Le Comité des Ministres,
Rappelant sa Résolution (56) 24 du 15 décembre 1956 sur les relations entre le Conseil de l'Europe et l'O. E. C. E. ;
Prenant acte du rapport du Secrétaire Général ad interim soumis conformément aux instructions contenues dans ladite résolution,
Strasbourg, le 15 mars 1957
Les chevauchements d'activités entre institutions européennes
Relations between the Council of Europe and O. E. E. C.
Relations entre le Conseil de l'Europe et l'O. E. C. E.
Rapport du Secrétaire Général ad intérim en application des instructions de la Résolution (56) 24
I. Introduction
1. Par sa Résolution (56) 24, du 15 décembre 1956, le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe chargeait « le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe... de prendre contact avec le Secrétaire Général de l'O. E. C. E. en vue d'établir... un rapport sur les compétences respectives de ces organisations, sur l'état actuel de leurs relations de travail et sur les mesures qui pourraient être prises pour instaurer entre elles une collaboration plus efficace ».
2. Le présent rapport a donc été établi après consultation du Secrétaire Général de l'O. E. C. E. et en accord avec lui. On trouvera dans le corps du rapport des propositions destinées à instaurer une collaboration plus efficace entre les deux organisations. Des exposés succincts sur les compétences respectives des deux organisations et sur l'état actuel de leurs relations de travail figurent en annexes.
II. Les éléments du problème
3. Dans les considérants de sa Résolution (56) 24, le Comité des Ministres déclare qu'il partage l'avis « selon lequel il convient d'éviter autant que possible les chevauchements de compétence et d'activités entre organisations européennes dans l'intérêt de l'efficacité de leur action » et qu'il considère « qu'il conviendra de procéder, en temps utile, à une étude approfondie de la structure institutionnelle de la collaboration européenne ». Selon les termes mêmes de la résolution, le présent rapport doit être considéré comme « préliminaire » à cette étude, tout en étant plus spécialement consacré aux relations entre l'O. E. C. E. et le Conseil de l'Europe.
4. Certains chevauchements se sont produits par le passé dans les activités des deux organisations, et il en résulte quelque confusion. Même à l'heure actuelle, malgré la procédure complexe qui a été mise au point pour éviter ces chevauchements, il subsiste des, difficultés à cet égard.
5. D'autre part, il y a lieu de noter que la compétence du Conseil de l'Europe est plus étendue que celle de l'O. E. C. E. et que des chevauchements d'activités ne peuvent se produire qu'à propos des problèmes « économiques » dont s'occupent les deux organisations.
6. Il convient, en outre, d'opérer une distinction dans cet ordre d'idées, entre les activités du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe et celles de l'Assemblée Consultative. Examinant le problème de la coordination des travaux des différentes organisations internationales, le Comité des Ministres a reconnu qu' « en général, il ne siéra pas que (le Comité) examine un problème en même temps que l'organe ministériel d'une autre organisation internationale », mais il a ajouté que « l'Assemblée pourra souvent le faire utilement, parce qu'elle envisage les problèmes dont elle est saisie sous un angle différent »Note. Plus loin, dans le même rapport, le Comité déclare que, dans toutes les questions que pose l'organisation économique de l'Europe, « l'Assemblée a un rôle des plus importants à jouer : premièrement, en mettant en relief les incidences politiques et sociales des mesures économiques proposées, incidences que des organisations plus techniques ne peuvent prendre en considération de la même manière en raison de leur constitution différente; deuxièmement, en exerçant auprès de l'opinion publique européenne, en matière économique, une action d'ordre éducatif et psychologique »Note.
7. Le rôle principal de l'Assemblée est peut-être bien, en effet, de guider l'opinion publique et parlementaire en discutant des grands problèmes de la coopération européenne. C'est la conviction que l'Assemblée peut apporter de la sorte une précieuse contribution aux travaux de l'O. E. C. E. qui inspire les propositions du présent rapport touchant les relations entre l'Assemblée et le Conseil de l'O. E. C. E.
