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Mesures à prendre pour l'adaptation spirituelle des jeunes réfugiés venant d'au delà du rideau de fer

Avis | Doc. 492 | 16 avril 1956

Commission
Relations avec les pays européens non membres
Rapporteur :
M. Frans J. GOEDHART, Pays-Bas, SOC
Origine
Voir Doc. 465 (Proposition do recommandation) et Doc. 474 (Rapport de commission). 1956 - 8e session - Première partie
Thesaurus

1. Depuis que le rideau de fer, après la deuxième guerre mondiale, a divisé l'Europe en deux parties et que le régime communiste des pays situés au-delà de cette ligne de séparation a supprimé de façon croissante l'indépendance et la liberté des peuples en instaurant un régime totalitaire, des réfugiés n'ont cessé d'affluer vers l'Ouest.

Alors qu'au cours des premières années de l'après-guerre, les Européens de l'Est pouvaient encore prendre assez facilement le chemin de l'Ouest s'ils ne voulaient supporter plus longtemps la vie qu'on mène dans l'État totalitaire communiste, l'isolement des pays satellites s'est perfectionné au cours des dernières années; aussi la grande facilité avec laquelle on fuyait le régime et prenait le chemin de l'Ouest — celui de la liberté — n'a-t-elle jusqu'à ce jour subi pratiquement aucune restriction pour la zone soviétique d'Allemagne, alors qu'elle a été réduite à un minimum en ce qui concerne les autres pays. On constate que, sur 100 réfugiés arrivant actuellement en Europe occidentale, 97 au moins sont originaires de la zone soviétique d'Allemagne.

Cependant, les motifs de fuite sont les mêmes pour la zone d'occupation soviétique que pour les satellites. Seulement, il est infiniment plus facile de se rendre d'Allemagne orientale dans la République Fédérale en prenant un t r a in « interzones » ou de franchir la limite des secteurs à l'occasion d'une visite à Berlin-Est, que de prendre un chemin périlleux à travers les champs de mines le long de la frontière hongroise ou de traverser les barbelés electrifies qui longent la frontière tchèque.

En ce qui concerne l'ensemble des problèmes actuellement inscrits à l'ordre du jour, il en résulte que le pourcentage des jeunes — c'est-à-dire des personnes âgées de moins de 25 ans —• qui, pour les réfugiés en provenance de la zone soviétique d'Allemagne, est en moyenne de 50 %, dépasse très nettement ce chiffre pour les réfugiés des pays satellites. Seuls les jeunes de ces pays sont à même de supporter les dangers et les privations d'une fuite vers l'Ouest.

Il est difficile de citer des chiffres d'ensemble en ce qui concerne les réfugiés en provenance des pays satellites. Les raisons en sont multiples. Alors que tous les réfugiés de l'Allemagne orientale prennent le chemin de la République Fédérale, un certain nombre de Polonais et d'habitants des pays baltes cherchent à gagner la Suède en traversant la Baltique. Des réfugiés de Tchécoslovaquie et de Hongrie ne cessent d'affluer en Autriche, alors qu'on prend le chemin de la Turquie lorsqu'on se trouve habiter les É t a t s balkaniques. D'autre part, la plupart des réfugiés des pays satellites trouvent assez rapidement la possibilité d'émigrer vers les pays d'outre-mer, vers l'Australie, le Canada ou les Amériques.

Alors que le problème en général se pose pour toute l'Europe orientale, le véritable cent r e de gravité de la question se trouve donc incontestablement en Allemagne. Quant à l'importance du problème, quelques chiffres des dernières années permettront de s'en rendre compte.

De 1949 à 1951, 492.681 réfugiés se sont présentés aux centres d'accueil de la République Fédérale. Ce chiffre s'est élevé à 977.662 pour la période allant de 1952 au 31 janvier de cette année, en sorte que depuis 1949 jusqu'au 31 janvier 1956, 1.470.343 habitants de la zone soviétique d'Allemagne au total ont choisi le chemin de l'Ouest. Il est certain que ce courant de réfugiés ne sera pas interrompu tant que l'Allemagne de l'Est et les pays satellites se trouveront aux mains des communistes. Le fait le plus frappant de ce phénomène de fuite, c'est qu'on a constaté en toute circonstance que la moitié des réfugiés sont âgés de moins de 25 ans. Ainsi — pour citer un chiffre récent — 26.811 personnes se sont réfugiées de la zone soviétique d'Allemagne au cours du mois de janvier de cette année. 12.920 d'entre eux, c'est-à-dire 48,2 %, étaient âgés de moins de 25 ans. 5.315 de ces 12.920 étaient des réfugiés isolés, représentant 19,8 % du t o t a l des réfugiés.

