B Exposé des motifs
par Mme Marietta Karamanli, rapporteureNote
1 Introduction
1. Les relations entre le Conseil
de l'Europe et l’Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE) ont été formalisées en 1962 et le premier débat de l’Assemblée
sur les activités de l’OCDE a eu lieu en 1963. Les débats de l’Assemblée
élargie ont été instaurés en 1993, sur la base de règles spéciales
Note, pour permettre la participation
de délégations des parlements nationaux des États membres de l’OCDE
non membres du Conseil de l’Europe et du Parlement européen. Depuis
lors, l’Assemblée élargie fonctionne comme une plateforme unique
pour le contrôle parlementaire des activités de l’OCDE.
2. En janvier 2019, une nouvelle méthodologie pour les débats
élargis a été adoptée sur la base d'un protocole d'accord entre
l'Assemblée parlementaire et l'OCDE
Note, dans le but de
renforcer et de rendre plus efficace la relation institutionnelle
entre l’Assemblée et l’OCDE. Elle prévoit que ces débats aient lieu
tous les deux ans, sur la base d’un rapport axé sur des thèmes spécifiques,
choisis d'un commun accord entre le rapporteur ou la rapporteure
et l'OCDE. En outre, il a été convenu que, durant l’année où il
n’y a pas de débat de l’Assemblée élargie sur les activités de l’OCDE,
une délégation de l’Assemblée participera au Réseau parlementaire
mondial de l’OCDE en tant que partenaire institutionnel. En décembre
2020, le Conseil de l'Europe et l'OCDE ont également signé un protocole
d'accord visant à renforcer leur coopération.
3. Le dernier débat de l'Assemblée élargie a eu lieu en janvier
2024 et portait sur «Mondialisation en temps de crise et de guerre:
le rôle de l'OCDE depuis l'agression de la Fédération de Russie
contre l'Ukraine» (
Résolution
2526 (2024)). L'Assemblée a également créé des commissions
ad hoc chargées de participer aux réunions
du Réseau parlementaire mondial de l'OCDE à Paris, du 5 au 7 février
2025 et du 11 au 13 mars 2026.
4. Le 2 juillet 2025, à la suite de ma nomination en tant que
rapporteure pour le nouveau rapport sur les activités de l’OCDE,
j’ai tenu une réunion à Paris avec M. Mathias Cormann, Secrétaire
général de l’OCDE, et d’autres représentants du Secrétariat de l’OCDE:
Mme Audrey Plonk (directrice adjointe
chargée de la science, de la technologie et de l’innovation); M. Mark
Pearson (directeur adjoint chargé de l’emploi, du travail et des affaires
sociales); M. Stéphane Levesque (directeur de la communication);
et M. James Mancini (chef de cabinet par intérim, Bureau du secrétaire
général). Au cours de cette réunion, nous avons convenu que le prochain
rapport porterait sur le thème de la transformation numérique et
sur le rôle de l’OCDE dans l’évaluation de l’impact de l’intelligence
artificielle (IA) sur l’avenir du travail.
5. Le 26 novembre 2025, je me suis rendue à nouveau au siège
de l’OCDE à Paris, où j’ai tenu d’autres réunions avec différents
hauts responsables de l’OCDE afin de discuter plus en détail des
questions à aborder dans le rapport. Le 10 décembre 2025, la commission
des questions politiques et de la démocratie a tenu une audition
à laquelle ont participé Mme Angelica
Salvi Del Pero, conseillère principale à la Direction de l’emploi, du
travail et des affaires sociales, et M. Flavio Calvino, économiste
principal à la Direction de la science, de la technologie et de
l’innovation, chargé des entreprises, de la transformation numérique
et de la diffusion des technologies. Je tiens à remercier sincèrement
tous les collaborateurs de l’OCDE qui ont participé à ce projet pour
leurs précieuses contributions aux différentes étapes de la préparation
de ce rapport.
2 Travaux pertinents de l'Assemblée parlementaire
6. Outre les nombreux rapports
régulièrement débattus par l’Assemblée parlementaire élargie sur
les travaux de l’OCDE, l’Assemblée parlementaire a récemment adopté
divers textes pertinents pour le présent rapport. Il convient de
mentionner en particulier les suivants:
7. Dans
la Résolution
2526 (2024), l’Assemblée élargie a déclaré que l’OCDE et le Conseil
de l’Europe «devraient poursuivre leur collaboration dans le domaine
de l'intelligence artificielle (IA)».
8. En outre, l’Assemblée apporte une contribution significative
aux efforts du Conseil de l’Europe visant à traiter l’impact des
technologies d’IA sur la vie humaine. Elle dispose notamment d’une
sous-commission dédiée à l’intelligence artificielle et aux droits
de l’homme, et a adopté en octobre 2020 une série de résolutions et
de recommandations sur le sujet:
Dans une annexe commune à ces rapports, l’Assemblée a énoncé
les principes éthiques qui, selon elle, devraient s’appliquer aux
systèmes d’IA: transparence; justice et équité; responsabilité;
sûreté et sécurité; vie privée.
9. Dans son
Avis n° 303 (2024), l’Assemblée s’est félicitée de la finalisation de la
Convention-cadre sur l’intelligence artificielle, les droits de
l’homme, la démocratie et l’État de droit. La Convention-cadre (STCE no 225)
est le tout premier traité international juridiquement contraignant
dans ce domaine. Ouverte à la signature le 5 septembre 2024, elle
vise à garantir que les activités relevant du cycle de vie des systèmes
d’IA soient pleinement conformes aux droits humains, à la démocratie
et à l’État de droit, tout en favorisant le progrès technologique
et l’innovation. La Convention-cadre complète les normes internationales
existantes en matière de droits humains, de démocratie et d’État
de droit, et vise à combler les lacunes juridiques pouvant résulter
des progrès technologiques rapides. Afin de résister à l’épreuve
du temps, la Convention-cadre ne réglemente pas la technologie et
est essentiellement neutre sur le plan technologique. Elle s’appuie
sur les normes du Conseil de l’Europe en matière de droits humains,
de démocratie et d’État de droit, qui sont également partagées par
les États non membres ayant participé aux négociations
Note.
10. Par ailleurs, l’Assemblée a adopté la
Résolution 2628 (2025) et la
Recommandation
2300 (2025) «L’intelligence artificielle et la migration», la
Résolution 2654 (2026) «La protection du droit d’auteur dans l’environnement
de l’intelligence artificielle», ainsi que la
Résolution 2662 (2026) «Protéger la démocratie contre les perturbations causées
par l'intelligence artificielle». L’Assemblée prépare également
d’autres rapports pertinents sur: l’utilisation de l’IA par les
parlements; la sauvegarde des droits humains dans le secteur public
axé sur l’IA; l’IA et l’égalité des genres; et la sauvegarde de
la créativité et de l’éducation à l’ère de l’IA générative.
11. Enfin, en décembre 2025, l’Assemblée a coorganisé à Londres
une conférence parlementaire sur l’intelligence artificielle avec
le Parlement du Royaume-Uni, au cours de laquelle les participants
ont échangé des bonnes pratiques et défini les rôles des parlements
dans la gouvernance de l’IA
Note.
3 Aperçu
des travaux de l’OCDE sur l’intelligence artificielle
12. La croissance rapide de l’IA
et des technologies connexes a déjà un impact significatif sur la
vie des gens, en particulier sur la manière dont ils interagissent,
étudient, mènent des recherches et travaillent. Selon les Perspectives
de l’emploi 2023 de l’OCDE, ces progrès rapides suggèrent que les
pays de l’OCDE pourraient être à l’aube d’une «révolution de l’IA»
Note.
13. L'IA a le potentiel de devenir une technologie à usage général
susceptible de transformer en profondeur un large éventail de secteurs
et d'industries, notamment la finance, la santé et la sécurité.
En outre, le contrôle des données ainsi que de l'IA et des infrastructures
connexes a des implications de plus en plus importantes au niveau
géopolitique
Note.
14. Les sociétés et les économies doivent se préparer à la transition
vers l'IA et la numérisation afin de suivre le rythme des avancées
technologiques, d'en tirer parti et d'en atténuer les risques. Cette
transition doit aller de pair avec la transition écologique et vers
la durabilité, afin de garantir que les progrès technologiques ne
se fassent pas au détriment de l'environnement et du climat, et
qu'ils tiennent compte des droits et des besoins des générations
futures. L'OCDE a souligné la contribution positive des technologies
numériques, y compris l'IA, à la réalisation des objectifs environnementaux
dans la «Recommandation du Conseil sur les technologies numériques
et l'environnement» (adoptée en 2010 et modifiée en 2025)
Note.
15. Reconnaissant que «l’IA a des incidences mondiales généralisées
et profondes qui transforment les sociétés, les secteurs économiques
et le monde du travail, une tendance qui devrait s’accentuer à l’avenir»,
le Conseil de l’OCDE a adopté en 2019 une recommandation contenant
les «Principes d’une approche responsable en appui d’une IA digne
de confiance» suivants (Principes de l’OCDE sur l’IA, modifiés en 2024)
Note:
- croissance
inclusive, développement durable et bien-être;
- respect de l’état de droit, des droits humains et des
valeurs démocratiques, y compris de l’équité et de la vie privée;
- transparence et explicabilité;
- robustesse, sûreté et sécurité;
- responsabilité.
