B Exposé des motifs,
par M. Walter SchmiedNote
1 Introduction
1. Plus d’une décennie nous sépare
désormais de la Déclaration de Barcelone, qui promettait, lors de
son annonce en 1995, une Méditerranée stabilisée et progressivement
intégrée. Aujourd’hui, cette perspective s’éloigne et le projet
de Barcelone apparaît bien fragile. De cette espérance à ces incertitudes,
il convient de revenir sur les dynamiques géopolitiques à l’œuvre
en Méditerranée depuis 1995.
1.1 La
promesse euro-méditerranéenne en 1995
2. En novembre 1995, l’Union européenne
(UE) accorde à la Méditerranée toute l’attention que cet espace exige.
La Déclaration de Barcelone sonne alors comme un puissant signal
d’espoir dans une région qui semble pouvoir bénéficier des dividendes
du nouvel ordre mondial postbipolaire. Prolongeant les politiques méditerranéennes
de l’Europe initiées dans les années 1970, le partenariat euro-méditerranéen
(PEM) s’annonce alors comme un double défi géopolitique. Pour l’UE,
il s’agit de gagner en visibilité sur la scène internationale en
développant sa politique de sécurité et de défense et en élargissant
son espace naturel d’expansion économique et commerciale, afin de
donner corps au concept d’Europe-puissance. Pour les pays partenaires
méditerranéens (PPM) du Sud et de l’Est
Note, l’objectif
principal est d’obtenir un ancrage extérieur indispensable à l’heure
où leur développement piétine alors que la mondialisation s’accélère.
Derrière cette alliance stratégique, qui vise finalement à combiner
les besoins de sécurité de l’UE avec les impératifs de croissance
économique de la rive sud, il ne faudrait pas négliger deux aspects
particuliers du PEM: la dimension multilatérale de la coopération
(avec notamment la présence côte à côte de l’Autorité palestinienne et
d’Israël) et l’absence des Etats-Unis.
3. Techniquement, ce partenariat se décline en trois volets (politique,
économique et socioculturel) qui fixent autant d’objectifs à atteindre
en Méditerranée: le développement d’une zone de paix et de stabilité,
la création d’une zone de libre-échange à l’horizon 2010 et le renforcement
des relations humaines et sociales. Ces ambitions ont séduit car
elles prophétisaient la construction graduelle d’un espace euro-méditerranéen intégré.
A l’époque, les cœurs et les esprits se sont donc rassemblés sur
cette promesse, bien déterminés à lier le destin des deux rives
de la Méditerranée.
1.2 Frustrations
et incertitudes en 2007
4. Malheureusement, en l’espace
d’une décennie, la promesse euro-méditerranéenne s’est transformée en
déception. Autant ne pas nier la réalité d’un panorama régional
qui s’est profondément modifié au cours des dernières années. D’un
côté, la panne de l’Europe politique précipite l’érosion de l’influence
européenne dans le monde. Or l’Euro-Méditerranée ne saurait se construire
sans une Europe forte et déterminée. De l’autre côté, les pays méditerranéens
du Sud ne sont pas au rendez-vous de l’ouverture politique et des
réformes. Cependant, les mutations sociétales profondes qui s’y
opèrent suscitent des aspirations nouvelles au sein des populations.
5. En dépit des ambitions formulées à Barcelone, le Bassin méditerranéen
n’est aujourd’hui ni plus stable, ni plus prospère. Il concentre
au contraire toutes les grandes fractures planétaires. L’accélération
de la mondialisation et la recomposition des équilibres géoéconomiques
internationaux, induite, pour une part, par le décollage de l’Asie
et la stagnation de l’Afrique, révèlent et aggravent la divergence
des deux rives de la Méditerranée. Et cet espace, miné par les peurs
et les passions, paraît s’enfoncer dans les conflits ou se murer dans
le repli.
6. Une impression de désordre plane donc actuellement sur la
coopération euro-méditerranéenne: l’inquiétude et la déception l’emportent
sur la satisfaction et la confiance. Pour autant, la critique du
PEM ne saurait occulter ni son importance, ni son rôle et sa pertinence.
L’inaction n’est pas une solution dans cette région du monde et
on ne pourrait que redouter les multiples coûts d’un non-partenariat
euro-méditerranéen.
7. Ainsi, nombreux sont les facteurs expliquant les difficultés
qui frappent la coopération euro-méditerranéenne. L’une des raisons
tient au fait que certains secteurs stratégiques ne sont pas suffisamment pris
en compte. L’agriculture fait partie de ces champs trop peu explorés
dans le cadre euro-méditerranéen. Et pourtant, la question agricole
y occupe une place incontournable et stratégique. Incontournable
car elle y joue un rôle fondamental dans l’équilibre des sociétés,
se situant au croisement des interactions économiques, politiques
et culturelles. Stratégique, parce que de son évolution et de son
traitement dépendent non seulement des enjeux politiques et commerciaux
forts mais également la volonté ou non de construire une Méditerranée
plus solidaire.
8. Révéler la dimension stratégique de l’agriculture en Méditerranée
et examiner l’évolution de la question agricole au sein du PEM constituent
les deux premiers objectifs de ce rapport. Sans omettre le rôle
des grandes institutions internationales et régionales présentes
dans la zone, un regard exploratoire sur le futur sera finalement
proposé pour questionner l’avenir du projet euro-méditerranéen autour
de la priorité agricole.
2 Panorama stratégique sur les dynamiques
agricoles et rurales en Méditerranée
9. L’agriculture s’affiche comme
un secteur stratégique des sociétés et des économies du Bassin méditerranéen.
Ce constat repose sur un éventail de déterminants, mais cinq dynamiques
majeures peuvent, à elles seules, en résumer la teneur: l’évolution
démographique, la vulnérabilité des échanges agricoles, l’enjeu
du développement rural, le défi environnemental et la question de
la sécurité alimentaire quantitative et qualitative.
2.1 Une
variable sociodémographique déterminante
10. En l’espace d’un demi-siècle,
la population méditerranéenne va presque doubler, passant de 285 millions
d’habitants en 1970 à 544 millions à l’horizon 2020
Note.
Mais cette croissance démographique est cependant contrastée car
si le nord de la Méditerranée 1. voit sa population se stabiliser
depuis plusieurs décennies, à l’inverse, la rive sud connaît une
explosion démographique impressionnante (331 millions d’habitants
prévus pour 2020 contre 116 millions en 1970, soit un triplement
en cinquante ans). Certains pays ont entamé leur transition démographique,
notamment ceux du Maghreb où la croissance de la population se fait
désormais dans les villes, mais d’autres Etats au Sud poursuivent
une dynamique démographique globale avec encore un accroissement
numérique de la population en milieu rural, comme c’est le cas en
Egypte.
11. Ainsi, en 2005, un tiers de la population en Méditerranée
réside encore en milieu rural et un tiers des actifs dans les pays
de la rive sud opèrent toujours dans le secteur agricole
Note. Cette population
rurale et agricole a naturellement gonflé sur la rive sud avec le
boom démographique, tandis qu’au nord, parallèlement, la population
rurale accélérait sa décroissance tout comme le nombre d’actifs
agricoles
Note. En ce début de XXIe siècle,
ne nous trompons donc pas: la Méditerranée n’est pas uniquement
urbaine, littoralisée et axée sur les services.
