs
sociaux et des organisations de la société civile. Le Comité note
que la Division des migrations et des réfugiés (DMR) a déjà pris
des mesures concrètes pour familiariser les parties prenantes avec
ces questions. Il note également que les futures mises à jour des
formations HELP du Conseil de l’Europe pourraient utilement aborder
l’IA et les migrations, dans la mesure où les ressources le permettent.
7. En réponse à la recommandation relative au renforcement de
la coopération avec l’Union européenne, les Nations Unies et la
société civile, le Comité des Ministres confirme le rôle crucial
de ces partenariats. Le Comité s’engage à maintenir et à renforcer
cette collaboration, en gardant à l’esprit son rôle et son attachement aux
droits humains, à la démocratie et à l’État de droit, dans le but
de tirer le meilleur parti de l’expertise disponible et d’assurer
la protection la plus large possible des droits des migrants, des
réfugiés et des demandeurs d’asile dans le cadre de l’IA, tout en
évitant les doubles emplois ou les chevauchements inutiles.
8. Le Comité des Ministres a également constaté que certaines
formulations de la
Résolution
2628 (2025) de l’Assemblée, relatives au champ d’application et
au contenu de la Convention-cadre, n’étaient pas tout à fait conformes
à son libellé. Il rappelle qu’en vertu de l’article 23 paragraphe
2 point c) de la Convention-cadre, il appartient à la future Conférence
des Parties de formuler des recommandations spécifiques sur toute question
relative à son interprétation ou à son application, y compris, par
exemple, de proposer des interprétations des termes juridiques qui
figurent dans la Convention-cadre. La résolution aborde de nombreuses
questions, les relie au thème de l'IA et contient des demandes et
des propositions. Les questions liées qui ont jusqu'à présent été
examinées séparément sont mises en relation avec le thème de l'IA,
mais devraient également faire l'objet d'un débat distinct. Les
conclusions opérationnelles devraient être évaluées au cas par cas.
Les propositions qui ne mentionnent pas de solutions alternatives
et ne mettent pas en évidence les liens entre les différents enjeux
ne devraient pas préjuger des résultats des processus de négociation
démocratiques, en particulier parlementaires.
9. Enfin, l’Assemblée n’est pas sans savoir que la question de
la migration dans son ensemble et les divers défis qu’elle représente
pour les États membres restent une priorité pour le Comité des Ministres.
À la suite de la conférence ministérielle informelle sur la Convention
européenne des droits de l’homme, et la question de la migration
qui s’est tenue en décembre 2025, des discussions sont en cours
sur la meilleure manière pour le Conseil de l’Europe de traiter
les questions urgentes liées à la migration et les politiques connexes
ainsi que prévenir et combattre le trafic et la traite des migrants,
dans le plein respect de leurs droits humains. Le Comité des Ministres
s’engage à poursuivre sa coopération étroite avec l’Assemblée parlementaire
et toutes les parties prenantes concernées à mesure que les travaux
avancent dans ce domaine en rapide évolution, en veillant à ce que
le Conseil de l’Europe reste à l’avant-garde de la protection des
droits des migrants, notamment dans le domaine et à l’ère de l’IA.