16. Les Principes de l'OCDE sur l'IA comprennent également les
recommandations suivantes, que les gouvernements sont invités à
mettre en œuvre dans leurs politiques nationales et dans le cadre
de la coopération internationale:
- investir
dans la recherche et le développement en matière d’IA;
- Favoriser l’instauration d’un écosystème inclusif propice
à l’IA;
- façonner un cadre d’action et de gouvernance interopérable
favorable à l’IA;
- renforcer les capacités humaines et préparer la transformation
du marché du travail;
- favoriser la coopération internationale au service d’une
IA digne de confiance.
17. À la suite de l'adoption des Principes de l'OCDE sur l'IA,
l'OCDE s'est employée ces dernières années à développer un large
éventail d'outils permettant de suivre et de rendre compte des dernières
évolutions en matière d'IA ainsi que de leurs impacts économiques
et sociaux.
18. L'Observatoire OCDE des politiques de l''IA est une vaste
base de données mondiale actualisée regroupant les politiques nationales
en matière d'IA de plus de 90 juridictions et organisations internationales. Il
présente également des données en temps réel sur l'IA dans divers
domaines, notamment les tendances de l'offre et de la demande de
talents en IA dans différents pays et secteurs au fil du temps,
ainsi que des informations sur les compétences les plus recherchées
Note.
19. Le Catalogue des outils et indicateurs pour une IA digne de
confiance est un guichet unique regroupant plus de 1000 outils et
130 indicateurs conçus pour aider les acteurs du secteur de l'IA
à développer et à utiliser des systèmes d'IA dignes de confiance.
Il comprend des mécanismes, des pratiques et des méthodologies permettant
de développer des systèmes d'IA équitables et transparents, ainsi
que de mesurer et d'évaluer la fiabilité et les risques liés à l'IA
Note.
20. Le Moniteur des incidents et des risques liés à l'IA (AIM)
de l'OCDE
Note suit et documente en temps réel les
incidents et les risques liés à l'IA, tels que rapportés par des
médias réputés. S'appuyant sur le cadre commun de l'OCDE pour le
signalement des incidents liés à l'IA
Note et sur la définition de l'OCDE
des incidents liés à l'IA
Note, l'AIM contribue à établir
une compréhension commune des incidents et des risques liés à l'IA
et met en évidence leur nature multiforme, constituant ainsi un
outil important pour une IA digne de confiance.
21. La «Boîte à outils pour les politiques en matière d’IA» est
une ressource pratique conçue pour aider les gouvernements et les
parties prenantes à dresser un état des lieux de leurs politiques
en matière d’IA, à identifier leurs priorités et à découvrir des
exemples concrets de politiques mises en œuvre dans d’autres pays afin
d’éclairer l’élaboration de leurs propres politiques
Note.
22. Les indicateurs de capacité en matière d’IA de l’OCDE fournissent
un système de suivi permettant aux gouvernements d’évaluer l’évolution
des capacités des systèmes d’IA par rapport aux capacités humaines fondamentales.
Ces indicateurs, actuellement publiés sous forme
bêta, fournissent aux décideurs
politiques des informations claires sur les capacités actuelles
et futures probables de l’IA sur le marché du travail, alimentant
ainsi les discussions sur les compétences qui seront nécessaires
à l’avenir
Note.
23. Depuis l'émergence de l'IA générative en 2023, l'OCDE a analysé
les différentes trajectoires des pays, des régions et des villes
dans la transition vers l'IA, mettant en évidence les fractures
émergentes et l'importance des conditions locales pour exploiter
pleinement le potentiel de l'IA. Ces travaux ont permis de mieux
comprendre la géographie de l’IA générative et l’exposition des
emplois dans les différentes régions, d’élaborer des plans d’action
pour l’utilisation de l’IA dans les services publics des villes
et le développement régional, et d’éclairer les stratégies locales
en faveur d’une IA durable, éthique et digne de confiance, notamment
par le biais d’écosystèmes d’innovation locaux, de la mise à niveau
des compétences et du renforcement des capacités
Note.
24. En septembre 2025, l'OCDE a publié «Advancing the measurement
of investments in artificial intelligence», une méthodologie permettant
d'estimer les investissements publics et privés dans l'IA dans les États
membres de l'Union européenne (UE) et de les comparer à ceux d'autres
économies, telles que les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada
et le Japon
Note.
26. Dans le cadre du processus du G7 d’Hiroshima pour l'IA, le
G7 a adopté en 2023 un code de conduite destiné aux organisations
développant des systèmes d'IA avancés. Afin de soutenir sa mise
en œuvre, l'OCDE a élaboré un cadre de
reporting volontaire
permettant aux développeurs d'IA de rendre compte de leurs pratiques
en matière de gestion des risques liés à l'IA
Note et a publié un rapport
Note analysant les vingt premières soumissions
des entreprises. Une version révisée du cadre de
reporting a
été publiée en mai 2026.
27. La Plateforme sur le bien-être numérique de l’OCDE fournit
des statistiques clés couvrant les aspects numériques du travail
et de la qualité de l’emploi, de la santé, de l’éducation, de l’environnement,
de la sécurité personnelle, de l’équilibre entre vie professionnelle
et vie privée, des liens sociaux et de l’engagement civique. Cela
inclut des indicateurs sélectionnés ventilés par sexe, âge ou décile
de revenu. Grâce à son enquête intégrée, le Centre recueille également
des données uniques sur la manière dont les personnes vivent leur
vie numérique, comblant ainsi une lacune importante en matière de
données factuelles
Note.
28. Le programme de l’OCDE sur l’IA dans le travail, l’innovation,
la productivité et les compétences, lancé en 2020 avec le soutien
de l’Allemagne, a fourni de nombreuses données et analyses politiques
sur l'impact de l'IA sur les marchés du travail, l'innovation, la
productivité et les besoins en formation
Note.
29. Le projet horizontal de l’OCDE 2025/2026 intitulé «Prospérer
grâce à l’IA: renforcer les économies, les sociétés et les citoyens»
vise à améliorer la compréhension des tendances en matière de développement
et de déploiement de l’IA, ainsi que de ses impacts et implications
pour l’économie et la société. Les résultats attendus du projet
couvrent différents domaines d'action et secteurs et comprennent
des analyses du potentiel de l'IA à stimuler la croissance de la
productivité et de la production dans les entreprises, les secteurs,
les économies et les territoires. Les résultats devraient être finalisés
d'ici la fin de 2026, y compris deux rapports sur les politiques
résumant les principales conclusions.
30. Les conclusions de divers projets de recherche et publications
de l'OCDE soulignent l'importance de suivre et d'analyser l'impact
de l'utilisation croissante de l'IA sur le lieu de travail dans
des domaines tels que les taux d'emploi, les salaires, la qualité
de l'emploi, la productivité et la croissance. Étant donné que tous
les secteurs, lieux, professions ou groupes démographiques ne seront
pas exposés ou affectés de la même manière par l'IA, des politiques
sur mesure et une gouvernance à plusieurs niveaux seront nécessaires
pour veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte dans cette
transition, et pour promouvoir la capacité de chacun à tirer parti
de l'IA, tout en traitant les risques pesant sur leurs droits fondamentaux
et leur bien-être.
4 L'impact
de l'IA sur l'économie: productivité et marché du travail
4.1 L'impact
sur la productivité
31. La croissance de la productivité
au niveau mondial a ralenti ces dernières années. Dans les pays
de l’OCDE, elle est passée d’une moyenne annuelle de 1,5 % au cours
de la période 2000-2010 à environ 0,5 % pour la période 2019-2023.
Les économistes débattent actuellement de l’impact que l’IA aura
sur la productivité, et les opinions divergent largement. Les scénarios
les plus optimistes suggèrent que l’IA pourrait contribuer à hauteur
de 2 à 3 % à la croissance annuelle de la productivité du travail
au cours de la prochaine décennie, tandis que les plus pessimistes
indiquent que les gains seraient négligeables, étant donné que seule une
fraction limitée de l’économie peut réussir à automatiser le travail.
32. L'OCDE, quant à elle, estime que l'IA pourrait contribuer
entre 0,4 % et 0,9 % par an à la croissance de la productivité du
travail aux États-Unis, ce qui pourrait être comparé à certaines
estimations concernant la contribution des technologies de l'information
et de la communication (TIC) lors du dernier boom de la productivité
tiré par la technologie au milieu des années 90 dans ce pays (environ
1 à 1,5 %)
Note. Une mise à jour plus récente,
compte tenu de la progression rapide des taux d'adoption de l'IA
et de l'élargissement de ses capacités, envisage également un scénario
plus optimiste, qui se traduirait par une contribution de 1,2 %
à la croissance annuelle de la productivité du travail aux États-Unis
Note.
33. Dans ses études, l'OCDE considère l'IA comme une technologie
de production qui combine des intrants (logiciels, compétences,
données) et une capacité de calcul pour produire un large éventail
de résultats (tâches analytiques telles que la prévision, les recommandations
ou l'optimisation; la génération de contenu; des tâches physiques
associées à la robotique), augmentant ainsi la productivité des
activités économiques.
34. Dans ce cadre, l'OCDE identifie quatre facteurs clés déterminant
l'impact de l'IA sur la productivité
Note. Le premier facteur implique
que les gains d'efficacité dans des tâches spécifiques peuvent être
très importants: il s'agit notamment du service à la clientèle,
du codage, de la rédaction professionnelle et générale, et du conseil aux
entreprises; une étude de la littérature disponible a montré que,
en moyenne, l'amélioration observée correspond à une augmentation
d'environ 30 % des performances.