2.2 Une
situation agrocommerciale préoccupante
12. La dégradation des balances
agrocommerciales des PPM arabes mérite une attention toute particulière. En
effet, depuis trois décennies, ces pays sont dans une situation
chronique de dépendance alimentaire et certains Etats semblent désormais
se situer dans des déficits structurels lourds (Algérie, Egypte).
Ainsi, on constate un solde négatif de près de 9 milliards de dollars
en 2004 pour les relations agrocommerciales des PPM avec l’ensemble
du monde. Seule la Turquie présente en fait une balance positive,
sachant qu’elle contribue à 48 % des exportations agricoles des
PPM vers le monde.
13. Sur le plan des échanges euro-méditerranéens
Note,
trois messages importants doivent être formulés:
- d’abord, l’asymétrie des relations
commerciales: l’Union européenne (UE25) commerce avec les dix PPM
pour uniquement 2 % de ses importations et exportations agricolesNote, mais polarise
en revanche 52 % de leurs exportations agricoles et couvre 28 %
de leurs importations. On a donc un différentiel très net entre
le nord et le sud du bassin en termes d’intensité agrocommerciale;
- ensuite, l’équilibre trompeur des échanges euro-méditerranéens:
ceux-ci sont favorables aux PPM (+ 0,6 milliard de dollars en 2004)
simplement parce que la Turquie, à elle seule, contribue pour près
de la moitié des exportations agricoles des PPM vers l’UE25. Résultat:
sans la puissance agricole turque, la balance commerciale agricole
des PPM est déficitaire avec l’Europe (1,5 milliard de dollars en
2004);
- enfin, l’ouverture des PPM sur le marché mondial: malgré
leur préférence commerciale pour l’UE25, en 2004 ils se sont approvisionnés
à 72 % dans le reste du monde. L’Europe n’est donc pas l’unique puissance
exportatrice vers le sud de la Méditerranée: Etats-Unis, Argentine,
Brésil ou Australie sont des acteurs commerciaux importants, comme
l’attestent les exportations céréalières de ces pays vers les pays
du sud de la MéditerranéeNote.
L’attitude du Maroc, qui signe en 2004 un accord de libre-échange avec
les Etats-Unis, montre par ailleurs que certains PPM cherchent aujourd’hui
à nouer des alliances politico-commerciales hors du périmètre euro-méditerranéen.
14. En outre, les produits agricoles et agroalimentaires échangés
entre les pays de l’UE et les pays du sud et de l’est de la Méditerranée
reflètent dans une large mesure les spécialisations agricoles des
deux zones. Ainsi, les produits exportés par l’UE vers les pays
du sud et de l’est de la Méditerranée (PSEM) sont d’abord des céréales
(16 %), des produits laitiers (15 %) et du sucre (8 %). Mais on
note également au-delà de ces trois groupes de produits une grande
diversité d’autres produits, notamment transformés. Les exportations
des PSEM vers l’UE sont beaucoup plus spécialisées. Ainsi, plus
de la moitié de ces exportations (54 %) sont des fruits et légumes,
frais ou transformés. A cela s’ajoutent les produits de la mer (10 %)
et l’huile d’olive (10 % également).
15. Enfin, il faut rappeler ici combien l’agriculture reste un
déterminant important des économies nationales des pays de la rive
sud, avec en moyenne une contribution au Produit intérieur brut
(PIB) à hauteur de 10 à 15 %, et certains extrêmes (23 % en Syrie
mais 3 % en Jordanie).
2.3 Un
développement paralysé des territoires ruraux
16. L’urgence à développer les
zones rurales du sud de la Méditerranée constitue un enjeu majeur
dans la problématique régionale. Cet impératif reste prioritairement
centré sur la lutte contre la pauvreté, fléau persistant dans les
campagnes. Le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar
par jour aurait même augmenté depuis 1990, décennie au cours de
laquelle les effets des programmes d’ajustements structurels ont
pesé sur le processus de développement de ces pays. Si au cours
des décennies 1970 et 1980 des progrès importants avaient été enregistrés
dans les PPM, l’obstacle depuis les années 1990 tient non seulement
au mal-développement qui se perçoit mais aussi au non-développement
qui, parfois, se ressent. Les infrastructures sociocollectives font
défaut ou se dégradent (accès à l’eau, accès aux services sanitaires, accès
à l’éducation), sans oublier l’inégalité des genres qui demeure
toujours plus forte qu’en milieu urbain.
17. Dans ces pays existe aussi le risque de voir à nouveau se
déséquilibrer les territoires. Un clivage s’aggrave dangereusement
entre les zones urbaines littorales et les espaces ruraux intérieurs.
La marginalisation et la paupérisation des campagnes se développent
en proportion de l’ouverture aux échanges mondiaux du cordon littoral
urbain qui court d’Agadir à Istanbul. Tout se passe comme si le
sud de la Méditerranée n’avait plus besoin de ses arrière-pays pour
se développer, le salut étant supposé dépendre, selon le credo libéral
dominant, des échanges et de l’arrimage extérieur. Si les villes
côtières sont propulsées vers l’avenir, les territoires ruraux sont
refoulés dans un arrière-monde qui n’intéresse plus personne.
2.4 Une
multiplicité de défis environnementaux
18. La richesse des ressources
naturelles et la diversité des paysages de la Méditerranée en font
une écorégion exceptionnelle. Pourtant, avec le développement humain
et industriel, ce patrimoine environnemental s’érode peu à peu.
Malgré les efforts internationaux déployés depuis près de trente
ans afin de protéger cet écosystème unique, celui-ci reste fragile
et continue de se détériorer sous l’effet de l’augmentation des
pressions exercées sur l’environnement. Déjà vulnérable, l’espace
méditerranéen est donc fragilisé par l’activité humaine qui se déploie
souvent au détriment de l’environnement. A tel point que la Méditerranée,
mise sous pression, est aujourd’hui menacée de non-durabilité. Plusieurs
tendances lourdes peuvent être identifiées:
- le changement climatique s’observe de façon toujours plus
évidente, avec des variations de températures aussi importantes
qu’imprévisibles, une multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes
et une baisse des précipitations moyennes annuelles. Les émissions
polluantes provoquées par la consommation énergétique devraient
continuer à augmenter dans les années à venir malgré les mesures
prises au Nord par l’UE;
- l’érosion de la biodiversité se poursuit et les menaces
qui pèsent désormais sur l’écosystème méditerranéen sont malheureusement
à la hauteur de sa richesse. En ce sens, la Méditerranée devient une
écorégion hypothéquée, car vulnérabilisée par la désertification,
la déforestation et la disparition de certaines espèces animales
et végétales. Les sols méditerranéens souffrent, avec, d’une part,
des surfaces agricoles rongées par l’urbanisation galopante et,
d’autre part, des zones entières privées d’eau et d’irrigation;
- l’eau, en effet, est au cœur des tensions écologiques.
Sa raréfaction se double d’une convoitise grandissante dans une
région méditerranéenne déjà connue pour sa pauvreté hydrique (60 %
de la population mondiale pauvre en eau, c’est-à-dire dotée de moins
de 1 000 mètres cubes par an et par habitant) et son inégalité dans
la répartition des ressources (les pays de la rive sud ne sont dotés
que de 13 % des ressources totales). Face au futur, l’eau est confrontée
aux dilemmes de son orientation sectorielle (agricole, humaine et
industrielle), sachant qu’aujourd’hui environ 80 % de la demande
en eau provient des besoins en agriculture dans les Etats du pourtour
sud-méditerranéen. Parallèlement, l’accès à une eau saine pour les
populations demeure problématique (sa qualité devient un véritable facteur
de discrimination sociale) et l’amélioration des infrastructures
de base s’impose comme une nécessité (gaspillages et fuites faute
de réseaux d’adduction performants). Enfin, un débat s’installe
sur la pertinence éventuelle du concept de l’eau virtuelle (quantité
d’eau nécessaire à la production d’un bien agricole importé).
