L'Assemblée
Prenant acte des rapports de sa commission des Nations non représentées ;
Considérant que le maintien en esclavage des peuples d'Europe centrale et orientale est un sujet de graves préoccupations pour les nations libres du monde ;
Considérant que la situation en Europe centrale et orientale constitue une menace pour la paix mondiale ;
Convaincue de la nécessité de proclamer fréquemment et clairement la position de l'Europe démocratique, afin qu'il ne puisse subsister de malentendu,
Recommande au Comité des Ministres :
| Exportations | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Importations | |||||
| Total (tous pays) | 1956 323.37 | 1957 393.79 | 1956 474.14 | 1957 661.84 | |
| États-Unis | 27.41 | 33.32 | 129.22 | 173.76 | |
| Italie | 45.71 | 53.62 | 41.03 | 78.77 | |
| Allemagne occidentale | 49.15 | 51.26 | 47.39 | 75.55 | |
| U.R.S.S. | 42.23 | 49.17 | 70.13 | 69.25 | |
| Royaume-Uni | 19.56 | 23.84 | 32.62 | 41.87 | |
| Autriche | 17.26 | 18.76 | 19.35 | 25.06 | |
| Pologne | 8.95 | 16.22 | 7.87 | 19,24 | |
| Hongrie | 6.34 | 11.98 | 6.39 | 19.72 | |
| Tchécoslovaquie | 8.18 | 8.63 | 12.05 | 18.96 | |
| Suisse | 16.26 | 14.85 | 10.40 | 11.10 | |
| Egypte | 2.53 | 13.22 | 4.01 | 9.01 | |
| Grèce | 9.77 | 12.97 | 5.09 | 7.86 |
Les chiffres relatifs aux importations comprennent l'aide économique, composée pour une très large part de surplus agricoles en provenance des États-Unis.
ARTICLE 100
par la force ou par tout autre moyen anticonstitutionnel le pouvoir des travailleurs, des organes représentatifs constitutionnellement élus du Gouvernement fédéral, des républiques, des administrations autonomes ou locales ou des organes exécutifs de ces organes représentatifs, ou commet un acte visant à saper les fondements économiques de l'édifice socialiste, à détruire l'unité des peuples de la République Populaire Fédérale de Yougoslavie, ou à modifier la structure fédérale de l'État par la force ou par tout autre moyen anticonstitutionnel, sera puni d'une peine d'emprisonnement ou de la peine de mort.
ARTICLE 109
Tout citoyen de la République Populaire Fédérale de Yougoslavie qui, dans l'intention de renverser l'État et la structure sociale ou de se livrer à toute autre activité hostile à la République Populaire Fédérale de Yougoslavie, entre en rapport avec un État étranger, une organisation étrangère, un groupement d'étrangers ou de réfugiés ou favorise leur activité hostile, sera puni d'une peine d'emprisonnement.
ARTICLE 117
États-Unis : 95 millions de dollars ;
France : 30 millions de dollars ;
Grande-Bretagne : 140 millions de dollars ;
Autriche : 5 millions de dollars.
Le 2 février 1958, le journal hongrois Nepszabadsag a publié le rapport annuel du Bureau central des Statistiques pour 1957. Ces chiffres officiels, bien que sans doute truqués, permettent de se faire une idée de la situation économique en Hongrie.
Pour 1957, la production par tête d'habitant a été de 3 % inférieure à celle des neuf premiers mois de 1956. Cependant, durant la même période, la production des petites entreprises industrielles (coopératives et entreprises privées) a augmenté de 17 %. Ce résultat s'explique par les concessions que le gouvernement a faites au secteur privé après la révolution.
Sur la base de 100 pour 1955, voici quels ont été les indices de production de divers articles : charbon 95, pétrole 42, ciment 84. Ce fléchissement de la production de matières premières a correspondu à une augmentation de la production de biens de consommation : viande 113, sucre 121, bière 116, motocyclettes 212.
Il est intéressant d'établir une comparaison entre ces indices de production et les statistiques de l'emploi. Ainsi, à la fin de septembre 1957, l'industrie nationalisée employait 4.000 ouvriers de plus qu'en septembre 1956, ce qui traduit une nette diminution de la productivité.