35. Le deuxième facteur montre que ce sont les secteurs hautement
qualifiés qui sont les plus exposés à l'IA, ou, en d'autres termes,
ceux dans lesquels l'IA est susceptible d'avoir un impact plus important,
car ils comptent une plus grande part de tâches que l'IA peut aider
à accomplir ou remplacer: la finance, les services TIC, les médias
et les services professionnels. En revanche, les secteurs les moins
exposés comprennent l'agriculture, la construction et les secteurs
à forte composante manuelle. Dans de nombreux cas, il existera une
forte complémentarité entre les travailleurs humains et l'IA, par
exemple lorsque les outils d'IA nécessitent une supervision humaine
renforcée et impliquent une responsabilité.
36. Le troisième facteur est représenté par la vitesse d'adoption
de l'IA par les entreprises: pour évaluer différents scénarios,
l'OCDE a comparé la vitesse d'adoption de l'IA au niveau national
avec celle des technologies à usage général (TUG) passées, telles
que l'électricité, les ordinateurs et Internet. Les données américaines
montrent que le taux d'adoption de l'IA en est encore à ses débuts,
mais qu'il progresse au même rythme que les technologies numériques
passées. Au niveau régional, cependant, la vitesse d’adoption de
l’IA varie considérablement entre les régions capitales et non capitales,
entre les leaders et les retardataires en matière d’innovation,
ou au sein d’un même pays et d’un même secteur, entre les pôles
d’IA et les régions non spécialisées
Note. Même les régions présentant
des niveaux similaires d'exposition potentielle d'emploi affichent des
rythmes différents dans l'adoption effective par les entreprises
Note.
37. Le quatrième facteur susceptible de déterminer l’impact de
l’IA sur la productivité résulte des conditions locales et des stratégies
territorialisées. Au-delà de la spécialisation économique et de
la structure des compétences, l’adoption est liée à l’accès local
aux ressources de l’IA, telles que les données ou les compétences,
ainsi qu'aux infrastructures informatiques dédiées à l'IA et aux
infrastructures non liées à l'IA qui sont indispensables au fonctionnement
des systèmes d’IA, comme le réseau électrique ou les réseaux à haut débit.
L’intégration de l’IA dans les systèmes existants nécessite également
une convergence technologique entre les lieux de travail et les
chaînes de production, ainsi que des capacités financières et institutionnelles pour
le déploiement. Les systèmes d'innovation locaux jouent un rôle
clé dans l'adaptation des solutions d'IA et la promotion de leur
adoption
Note.
38. L'IA est de plus en plus utilisée dans les grandes entreprises;
la proportion d'utilisateurs de l'IA tend également à être plus
élevée parmi les «jeunes entreprises», y compris les start-ups
Note. Les entreprises qui utilisent
l'IA ont tendance à être plus productives que les autres: cela semble
lié au fait qu'elles disposent d'un capital humain et technologique
complémentaire plus important (infrastructure numérique, les capacités numériques
et innovantes des entreprises, ainsi que d'autres technologies numériques)
qui pourraient constituer un prérequis pour l'utilisation de l'IA.
En outre, les secteurs à forte intensité d'IA sont également ceux qui
façonnent la technologie, à savoir les services informatiques, les
télécommunications et les médias
Note.
39. L'analyse de l'OCDE montre également qu'au cours des dix prochaines
années, il existera des différences significatives en termes de
gains macroéconomiques liés à l'IA parmi les pays de l'OCDE, en
raison des différentes structures économiques, des niveaux de compétences
disponibles variables (les entreprises adoptant l'IA requièrent
des niveaux de compétences techniques et sociales bien plus élevés),
des taux d'adoption divergents, et de la manière dont les conditions
et stratégies locales se concrétisent. Cela pourrait également accroître
les inégalités mondiales, les pays et les régions les plus pauvres
étant davantage pénalisés, compte tenu de leurs taux d'adoption
plus lents
Note.
40. En outre, le développement technologique mesuré par le nombre
de brevets liés à l'IA montre une forte concentration géographique
aux États-Unis et en Chine, qui occupent une position dominante,
tandis que l'UE est à la traîne, avec moins de la moitié du total
de brevets d’IA. Les modèles d'IA américains et chinois représentent
en effet actuellement la frontière technologique.
41. L’Europe investit beaucoup moins que les États‑Unis et la
Chine en infrastructures, en recherche et en capacités de calcul,
ce qui alimente une dépendance structurelle aux «nuages» (clouds)
et aux modèles proposés par quelques acteurs privés dominants. Au
cours des trois premiers mois de 2026, Amazon, Google, Microsoft
et Meta ont battu à plusieurs reprises des records en matière de
dépenses consacrées à l’IA; ils ont investi au total 130,65 milliards
de dollars en dépenses d’investissement, principalement dans des
centres de données qui alimentent l’IA. Ce chiffre, qui établit
un nouveau record, représente plus de trois fois le coût du projet
Manhattan visant à mettre au point des bombes nucléaires et est
supérieur de 71 % à ce que les géants de la technologie avaient
dépensé au cours du même trimestre de l’année précédente
Note. Les investissements publics
ne peuvent donc pas être conçus comme un rattrapage dispersé, mais
comme un levier stratégique: financement durable de la recherche
et des compétences, soutien à des infrastructures partagées et souveraines,
et priorité donnée aux technologies raisonnées plutôt qu’à la simple
subvention de capacités supplémentaires gourmandes en énergie. Il
s’agit d’assumer, au niveau européen, un arbitrage explicite entre souveraineté
technologique, coût environnemental et soutenabilité budgétaire,
plutôt que de laisser ce choix aux seuls grands consortiums privés.
42. Parallèlement, la dépendance européenne aux semi‑conducteurs,
aux infrastructures dominées par les GAFAM (les géants du web: Google,
Apple, Facebook-Meta, Amazon et Microsoft) et aux modèles d’IA développés
hors d’Europe fragilise la souveraineté technologique, la sécurité
économique et la capacité de contrôle démocratique. La réponse ne
peut être uniquement nationale: elle suppose un socle d’infrastructures et
de modèles placés sous juridiction européenne, compatibles avec
la Convention‑cadre du Conseil de l’Europe et les principes de l’OCDE,
ainsi que des mécanismes de mutualisation des investissements au niveau
de l’Union européenne. L’enjeu est d’éviter que les administrations
et les services publics ne deviennent structurellement dépendants
de solutions non européennes, tout en reconnaissant qu’une plus
grande autonomie stratégique numérique nécessitera des investissements
considérables, mais apportera également des avantages significatifs
sur les plans économique, sécuritaire et démocratique.
43. Afin de tirer parti des gains de productivité potentiellement
importants liés à l'IA, les pays devront:
- se concentrer sur l'accélération de l'adoption de l'IA,
en renforçant les infrastructures, les données et les compétences
pertinentes, ainsi que la capacité des systèmes d'innovation locaux
à soutenir les transformations sectorielles;
- promouvoir une réaffectation efficace de la main-d'œuvre
(grâce à la reconversion professionnelle et à la flexibilité des
marchés du travail);
- garantir l'accès mondial à l'IA, par exemple en assurant
l'interopérabilité des normes ouvertes;
- préserver les échanges commerciaux afin de diffuser les
technologies.
44. Les outils d'IA générative (GenAI) sont capables de créer
de nouveaux contenus (par exemple, du texte, du code, de l'audio,
des images, des vidéos), souvent en réponse à des prompts, sur la
base de leurs données d'entraînement. La GenAI a le potentiel de
devenir un TUG, car elle semble présenter les caractéristiques déterminantes
des TUG: omniprésence, amélioration continue au fil du temps et
génération d'innovations
Note. Il est important de comprendre
dans quelle mesure l'IA pourrait stimuler l'innovation et la génération
de nouvelles idées, et donc la productivité, afin d'appréhender
les implications transformatrices à long terme de l'IA et ses retombées
futures en termes de croissance économique.
45. Le rôle des décideurs politiques est crucial à cet égard pour
parvenir à une transition numérique inclusive susceptible d’apporter
des avantages sociaux et économiques significatifs, tout en respectant
les droits humains et les valeurs démocratiques. Pour ce faire,
il convient d'accorder une attention particulière à la mise en place
d'écosystèmes d'innovation en matière d'IA inclusifs; au soutien
à la numérisation des entreprises; au développement du capital humain
pour l'adoption et l'utilisation de l'IA (compétences techniques
et non techniques en IA), afin de parvenir à une transformation
équitable du marché du travail; et à la coopération au niveau international
pour une gouvernance digne de confiance de l'IA, en particulier
pour garantir l'interopérabilité des cadres politiques et réglementaires
Note.
4.2 L'impact
sur le marché du travail
46. Les pays de l'OCDE sont confrontés
à un marché du travail en pleine mutation
Note: dans l'ensemble, les taux
d'emploi sont en hausse depuis 2014, mais les emplois peu qualifiés
se font plus rares. En moyenne, les professions les plus exposées
au risque d'automatisation représentent 27 % de l'emploi, certaines
régions affichant des proportions bien supérieures à cette moyenne:
cela pourrait conduire à l'avenir à un besoin massif de redéploiement
des travailleurs vers d'autres emplois, éventuellement dans des
régions différentes de leur pays, avec une demande accrue de services
de formation et d'accompagnement à la mobilité. Le risque d’automatisation
n’est pas réparti de manière égale entre les groupes de la population:
une baisse préoccupante de 30 % des taux d’emploi pour les postes
de premier échelon chez les jeunes a été observée en 2025
Note.Cependant,
la détérioration de la situation des jeunes sur le marché du travail
a commencé bien avant la pandémie de COVID, et l’IA ne peut donc
pas en être la seule cause.