19. La conjugaison de toutes ces dynamiques confirme l’implication
durable de la variable environnementale dans l’analyse stratégique
du Bassin méditerranéen.
2.5 Une
sécurité alimentaire à double vitesse
20. Face à l’ampleur de la croissance
démographique dans la région et de la dégradation constatée des équilibres
agrocommerciaux, la question de la sécurité alimentaire pour les
populations méditerranéennes reste entière. Avec d’abord sa dimension
quantitative, car la malnutrition reste un fléau non négligeable (environ
4 % de la population du sud de la Méditerranée souffre d’une sous-alimentation
quotidienne) et numériquement en croissance sous l’effet de l’explosion
démographique (7 millions de personnes en 1990, 9 millions en 2002).
Sur le plan quantitatif encore, l’exemple de la dépendance céréalière
pour la très grande majorité des pays méditerranéens doit être rappelé,
avec deux chiffres parlants: la Méditerranée représente actuellement
22 % des importations céréalières mondiales mais ne concentre que
7 % de la population du globe. Quant aux PPM, ils attirent 12 %
des importations mondiales de céréales alors qu’ils ne comptent
que pour 4 % de la population du monde.
21. A cette problématique quantitative se superpose malheureusement
une préoccupation grandissante concernant la qualité de l’alimentation.
Alors que le régime crétois (méditerranéen) est reconnu par l’Organisation
mondiale de la santé et distingué comme l’un des plus beaux patrimoines
du Bassin méditerranéen, les pays méditerranéens s’en détachent
toujours davantage. La mutation alimentaire est un phénomène universel
accompagnant le développement économique et l’urbanisation. Cette
transition, progressive au Nord, brutale au Sud, s’est traduite
par une dérive de la qualité alimentaire. L’accroissement de l’obésité
dans les populations est, entre autres, un indicateur convaincant
de cette dérive qui pèse sur le collectif et le bien-être des populations
(notamment chez les plus jeunes: au Maghreb, 17 % des enfants de moins
de 5 ans souffrent d’obésité).
22. En filigrane de ce constat émerge à nouveau une fracture méditerranéenne
Nord-Sud. L’Europe, sollicitée par des alertes sanitaires ayant
défrayé la chronique (dioxine, vache folle) au cours de la décennie 1990,
parvient aujourd’hui à renforcer la traçabilité et la sécurité de
ses produits (à la fois par une politique de qualité et de certification
et à travers l’instauration en 2002 d’une Autorité européenne de
sécurité des aliments). En revanche, malgré des efforts, les pays
du sud de la Méditerranée demeurent handicapés en ce qui concerne
ces impératifs sanitaires (apparaissant comme les nouvelles barrières
non tarifaires de la zone), faute de structure adéquate et opérationnelle
pour garantir la sûreté alimentaire et certifier la qualité de leurs produits.
23. Croissance démographique, mondialisation des échanges, mal-développement
territorial, tensions environnementales et niveau d’exigences accru
en matière nutritionnelle et hygiénico-sanitaire des produits, etc.:
aussi réducteur soit-il, ce schéma révèle les multiples enjeux auxquels
les agricultures méditerranéennes sont aujourd’hui confrontées.
Leur avenir pourrait se décliner autour de cette problématique:
produire plus, produire mieux et produire propre.
3 Du
partenariat au voisinage: l’agriculture dans le contexte euro-méditerranéen
24. Depuis le lancement du processus
de Barcelone en 1995, l’agriculture a toujours été considérée comme un
secteur sensible et donc particulier du PEM. Après un court rappel
des politiques méditerranéennes menées par l’Europe avant Barcelone,
il sera proposé d’examiner les trois périodes distinctes ayant rythmé
le débat agricole euro-méditerranéen depuis 1995.
3.1 L’Union
européenne et la Méditerranée: le tournant de Barcelone
25. Depuis les années 1960, l’Europe
entretient des relations avec la plupart des pays de la rive sud
du Bassin méditerranéen. Cette posture répondait prioritairement
à des impératifs d’ordre économique, que confirme notamment l’instauration
d’un dialogue euro-arabe à l’époque des tensions pétrolières de
la décennie 1970. Des accords commerciaux préférentiels avaient
été conclus en 1969 avec l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Ils
seront revus et complétés de 1972 à 1992 à travers une seconde phase
dite d’«approche globale méditerranéenne», où désormais l’Egypte,
la Jordanie, la Syrie et le Liban seront concernés.
26. L’élargissement de l’Europe au Sud dans les années 1980 puis
la nouvelle donne géopolitique internationale qui s’annonce au lendemain
de la chute du mur de Berlin incitent l’Union à développer ses rapports
dans la région: c’est la troisième phase, connue sous le nom de
«politique méditerranéenne rénovée». L’accélération des multiples
processus transitionnels (sociodémographique, économique, géopolitique
et culturel) que connaît alors le Bassin méditerranéen dans un contexte
stratégique mondial profondément transformé déclenche une dynamique
nouvelle de coopération. C’est la naissance du concept de l’Euro-Méditerranée,
qui se manifestera pleinement en novembre 1995 avec la Déclaration
de Barcelone. Original et prometteur, le partenariat euro-méditerranéen
(PEM) se donne trois grands objectifs: la paix et la stabilité dans la
région, l’intégration économique et commerciale par le libre-échange,
le développement du dialogue interculturel et la promotion des sociétés
civiles. Or ce pari sur l’avenir va décevoir, comme en témoignent
les analyses rétrospectives
Note.
3.2 De
1995 à 2002: l’exception agricole face aux désaccords
27. Tandis que le commerce constitue
une des pierres angulaires de la coopération régionale, avec pour objectif
la création d’une zone euro-méditerranéenne de libre-échange à l’horizon
2010, le secteur agricole reste un domaine sensible dans la mise
en place des Accords d’association entre l’Union européenne et les pays
partenaires méditerranéens (PPM)
Note.
Sensible, la question agricole est volontairement occultée, alors qu’elle
concentre au même moment l’attention de l’Organisation mondiale
du commerce (OMC) et des négociations multilatérales internationales.
Si le libre-échange industriel est pour sa part préparé, la libéralisation
agricole euro-méditerranéenne demeure ajournée. Les raisons en sont
complexes mais grosso modo le diagnostic est connu.
28. Au Nord, les producteurs de l’UE redoutent de devoir affronter
une concurrence accrue en cas de disparition de la préférence communautaire.
Au Sud, les exportateurs demandent un accès plus large au marché
de l’UE. Par ailleurs, les PPM sont en général de grands importateurs
auprès de l’UE de produits de base comme les céréales, le sucre
et le lait. Or, compte tenu des faibles performances de leurs agricultures vivrières,
ces Etats sont peu enclins à les exposer à la concurrence étrangère.
En outre, une partie du «conflit» commercial euro-méditerranéen
provient du risque renforcé de compétition entre les deux rives
du bassin sur les mêmes productions agricoles (huile d’olive, fruits
et légumes) en cas de libéralisation. Enfin, un dernier élément
d’extrême sensibilité doit être rappelé: la dualité du secteur agricole
au sud de la Méditerranée. Aux quelques industries agroalimentaires
performantes et parées à affronter la mondialisation répondent une multitude
d’exploitations familiales de très petite taille qui parsèment le
milieu rural et qui produisent essentiellement pour l’autoconsommation.