Le nombre des réfugiés non allemands venant d'au-delà du rideau de fer en Allemagne s'élève à 200 par mois. Depuis le 30 juin 1950, 10.000 réfugiés non allemands venant des pays soviétiques sont arrivés dans la République Fédérale d'Allemagne. Pendant 1955, les chiffres étaient :

janvier 179

février 219

mars 240

avril 233

mai 171

juin-juillet 305

août-septembre . . . 460

octobre - novembre - décembre ( 670

2.477

Des 670 réfugiés arrivés pendant la période octobre-novembre-décembre, on a pu constater la nationalité de

22 Bulgares

240 Yougoslaves

1 Lithuanien

72 Polonais

8 Roumains

151 Tchèques

10 Russes

53 Hongrois

151 sans nationalité constatée (en général, des gens nés en Russie, mais qui refusent d'être considérés comme des Russes).

Il faut répéter que des réfugiés d'audelà du rideau de fer arrivent aussi irrégulièrement clans d'autres pays, comme l'Autriche, l'Italie et la Turquie. Les chiffres des arrivées dans ces pays ne sont pas disponibles. Les nombres cités ici ont seulement trait aux arrivées dans la République Fédérale d'Allemagne.

Le nombre des personnes qui essayent de s'évader des pays occupés par l'Union Soviétique, mais ne réussissent pas, est évidemment inconnu. Seule une petite minorité des personnes qui prennent la fuite vers le monde libre arrivent saines et sauves; la majorité est tuée par les gardes-frontières des pays soviétiques.

Il va sans dire que les réfugiés non allemands éprouvent après leur arrivée dans le monde libre les mêmes difficultés politico-psychologiques que les réfugiés allemands; pour eux le problème linguistique constitue encore une difficulté supplémentaire.

2. Il est évident que cette masse énorme de réfugiés pose des problèmes considérables. De même, il n'est pas besoin de préciser que le problème essentiel consiste à leur trouver la base d'une nouvelle existence. Le manque de travail, de pain et de logement ne peut qu'amener le paupérisme. Or, cet aspect du problème — on peut s'en féliciter — a été, d'une manière générale, fort bien résolu. La conjoncture favorable du moment fait naître un besoin incessant de main-d'oeuvre nouvelle : le processus d'intégration s'est développé au point de ressembler au fonctionnement d'une machine bien lubrifiée, de sorte que, dans la pratique, les jeunes — et il n'est ici question que d'eux — passent, après leur arrivée, par les divers camps dans l'espace de quelques mois en moyenne, voire de quelques semaines dans certains cas et peuvent prendre en mains leur premier travail.

C'est alors que se pose un ensemble de problèmes dont l'étude n'a, jusqu'ici, pas dépassé le tout premier stade, et n'a encore apporté aucune solution. L'être jeune, élevé et ayant grandi au sein de la société communiste et totalitaire qu'il vient de quitter, se trouve — car tout son esprit porte l'empreinte de son ancien entourage et de son ancienne éducation — dans un monde nouveau dont il ne comprend ni les bases, ni les mobiles, ni les aspirations. C'est alors seulement que commence la confrontation de l'ordre communiste — seul ordre que l'expérience lui ait appris à connaître, qu'il a rejeté, mais qu'il a seul pu opposer à ses rêves d'un « Occident doré » — avec la réalité de la société libre de l'Occident.

Il est de fait que cette confrontation, outre qu'elle s'accompagne pour le jeune réfugié d'une pénible lutte spirituelle et morale sans laquelle il ne saurait aboutir à une nouvelle conception de la vie, aboutit par trop souvent — l'être jeune ne pouvant compter que sur ses propres forces et n'ayant guère jusqu'ici bénéficié d'une aide compétente — à une défaite qui ne laisse à l'intéressé d'autre issue que le retour dans son ancienne patrie.