Par rapport à l'année précédente, le nombre des employés administratifs et techniques, a diminué de 19.000, tandis que le nombre des ouvriers employés dans les petites coopératives industrielles augmentait de 20.000 et celui des petites entreprises de 26.000.
D'après le rapport, « les prix de revient industriels ont été plus élevés (pour 1957) que durant les années précédentes », mais on ne nous dit pas dans quelle mesure. D'après les chiffres publiés, cette élévation semblerait être d'environ 5 %.
En ce qui concerne la production agricole pour l'année 1956-1957 — qui, grâce à des conditions climatiques particulièrement favorables a été la meilleure depuis 1945 — le rapport fournit les données suivantes.
En 1957, la superficie emblavée a été inférieure de 10 % (285.000 unités cadastrales; hongroises) à celle de l'année précédente. La: surface ensemencée en tournesols et en betteraves à sucre a également diminué. Dans la même période, les cultures fourragères ont gagné 600.000 unités. Cependant, le fait que la production accuse une augmentation de 5 %, malgré la diminution des emblavures, témoigne de l'amélioration des rendements. La production de vin a augmenté d'un million d'hectolitres, atteignant ainsi, en 1957, le chiffre record de 3,3 millions d'hectolitres.
En 1957, il a été utilisé 3,5 millions de quintaux d'engrais chimiques, soit un million de quintaux de plus qu'en 1956.
Les fermes d'État ont exploité 14,4 % de la surface cultivée totale et les coopératives agricoles 11,6 %. Par rapport aux chiffres des années précédentes, il apparaît que la surface cultivée placée sous contrôle communiste (soit 26 %) a diminué d'environ 7 % depuis la Révolution d'octobre.
On a enregistré également un fléchissement de la production forestière. Entre octobre 1956 et octobre 1957, la Hongrie a produit 2,3 millions de m3 de bois, soit 400.000 m3 de moins que durant la période correspondante précédente.
Selon le rapport, le volume des produits agricoles achetés en 1957 a été inférieur au volume de 1956, mais les chiffres exacts ne sont pas indiqués. Il faut noter à ce propos que les livraisons obligatoires de blé ont été abolies en 1956, à la suite de la Révolution d'octobre et qu'elles n'ont pas été rétablies depuis.
En 1957, il a été transporté 127 millions de tonnes de marchandises, soit 3 % de plus qu'en 1955. Pour la même période, le trafic voyageurs a augmenté de 2 %.
Le volume du commerce de détail (secteurs étatisé et privé) a atteint, en 1957, la somme de 52,8 milliards de forints, dépassant de 20 % le volume de 1955. D'après le rapport, la valeur des stocks s'élevait fin 1957 à 15,5 milliards de forints.
En 1957, les importations se sont accrues de 24 %, tandis que les exportations fléchissaient de 18 % par rapport à 1955. Le bilan du commerce extérieur présente, pour 1957, un passif de 2 milliards de forints. Ce déficit a été comblé par un prêt à long terme de 1,2 milliard de roubles consenti par l'U.R.S.S.
Plus des deux. tiers des importations hongroises ont consisté en matières premières (les importations de matières premières ont augmenté de 37 % par rapport à 1955). Les biens de consommation et les denrées alimentaires ont constituté 20 % du total des importations. En revanche, les exportations de biens de consommation ont fléchi de 22 % par rapport à l'année 1955.
Les investissements de 1957 ont été inférieurs de 15 % à ceux de l'année précédente. (En 1956, il n'avait été procédé à aucun investissement après le 23 octobre). La valeur des nouvelles constructions industrielles et installations inutilisées a continué à augmenter en 1957 ; elle atteignait, à la fin de l'année, 13 milliards de forints. En 1957, le deuxième grand haut fourneau des aciéries de Sztalinvaros a été mis à feu. A la fin de 1957, la capacité des centrales électriques dépassait de 8 % celle de 1956. (Il faut noter à ce propos que le rapport prend pour point de comparaison les chiffres de 1956 lorsque ceux de 1955 seraient défavorables.)