8. Une autre différence importante entre les deux organisations réside dans le fait que leur composition n'est pas identique. Deux Membres de l'O. E. C. E., la Suisse et le Portugal, ne sont pas membres du Conseil de l'Europe. En outre, les Etats-Unis et le Canada, qui n'entretiennent aucune relation officielle avec le Conseil de l'Europe, sont membres associés de l'O. E. C. E. et ont le droit d'être représentés aux réunions du Conseil et à toutes les séances plénières des comitésNote.
Il va de soi que toute proposition tendant à resserrer la collaboration entre le Conseil de l'Europe et l'O. E. C. E. doit tenir pleinement compte de cette différence de composition qui, tant qu'elle subsistera, paraît exclure la solution la plus directe, celle de la fusion des deux organisations. Il convient, cependant, d'ajouter que cette solution a déjà été proposée antérieurement, tant au sein du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe qu'à l'AssembléeNote.
III. Solutions possibles
10. Une meilleure coordination des activités des organisations européennes pourrait être recherchée de bien des manières. Il serait, cependant, difficile de trouver la solution complète du problème; celle-ci devrait être l'aboutissement d'une étude approfondie de la structure institutionnelle de la collaboration européenne, et sa mise en oeuvre exigerait, par conséquent, de longs délais. Pour le moment, il paraît plus réaliste de proposer des solutions qui permettent de parer aux difficultés actuelles ou aux difficultés prévisibles dans l'immédiat, en réservant la possibilité de les réviser ultérieurement en fonction de l'expérience acquise. C'est dans cet esprit que le Secrétaire Général ad interim a élaboré les propositions ci-dessous présentées.
11. Une solution qui se situerait à l'opposé de la fusion totale consisterait à rechercher l'amélioration des relations de travail actuelles par le développement des commissions de liaison, par l'instauration de meilleures méthodes de communication entre l'Assemblée Consultative et le Conseil de l'O. E. C. E. et par l'échange d'agents des deux Secrétariats. La collaboration plus étroite entre les deux organisations qui pourrait en découler laisserait toutefois intacts les problèmes essentiels et ne supprimerait pas, dès lors, la nécessité de la procédure de collaboration complexe actuellement en usage, qui doit son caractère au fait que, jusqu'ici, l'accent a été mis sur l'identité distincte des deux organisations et sur leur indépendance absolue.
12. Il semble que, dans les conditions actuelles, il ne suffise pas d'admettre que les chevauchements de compétence entre les deux organisations subsisteront et de rechercher les moyens d'en limiter les conséquences fâcheuses sur le plan de l'efficacité; il importe de trouver une solution plus positive et plus constructive, qui assure en tous points et à tous les stades le caractère complémentaire des travaux des deux organisations et permette ainsi à chacune de tirer le maximum de profit de l'existence de l'autre.
IV. Solution proposée
13. Une telle solution doit comporter trois éléments distincts :
14. Pour atteindre le premier objectif, l'établissement de relations directes entre l'Assemblée Consultative et le Conseil de l'O.E.CE., il conviendrait de prévoir :
A. que l'Assemblée Consultative puisse, avec l'accord préalable des pays intéressés, inviter des représentants parlementaires de la Suisse et du Portugal (ainsi peut-être que des États-Unis et du Canada) à assister à ses délibérations lorsque des questions intéressant l'O. E. C. E. viennent en discussion;
B. que l'Assemblée Consultative soit autorisée à adresser directement au Conseil de l'O. E. C. E. des questions et des recommandations concernant les domaines de la compétence de l'O. E. C. E., et à recevoir directement les réponses du Conseil, sans intervention du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe;
C. que des représentants du Conseil de l'O. E. C. E. (qui pourraient être des ministres, des suppléants des ministres, ou des agents du Secrétariat) aient le droit d'être entendus par l'Assemblée Consultative ou, suivant les cas, par ses commissions.