Sans doute existe-t-il déjà un nombre important de bonnes auberges où les jeunes réfugiés peuvent trouver un abri pendant les six premiers mois de leur séjour à l'Ouest. Mais ces auberges ne permettent d'en loger que 10 % au plus du nombre total, et les soins dont on y entoure les jeunes réfugiés sont en premier lieu d'ordre social et ne tiennent pas compte de façon systématique et méthodique de l'aide spirituelle dont les jeunes ont besoin pour commencer à comprendre l'Ouest. En fait, 70 % des jeunes réfugiés ne bénéficient d'aucun secours ni d'aucune aide spirituelle, et sont entièrement abandonnés à leur sort. Car aux 10 % pouvant être hébergés dans les auberges, on peut en ajouter 20 % qui — soit par des organisations et des institutions confessionnelles ou autres, soit par des groupements familiaux •—• trouvent un appui moral.

Le triste résultat de cet état de choses est le fait que 15 % succombent dans cette lutte et, par pur désespoir, s'en retournent dans leur pays au-delà du rideau de fer.

On peut s'imaginer le sort qui les y attend. On punira le réfugié pour s'être enfui, pour avoir trahi; on le rééduquera; il n'aura de toute façon d'autres ressources pour sauver son existence que de se laisser totalement intégrer dans le régime oriental et d'appuyer celuici. Il n'est pas difficile de se représenter l'influence qu'exerceront sur les personnes de leur génération des ratés de ce genre. N'ont-ils pas, en effet, appris d'eux-mêmes à connaître l'Ouest, et ne peuvent-ils pas pour cette raison même confirmer combien le régime communiste a raison d'attaquer l'Ouest? Par eux, l'Europe a perdu une partie de sa vitalité.

3. On se livre à une supputation en affirmant que 15 % des jeunes réfugiés succombent dans la lutte pour une conception de la vie nouvelle et libérale. En effet, il n'existe pas de statistiques, et certaines estimations vont jusqu'à 22 %. Qu'il s'agisse de 15 ou de 20 %, le problème ne réside pas, au fond, dans le nombre, mais dans le fait que la preuve a été donnée qu'aucune réponse n'a été trouvée à la question de l'intégration spirituelle du jeune réfugié. C'est bien de l'intégration spirituelle qu'il s'agit, car il est incontestable que le niveau de vie des rentrants a été bien plus élevé ici qu'il ne l'a été de l'autre côté; d'autre part, il ne faut en aucun cas conclure du nombre des rentrants que les 85 % restants trouveront sans difficulté le chemin des conceptions libérales de la vie sur lesquelles l'Europe entend fonder son avenir. Tout en restant à l'Ouest, bien des réfugiés abandonneront la lutte dans leur for intérieur. Ils ont connu le bolchévisme, et ils l'ont repoussé; quant au monde libre, ils ne l'ont pas compris, et il ne les satisfait pas. Ils se retranchent derrière un dur nihilisme matérialiste, l'intérêt personnel et la satisfaction des besoins personnels déterminant seuls le mode de vie.

Aussi difficile qu'elle puisse sembler, la solution du problème de l'intégration spirituelle des jeunes réfugiés est possible si l'on part d'une compréhension réelle de la nature du combat que doivent livrer les jeunes. Le fond du problème, c'est l'empreinte totalitaire dont ceux-ci sont marqués. Le réfugié aura beau avoir rejeté le communisme, toute sa pensée trahit une éducation qui, du début à la fin, a suivi une orientation politique. Sa pensée, c'est celle du communisme totalitaire. Même les jeunes Allemands de la zone orientale parlent, en venant à l'Ouest, une langue qui —• sous des dehors restés allemands —• s'est depuis longtemps complètement différenciée de la langue allemande si l'on en juge d'après le sens des mots. De là les innombrables malentendus, les réactions souvent déconcertantes, les interprétations d'un faux inconcevable que l'on peut entendre de la bouche de ces jeunes gens lorsqu'ils jugent les événements les plus banals survenus à l'Ouest. Comment un être aussi jeune peut-il rectifier de lui-même toutes ces notions déformées, erronées, mal orientées, et leur donner un nouveau contenu qui soit conforme à la pensée occidentale? Que t a n t de personnes y parviennent après des années d'efforts, voilà qui est bien plus étonnant que le fait que souvent les résultats ne sont pas bons.