Le rapport indique que, en 1957, 76.000 étrangers ont visité la Hongrie et 135.000 ressortissants hongrois ont fait des voyages à l'étranger. (Ces chiffres ne permettent d'établir ni le nombre des Hongrois qui ont pu se rendre dans les pays de l'Occident, ni le nombre des délégués aux divers congrès communistes que comprend le total des visiteurs étrangers. C'est l'État hongrois qui prend à sa charge les frais de séjour des délégués étrangers aux congrès).
1.260.000 enfants ont fréquenté l'école publique (huit ans d'obligation scolaire). Sur ce nombre, 64.000 seulement ont fréquenté l'école maternelle. Les deux tiers des enfants sortis de l'école primaire ont poursuivi leurs études dans des écoles complémentaires, techniques et commerciales. En 1957, le nombre des élèves des écoles techniques et commerciales s'élevait à 90.000, soit 13.000 de plus qu'en 1956. Ce chiffre traduit également le développement de l'artisanat et du commerce de détail.
Le nombre des étudiants universitaires a atteint 33.000 pour l'anné 1957-1958 ; un tiers de ces étudiants étaient inscrits dans les facultés scientifiques.
Bien que la politique économique du gouvernement paraisse souvent contradictoire et se modifie d'un mois à l'autre en fonction de la situation internationale ou des difficultés économiques, elle semble actuellement dirigée par trois principes : (1) un effort de corruption des intellectuels par l'octroi d'avantages matériels, (2) une politique agricole plus libérale visant à obtenir l'accroissement de la production, et (3) la poursuite de l'effort de développement industriel non planifié, le niveau de vie des ouvriers et des employés demeurant peu élevé.
Le nouveau chef du gouvernement, Mûnnich, s'efforce de créer une nouvelle aristocratie composée non pas de fonctionnaires du parti et d'officiers de l'armée, mais surtout d'économistes, de directeurs, de journalistes, d'artistes et de techniciens. Tandis que les ouvriers, les fonctionnaires et les employés sont obligés de lutter très durement pour assurer leur subsistance, on accorde des privilèges et des revenus plus élevés à la « classe nouvelle »
Au centre de Budapest, on a récemment ouvert deux magasins de textile gérés par l'État où l'on vend exclusivement des marchandises importées de l'Occident. La soie importée de Hollande y coûte 450 forints le mètre, les tissus anglais de 600 à 900 forints. Ces prix ne peuvent être payés que par les membres de la nouvelle aristocratie. De même, il a été créé au Ministère des Transports un nouveau service où médecins, artistes, économistes et journalistes peuvent, avec l'autorisation du Ministre, acheter une voiture à tempérament. Le prix varie entre 43.000 et 52.000 forints ; il peut être acquitté en 14 à 36 mensualités.
Un journaliste gagne 5.000 forints par moisNote les journalistes de renom touchent des indemnités exceptionnelles, leurs revenus mensuels pouvant alors atteindre de 12.000 à 15.000 forints. Les acteurs, chanteurs et musiciens gagnent environ 8.000 forints. Les directeurs d'usines reçoivent des primes et peuvent gagner jusqu'à 7.000 à 8.000 forints. Un médecin renommé a un revenu de quelque 15.000 forints.
L'Institut des Relations culturelles s'occupe de faire délivrer assez rapidement aux membres de cette nouvelle aristocratie des passeports valables deux ans. Sur recommandation de cet institut, la Banque nationale peut fournir à ces privilégiés une certaine attribution de devises pour les voyages à l'étranger. Afin d'assurer à ces catégories d'importants revenus, des journaux, des compagnies théâtrales, etc., sont créés tandis que l'on établit de nouveaux postes pour les techniciens et les économistes. Les offices de logement ont l'ordre de les satisfaire en priorité. Les secrétaires des organisations du parti et les chefs de personnel se montrent particulièrement indulgents en ce qui concerne la vie privée de ces privilégiés.