47. Cela dit, les travailleurs s’inquiètent pour leur emploi.
Parmi les travailleurs des secteurs manufacturier et financier,
comme le montre une enquête menée par l’OCDE, trois sur cinq craignent
de voir leur emploi complètement remplacé par l'IA au cours des
dix prochaines années, en particulier ceux qui travaillent effectivement
avec l’IA. D’autre part, la plupart des employeurs de ces mêmes
secteurs ont déclaré que l’adoption de l’IA n’avait pas eu d’impact
sur les effectifs jusqu’à présent
Note.
48. Il y a lieu de noter que les grandes organisations syndicales
rappellent à juste titre que ce ne sont pas des forces technologiques
abstraites qui décident des suppressions ou des créations d’emplois,
mais les choix des entreprises dans la manière d’utiliser l’IA.
A ce titre, les organisations syndicales soulignent que le dialogue social
sur les usages de l’IA reste limité; elles demandent que les décisions
en résultant et concernant les salariés soient un objet de dialogue
social, que l’IA s’inscrive dans un projet collectif d’entreprise,
et que la formation indispensable soit assumée par l’employeur.
49. Une étude menée auprès des PME en 2024 a montré que l'adoption
de l'IA générative n'avait pas eu d'impact sur les besoins en personnel
dans la plupart des cas (83 %)
Note.
50. Selon l'OCDE, les travailleurs hautement qualifiés sont actuellement
les plus exposés à l'IA – d'un autre côté, la croissance de l'emploi
a été la plus forte dans les professions les plus exposées: l'IA
pourrait à la fois augmenter la productivité et, sous certaines
conditions, accroître la demande pour les services associés et donc
pour le type de travailleurs possédant les compétences nécessaires
pour les fournir
Note.
51. L'IA redéfinit les besoins en compétences sur le marché du
travail. L'un des facteurs déterminants pour savoir si les économies
tireront profit de l'IA sera sans doute le niveau de compétences
des personnes qui l'utilisent. Les déficits de compétences freinent
déjà l'adoption de l'IA, tandis que celle-ci relève simultanément le
niveau d'exigence en matière de compétences, orientant ainsi la
demande vers des compétences de plus haut niveau. Les pouvoirs publics
doivent élargir l'accès à des formations adaptées à l'IA, en particulier
pour les PME et les travailleurs risquant d'être laissés pour compte
Note.
52. En effet, une grande majorité des travailleurs des secteurs
manufacturier et financiers ont confirmé que l'IA avait amélioré
leurs performances au travail. De leur côté, les PME interrogées
citent effectivement les performances des employés comme le principal
avantage. Si les différents niveaux de compétences des travailleurs
peuvent constituer un obstacle et un facteur discriminant dans l'adoption
de l'IA, un certain nombre de PME ont également indiqué que l'utilisation
de l'IA générative contribuait en réalité à compenser le manque de
compétences ou d'expérience de leur personnel.
53. Plus important encore, les travailleurs font état d’améliorations
de leurs performances, de leur satisfaction et de leur santé mentale
au travail: l’IA peut réduire la fatigue physique, automatiser les
tâches routinières et fastidieuses, et libérer du temps pour des
tâches plus intéressantes. Dans le même temps, les travailleurs
s’inquiètent pour leur vie privée et la collecte excessive de données
par l’IA (par exemple, une pression accrue pour être performant;
la crainte que la collecte de données ne conduise à des décisions
qui leur soient défavorables)
Note.
54. Une étude approfondie supplémentaire de l'OCDE a interrogé
plus de 6 000 cadres intermédiaires dans 6 pays afin d'explorer
la prévalence de la gestion algorithmique, c'est-à-dire l'utilisation
de logiciels, pouvant inclure l'IA, pour automatiser totalement
ou partiellement des tâches traditionnellement effectuées par des managers
humains
Note.
55. Les résultats montrent que les outils de gestion algorithmique
sont déjà très répandus aux États-Unis (90 % des cadres ont répondu
que leur entreprise fournissait au moins un outil de gestion algorithmique)
et dans les pays européens étudiés (79 %), mais moins répandus au
Japon (40 %). L'intensité (c'est-à-dire le nombre d'outils utilisés)
varie également: aux États-Unis, plus des trois quarts des entreprises
utilisent dix outils ou plus, tandis que l'intensité est plus modérée
en Europe et faible au Japon.
56. De plus, les types d’outils utilisés diffèrent: aux États-Unis,
les outils de surveillance et d’évaluation sont très largement utilisés
(taux d’adoption de 90 %); 55 % des entreprises surveillent également
le contenu et le ton des appels téléphoniques ou des e-mails de
leurs employés, contre seulement 6 % en Europe et 8 % au Japon.
Les entreprises européennes utilisent le plus souvent des outils
d’instruction (destinés à donner des instructions aux employés,
avec un taux d’adoption de 69 %) et des outils de surveillance de
base (par exemple pour suivre le temps de travail, avec un taux
d’adoption de 33 %). Les entreprises japonaises utilisent principalement
des outils de surveillance.
57. Une grande partie des managers fait état d’un impact positif
des outils de gestion algorithmique sur leur prise de décision (60 %),
et nombre d’entre eux ont signalé des changements dans leur satisfaction professionnelle
(la part la plus importante aux États-Unis), principalement liés
à une réduction du stress et des tâches répétitives. D'autre part,
deux cadres sur trois ont déclaré avoir au moins une préoccupation
concernant la fiabilité des outils de gestion algorithmiques utilisés,
notamment en ce qui concerne le manque de clarté quant à la responsabilité
en cas de mauvaise décision; l'incapacité à suivre la logique des
décisions ou recommandations algorithmiques; et la protection insuffisante
de la santé physique et mentale des travailleurs.
58. Le principal sujet de préoccupation concerne l'impact sur
la qualité du travail: une utilisation digne de confiance de l'IA
sur le lieu de travail implique de reconnaître et de traiter les
risques liés à la vie privée, mais aussi à la transparence et à
l'explicabilité; à la robustesse, à la sûreté et à la sécurité;
ainsi qu'à la responsabilité.
59. Dans l'ensemble, il est peut-être trop tôt pour formuler des
estimations précises quant à l'impact de l'IA sur le marché du travail,
qui devrait être mitigé: une adoption généralisée de l'IA entraînera
probablement à la fois des créations et des suppressions d'emplois.
Certains métiers pourraient connaître une baisse de la demande,
tandis que la plupart des travailleurs exposés pourraient, en moyenne,
en tirer profit. Il existe un risque important d'aggravation des
inégalités, car certains groupes (tels que les travailleurs âgés
ou peu qualifiés) pourraient être laissés pour compte dans cette
transition, mais dans le même temps, l'IA pourrait créer de nouvelles
opportunités pour certaines catégories, par exemple les personnes
handicapées.
5 Éducation
et compétences: comment préparer les citoyens à la transition vers
l'intelligence artificielle
60. Les changements rapides sur
le marché du travail auront probablement un impact significatif
sur le type de compétences requises pour certains emplois. Il s'agit
de veiller à ce que l'adoption de l'IA et l'évolution de la demande
de compétences qui en résulte s'accompagnent de stratégies visant
à actualiser les programmes d'études et les qualifications, à développer
les compétences de base en matière d'IA et de culture numérique, la
pensée critique et les compétences socio-émotionnelles, tout en
préparant des parcours vers des emplois hautement qualifiés, en
investissant dans la formation des enseignants et dans l'apprentissage
tout au long de la vie. Il est important de noter que les compétences
en IA des jeunes de 15 ans à la fin de l'enseignement secondaire
supérieur seront évaluées à l'échelle internationale pour la première
fois dans le cadre du Programme international pour le suivi des
acquis des élèves (PISA) de l'OCDE en 2029, ce qui marquera une étape
importante permettant aux pays de comparer le niveau de préparation
de leurs élèves à celui de leurs pairs à l'échelle mondiale.
5.1 L'impact
sur l'apprentissage et l'enseignement
61. L'OCDE met en œuvre, en collaboration
avec la Commission européenne, l'initiative conjointe «Donner aux
apprenants les moyens de s’épanouir à l’ère de l’IA: Un cadre de
maîtrise de l’IA pour l’enseignement primaire et secondaire (AILit
Framework)
Note, avec le soutien de Code.org. Ce
cadre est destiné aux corps enseignants, aux responsables éducatifs,
aux responsables politiques en matière d'éducation et aux concepteurs
pédagogiques. Son objectif est de doter les élèves des connaissances,
des compétences et des attitudes nécessaires pour comprendre et
utiliser l'IA de manière sûre et efficace.
62. Le cadre définit la culture de l'IA comme les connaissances
techniques, les compétences durables et les attitudes tournées vers
l'avenir nécessaires pour s'épanouir dans un monde influencé par
l'IA. Elle permet aux apprenants d'interagir avec l'IA, de créer
avec elle, de la gérer et de la concevoir, tout en évaluant de manière critique
ses avantages, ses risques et ses implications éthiques.