29. Ainsi, l’agriculture a toujours fait l’objet d’un traitement
contrôlé au sein du PEM. De toute évidence, c’est la logique d’une
certaine «exception agricole» qui a prévalu dans la négociation
des accords d’association.
3.3 Depuis
2003, l’ouverture malgré les blocages
30. Il a fallu attendre le 27 novembre
2003 pour que soit organisée à Venise, sous la présidence italienne, la
1re Conférence ministérielle euro-méditerranéenne
sur l’agriculture. Les principales recommandations ont porté sur
le renforcement du développement rural, la promotion de la qualité
des produits agricoles et le lancement d’actions concrètes dans
le domaine de l’agriculture biologique. Désormais, le débat porte essentiellement
sur la vitesse et la méthode du processus. En outre, il est apparu
aux décideurs que l’agriculture ne pourrait se traiter qu’au cas
par cas, suivant la sensibilité du produit sur les marchés de l’UE
et selon la compétitivité à l’exportation de chaque PPM (logique
de la différenciation). Ce constat correspond d’ailleurs à la philosophie
de la nouvelle politique européenne de voisinage (PEV) conceptualisée
la même année.
31. En 2005 (10e anniversaire de la
Déclaration de Barcelone), déclarée «Année de la Méditerranée» par les
instances européennes, l’agriculture s’impose dans le calendrier
visant à réformer et relancer le PEM. Il est vrai que l’UE avait
officiellement annoncé sa décision d’ouvrir les négociations agricoles
avec les PPM dans une communication datée du 15 novembre 2005, stipulant
que des tractations seront menées à partir de 2006 pour une «libéralisation
progressive des échanges de produits agricoles et de la pêche, tant
frais que transformés». Cette décision a été reprise dans le programme
de travail quinquennal adopté lors du Sommet euro-méditerranéen
des chefs d’Etat et de gouvernement le 28 novembre 2005, à Barcelone.
32. Malgré un débat concernant l’Euro-Méditerranée qui s’est tenu
à la tribune de l’OMC
Note, il existe toutefois un
imbroglio sur cette zone de libre-échange euro-méditerranéenne (ZLEEM)
prévue à l’horizon 2010. D’une part, il convient de rappeler que
cette date ne fixe qu’un horizon temporel large, puisque l’ouverture
complète des échanges entre l’UE et les PPM interviendra selon un
calendrier calé sur la signature des différents accords d’association
Note. D’autre part, les
études d’impact
Notemenées
dernièrement pour mesurer les effets de cette ZLEEM soulèvent des
doutes quant à sa durabilité socio-économique.
33. Concernant l’UE prise dans son ensemble, les conséquences
seraient vraisemblablement limitées en raison du faible poids des
PPM dans son commerce agricole extérieur. L’ouverture des marchés
pourrait au contraire stimuler les exportations européennes vers
la rive sud de la Méditerranée, là où les besoins sont forts et
croissants en matière de produits de base que l’Europe négocie assez
bien (céréales, lait et viandes). En revanche, prise isolément,
l’Europe méridionale serait affectée par une libéralisation agricole
brutale: les producteurs des filières classiques (fruits et légumes)
que l’on retrouve communément en Espagne, dans le sud de la France,
en Italie ou en Grèce pourraient être fragilisés par l’ouverture
des échanges et seront sans doute au rendez-vous de la contestation
politique si le protectionnisme communautaire se délite faute de mesures
transitoires d’accompagnement.
34. Pour les PPM, l’impact serait beaucoup plus négatif que pour
l’UE mais se révèle avancé dans ses scénarios. D’abord, leurs avantages
comparatifs se concentrent dans le secteur des fruits et légumes,
qui constitue le principal intérêt défensif de l’Europe. Ensuite,
cette ouverture aurait plusieurs effets agro-commerciaux: réduction
de la production de céréales (et autres grandes cultures) ainsi
que de celle de viande et de lait, augmentation de la production
de fruits et légumes (dans tous les PPM), d’huile d’olive (Tunisie)
et de sucre (Maroc, Egypte); développement d’industries agroalimentaires
(lié aux possibilités d’accès accrus au marché européen). Par ailleurs,
les modèles annoncent des effets légèrement positifs pour les consommateurs,
grâce au potentiel d’acquisition de produits alimentaires à des
prix plus bas.
35. En revanche, au sein des PPM, cette libéralisation et cette
ouverture aux marchés internationaux exposeraient davantage les
foyers tant urbains que ruraux aux fluctuations de prix, engendrant
simultanément des effets négatifs lourds pour les familles les plus
pauvres. La baisse des prix peut certes amplifier la consommation
interne mais risque de déstabiliser les producteurs de cultures
vivrières et les petites exploitations. Ainsi, la répercussion d’une
libéralisation dépasserait le seul cadre commercial pour affecter socio-économiquement
et politiquement des sociétés paysannes mal préparées à l’ouverture
des marchés, contrairement à une minorité d’exploitations qui, au
contraire, y gagnerait (car capitalistique, organisée et mécanisée,
intensive en intrants et orientée sur des productions à l’export).
Or une nouvelle paupérisation des populations rurale et agricole
(avec les femmes pour premières victimes) aurait des effets multiples,
à commencer par une explosion du chômage et de l’exode vers les
villes ou vers l’étranger. Enfin, ces perspectives augurent de pressions
supplémentaires sur l’environnement de territoires déjà fragilisés
par la raréfaction des ressources en terre et en eau. A ce titre,
même en cas de libéralisation agricole, il faut prendre la mesure
des limites exportatrices chez les PPM car la croissance de la demande
interne se poursuit et les disponibilités en terres et en eau (hormis
en Turquie) se réduisent.
3.4 La
feuille de route euro-méditerranéenne pour l’agriculture
36. Un comité d’experts est chargé
depuis 2006 de suivre le dossier à la Commission européenne et d’appliquer
la «Feuille de route euro-méditerranéenne pour l’agriculture». Celle-ci
s’oriente autour de quelques axes stratégiques, à savoir une libéralisation
réciproque (l’effort doit être partagé par les deux rives), une approche
progressive et graduelle, une asymétrie temporelle (l’UE devant
accepter un rythme d’ouverture plus lent chez les PPM) et la définition
par pays d’une liste d’exceptions comportant les produits les plus
sensibles à ne pas inclure dans le processus de libéralisation.
En outre, cette «feuille de route» insiste sur les enjeux du développement
rural, la promotion des produits de qualité, la valorisation des
produits typiques méditerranéens, le renforcement de l’investissement
privé dans le secteur agricole et l’amélioration de l’accès aux
marchés d’exportation.
37. En 2006, la Commission européenne a donc démarré les négociations
bilatérales avec certains PPM. Elles sont en cours avec le Maroc
et Israël, avec une forte probabilité d’atteindre un degré élevé
dans la libéralisation des échanges agricoles avec le Maroc. Un
accord a par ailleurs été conclu avec la Jordanie. En raison de
la situation politique, rien n’a pu être entrepris avec le Liban,
l’Autorité palestinienne et la Syrie. Plus méfiantes sur ce processus,
la Tunisie et l’Algérie ont cherché à temporiser. Mais la Commission
espère entamer les rounds de négociations avec la Tunisie au premier
semestre 2007, tandis que le blocage pourrait à l’inverse perdurer
avec l’Algérie. Avec l’Egypte, les négociations seraient prochainement
activées, à la suite de la signature en mars 2007 par ce pays de
son Plan d’action pour la politique européenne de voisinage (PEV).