La politique de subvention gouvernementale aux églises entre dans le cadre de cette campagne de corruption. D'après une information émanant de l'agence de presse hongroise M.T.I., le Gouvernement et l'Église ont conclu un accord concernant une aide financière à l'Église. En 1957, l'Église catholique a reçu 32 millions de forints, l'Église réformée 20 millions et l'Église évangélique 6 millions. En outre, 14 millions de forints ont été alloués pour les travaux de restauration des églises. En 1958, les églises ont reçu de nouveau 12 millions de forints. Ainsi, l'ensemble des subventions aux églises atteint 75 millions de forints. Un certain nombre de prêtres catholiques se sont laissés enrôler dans une Commission de la Paix patronnée par le Gouvernement, connue sous le nom de OpusPacis et présidée par l'évêque Grôsc. Certains prêtres membres de la Commission sont également employés à des oeuvres de propagande directe. D'après le journal Delmaggar-Orszag de Szeged (23 janvier 1958), les membres de la Commission de la Paix ont tenu à Szeged un « Congrès de la Paix » au cours duquel le Dr. Kornel Pataki, Directeur episcopal, a prononcé un discours prosoviétique.
L'abolition de la. livraison obligatoire des récoltes décrétée par le Gouvernement Nagy a été maintenue par Kadar-Miinnich. Il semble que cette mesure, assortie de la liberté d'achat des produits agricoles par l'État, ait donné quelques résultats. L'éditorialiste du journal Nepszava de Budapest écrivait à ce sujet le 27 février 1958 :
« ...L'abolition de la livraison obligatoire se justifiait-elle ? Instruits par l'expérience de l'année écoulée, nous pouvons d'ores et déjà répondre sans ambages : oui, cette abolition était justifiée et nécessaire. Sous le nouveau régime, les achats des produits agricoles n'ont guère été inférieurs, l'année dernière, à ceux de 1956 qui comprenaient les livraisons obligatoires. Cette même année, les paysans ont vendu aux entreprises de l'État une quantité de produits beaucoup plus élevée que celle qui avait été prévue. Ils ont aussi livré plus de boeufs et de porcs que durant les années précédentes ; alors que, en 1955, 70.000 tonnes de porcs avaient été livrées sous le régime obligatoire, les entreprises commerciales de l'État ont pu, en 1957, en acquérir 100.000 tonnes. En raison de la vente libre et des prix plus élevés, le poids moyen du bétail acheté a été nettement supérieur. Simultanément, on a constaté une augmentation très considérable des ventes de produits agricoles sur le marché libre, c'est-à-dire directement au consommateur. Il en a été ainsi surtout du bétail et des produits laitiers, notamment de la viande, des matières grasses, de la volaille, du lait et des oeufs. Les livraisons sur les marchés de Budapest ont été de 90 % supérieures à celles de 1956 et l'augmentation de l'offre a provoqué une certaine baisse des prix moyens. De plus, la population paysanne a pu conserver d'importantes provisions de produits agricoles et n'a plus été obligée d'avoir recours aux stocks publics. Il en est résulté que, l'année dernière, les magasins ont vendu 100 millions de kilogrammes de pain et 60 à 70 millions de kilogrammes de farine de moins que durant l'année précédente. »
L'article suivant, paru dans le journal provincial Dunantuli Naplo, témoigne aussi de cette politique plus libérale :
« Dans le village de Kisszentmarton, six familles ont constituté une coopérative pour l'utilisation d'équipement agricole. Elles ont acquis, dans une station de machines agricoles voisines, un tracteur pour la somme de 5.800 forints. L'une des familles assure l'entretien du tracteur qui n'est utilisé que pour la culture des 60 unités de terre appartenant aux membres de cette coopérative. »
Pareille association constitue une nouveauté en Hongrie. Le journal ne dit pas qui a autorisé la vente du tracteur, les machines des stations étant propriété de l'État. C'est, en tout cas, la première fois que la presse hongroise signale l'existence de coopératives de ce genre.
La situation de l'industrie a été décrite dans un éditorial du Nepzabadsag du 25 février 1958 qui souligne notamment la nécessité de mesures d'économie dans ce secteur :
« Au cours des derniers mois, de nombreux contrôleurs ont visité les usines pour voir quelles mesures avaient été prises en vue d'économiser les matières premières. L'impression retirée n'a guère été favorable. En effet, l'utilisation rationnelle des matières premières est aujourd'hui le moindre des soucis de l'industrie. En théorie et en paroles, chacun en reconnaît l'importance, mais dans la pratique le gaspillage continue.