63. Le cadre s’articule autour de quatre domaines de la culture
de l’IA: s’engager avec l’IA, ce qui implique d’utiliser l’IA comme
un outil pour accéder à de nouveaux contenus, informations ou recommandations;
créer avec l’IA, ce qui consiste à collaborer avec un système d’IA
dans un processus créatif ou de résolution de problèmes; gérer l’IA,
ce qui nécessite de choisir de manière intentionnelle comment l’IA
peut soutenir et améliorer le travail humain; et concevoir l’IA,
ce qui permet aux apprenants de comprendre comment l’IA fonctionne
et de la relier à ses impacts sociaux et éthiques en façonnant le
fonctionnement des systèmes d’IA.
64. Ce cadre est un outil interdisciplinaire qui couvre les compétences
techniques et les attitudes, fournit des bonnes pratiques et est
conçu pour résister à l'épreuve du temps, malgré les évolutions
technologiques futures. Il développe également la plupart des compétences
qui seront évaluées dans le cadre de l'exercice PISA 2029.
65. En outre, l'OCDE publie depuis 2021 des perspectives dédiées
à l'éducation numérique (Digital Education Outlooks)
Note, afin de fournir aux responsables
politiques et aux chercheurs du secteur de l'éducation des informations
sur les dernières tendances et politiques internationales liées
à l'utilisation croissante des technologies numériques et des données
dans l'éducation.
66. Le Digital Education Outlook 2026 se concentre sur «l'exploration
des utilisations efficaces de l'IA générative dans l'éducation»
Note. Les outils d'IA générative sont
largement accessibles et utilisés en dehors du contrôle des institutions
par les élèves, les enseignants et les chercheurs. Il peut s'agir
d'outils à usage général (conçus pour améliorer les performances)
ou d'outils éducatifs (conçus pour améliorer l'apprentissage).
67. Comme le montre le Digital Education Outlook 2026, l’utilisation
d’outils d’IA générative pour améliorer les performances n’améliore
pas automatiquement l’apprentissage des élèves. À titre d’exemple,
une étude menée auprès de 1000 lycéens en Turquie a montré que si
l’accès aux outils GPT-4 améliorait les performances des élèves
pendant le travail, une fois cet accès supprimé, les élèves qui
avaient utilisé l’outil obtenaient des résultats inférieurs de 17 %
à ceux qui n’y avaient jamais eu accès.
68. Il convient donc de faire une distinction cruciale entre les
performances immédiates et l'apprentissage réel. Une dépendance
excessive aux outils GenAI peut entraîner des effets cognitifs négatifs,
tels que la «paresse métacognitive» (le fait d'éviter le diagnostic
d'un problème ainsi que l'évaluation et l'itération de solutions
possibles), avec le risque de conséquences cognitives à plus long
terme.
69. D'un autre côté, quand utilisé à des fins pédagogiques, il
existe des impacts positifs potentiels: une étude menée en Indonésie
sur l'utilisation de ChatGPT comme outil de soutien pédagogique
a montré qu'il améliorait la conscience de la pensée critique et
les tendances à la collaboration chez les élèves. Une autre étude
menée au Royaume-Uni a montré que les élèves utilisant la GenAI
pour rédiger des récits produisaient des résultats plus créatifs,
mais des idées moins variées.
70. Une évolution potentielle intéressante mentionnée dans le
rapport Digital Education Outlook 2026 est la transformation des
outils d’IA générative en tuteurs IA, dans la lignée d’une longue
tradition de systèmes de tutorat intelligents: les tuteurs IA basés
sur l’IA générative offrent de nouvelles possibilités pédagogiques,
non pas tant en fournissant des réponses qu’en engageant les utilisateurs
dans un dialogue approfondi et en leur proposant un accompagnement
adaptatif. La clé du succès de ces systèmes résidera dans l’intégration
du principe «la pédagogie d’abord», la priorité accordée à l’inclusivité
et à l’éthique, ainsi que l’adoption de mécanismes de protection.
71. En matière d'enseignement, les outils GenAI peuvent contribuer
à améliorer la productivité et la qualité de l'enseignement, en
particulier dans le domaine du tutorat en ligne; le risque est toutefois
qu'une dépendance excessive à leur égard entraîne une perte de compétences
et d'expertise pédagogique.
72. Une étude de cas présentée dans le Digital Education Outlook
2026 porte sur JeepyTA, un outil américain: il s'agit d'un assistant
pédagogique basé sur l'IA, conçu pour fournir aux étudiants des
réponses à des questions d'ordre logistique, des commentaires sur
leurs dissertations, des éclaircissements sur les lectures et les
cours magistraux, ainsi que d'autres formes d'aide. Cet outil a
été jugé par les étudiants comme comparable à des assistants pédagogiques
humains en termes de clarté, de précision et de professionnalisme,
et il a fait passer la proportion d'étudiants obtenant les meilleures
notes aux dissertations de 64 % à 95 %, même si les étudiants continuaient
à préférer interagir avec des assistants pédagogiques humains.
73. Les interactions entre l'humain et l'IA peuvent se produire
de trois manières: par remplacement, lorsque l'outil d'IA accomplit
une tâche; par complémentarité, lorsque l'outil d'IA vient en renfort
du jugement humain; et par augmentation, lorsque le système associant
l'humain et l'IA accomplit une tâche avec des résultats supérieurs
à ce que l'IA ou l'humain auraient pu produire seuls. Les outils
GenAI offrent des possibilités prometteuses pour augmenter les capacités
professionnelles des enseignants.
74. Il est important de garantir une validation pédagogique de
ces outils: les outils d'IA génériques se sont révélés efficaces
pour améliorer les performances à court terme, mais le sont moins
pour soutenir l'apprentissage à long terme. Comme le suggère le
Digital Education Outlook 2026, une façon possible d'adapter les
outils GenAI aux besoins éducatifs consiste à les coconcevoir avec
les enseignants et les élèves, en leur permettant de contrôler leur
comportement et leur interaction avec les élèves.
75. L'IA générative peut également être appliquée pour améliorer
la gestion des systèmes et des établissements, en redéfinissant
les tâches administratives (en les rendant plus rapides et plus
précises); en standardisant l'évaluation (en générant des questions
d'examen à grande échelle); et en élargissant les possibilités de
recherche.
76. En fin de compte, le défi pour les responsables politiques
sera de veiller à ce que les outils de GenAI soient développés pour
être des outils d'apprentissage et non des raccourcis. La relation
humaine entre l'enseignant et les élèves ne doit pas être négligée,
notamment parce que les machines ne peuvent remplacer ni la pensée
critique humaine, ni certains aspects motivationnels de la relation
humaine qui sont essentiels à l'apprentissage.
5.2 L'impact
sur les compétences
77. L'adoption de l'IA par les
entreprises modifie la manière dont les travailleurs accomplissent
leurs tâches, l'organisation du travail et, en fin de compte, les
compétences recherchées. De plus, dans un contexte de vieillissement
de la population, l'IA peut contribuer à remédier aux pénuries de
main-d'œuvre et de compétences, comme l'ont déjà signalé les PME
dans l'étude susmentionnée menée par l'OCDE
Note. D'autre part, 50 % des PME
ont également indiqué que le manque de compétences de leurs employés
constituait l'un des principaux obstacles à l'adoption de l'IA générative.
Une étude récente examine le lien entre l’IA et le vieillissement
de la population, confirmant que l’IA peut contribuer à pallier
les pénuries de main-d'œuvre et à soutenir la croissance économique.
Toutefois, pour tirer pleinement parti de ces avantages, il faudra
investir dans la reconversion et le perfectionnement professionnels,
tout en favorisant la réaffectation de la main-d'œuvre sur le marché
du travail et en stimulant le dynamisme des entreprises et l'innovation
Note.
78. Les employeurs des secteurs de la finance et de l'industrie
manufacturière ayant participé à l'étude ont indiqué que l'IA allait
accroître la demande de travailleurs hautement qualifiés; les compétences
jugées les plus pertinentes comprennent l'analyse et l'interprétation
des données, ainsi que la créativité et l'innovation.
79. Les compétences recherchées évoluent en effet: s’il ne sera
pas nécessaire d’être un expert spécialisé en IA pour utiliser cette
technologie, une analyse des offres d’emploi réalisée en 2023 a
montré que les principaux employeurs à la recherche de compétences
techniques en IA recherchent également des compétences plus générales
et de haut niveau, telles que la résolution de problèmes, le leadership
et l’innovation
Note.
80. L'OCDE a également mené une revue de la littérature couvrant
plus de 80 études expérimentales qui examinent les effets de l'IA
générative sur la productivité, l'innovation et l'entrepreneuriat.
Les résultats montrent que l'IA générative produit des gains significatifs
dans l'ensemble des domaines étudiés, mais son impact semble dépendre
fortement de la manière dont elle est utilisée, à quelles fins,
par qui, ainsi que du niveau d'expertise et de confiance des utilisateurs
envers l'IA générative. Les personnes ayant moins d'expérience et
de compétences ont tendance à tirer davantage profit de l'IA générative
lorsque les tâches sont bien définies; pour permettre aux travailleurs
expérimentés de réaliser des gains significatifs, la technologie doit
venir compléter leur expertise. Il est toutefois essentiel de comprendre
comment et dans quel but l'IA générative est utilisée, d'évaluer
de manière critique les résultats et de prendre en compte l'adéquation
entre les tâches entreprises et les capacités de l'IA générative
pour que les avantages se concrétisent.