C'est dans ce contexte que l'on peut parler de notre responsabilité européenne. Il ne fait pas de doute que, malgré les moyens inouïs mis en oeuvre par le régime oriental pour gagner l'esprit et l'âme des nouvelles générations au communisme (la République Démocratique Allemande consacre, à elle seule, un minimum de 300.000.000 de marks à l'endoctrinement de la jeunesse), le pouvoir d'attraction de l'Europe est tellement puissant que la grande majorité de ces jeunes tendent de tout leur coeur vers cette Europe libre. Un certain nombre d'entre eux prennent la fuite et atteignent l'Europe libre. A celle-ci incombe la tâche non négligeable de se porter au secours de cette jeunesse pour lui permettre d'acquérir les valeurs culturelles fondamentales symbolisant l'Europe.

Le phénomène dominant à cet égard est que ces jeunes ont passé leur vie dans une société où seules importaient les considérations politiques. Le passage de cette société à impératifs politiques dans la société occidentale caractérisée par l'homme, la personne, est comme le passage d'un monde dans un monde totalement différent. Ce passage ne peut avoir lieu que si l'on procède tout d'abord à une confrontation des valeurs spirituelles, confrontation que l'on peut résumer dans l'expression « Définition des notions politiques ». A titre d'exemple, je tiens à faire remarquer que le régime oriental ne se borne pas à solliciter les jeunes : il les surveille et les espionne; tous leurs pas sont surveillés dans la mesure — il est vrai — où ils revêtent une signification politique; toujours est-il qu'on surveille les jeunes, c'est-à-dire qu'on leur témoigne de l'intérêt; et les jeunes savent pourquoi ils sont importants pour le régime. Car ce régime l u t t e pour conquérir le monde libre, et il a pour cela besoin de tous. Les jeunes se savent donc constamment au centre d'une l u t t e qui intéresse le monde entier et dont l'issue déterminera à tout jamais l'avenir. Rejetant ce régime, ils gagnent l'Ouest, c'est-à-dire un monde où la politique ne joue qu'un rôle secondaire, et où ils sont en même temps libres. Sans doute peuvent-ils, pour la première fois de leur vie, dire toute leur pensée sans risquer aucune punition; sans doute peuvent-ils se déplacer à leur guise sans être surveillés et espionnés; sans doute, aussi, se félicitent-ils de n'être plus soumis à aucune contrainte politique. Mais voilà qu'ils voudraient tenir leur rôle d'hommes dans cette société où l'homme est tout. Or, personne ne s'intéresse à eux; ayant connu un monde où tous étaient tenus à contribuer de toutes leurs forces à la réalisation d'un objectif politique bien clair et bien précis, ils entrent maintenant dans un monde dont ils ne peuvent saisir les aspirations politiques et dont la condition humaine se t r a d u i t pour eux par un parfait isolement. C'est là un monde dont la liberté signifie pour eux l'absence de toute raison d'être, le vide et la limitation de la conscience. Faut-ii s'étonner de voir naître en eux des doutes si l'on ne leur explique pas que, malgré toutes ces faiblesses apparentes, l'Europe, en s'acheminant vers son unité, prépare un avenir qui à tous les égards — sociaux, culturels, aussi bien que politiques •—• est bien supérieur au monde qu'ils ont abandonné?

4. Les propositions qui ont été soumises à l'Assemblée Consultative du Conseil de l'Europe tendent à exprimer la responsabilité européenne à l'égard de cet ensemble de problèmes revêtant une importance capitale. Les travaux futurs dans ce domaine peuvent être basés sur l'expérience acquise au cours des trois dernières années par YEuropâische Bildungsgemeinschaft Eiserner Vorhang. Après un stage d'études, pendant lequel cette association a procédé au moyen d'expériences à une analyse détaillée des problèmes de la psychologie des réfugiés, on en est venu à la conclusion qu'une assistance est possible dans ce domaine; toutefois, cette assistance devra intervenir non sur le plan national, mais sur le plan européen. Car il n'est pas exact, par exemple, que le réfugié d'Allemagne orientale gagne l'Allemagne occidentale, le réfugié hongrois l'Autriche et le réfugié bulgare la Turquie. Tous ces jeunes fuient le monde du communisme totalitaire en gagnant l'Europe libre. Le conflit qui se déroule dans leur esprit, c'est le conflit entre l'asservissement et la liberté. L'association a pu, après bien des expériences, développer une méthode qui a fait ses preuves dans la pratique. Elle a en toutes circonstances pu établir deux faits : d'une part, il est possible de conseiller le jeune réfugié en proie au désarroi spirituel de telle manière qu'il renonce au vain désespoir le poussant au retour, et adopte une atittude positive à l'égard de l'Ouest; d'autre part, il est possible d'offrir une aide aux jeunes qui — sans l'apport européen — ne peuvent s'intégrer à l'Ouest qu'au prix d'énormes efforts portant sur de longues années, aide qui non seulement peut les amener à prendre sérieusement fait et cause pour l'Europe libre, mais qui peut aussi en faire des partisans convaincus de tous les idéaux que nous défendons au sein du Conseil de l'Europe. Les travaux préparatoires sont achevés, le problème est analysé, et une méthode d'assistance a été élaborée. C'est à nous qu'il revient maintenant de montrer que nous sommes conscients du fait que l'avenir de l'Europe dépend de la jeunesse, et que, si nous ne pouvons réussir à vraiment intégrer à la société et à la vie culturelle européenne les jeunes qui viennent à nous, nous manquons au devoir élevé que nous imposent les jeunes générations de l'Europe.

