Le journalisme dans le contexte du conflit entre Israël et Gaza
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Texte
adopté par la Commission permanente, agissant au nom
de l’Assemblée, le 22 mai 2026 (voir Doc. 16401, rapport de la commission de la culture, de la science,
de l'éducation et des médias, rapporteur: M. Constantinos Efstathiou;
et Doc. 16408, avis de la commission des questions politiques et de
la démocratie, rapporteure: Mme Lise Selnes).
1. L’Assemblée parlementaire condamne
fermement le ciblage intentionnel et les meurtres de journalistes locaux
à Gaza par les Forces de défense israéliennes (FDI), ainsi que l’interdiction
d’accès des journalistes et médias internationaux à la bande de
Gaza, imposée par Israël.
2. La condamnation de l’Assemblée porte également sur les violations
flagrantes de la liberté de la presse et les actes de harcèlement
à l’encontre de journalistes perpétrés par le Hamas, ainsi que sur
l’absence à Gaza d’un cadre juridique et pratique garantissant la
liberté d’expression et d’information, conformément au droit international.
3. Les attaques contre les journalistes, les restrictions imposées
à l’accès des médias et la propagation de la désinformation dans
le contexte du conflit à Gaza reflètent une détérioration plus générale
et profondément préoccupante des conditions d’exercice de la liberté
d'expression et de la liberté de la presse dans les situations de
conflit. L'impunité pour les violations commises à l'encontre des
journalistes risque de banaliser les attaques contre les médias
indépendants, de compromettre l'accès à des informations fiables
et d'affaiblir les garanties démocratiques bien au-delà de la région.
Dans le cas de Gaza et de l’ensemble de la région, les attaques
contre la presse libre ne peuvent être dissociées des violations
des droits humains et des crimes de guerre commis à l'encontre des
civils palestiniens et israéliens.
4. Depuis le lancement de l’offensive militaire israélienne en
représailles à l’effroyable attaque terroriste menée par le Hamas
et d’autres milices le 7 octobre 2023, plus de 220 journalistes
ont été tués par les FDI à Gaza. Au moins 68 d’entre eux auraient
été pris pour cible ou tués dans l’exercice de leur activité. Ce
chiffre inclurait au moins trois journalistes tués en janvier 2026,
après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025.
5. Par ailleurs, l’Assemblée se dit gravement préoccupée par
les frappes aériennes israéliennes menées depuis le 7 octobre 2023,
qui ont détruit la plupart des infrastructures de télécommunications
et des médias à Gaza, et par la dégradation considérable de la situation
humanitaire et économique, qui a un impact direct sur le travail
des journalistes locaux.
6. L’Assemblée est troublée par le refus des FDI de reconnaître
les allégations selon lesquelles elles prendraient délibérément
pour cible et tueraient des journalistes, et par leur affirmation
du fait qu’elles dirigent leurs frappes uniquement vers des cibles
et des agent·es militaires, et qu’elles ne visent pas les biens
civils ni les civils, y compris les organisations de médias et les
journalistes en tant que tels.
7. À cet égard, les FDI ont publié des documents censés prouver
l’implication de journalistes d’Al-Jazira en tant qu’agent·es terroristes
et mettre en évidence une coopération étroite entre le Hamas et
la chaîne. Al-Jazira réfute ces affirmations, et les associations
de presse internationales considèrent qu’elles ne sont pas fondées.
8. L’Assemblée souligne également que les violations de la liberté
de la presse commises par le Hamas ont elles aussi été généralisées
et peu signalées, principalement par crainte de représailles, le
Hamas étant connu pour s’en prendre violemment à ses détracteurs,
les persécuter et les assassiner.
9. L'Assemblée déplore vivement et condamne la politique et la
pratique d'Israël consistant à refuser aux journalistes internationaux
l'accès à Gaza pour qu’ils puissent rendre compte de la situation
sur le terrain. Cette interdiction est toujours en vigueur, même
après le cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas dans le cadre du
plan de paix de Donald Trump. La Cour suprême israélienne a reporté
à plusieurs reprises sa décision concernant une requête déposée
par l’Association de la presse étrangère, demandant l’accès libre
et indépendant de la presse à Gaza.
10. L’Assemblée associe sa voix une fois de plus à toutes celles
qui appellent Israël à respecter pleinement ses obligations en vertu
du droit international humanitaire et du droit international des
droits de l’homme.
11. L’Assemblée réitère fermement que la liberté d’information
va de pair avec la sécurité et la protection des journalistes, et
souligne que ces derniers sont les yeux et les oreilles de la société;
ils sont les témoins de la situation sur le terrain lors d’opérations
politiques et militaires, et surtout lors des catastrophes et des
crises humanitaires qui s’y déroulent.