38. En effet, il faut souligner que des mesures d’accompagnement
pourraient être mises en œuvre, sous la responsabilité de chaque
PPM, dans le cadre des plans d’action de la PEV et de son outil
financier (Instrument européen de voisinage et de partenariat, IEVP).
Ce dernier est doté d’une enveloppe budgétaire globale de 11,2 milliards
d’euros pour la période 2007-2013. Chaque PPM bénéficie d’aides
spécifiques, définies dans les documents de stratégie et les programmes
indicatifs nationaux (PIN), qui ont été communiquées en mars 2007.
Il importe de souligner que dans sa dimension multilatérale, dotée
d’une enveloppe d’environ 343 millions d’euros pour la période 2007-2013,
l’IEVP ne consacre aucun programme ciblé de coopération sur la question
agricole et rurale. Or le thème de la libéralisation agricole y
est pourtant évoqué comme élément stratégique dans la priorité no 02
intitulée «Développement économique durable
Note».
39. Tout porte donc à croire que le cycle euro-méditerranéen de
négociations agricoles ne sera pas achevé avant la fin de 2007,
d’autant que la Commission européenne se montre en parallèle de
plus en plus exigeante à propos des aspects non tarifaires des échanges,
sur lesquels les PPM accusent encore un retard manifeste. 2007 sera
donc une année décisive à la fois pour la Méditerranée avec la mise
en place de la PEV et pour la question agricole avec des négociations
dont on mesure à l’avance qu’elles seront difficiles et contrastées. Comme
pronostiqué, la PEV pourrait induire trois types de relations entre
l’UE et ses PPM: l’approfondissement, le statu quo ou le décrochage.
En matière agricole, seuls le Maroc, la Jordanie et Israël semblent
pour le moment converger avec l’Europe.
40. En ce qui concerne les pays méditerranéens des Balkans occidentaux,
il y a lieu de signaler qu’ils sont tous membres du Conseil de l’Europe
NoteNote.
Par ailleurs, tous ces pays entretiennent aussi des relations contractuelles
avec l’Union européenne depuis plusieurs années, dans le cadre du
Processus de stabilisation et d’association (PSA) en faveur des
pays des Balkans occidentaux. La plupart d’entre eux ont conclu
des accords de stabilisation et d’association (ASA) avec l’UE. Les
accords et fonds disponibles varient selon les pays
Note. Le pays dont le processus
est le plus avancé est la Croatie à qui l’UE a octroyé le statut
de candidat à l’adhésion et qui, à ce titre, bénéficie des instruments
financiers de préadhésion (PHARE, ISPA et SAPARD
Note).
41. Incontestablement, la question de la libéralisation agricole
en Méditerranée a connu une évolution certaine entre 2003 et 2006,
après avoir été l’un des grands parents pauvres du partenariat euro-méditerranéen.
De nouvelles perspectives s’offrent avec la PEV et certains Etats
de la rive sud pourraient progresser dans leurs rapports agrocommerciaux
avec l’Europe. Toutefois, cette ouverture des échanges agricoles
et agroalimentaires ne saurait occulter l’importance d’un processus
maîtrisé, face aux multiples impacts annoncés tant sur le plan commercial
que socio-économique.
4 Les
autres acteurs institutionnels et le débat agricole en Méditerranée
42. Après avoir examiné les politiques
de la Commission européenne en Méditerranée
Note, l’objectif
de cette partie est de présenter la pluralité des principaux acteurs
institutionnels présents dans la région méditerranéenne et qui œuvrent
à la coopération en matière agricole, rurale et alimentaire. Il
s’agit néanmoins de descriptifs sommaires et d’un panorama par trop
réducteur.
4.1 Les
acteurs mondiaux
43. Trois institutions, dont l’envergure
est internationale, interviennent activement dans les problématiques agricoles
en Méditerranée: l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture
et l’alimentation (FAO), la Banque mondiale (BM) et l’Organisation
mondiale du commerce (OMC).
a La
FAO est présente dans la région dans les grands domaines d’expertise
qui sont les siens: sécurité alimentaire, pêche et aquaculture,
commerce des produits agricoles, coopération technique et formation des
cadres de l’agriculture, gestion des ressources naturelles et de
l’eau. Un bureau régional pour le Proche-Orient (RNE) est installé
au Caire depuis 1947 et couvre en fait l’ensemble de la zone sud-méditerranéenne.
Ses missions sont conformes à celles de la FAO
Note. En 1996 a été créé un Bureau sous-régional
pour l’Afrique du Nord (SNEA)
Note, situé à Tunis, ayant pour objectif
de renforcer le secteur agricole des pays de la sous-région, et
d’apporter, en particulier, des conseils sur les politiques générales,
le renforcement institutionnel et l’amélioration des ressources
humaines. La FAO a enfin plusieurs bureaux de représentation dans
certains pays du sud de la Méditerranée (Maroc, Jordanie, Syrie).
Les pays de la rive nord sont représentés au sein du Bureau régional
pour l’Europe et l’Asie centrale (REU), créé en 1961, et dont le
siège se trouve à Rome
Note. La Conférence régionale pour l’Europe
et la Commission européenne pour l’agriculture se réunissent dans
ce cadre.
b L’OMC figure au cœur des problématiques agro-commerciales
du Bassin méditerranéen. Outre le statut d’Etat membre pour chacun
des pays de la rive nord, il faut d’abord lister les Etats du Sud
et de l’Est qui eux aussi sont devenus membres de l’OMC: Egypte,
Israël, Maroc, Tunisie et Turquie en 1995, puis Jordanie en 2000.
L’Algérie est dans l’attente d’une adhésion. Le Liban et l’Autorité
palestinienne ont un statut d’observateur. Dans le cadre des négociations
commerciales multilatérales, le paradoxe que soulignent la plupart
des PPM est que les pays riches, et donc les pays de l’UE, continuent
de soutenir et de protéger leur agriculture alors que les pays les
plus pauvres, et donc certains Etats du sud de la Méditerranée,
se sont engagés à réduire leur soutien et à libéraliser leurs échanges
agricoles. Il convient enfin de noter que l’Euro-Méditerranée n’existe
pas au sein de l’OMC et que la dimension régionale méditerranéenne
en est absente
Note.
c La Banque mondiale est présente dans la région Afrique
du Nord/Moyen-Orient (MENA)
Noteet s’occupe de
programmes ayant trait notamment au développement rural et à l’agriculture,
à l’eau, à l’environnement. Son activité couvre par ailleurs l’ensemble
des défis liés à la gouvernance et au développement socio-économique
dans les pays de la zone.
4.2 Les
acteurs parlementaires
44. En Europe, plusieurs institutions
parlementaires ont une action concrète sur les dossiers méditerranéens:
l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le Parlement européen,
l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne.
a L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE)
regroupe 636 membres issus des parlements nationaux des 47 Etats
membres (dont tous les pays méditerranéens de la rive nord-méditerranéenne,
y compris la Turquie). Sa commission de l’environnement, de l’agriculture
et des questions territoriales traite notamment des questions relatives
à l’agriculture, au développement rural, à l’alimentation, à la
pêche et à la sylviculture
Note. D’autres commissions s’occupent aussi
des questions méditerranéennes dans le cadre de leur domaine de
compétence
Note.
b Le Parlement européen (PE), avec ses 785 députés, a joué
un rôle important dans la signature des Accords d’association euro-méditerranéens
conclus avec les PPM depuis 1995. Il assure aussi un suivi du processus
de Barcelone par sa Commission des affaires étrangères et la plénière.