81. La technologie peut soutenir des expériences d'apprentissage
personnalisées, mais une dépendance excessive au contenu généré
par l'IA peut réduire la pensée critique: une intégration prudente
de l'IA générative, notamment par le biais de la formation et du
soutien, reste cruciale
Note. En effet, la formation et
la consultation des travailleurs concernant l'adoption de nouvelles
technologies semblent les rendre plus positifs quant à l'impact
de l'IA sur leur travail, et mieux préparés. La formation et la
consultation deviennent donc importantes non seulement pour l'amélioration
des compétences, la reconversion et l'adaptation, mais aussi pour
améliorer leur bien-être au travail.
6 Garantir
l'inclusion et l'égalité des chances
82. L'un des principaux risques
liés à l'adoption d'outils d'IA dans le monde du travail est la
possibilité que cela conduise à un accroissement des inégalités
entre les travailleurs. Les pays devront élaborer des politiques qui
soutiennent les différents groupes et tirent parti des avantages
de l'IA (en termes d'augmentation de la productivité et de croissance
économique), sans aggraver les inégalités ni la résistance de la
société au progrès technologique. Il sera particulièrement important
de mettre l'accent sur des politiques permettant tant aux femmes
qu'aux hommes de tirer profit de la transition vers l'IA de manière
équitable.
83. Les données montrent que les femmes sont sous-représentées
dans les professions les plus exposées à l'IA. En outre, les femmes
sont fortement représentées dans les emplois administratifs, qui
pourraient être particulièrement menacés par l'automatisation compte
tenu des évolutions liées aux technologies d'IA
Note.
84. Les femmes sont moins présentes dans les domaines des sciences,
de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques (STEM),
ce qui limite leurs chances d'accéder à des postes plus récents
et spécialisés dans l'IA (qui sont également mieux rémunérés).
85. Dans l'ensemble, il semble que les travailleurs masculins
hautement qualifiés soient surreprésentés dans la main-d'œuvre de
l'IA (ceux qui développent les technologies d'IA) ainsi que parmi
les utilisateurs de l'IA: les femmes et les travailleurs moins qualifiés
auraient donc moins accès à la fois aux emplois spécifiques liés
à l'IA et aux outils d'IA sur le lieu de travail
Note.
86. Des inégalités peuvent également apparaître entre les différents
groupes d'âge. Les jeunes sont plus exposés, car les emplois de
premier échelon sont plus facilement automatisables. D'un autre
côté, même si les personnes âgées sont généralement moins exposées
à l'automatisation, car elles possèdent souvent des compétences
complémentaires à celles de l'IA
Note, certaines d'entre elles
ont plus de mal à s'adapter à l'utilisation des outils d'IA. Les
décideurs politiques devront évaluer attentivement ces questions
afin de contrer le risque de discrimination fondée sur l'âge.
87. D'autre part, les technologies d'IA peuvent contribuer de
manière très significative à renforcer l'inclusion grâce à leur
potentiel d'amélioration notable de l'accès au marché du travail
et de la qualité de l'environnement de travail pour les personnes
en situation de handicap (par exemple, grâce à la reconnaissance
vocale ou visuelle, aux chatbots conversationnels, aux machines
télécommandées)
Note.
88. Il est également important de mentionner que les marchés du
travail des différents pays sont et seront affectés par l'IA de
différentes manières. L'Europe du Sud et de l'Est semblent être
les régions les plus vulnérables du continent européen, compte tenu
de la structure de leur marché du travail et du nombre plus élevé
de travailleurs peu qualifiés exposés à l'IA. Il s'agira d'un indicateur
important à prendre en compte pour déterminer où les investissements
en formation sont susceptibles d'avoir le plus grand impact.
7 Implications
pour la propriété intellectuelle
89. L'essor des outils d'IA générative
et la demande croissante de données pour les entraîner (textes, fichiers
audio, images et vidéos) s'accompagnent également de préoccupations
concernant la propriété intellectuelle (PI), en particulier en ce
qui concerne certaines méthodes de collecte de données.
90. L'OCDE a publié un document sur l'une de ces méthodes: le
«data scraping», qui désigne l'extraction automatisée de données
et d'informations publiques ou non publiques provenant de sources
tierces (sites web, bases de données, réseaux sociaux). Cette pratique
est une méthode courante pour entraîner les modèles d'IA, et elle
se déroule à très grande échelle. Elle repose sur des moyens automatisés
et peut gravement affecter les créateurs et les titulaires d’œuvres
protégées par la propriété intellectuelle, car il n’y a souvent aucune
coordination avec eux, ce qui signifie qu’ils ne sont pas informés
et, surtout, qu’ils ne sont pas rémunérés
Note.
91. Le data scraping est utilisé à des fins commerciales, mais
aussi pour soutenir la recherche universitaire. Les implications
en matière de propriété intellectuelle sont différentes, qu'il s'agisse
du droit d'auteur, des droits sur les bases de données, des marques,
des secrets d'affaires, de l'image et des droits moraux. Les outils
de politique publique envisageables devraient être adaptés aux différentes
utilisations, et l'OCDE a formulé quelques suggestions à cet égard:
- une sensibilisation au data
scraping et à ses implications juridiques permettrait de responsabiliser
les parties prenantes et de leur fournir des informations sur la
manière de protéger leurs droits;
- un «code de conduite en matière de data scraping» encouragerait
des pratiques responsables et fournirait des lignes directrices
spécifiques aux différents acteurs, y compris des mécanismes de contrôle
du respect des règles et des recommandations en matière de transparence;
- des outils techniques standard protégeraient les droits
de propriété intellectuelle et permettraient aux titulaires de droits
de gérer l'accès à leurs données;
- des clauses contractuelles standardisées permettraient
de traiter les questions juridiques et opérationnelles et d'harmoniser
les conditions contractuelles.
92. La législation en matière de propriété intellectuelle devra
probablement être révisée, mise à jour et éventuellement harmonisée
entre les pays, afin de refléter les évolutions technologiques en
cours. L'impact des technologies d'IA générative sur la propriété
intellectuelle a également des implications supplémentaires, car
restreindre l'accès aux données pourrait limiter le développement
des technologies d'IA et entraver l'innovation.
8 Adoption
par les petites et moyennes entreprises et les industries créatives
93. Au sein de l'OCDE, les petites
et moyennes entreprises (PME) représentent environ 99 % de l'ensemble des
entreprises: elles constituent donc une source cruciale d'emploi
et génèrent en moyenne entre 50 % et 60 % de la valeur ajoutée
Note. Au-delà de leur impact en termes
de volume, les PME jouent un rôle clé dans la diffusion d'une IA
durable, éthique et digne de confiance, grâce à leur capacité à
adapter l'innovation aux marchés, y compris dans des niches ou des
zones isolées, et à leur intégration dans les chaînes d'approvisionnement
Note.
94. L'adoption de l'IA par les PME a fortement augmenté depuis
2023, son utilisation par les petites entreprises (de 7.1 % à 17.4 %)
et les moyennes entreprises (de 13.6 % à 29.6 %) ayant plus que
doublé entre 2023 et 2025
Note. Toutefois, cette hausse s'est produite
à partir d'un niveau de référence faible, et les grandes entreprises
ont creusé leur avance en matière d'adoption de l'IA au cours de
la même période (l'utilisation de l'IA par les grandes entreprises
est passée de 30,4 % à 52,1 %). On observe également des écarts
importants entre les secteurs ainsi que dans l’adoption des technologies
numériques les plus matures. À mesure que ces technologies continuent
d'évoluer, il est essentiel de mettre en place des politiques qui
aident les petites et moyennes entreprises à suivre le rythme et
à accéder à des ressources complémentaires pour adopter avec succès
l'IA, notamment la connectivité haut débit, la puissance de calcul,
les logiciels, les données et les compétences
Note.
95. Une récente enquête de l’OCDE menée auprès de 2000 PME dans
10 pays membres de l’OCDE a montré que, parmi les utilisateurs de
l’IA, plus de la moitié des PME interrogées (54 %) déclarent tirer
au moins un bénéfice modéré de leur utilisation de l’IA, 33 % faisant
état d’un impact modéré sur leur activité, 15 % d’un impact significatif
et 6 % d’un impact transformateur. Parallèlement, 15 % d'entre elles
mentionnent un impact positif significatif sur l'efficacité, la
productivité ou la prise de décision. Bien que cet échantillon ne
soit pas représentatif, il fournit néanmoins des indications utiles
montrant que les PME utilisant l'IA en tirent déjà des avantages
commerciaux tangibles, notamment en termes d'efficacité, de productivité
et de prise de décision
Note.
96. Les récentes évolutions technologiques devraient avoir des
répercussions particulièrement importantes pour les PME des secteurs
culturels et créatifs (SCC). Ce secteur est dominé par de très petites
entreprises: dans l'ensemble des pays de l'OCDE, 99,9 % d'entre
elles sont des micro-entreprises ou des PME, et 96,1 % emploient
moins de 10 personnes.
97. Les outils d'IA générative ont un impact particulièrement
important sur les secteurs de la publicité, de la production cinématographique
et télévisuelle, de la musique, de l'édition, des jeux vidéo et
des arts visuels. Les principales applications comprennent la génération
de scénarios, d’images fixes et animées, de musique, d’articles
d’actualité, de codes informatiques, ainsi que le montage vidéo
et d’images, et la publicité ciblée. Ces applications peuvent avoir
des implications en termes de violation du droit d’auteur et peuvent
conduire au remplacement des créateurs. En outre, l’essor de l’utilisation
de l’IA générative peut entraîner une perte de diversité culturelle
due à la standardisation des produits, ainsi que la diffusion de
deepfakes et de désinformation.