12. L’Assemblée réaffirme son engagement de longue date en faveur
de la protection et de la sécurité des journalistes, notamment à
travers ses initiatives visant à promouvoir la liberté des médias
et à lutter contre l’impunité pour les crimes commis contre les
journalistes dans les situations de conflit. À cet égard, elle rappelle la
commémoration de l’Assemblée, «Victoire pour Viktoria», qui rend
hommage aux journalistes tués ou disparus dans des conflits, et
réaffirme le rôle essentiel du journalisme indépendant dans les
sociétés démocratiques.
13. L’Assemblée souligne que les journalistes qui exercent des
missions dans des zones de conflit armé sont des civils et qu’ils
sont à ce titre protégés par le droit international humanitaire,
à la condition qu’ils n’entreprennent aucune action susceptible
d’avoir une incidence sur leur statut de personnes civiles. Le fait
de prendre pour cible et de tuer des journalistes et leurs familles
constitue un crime de guerre qui ne saurait rester impuni.
14. L’exposition délibérée des journalistes locaux à des situations
mettant leur vie en danger, voire à la mort, ainsi que l’impossibilité
pour les journalistes internationaux d’accéder à la bande de Gaza
ont permis que des violations du droit international humanitaire
et du droit international des droits de l’homme par Israël soient commises
sans avoir à rendre de comptes.
15. En ce qui concerne les déclarations des FDI concernant la
prétendue coopération étroite entre les journalistes décédés et
le Hamas, ainsi que d’autres organisations terroristes, l’Assemblée
souligne que celles-ci ne peuvent être vérifiées par des journalistes
indépendants sans leur autoriser un accès sans restriction à la
bande de Gaza.
16. L’Assemblée rappelle sa
Résolution
2623 (2025) dans laquelle elle demandait instamment la
protection des journalistes travaillant à Gaza, déplorant «le nombre
exceptionnellement élevé de journalistes tués ou blessés à Gaza»
et appelait toutes les parties «à assurer leur protection et à garantir
à toutes et tous les journalistes un accès sûr et sans entrave aux
zones de conflit».
17. Pour toutes ces raisons, l’Assemblée exhorte Israël à cesser
de cibler les journalistes et à se conformer strictement à l’ensemble
des obligations pertinentes qui lui incombent en vertu du droit
international humanitaire et du droit international des droits de
l’homme.
18. L’Assemblée demande instamment à Israël de prendre immédiatement
les mesures suivantes:
18.1 s’abstenir
de prendre pour cible des journalistes et leurs familles, ainsi
que tout autre civil;
18.2 mener des enquêtes exhaustives et indépendantes sur tous
les meurtres de journalistes à Gaza, rendre publiques les conclusions
et prendre toutes les mesures nécessaires pour punir les responsables et
prévoir des réparations;
18.3 ouvrir immédiatement l’accès à la bande de Gaza aux journalistes
nationaux et étrangers ainsi qu’aux organisations internationales
dont le mandat est d’informer ou d’enquêter, et faciliter leur travail en
toute sécurité.
19. L’Assemblée appelle la Cour pénale internationale à enquêter
sur les crimes de guerre présumés commis par l’armée israélienne
à l’encontre de journalistes à Gaza, ainsi que sur les crimes perpétrés
par le Hamas contre des journalistes israéliens lors des attaques
du 7 octobre 2023.
20. L’Assemblée invite les États membres du Conseil de l’Europe:
20.1 à soutenir la demande des associations
de presse internationales qui réclament un accès immédiat, sans
restriction et en toute sécurité pour les médias internationaux
à Gaza afin que ceux-ci puissent constater la situation sur le terrain
et en rendre compte;
20.2 à maintenir la pression sur Israël pour s’assurer que
toutes les violations commises à l’encontre de journalistes pendant
le conflit entre Israël et Gaza fassent l’objet d’une enquête approfondie
et impartiale;
20.3 à demander et faciliter l’évacuation des journalistes
palestiniens et de leurs familles de Gaza, lorsque cela est nécessaire
pour leur protection immédiate, et à veiller à leur fournir un soutien psychologique
et matériel.
21. En ce qui concerne les conditions d’une paix durable, l’Assemblée:
21.1 souligne que le journalisme
indépendant et l’accès sans entrave à des informations fiables constituent
des garanties essentielles contre la désinformation, la radicalisation
et l’impunité;
21.2 souligne que la transparence et l’obligation de rendre
des comptes sont indispensables pour rétablir la confiance entre
les communautés et créer les conditions d'une paix juste et durable
au Moyen-Orient;
21.3 renouvelle son engagement en faveur d'un avenir pacifique,
juste et durable pour les Israéliens et les Palestiniens, fondé
sur la solution à deux États et dans le plein respect du droit international.