Par ailleurs, les délégations interparlementaires du PE avec les
pays du processus de Barcelone organisent régulièrement des rencontres
et des visites sur place. Le PE a aussi donné une grande impulsion
au développement interparlementaire euro-méditerranéen avec la création
du Forum parlementaire euro-méditerranéen, qui inclut des représentants
des parlements nationaux du sud de la Méditerranée.
c L’institution en 2003 d’une Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne
(APEM) a permis de mobiliser davantage les intervenants parlementaires
du Nord et du Sud dans le sens d’un débat renforcé
Note.
Il s’agit désormais de l’institution parlementaire du PEM dotée
de compétences consultatives. Elle permet de donner l’impulsion,
d’assurer la contribution et l’appui des parlements à la consolidation
et au développement du PEM. Elle se prononce sur tous les sujets
relatifs au partenariat, y compris l’application des accords d’association.
Enfin, l’APEM adopte des résolutions ou recommandations, juridiquement
non contraignantes, à l’intention des Conférences ministérielles
euro-méditerranéennes
Note.
45. Pour mémoire, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
et le Parlement européen, en coopération avec le Comité méditerranéen
de la FIPA et le CIHEAM, ont lancé l’initiative des Conférences euro-méditerranéennes
sur l’agriculture qui se sont tenues à Strasbourg et dont la première
a eu lieu les 14 et 15 juin 2001 et la deuxième les 28 et 29 septembre
2006. L’objectif spécifique de ces conférences a été de faire le
point sur l’évolution de la coopération euro-méditerranéenne dans
les domaines de l’agriculture et du développement rural et d’approfondir
une réflexion commune sur les défis, restants et nouveaux
Note.
4.3 Autres
acteurs régionaux
46. Six autres acteurs régionaux
peuvent, entre autres, être identifiés comme acteurs du dossier
agricole et rural en Méditerranée: le CIHEAM, la Banque européenne
d’investissement, l’OCDE, la FIPA, le Plan bleu et la Ligue des
Etats arabes.
a Le CIHEAM a été
créé, à l’initiative conjointe du Conseil de l’Europe et de l’OCDE,
le 21 mai 1962
Note. C’est une organisation intergouvernementale
qui réunit aujourd’hui 13 Etats membres du Bassin méditerranéen
(Albanie, Algérie, Egypte, Espagne, France, Grèce, Italie, Liban,
Malte, Maroc, Portugal, Tunisie et Turquie). Il se structure autour
d’un secrétariat général situé à Paris et de quatre instituts agronomiques
méditerranéens (Bari, Chania, Montpellier et Saragosse). Observatoire
des politiques agricoles et agroalimentaires, le CIHEAM participe
concrètement au développement agricole durable de la région. Le
centre a été pionnier dans l’émergence d’une politique de recherche
méditerranéenne. Aujourd’hui, il œuvre à la construction d’un espace
méditerranéen de la recherche et de la formation agronomiques. Avec
au cœur de son activité trois missions fondamentales (formation,
recherche, coopération), le CIHEAM se focalise ainsi sur l’agriculture,
l’alimentation et le développement rural en Méditerranée. Il organise
depuis 1999 une réunion biannuelle des ministres de l’Agriculture
de ses 13 Etats membres (la dernière s’est tenue en décembre 2006
au Caire).
b La Banque européenne d’investissement (BEI) est depuis
longtemps présente dans le Bassin méditerranéen, octroyant une série
de prêts stratégiques dans des secteurs concernant notamment les infrastructures,
l’énergie et la protection de l’environnement. Depuis octobre 2002,
les activités de la BEI dans les PPM ont été regroupées sous la
Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat
(FEMIP). Celle-ci a pour objet d’aider les PPM à relever les défis
de leur modernisation économique et sociale et d’une meilleure intégration
régionale, en particulier dans la perspective de la création d’une
union douanière avec l’UE à l’horizon 2010. La FEMIP finance en
priorité des projets réalisés par le secteur privé, qu’il s’agisse
d’initiatives locales ou d’investissements étrangers directs. La BEI
a ouvert en 2003 au Caire un bureau régional pour la Méditerranée.
Plus récemment, deux bureaux locaux, en Tunisie et au Maroc, ont
été inaugurés. De 2002 à 2006, ce sont environ 6 milliards d’euros qui
auront été dédiés par la BEI à des financements de projets au sud
de la Méditerranée. La FEMIP prévoit une enveloppe globale de 8,7
milliards d’euros pour la période 2007-2013 à destination des PPM (hors
Israël).
c L’Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE), où l’on retrouve plusieurs Etats membres méditerranéens
(Portugal, Espagne, France, Italie, Grèce et Turquie), est active
sur les dossiers de l’agriculture, de l’alimentation, du développement
rural, de la pêche et de l’environnement. Pour la région Moyen-Orient/Afrique
du Nord, ses actions se polarisent essentiellement sur les enjeux de
la gouvernance, la promotion des investissements et l’analyse des
flux migratoires.
d La Fédération internationale des producteurs agricoles
(FIPA) est l’organisation mondiale des agriculteurs. Créée en 1946,
elle représente plus de 600 millions d’exploitations agricoles familiales regroupées
au sein de 115 organisations nationales dans 80 pays. En son sein
figure un Comité méditerranéen
Note, dont les missions s’articulent autour
d’un travail politique de lobbying auprès des instances européennes,
de la constitution de plates-formes d’échanges d’idées et d’expériences d’agriculteurs
de la région, et de la stimulation de la coopération technique entre
les organisations agricoles membres mais aussi avec certains partenaires
de la FIPA tels que les organisations internationales, les instituts
de recherche et les organismes de coopération et de développement agricole.
Son effort porte actuellement dans trois directions: la diversification
des productions, l’amélioration de la qualité des produits et la
meilleure gestion de l’eau.
e Le Plan bleu assume les fonctions de centre d’activités
régionales du Plan d’action pour la Méditerranée (PAM), lui-même
placé sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’environnement
Note. Outil d’analyse et de recherche
prospectives pour l’avenir du Bassin méditerranéen, le Plan bleu
est particulièrement actif sur les questions de l’environnement,
de l’eau, des espaces ruraux et des forêts, de la mer et des littoraux
et de l’énergie. Il participe à la Commission méditerranéenne de développement
durable créée en 1996 et joua un rôle important dans la rédaction
en 2005 de la Stratégie méditerranéenne de développement durable
(SMDD).
f La Ligue des Etats arabes (LEA) a créé, en 1970, l’Organisation
arabe de développement agricole (OADA). Plusieurs objectifs lui
sont assignés: mettre en valeur les ressources naturelles et humaines dans
le secteur agricole, accroître l’efficience et la productivité de
l’agriculture et promouvoir l’intégration de l’agriculture entre
les Etats et pays arabes, accroître la production agricole en vue
de parvenir à un degré d’autonomie plus élevé, faciliter l’échange
de produits agricoles entre les pays arabes, promouvoir la création
d’entreprises et d’industries agricoles et améliorer les conditions
de vie des travailleurs dans le secteur agricole. Les membres de
l’OADA sont les 22 membres de la LEA
Note.