98. Les travaux à venir de l’OCDE sur l’impact de l’IA sur les
marchés du travail dans le secteur des SCC montrent que les métiers
culturels et créatifs sont plus exposés à l’IA que la moyenne des
professions (plus de 80 % des tâches peuvent être effectuées 50 %
plus rapidement grâce à l’IA, contre 44 % en moyenne pour l’ensemble
des professions). Ces travaux montrent également que la demande
de compétences en IA est environ deux fois plus élevée dans les
offres d’emploi des secteurs culturels et créatifs par rapport à
la moyenne (4 % contre 2 %) et que l’adoption de l’IA est généralement
plus élevée dans les entreprises de ces secteurs par rapport à la
moyenne (56 % contre 20 % en moyenne), bien que cela varie selon
les sous-secteurs.
99. Les données indiquent que l’IA générative, en particulier,
pourrait bouleverser le secteur des SCC. Par exemple, en 2025, environ
9,5 % des entreprises de l’UE utilisaient l’IA pour générer des
images, des vidéos ou du contenu sonore/audio, et en 2024, 34,9 %
des PME avaient utilisé l’IA pour générer des images, 16,9 % pour
générer des vidéos et 14,7 % pour générer du contenu audio. C'est
dans le domaine du marketing et de la vente que l'IA générative
était la plus couramment utilisée (50 % des PME y avaient recours),
ce qui pourrait laisser présager une diminution des besoins en designers
indépendants et en consultants en marketing.
100. Les conclusions suggèrent qu’une approche politique proactive
sera nécessaire pour aider le secteur des SCC à s’adapter à l’utilisation
croissante de l’IA générative. Compte tenu de la valeur culturelle
et sociale plus large de ce secteur, des taux élevés de travail
indépendant et de travail par projet, ainsi que de l’importance
persistante de la créativité humaine, les politiques devraient aider
les travailleurs et les entreprises à s’adapter à l’évolution des
besoins en compétences, tout en atténuant les risques pesant sur
la qualité de l’emploi, les carrières créatives et la diversité
culturelle. Parmi les priorités figurent l’investissement dans des compétences
hybrides alliant créativité, numérique et IA, le soutien à l’adoption
de l’IA par les PME et les travailleurs indépendants, la garantie
d’une gouvernance équitable en matière de droits et de rémunération,
le renforcement des écosystèmes culturels, ainsi que l’amélioration
du suivi des impacts de l’IA sur le marché du travail grâce à des
données plus récentes et plus détaillées.
9 L'utilisation
de l'intelligence artificielle par le secteur public
101. Afin de répondre aux demandes
croissantes des citoyens et de renforcer la confiance dans les institutions
publiques, les gouvernements nationaux et locaux devront adopter
l’IA en veillant à ce qu’elle soit bien régie, ciblée et centrée
sur l’humain. Ignorer la transformation induite par l’IA ou attendre
que toutes les incertitudes soient résolues risque de transformer
les gouvernements en simples utilisateurs de technologies plutôt
qu’en faiseurs de valeurs publiques, ce qui entraînerait des coûts
et des inconvénients significatifs à long terme. Sans un investissement
soutenu dans les capacités internes en matière d'IA et dans la gouvernance, les
gouvernements nationaux et locaux s'exposent à un risque de verrouillage,
de dépendance et de perte d'autonomie stratégique.
102. Le plein potentiel des outils d'IA dans différents services
publics (tels que l’emploi, les services sociaux et de santé) reste
inexploité et nécessitera une conception, une mise en œuvre et un
suivi minutieux. L'IA offre de multiples possibilités d'utilisation
au secteur public, avec des avantages allant de l'amélioration de l'efficacité
de l'administration publique à une meilleure adaptation et une plus
grande efficacité des politiques publiques, en passant par le renforcement
de l'intégrité et de la transparence de l'action publique, ainsi
qu'une plus grande réactivité des services publics. Des opportunités
existent à tous les niveaux de gouvernement et dans les services
publics fournis à chaque niveau, y compris au sein des régions et
des villes.
103. L'OCDE a récemment mené une étude
Note sur l'utilisation de l'IA
dans 11 fonctions gouvernementales essentielles, à travers 200 cas
d'utilisation. Cette étude fournit une riche collection d'exemples
et de bonnes pratiques provenant de différents pays de l'OCDE. Les
résultats indiquent que l'IA est la plus répandue dans les fonctions
essentielles des services publics, de la justice et de la participation
civique, et moins courante dans l'évaluation des politiques, l'administration
fiscale et la réforme de la fonction publique. En outre, l'utilisation
de l'IA est plus répandue pour améliorer l'administration interne
ou la prestation de services au public, mais moins courante dans
le contrôle gouvernemental et l'élaboration des politiques. Des
résultats similaires ressortent d'une analyse récente des cas d'utilisation
pour le développement régional par les gouvernements nationaux et
infranationaux
Note.
104. En juin 2026, l'OCDE a publié son premier «Digital Government
Outlook»
Note, une analyse comparative de
l'administration numérique dans les pays membres de l'OCDE et les
pays candidats à l'adhésion. Ce rapport s'appuie sur deux indices
de référence de l'OCDE, l'indice de l'administration numérique 2025
et l'indice des données ouvertes, utiles et réutilisables, qui fournissent
des indicateurs comparatifs de la maturité numérique des pays en
évaluant la solidité des capacités qui sous-tendent l'administration
numérique – de la gouvernance des données et des infrastructures
aux compétences et à l'utilisation de l'IA –, plutôt que de se contenter
de vérifier si des politiques ou des services en ligne existent
simplement. Dans un chapitre consacré à l’IA, ce rapport constate
que cette technologie est déjà utilisée dans au moins un domaine
de l’action publique dans presque tous les pays de l’OCDE, et que
la plupart des pays ont mis en place des stratégies spécifiques,
des organismes de contrôle et des programmes de formation, marquant
ainsi le passage d’une phase d’expérimentation initiale à une phase
d’intégration. Il démontre que les gouvernements ont désormais posé bon
nombre des fondements d’une administration numérique et fondée sur
l’IA, tels que des infrastructures partagées, des systèmes interopérables
et des données ouvertes, mais que la concrétisation d’un impact
à grande échelle dépend de la réduction des lacunes en matière de
capacités institutionnelles, de mécanismes de gouvernance et de
compétences de la main-d’œuvre, ainsi que de la création des conditions
permettant à l’IA de fournir des résultats fiables dans les opérations
quotidiennes.
105. Alors que le recours à l’IA par les pouvoirs publics ne cesse
de croître, il est également essentiel de combler ces lacunes pour
renforcer la confiance du public dans la manière dont elle est utilisée.
La dernière enquête de l’OCDE sur les facteurs de confiance dans
les institutions publiques, également publiée en juin 2026, comprend
pour la première fois un chapitre consacré à l’IA digne de confiance
dans le secteur public, et révèle que la plupart des personnes restent
sceptiques, seules environ quatre sur dix ayant une opinion positive
quant au potentiel de l’utilisation de l’IA par les institutions
publiques
Note. La familiarité avec l’IA
est étroitement liée à des attentes plus positives, et les personnes
qui font confiance aux pouvoirs publics pour gérer leurs données
personnelles de manière responsable se montrent également plus optimistes
quant à son utilisation dans le secteur public. Le rapport met en
avant une réglementation appropriée, la transparence, un contrôle
humain significatif et une protection solide des données comme leviers
importants pour renforcer la confiance du public.
106. D'autres études de l'OCDE se sont concentrées sur des utilisations
spécifiques de l'IA par les entités publiques. L'une d'entre elles
porte sur l'utilisation de l'IA pour renforcer les services publics
de l'emploi: dès 2023, près de la moitié des services publics de
l'emploi des pays de l'OCDE utilisaient l'IA, le plus souvent pour mettre
en relation les demandeurs d'emploi et les postes vacants et pour
faciliter la conception des offres d'emploi (y compris la classification
des professions)
Note. En particulier, les services
publics de l'emploi des pays de l'OCDE utilisent l'IA dans tous
les domaines clés de leur activité, pour comprendre les besoins
des demandeurs d'emploi et cibler l'aide à leur apporter; pour l'adéquation
entre l'offre et la demande sur le marché du travail et les services
aux employeurs; ainsi que pour les activités administratives et
la production de connaissances
Note.
107. L'IA présente également de multiples utilisations actuelles
et potentielles dans le domaine de la protection sociale, pour améliorer
la conception des politiques, faciliter la gestion des demandes,
optimiser la prestation de services, réduire le «non-recours» et
renforcer le suivi et l'évaluation. Les opinions des citoyens sont
toutefois partagées quant à l'utilisation de l'IA par les gouvernements
dans les services sociaux et pour le traitement des prestations
Note.
108. Par ailleurs, les pouvoirs publics à tous les niveaux commencent
à recourir à l'IA pour améliorer et renforcer la participation citoyenne
à l'élaboration des politiques, par exemple pour mieux analyser
les contributions des citoyens recueillies dans le cadre de consultations
publiques; réduire les obstacles à la participation grâce à la traduction
automatisée, à la transcription, à l'assistance virtuelle et à une communication
ciblée; et faciliter les processus délibératifs à grande échelle
Note.