5. L'Europâische Bildungsgemeinschaft Eiserner Vorhang — association enregistrée — a été créée en septembre 1952 sur une initiative néerlandaise. Ses enquêtes et expériences ont été effectuées en 1953 et en 1954 par une équipe comprenant un Néerlandais, un Anglais, un Autrichien et deux Allemands. Ses activités ont été financées au moyen de dons privés et de subventions accordées par le Gouvernement de Bonn; elles ont en outre bénéficié de l'aide active du Mouvement Européen, notamment du Conseil néerlandais de ce Mouvement. L'association est présidée par le Néerlandais M. W. Verkade; elle est dirigée par M. J . C. van Broekhuizen, Néerlandais lui aussi, et ses affaires sont gérées par un Allemand, M. E. von Sivers. L'association organise au profit des jeunes réfugiés des stages d'études en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse; son programme actuel prévoit en outre des stages au Danemark, en Belgique et en France. Des comités nationaux ont été créés — ou vont l'être — dans les différents pays de l'Europe occidentale; ces comités ont pour objet de préparer les travaux dans les différents pays. L'association estime qu'il importe de confronter les jeunes réfugiés de l'Europe orientale avec la jeunesse des pays occidentaux, pour qu'il se forme une conscience européenne dans l'esprit des deux groupes à la suite d'un échange d'idées et d'expériences.

6. Un projet tendant à ce que ces travaux se poursuivent sur le plan européen a été soumis à la commission des Questions culturelles de l'Assemblée Consultative du Conseil de l'Europe en septembre 1955. La commission a examiné ce projet et l'a adopté à l'unanimité. Elle en a également saisi la commission de la Population et des Réfugiés et la commission chargée de veiller aux intérêts des Nations européennes non représentées au Conseil de l'Europe. Une sous-commission s'est réunie au cours de la session d'octobre du Conseil de l'Europe, comprenant des représentants des trois commissions précitées, et a approuvé le projet. La commission chargée de veiller aux intérêts des Nations non représentées a chargé l'un de ses membres de contrôler les travaux de PEuropâische Bildungsgemeinschaft Eisemer Vorhang. Ce membre s'est à cet effet rendu à Gôttingen — siège de l'association — où il a pu se rendre compte des travaux accomplis. Comme il est naturel, ceux-ci en sont encore à leurs débuts. Vu les moyens très modestes dont on dispose pour l'instant, on a dû se borner à donner des exemples au cours de stages types, à prendre contact avec d'autres organisations pour qu'elles prennent en charge l'intégration spirituelle des réfugiés suivant la méthode mise au point par l'association. On ne saurait contribuer convenablement à la solution du problème de l'intégration spirituelle que si l'on vient, à disposer de moyens beaucoup plus importants en provenance de sources européennes.

Enfin, il est peut-être utile d'appeler l'attention sur un autre aspect du problème de l'assimilation des réfugiés, aspect qu'il convient d'examiner avec circonspection. Alors qu'il importe de voir les réfugiés s'adapter à leur nouvel entourage, on commettrait une erreur en ne les aidant point à maintenir leurs traditions culturelles. Plusieurs Etats membres ont accordé une importante aide morale et financière à des institutions culturelles et scientifiques créées par des réfugiés ou leur étant destinées. Votre commission souhaite vivement que cette action se poursuive, qu'elle se développe et se renforce en même temps que l'assimilation des réfugiés par les États membres où ils ont décidé de s'établir pour l'instant.

Dans ces circonstances, l'Assemblée Consultative du Conseil de l'Europe se doit d'adopter la proposition de recommandation contenue dans le Document 465.