47. Ce panorama général des principaux acteurs présents en Méditerranée,
et dont les activités ou missions touchent au dossier agricole et
rural, ne serait complet s’il ne mentionnait bien entendu la politique
des Etats-Unis dans la région. Puissance stratégique au sein du
Bassin méditerranéen, les Etats-Unis ont conclu notamment plusieurs
accords de libre-échange économique avec certains pays de la rive
sud, dont Israël, la Jordanie et plus récemment le Maroc. Cet accord
avec le Maroc comprend des volets importants en matière agricole
et il est intéressant de noter que le Maroc négocie actuellement
la libéralisation des échanges en agriculture avec l’UE sur la base
des concessions faites dans l’accord conclu avec les Etats-Unis
en 2004 et dont l’entrée en vigueur est effective depuis 2006. Les
Etats-Unis, à travers leur agence d’aide au développement (USAID),
sont également présents dans certains pays méditerranéens (Egypte,
Territoires palestiniens, Jordanie, Liban et Maroc) pour les enjeux
liés au développement rural et à la gestion des ressources naturelles.
5 L’agriculture
méditerranéenne face au futur
48. Identifier de futurs scénarios
dans la région méditerranéenne représente une expérience hasardeuse dans
laquelle le risque est grand de devoir corriger ses prévisions,
tant la zone est connue pour son caractère imprévisible et turbulent.
Si le déclinisme est en vogue, le théâtre méditerranéen lui offre
malheureusement un espace d’expression idéal. Or l’un des problèmes
pour la Méditerranée, c’est qu’elle manque de vision stratégique
alliant pragmatisme, conviction et volonté partagée: trop souvent,
l’avenir y est donc abordé à reculons.
49. Trois scénarios contrastés peuvent être identifiés pour la
situation agricole et rurale de la Méditerranée à l’horizon 2020,
à partir des analyses et des considérations précédentes. Ces scénarios
sont simplement des futurs possibles qui, modestement, pourraient
inviter à (ré)agir pour essayer de préparer un avenir plus prometteur
dans cette région.
5.1 Le
scénario tendanciel: une Méditerranée fragilisée par des clivages
durs et émergents
50. Le scénario tendanciel prolonge
les orientations actuelles, à savoir une Méditerranée qui se situe
au cœur des désordres géopolitiques internationaux, qui voit l’Europe
de plus en plus frileuse à son égard, mais qui observe également
l’incapacité des pays du Sud à se réformer et à coopérer entre eux.
51. Parallèlement, des vents contraires au développement soufflent
en Méditerranée: la région subit les distorsions que provoque la
globalisation des échanges et méconnaît les potentialités de croissance théoriquement
induites par la mondialisation. Le dialogue interculturel se crispe
car la culture du dialogue se perd. Spectateur et non acteur dans
un monde où les équilibres géoéconomiques se recomposent, la Méditerranée
se construit par les asymétries et les antagonismes. Les inégalités
se creusent à la fois entre le Nord et le Sud mais aussi au cœur
même de certains territoires. Peu à peu, les deux rives du bassin
donnent donc l’impression de se tourner le dos. Cette situation,
génératrice de tensions et de frustrations, hypothèque les chances
d’un rebond historique pour la région. L’horizon étant troublé,
les sociétés méditerranéennes, en raison des ingratitudes du présent,
sont nostalgiques de ce passé lointain où leur région constituait
à la fois le centre et le moteur du monde.
52. Cette intempérie, à la fois structurelle et circonstancielle,
se double d’un épais brouillard sur la coopération euro-méditerranéenne.
Délaissant la philosophie multilatérale de Barcelone, la politique européenne
de voisinage prime le bilatéralisme au risque de compromettre durablement
la perspective d’une intégration régionale progressive. Dans une
Méditerranée à plusieurs vitesses, on construit désormais l’Euro-Méditerranée
à la carte.
53. Dans ce contexte, les défis agricoles et ruraux ne figurent
pas au rang des priorités stratégiques de la coopération régionale.
Ces enjeux, pourtant décisifs pour l’ensemble des pays riverains
de la zone, sont cantonnés à des questions commerciales et géographiquement
circonscrits à une minorité d’Etats. Pour ces derniers, la libéralisation
des échanges se met progressivement en œuvre avec l’UE: des asymétries temporelles
et des listes de produits sensibles sont établies. Mais aucun facteur
ne permet d’enclencher la constitution d’un système agroalimentaire
méditerranéen capable de peser à l’échelle mondiale.
54. Dans cette Méditerranée dépourvue d’utopies mobilisatrices,
seuls comptent finalement les espaces utiles mondialisés, c’est-à-dire,
grosso modo, les villes, les littoraux et les sites touristiques.
A l’inverse, malgré les enjeux qu’ils contiennent, les espaces ruraux
sont délaissés. Tout se passe donc comme si cette Méditerranée utile
mondialisée n’avait plus besoin de ses campagnes et de ses paysans.
5.2 Le
scénario de ruptures: une Méditerranée sous tensions
55. Deuxième futur possible, un
scénario de ruptures où l’on procède à une modernisation de l’agriculture méditerranéenne
à marche forcée. Si la Méditerranée est bien le siège de civilisations
urbaines brillantes, elle ne cesse pour autant d’abriter des sociétés
paysannes. Certains pays sont encore profondément ruraux, tandis que
d’autres en gardent des marques inaltérables. Or on cherche à appliquer
en Méditerranée certaines recettes de modernisation agricole autrefois
mises en œuvre en Europe, comme la mécanisation accélérée ou la
réduction drastique des effectifs agricoles. Mais sur la rive sud,
un taux minimal d’actifs agricoles signifie un taux maximal d’inactifs
en milieu rural. Peu à peu, un phénomène sans précédent s’opère:
la disparition sur place d’une paysannerie paupérisée, dépossédée
et désorientée. L’explosion démographique et le manque de productivité
agricole accentuent le risque de krach alimentaire et de crise sociale.
A ces batailles agricoles s’ajoutent les tensions environnementales
et les menaces de conflit pour l’accès à l’eau, plus convoitée que jamais.
Les extrémismes politique et religieux prospèrent sur ces vulnérabilités
et ces malaises socio-économiques des campagnes.
56. Elément dramatique au Sud, l’articulation entre le monde urbain
et le monde rural est définitivement cassée. L’arrière-pays se retrouve
désocialisé, exclu de la croissance économique, oublié par les pouvoirs publics
et donc condamné à la pauvreté et à l’enclavement. Les paysanneries
s’en retrouvent fragilisées, n’ayant d’autres choix que de migrer
vers les villes ou le continent européen.
57. Ce scénario de ruptures voit les fractures méditerranéennes
s’amplifier. Certains facteurs de crise s’aggravent: la surexploitation
des ressources naturelles, l’extension de la pauvreté, l’augmentation
du chômage, la sclérose économique. Des conflits persistent ou s’intensifient.
C’est la dérive des pourtours méditerranéens, où les fractures s’empilent,
séparant des zones de pauvreté et des poches de prospérité, dans
un face à face géopolitique explosif et confiné.
58. L’Europe, dont l’ambition politique disparaît et dont l’action
internationale perd en influence, se crispe vis-à-vis des turbulences
régulières de sa périphérie méridionale. Les Etats méditerranéens
de l’UE ne parviennent pas à centrer l’attention européenne sur
l’aire géopolitique qui ceinture au sud le continent. Dans la majorité
des PPM, les réformes politiques tardent à se réaliser, et le fossé
s’amplifie entre les élites dirigeantes et une large couche de la
population qui réclame plus d’ouvertures et de libertés.