15. En vue d'assurer une meilleure coordination et d'éliminer les chevauchements d'activités entre le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe et le Conseil de l'O. E. C. E., il est recommandé :
D. que les délégations gouvernementales auprès de l'O. E. C. E. et du Conseil de l'Europe soient intégrées et chargées dorénavant des affaires des deux organisations
E. que, corollairement aux dispositions prévues au paragraphe D ci-dessus, le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe renonce en faveur du Conseil de l'O. E. C. E. à son droit de s'occuper de questions « économiques », sauf si le Conseil de l'O. E. C. E. indique expressément qu'il n'envisage pas d'entreprendre une action à l'égard d'une question déterminée. Dans cette éventualité, il conviendrait de s'entendre sur la liste des questions « économiques » qui sont du ressort particulier de l'O. E. C. E. et dont le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe ne devrait pas s'occuper sans l'accord du Conseil de l'O. E. C. E., étant bien entendu que toutes les autres questions resteraient de la compétence du Comité des Ministres.
On peut aussi suggérer une autre solution, plus radicale, mais qui soulève des difficultés évidentes; ce serait :
F. que le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe et le Conseil de l'O.E.CE. soient fusionnés en un organe unique qui remplirait les fonctions des organes ministériels des deux organisations. Des représentants de la Suisse et du Portugal, et peut-être des Etats-Unis et du Canada, seraient invités à siéger en qualité d'observateurs lorsque le Conseil unifié discuterait de questions n'entrant pas dans la compétence de l'O. E. C. E.
16. Le troisième objectif, celui de l'élimination des doubles emplois entre les Secrétariats, serait atteint presque automatiquement si les propositions qui précèdent étaient adoptées. D'ores et déjà, les deux organisations appliquent, dans une large mesure, les mêmes règles administratives. L'adoption de ces propositions rendrait possible la mise en commun de certains de leurs services dans l'intérêt de l'économie et de l'efficacité. Il va de soi, cependant, que cet état de choses souhaitable serait difficile à réaliser dans la pratique (de même, d'ailleurs, que la fusion des délégations gouvernementales) tant que les sièges des deux organisations resteraient distants de cinq cents kilomètres.
Il paraît donc indispensable de recommander :
G. que les sièges des deux organisations soient situés dans la même ville et, si possible, dans le même bâtiment.
V. Conclusions
17. La création du marché commun et de l'Euratom va fournir l'occasion d'introduire d'importantes mesures de rationalisation dans le cadre institutionnel des organisations européennes qui détiennent des pouvoirs exécutifs propres. Il semblerait opportun qu'un effort de rationalisation semblable fût fait, simultanément, en ce qui concerne la structure des deux principales organisations intergouvernementales européennes, et que, de plus, cet effort fût accompli de manière à amener la coordination progressive des activités des deux groupes d'organisations.
18. La solution la plus logique, qui serait aussi la plus efficace et la plus économique du point de vue de l'effort déployé et de la dépense, serait, sans doute, la fusion des deux organisations. Une semblable solution nécessiterait, cependant, l'adoption par tous les Etats intéressés d'un statut ou d'une convention instituant une organisation nouvelle qui reprendrait, à tout le moins, l'ensemble des compétences et des pouvoirs inscrits dans la Convention de l'O. E. C. E. et dans le Statut du Conseil de l'Europe. Il se peut que cela ne présente pas de difficultés pour les Etats membres du Conseil de l'Europe, mais le dernier mot en la matière appartient, semble-t-il, aux États qui sont membres de l'O. E. C. E. sans l'être du Conseil de l'Europe.
19. En formulant les présentes propositions, le Secrétaire Général ad interim ne se dissimule d'ailleurs pas qu'il sera peut-être difficile de les faire accepter par tous les Membres des organisations en cause. Elles ne lui en paraissent pas moins indispensables si l'on veut que tous les Etats membres tirent le maximum de profit de l'existence des deux organisations. De plus, indépendamment des avantages immédiats qui en découleraient pour l'O. E. C. E. et le Conseil de l'Europe, il semble que, pour autant qu'elles touchent à l'Assemblée, ces propositions s'insèrent tout naturellement dans les projets de création de cette assemblée parlementaire unique dont il a été question dans de récentes déclarations gouvernementales.
Les relations entre le Conseil de l'Europe et l'O. E. C. E. sont réglées par des textes identiques, adoptés parallèlement par le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe et par le Conseil de l'O. E. C. E. Ces textes ont été adoptés respectivement en juillet 1952, novembre 1953 et juin 1956.
Les formes principales de coopérations qu'ils définissent sont les suivantes :