109. Cependant, l'utilisation de l'IA au sein des administrations
publiques peut présenter des risques importants, souvent similaires
à ceux associés à sa diffusion dans l'industrie, mais aussi avec
certains aspects propres au secteur public. L'IA étant déployée
au sein de systèmes et de processus plus larges du secteur public,
les incidents ou préjudices risquent de ne pas rester isolés, mais
de se propager à travers la prestation de services, la prise de
décision et les relations institutionnelles. Si des incidents ou
des préjudices importants surviennent, ils peuvent avoir des répercussions
considérables sur le fonctionnement des administrations et sur la
société dans son ensemble
Note. Les risques connus sont les
suivants:
- les risques éthiques,
lorsque les résultats de l'IA portent atteinte aux droits humains,
en raison d'algorithmes biaisés, de données de mauvaise qualité
ou d'une utilisation abusive, comme la surveillance invasive, les
déductions abusives ou les atteintes à la vie privée;
- le risque opérationnel, notamment les défaillances techniques
et opérationnelles, les erreurs de formation, une surveillance insuffisante
ou des infrastructures déficientes;
- les risques d'exclusion, liés aux disparités entre les
citoyens en matière d'accès à la technologie ou de culture numérique,
ou à une représentation insuffisante dans les données d'entraînement;
- les risques de résistance du public, liés à la méfiance
des citoyens envers les systèmes ou processus d'IA du gouvernement
(comme expliqué ci-dessus), ainsi qu'au manque de transparence ou
de voies de recours;
- les risques d'inaction, liés à l'inaction des pouvoirs
publics ou aux retards dans l'adoption des technologies d'IA pour
en tirer des avantages concrets.
110. Les gouvernements, aux niveaux national et infranational,
sont confrontés à plusieurs défis dans la mise en œuvre de l'IA.
Il s'agit notamment des difficultés à se procurer des technologies
d'IA; du passage des phases pilotes à la mise à l'échelle des applications
d'IA réussies; de la nécessité de combler les déficits de compétences
dans le secteur public, y compris les compétences non spécialisées
en IA; de l'obtention de données fiables et de qualité; du manque
de directives concrètes et exploitables pour mettre en œuvre les stratégies
dans la pratique; de l'insuffisance des mécanismes de suivi et d'évaluation
pour mesurer les progrès et détecter les risques; de l'aversion
au risque et de l'incertitude réglementaire; et des coûts financiers.
111. L'utilisation de l'IA par le secteur public soulève également
des défis et des opportunités spécifiques aux niveaux local et régional,
notamment en ce qui concerne la mise en œuvre d'initiatives de villes
intelligentes, de jumelages numériques urbains et de planification
stratégique basée sur l'IA. En particulier, des cadres de gouvernance
et de coordination efficaces à plusieurs niveaux sont nécessaires
pour garantir l’interopérabilité ainsi que la cohérence de l’action
publique et des investissements, par exemple par le biais de marchés
publics conjoints ou de modèles de financement communs; le partage
des connaissances, des données et des infrastructures; ou encore
des normes, outils et mécanismes de gouvernance de l’IA. Parallèlement,
des mesures doivent être prises pour veiller à ce que les collectivités
locales et régionales disposent des capacités et des compétences
nécessaires pour intégrer les systèmes d'IA dans les processus et
services existants et gérer les risques qui y sont liés.
112. Afin de tirer parti des avantages de l'IA, d'atténuer les
risques et de surmonter les défis, l'OCDE suggère aux gouvernements
de mettre en place des «leviers» pour faciliter une adoption digne
de confiance de l'IA; des «garde-fous» pour encadrer l'utilisation
de l'IA, par le biais de règles, de politiques et de cadres; et
des «mécanismes de mobilisation» pour impliquer les acteurs clés
et façonner des services basés sur l'IA centrés sur l'utilisateur
et réactifs. Ces éléments constituent le Cadre de l’OCDE pour une
IA digne de confiance dans l’administration, qui aide les gouvernements
à mettre en œuvre concrètement les principes de l'OCDE relatifs à
l'IA. La volonté humaine et le rôle des parlements en matière de
réglementation et de contrôle de l'IA seront aussi essentiels.
113. L'OCDE mène actuellement des travaux visant à aider les gouvernements
à combler les lacunes identifiées ci-dessus, tout en les aidant
à se préparer à la prochaine génération de technologies d'IA. En particulier,
un rapport à paraître sur la mesure et l'évaluation des investissements
dans l'IA au sein des administrations publiques, attendu dans le
courant de l'année 2026, fait suite au constat selon lequel seul
un quart environ des pays de l'OCDE mesure actuellement l'impact
de ses cas d'utilisation de l'IA, ce qui contribue à expliquer pourquoi
de nombreux projets s'enlisent au stade pilote. D'autres travaux
en cours abordent d'autres défis mis en évidence ici, notamment
la manière dont les pouvoirs publics peuvent expérimenter l'IA en
toute sécurité, développer les compétences en matière d'IA au sein
de la fonction publique et renforcer les marchés publics liés à
l'IA. En outre, afin de favoriser la préparation à l’avenir, une
courte série de rapports en cours d’élaboration examine l’IA agentique
au sein des administrations publiques (c’est-à-dire les systèmes capables
d’agir au nom d’une administration plutôt que de se contenter de
répondre à des questions), ainsi que les cas d’utilisation, le niveau
de préparation et les garanties dont les administrations auront
besoin pour adopter des systèmes d’IA agentique de manière fiable.
10 Conclusions
114. L'essor de l'IA et des technologies
connexes ouvre une nouvelle ère de possibilités pour les pays de l'OCDE,
mais celles-ci s'accompagnent d'une série de défis et de risques
que les décideurs politiques doivent examiner avec soin.
115. Bien que la littérature sur l'impact de l'IA sur l'économie
et les marchés du travail ne cesse de s'étoffer, il faut faire davantage
pour suivre le rythme effréné des évolutions: cela constituera un
défi tant en matière de recherche que de prise de décision et de
mise en œuvre.
116. L'IA peut entraîner des gains de productivité significatifs,
car elle peut améliorer l'efficacité du travail dans certaines tâches.
L'ampleur de ces gains dépend de son adoption, et donc des données,
de l'infrastructure numérique, des compétences techniques, humaines
et managériales, ainsi que des technologies auxiliaires disponibles
pour intégrer l'IA au travail.
117. Les pays devront prendre des mesures pour veiller à ce que
la transformation numérique ne laisse personne de côté. S’il est
peut-être trop tôt pour estimer clairement l’impact global de l’IA
sur les marchés du travail en termes d’emploi, celle-ci entraînera
probablement à la fois la création et la destruction d’emplois,
ou leur profonde reconfiguration, avec des différences d’impact
importantes d’un territoire à l’autre.
118. Des investissements importants dans la formation, l'amélioration
des compétences et la reconversion professionnelle (en mettant particulièrement
l'accent sur les compétences numériques ainsi que sur la pensée critique)
seront donc nécessaires afin d'accompagner les groupes de travailleurs
et les régions les plus vulnérables et les plus exposés, soit pour
atténuer l'impact des remplacements, soit pour garantir une surveillance
et une gouvernance adéquates de l'IA. Les politiques devront également
être adaptées pour tenir compte du genre, de l'âge et de la situation
géographique des travailleurs, et devront être claires et certaines afin
de faciliter leur mise en œuvre, en particulier par les PME.
119. L'Europe doit dynamiser et innover son écosystème numérique,
afin de réduire l'écart avec des pays comme les États-Unis ou la
Chine en termes d'infrastructures numériques (centres de données,
matériel informatique, capacité de calcul, modèles avancés) et d'investissements,
et d'éviter l'aggravation des disparités entre les entreprises,
les secteurs et les territoires. Cela a des implications en matière
de réglementation et de compétitivité économique, mais aussi en
matière de souveraineté numérique.
120. Parallèlement, pour garantir une adoption fiable de l'IA tant
par le secteur privé que par le secteur public, les décideurs devront
s'appuyer sur la transparence, l'explicabilité et le respect des
droits humains et des valeurs démocratiques. Compte tenu de la dimension
mondiale de ce défi, l'importance de la coopération internationale
pour assurer l'harmonisation des cadres réglementaires est plus
cruciale que jamais. Le rôle de contrôle des parlements sera déterminant
à cet égard.
121. Enfin, il sera tout aussi important de veiller à ce que la
transformation numérique soit correctement articulée avec la transition
vers la neutralité carbone: les technologies d'IA font augmenter
de manière exponentielle la consommation d'énergie et d'eau, mais
elles peuvent également être utilisées pour envisager de nouvelles
méthodes visant à renforcer la protection de l'environnement et
l'efficacité énergétique et matérielle. En effet l’IA repose sur
une infrastructure matérielle très énergivore, consommatrice d’eau
et de matières premières critiques, avec une empreinte carbone de
grands modèles encore largement sous‑estimée. Ce coût environnemental
se manifeste à la fois par la hausse des besoins de calcul, le renouvellement
accéléré des équipements et des conflits d’usage sur les territoires.
Il convient d’articuler transition numérique et transition écologique,
en imposant transparence environnementale, objectifs de sobriété
et promotion d’architectures adaptées, afin de distinguer ce qui
relève d’un coût subi de ce qui peut devenir un investissement d’avenir
pour un numérique soutenable
Note.