59. Résultat, la coopération euro-méditerranéenne s’enfonce et
la confiance disparaît. On gère la proximité par la sécurité et
on prépare l’avenir par le repli. Le projet euro-méditerranéen est
abandonné sans que la facture stratégique d’un non-partenariat soit
évaluée. Pendant que de grands pôles régionaux s’organisent à travers
le globe, l’Europe et la Méditerranée font le choix de s’ignorer.
Tout en s’effaçant progressivement du paysage géoéconomique mondial,
la Méditerranée devient la caisse de résonance des grands maux de
la planète.
5.3 Le
scénario de réaction: une Méditerranée rassemblée et solidaire
60. Ce scénario volontariste constitue
un acte politique fort pour ancrer la Méditerranée dans le XXIe siècle. Il
propose une ambition historique pour l’avenir, en partant du réel
et non du désirable. Car ce sont bien les dynamiques mondiales et
la réalité d’une interdépendance stratégique grandissante qui imposeront
à l’Europe et à la Méditerranée de s’associer pour ne pas s’affaiblir.
C’est donc un horizon de long terme, mais dont l’approche doit être
déclenchée dès à présent pour que ses grands contours apparaissent
en 2020.
61. Ce scénario repose sur quelques conditions préalables. Premièrement,
le renforcement de la dimension partenariale dans la coopération
euro-méditerranéenne, qui doit être plus visible et peser plus concrètement sur
le développement des pays de la rive sud, tout en permettant à l’Europe
de continuer à exister sur la scène géopolitique et économique internationale.
Cela signifie que l’Europe et les pays méditerranéens du Sud poursuivent
des objectifs convergents. Deuxièmement, la restauration de la confiance
entre les peuples: la région euro-méditerranéenne n’existera que
si elle s’invite positivement dans le quotidien des individus, s’affirmant
ainsi comme un processus solidaire et responsable. Troisièmement,
un choix cohérent et déterminé des priorités stratégiques pour construire
l’Euro-Méditerranée. Il faut sans aucun doute commencer par les domaines
d’intérêts communs, là où les défis sont partagés et où les opportunités
de développement mutuelles existent réellement. Quatrièmement, une
amélioration de la formation du potentiel en ressources humaines
de la région. La Méditerranée cesse ainsi d’être conflictuelle,
elle devient projet.
62. Dans cette perspective, l’agriculture peut rassembler et apparaître
comme un terrain d’action efficace pour bâtir l’alliance euro-méditerranéenne,
en se fondant sur des stratégies audacieuses, sur la base des complémentarités,
des spécificités et des défis présents dans la région. Tout comme
l’agriculture a joué un rôle moteur dans la réconciliation du continent
européen après les drames des deux guerres mondiales, il est légitime
de penser qu’une coopération agricole euro-méditerranéenne permette
aujourd’hui d’avancer sur le chemin de la pacification. Mais pour
se réaliser, cette perspective reste conditionnée par un cadre régional économique
et politique plus favorable et par un ancrage à la mondialisation
plus dynamique.
63. Dans ce scénario, la Méditerranée agricole émerge sur la scène
internationale grâce aux rapprochements progressifs des positions
européennes et sud-méditerranéennes à l’OMC. L’agriculture méditerranéenne
se protège mais s’ouvre aussi sur l’extérieur car ses productions
sont labellisées, misant sur la qualité, l’authenticité et l’identité.
Pour asseoir ce processus, trois grandes dynamiques sont à l’œuvre:
- la mobilisation de tous les
acteurs concernés par le dossier agricole et rural, avec notamment
un rôle croissant des opérateurs privés et des collectivités territoriales
(coopération décentralisée), sans négliger la participation active
de la société civile aux côtés des producteurs et l’organisation
plus efficace de la filière agricole;
- l’instauration d’un véritable plan stratégique de développement
rural pour le sud de la Méditerranée, où les activités se diversifient,
la cohésion sociale se renforce, les infrastructures se multiplient,
les campagnes se reconnectent aux villes, le tout dans un esprit
de durabilité;
- la gestion responsable des ressources naturelles et la
préservation de l’environnement, où le développement durable n’est
pas simplement un correcteur des effets de la mondialisation, mais
un puissant vecteur pour sortir les sociétés rurales du non-développement.
64. On ne saurait clore cette prospective de convergence sans
mentionner l’éventualité d’un scénario de réaction bis, à savoir une «mobilisation
intraméditerranéenne». En effet, il semble possible, au regard du
passé proche, que l’UE tout entière n’adhère pas au projet d’intégration
régionale euro-méditerranéenne. En revanche, placés devant la réalité
des faits, les pays méridionaux de l’UE (Chypre, Espagne, France,
Grèce, Italie, Malte, Portugal, Slovénie), parce que voisins et
riverains du Bassin méditerranéen, pourraient faire le choix de
réagir ensemble, sans le reste de l’Union, pour approfondir et développer
la coopération en Méditerranée avec les pays de la rive sud. Ce
scénario bis signifie que
les pays méditerranéens, entre eux, se mobilisent et que les coopérations
renforcées soient acceptées et encouragées par l’UE.
6 Conclusions
65. Nombreux sont les futurs possibles
du Bassin méditerranéen. Mais trois scénarios contrastés semblent identifiables.
Le premier est tendanciel et présage des lendemains qui grondent
faute de relance dans la coopération multilatérale euro-méditerranéenne.
Le second est un scénario de ruptures où l’espace méditerranéen
concentre toutes les fractures et dans lequel l’avenir ne se construit
plus que par les peurs et le repli. Le troisième scénario propose
une réaction mobilisatrice, où l’Europe et la Méditerranée font
le choix de s’associer pour ne pas s’affaiblir séparément. Parce
que l’agriculture fonde l’identité de la région et représente un
terrain stratégique de coopération, cette alliance pragmatique se
concrétise par la preuve agricole.
66. Si l’Europe souhaite pouvoir peser sur la scène internationale,
elle ne peut ignorer l’aire méridionale qui la ceinture. Ce Bassin
méditerranéen peut demain se révéler comme un espace expérimental
formidable si l’on souhaite construire une nouvelle mondialisation.
L’interdépendance stratégique entre l’Europe et la Méditerranée
est devenue telle que l’évidence de partenariats privilégiés s’impose.
C’est par une coopération pionnière avec la rive sud que l’Europe
sera en mesure de jouer un rôle dans la mondialisation, en explorant les
futurs d’un codéveloppement durable où les variables humaines, sociales
et environnementales seraient tout aussi déterminantes que les composantes
économiques et politiques. Sollicité par les urgences de la région,
fondé sur les particularités de la zone et sur l’audace de sa mobilisation,
ce scénario pourrait notamment s’articuler autour de l’agriculture.
67. La multidimensionnalité de la question agricole et rurale
en Méditerranée milite pour que soit enclenchée une mobilisation
euro-méditerranéenne sur ce sujet. L’agriculture se situe au cœur
de l’identité méditerranéenne et s’affiche comme un déterminant
essentiel pour les sociétés de la région. Une convergence d’actions
dans ce domaine pourrait développer des coopérations étroites et
mobilisatrices car solidaires, humaines et mutuellement profitables
aux deux rives de la Méditerranée.