Dans la plupart des usines, les normes fixées pour l'emploi des matières premières ne sont pas observées. (Ces normes déterminent la quantité de matières premières qui peuvent entrer dans la fabrication d'un produit donné). Il y a même des usines où il n'existe aucune norme, par exemple dans la construction de machines électriques ou la production de câbles. Dans d'autres cas, les normes sont si imprécises qu'elles incitent au gaspillage ; c'est ce qui se passe, par exemple, à la fabrique d'automobiles de Csepel. Le gaspillage est particulièrement grave dans les fonderies et les aciéries. Il arrive souvent, lors du découpage et du laminage, que les déchets représentent un poids égal au produit fini. On cite le cas d'un tour sorti d'une usine fabriquant des articles d'acier et des machines-outils dont le poids dépasse de 10 % celui qui est indiqué au catalogue. On constate des différences de 200 à 400 kilos sur des machines de même type.
Dans certaines usines ces normes très larges sont même dépassées. C'est ainsi qu'un contrôle opéré dans une usine fabriquant du matériel téléphonique a permis de découvrir que les matières premières utilisées effectivement dépassaient de 50 % la norme prévue. Le système de comptabilité-matières appliqué dans nos usines est imprécis et défectueux ; il conduit aux abus et-au gaspillage. Un très grand nombre de nos usines n'ont qu'un système de contrôle rudimentaire ou pas de contrôle du tout. »
Outre le gaspillage des matières premières, les vols continuent, tout comme avant la révolution. La presse hongroise, qui mène une vaste campagne en faveur du relèvement de la production, dévoile continuellement des cas de vols et d'escroqueries qui, comme sous le régime Rakosi, se produisent dans tous les milieux de la société hongroise.
Cela ressort d'un court article paru dans le Nepszabadsag du 26 février 1958 :
« Sur instruction des services de logement de la capitale, il a été procédé à la vérification des comptes relatifs à certaines réparations d'immeubles effectuées après la contre-révolution. Le contrôle de 249 comptes établis par de petites entreprises indépendantes a démontré que sur les 5,5 millions de forints figurant dans ces comptes, 20 %, soit plus d'un million, n'étaient pas justifiés. Le contrôle des comptes d'entreprises de l'État et de coopératives a révélé des écarts de 12 à 13 %. Or, le total des affaires traitées par des petites entreprises s'élève non à 5,5 millions de forints, mais à 69 millions, tandis que les affaires traitées par les entreprises d'État et les coopératives se chiffrent au total à 584 millions de forints. Ainsi, les écarts semblent devoir atteindre au total plusieurs dizaines de millions de forints... »
On apprend (en mars) de bonne source de Budapest que les directions des entreprises nationalisées de l'industrie, du commerce et des transports auraient reçu l'ordre confidentiel de débaucher de 7 à 14 % de leur main-d'oeuvre.
Ces instructions sont manifestement en rapport direct avec la pénurie des matières premières. Toutefois, les chefs communistes ne pouvant ni admettre ce fait, ni reconnaître l'existence du chômage, les ouvriers débauchés sont, selon les organes du parti, des contre-révolutionnaires.
Il semblerait donc que, dans un prochain avenir, 250.000 personnes seraient appelées à perdre leur emploi sans être considérées comme étant en chômage et sans avoir droit à une aide financière quelconque.
Au mois de juin dernier, un nouveau plan triennal pour le développement de l'économie nationale hongroise a été publié par le Gouvernement Munnich. Bien que ce plan ne soit pas encore connu dans tous ses détails, il semble être modéré et prouver que les dirigeants du pays ont abandonné l'idée de faire de la Hongrie un producteur important de produits sidérurgiques.
A l'intérieur du parti, Kadar doit mener la lutte sur deux fronts. D'une part, il lui faut combattre les partisans d'une politique stalinienne (Rakosi) qui, en cherchant à démontrer qu'il est vain de faire appel aux dirigeants du parti communiste d'U.R.S.S., s'efforcent de recouvrer leur ancienne influence ; d'autre part, il s'oppose au « révisionnisme » des partisans communistes de Nagy et du groupe socialiste paysan de Bibo. Depuis décembre 1957, il a réussi, semble-t-il, à réduire l'influence des staliniens. C'est ce qui paraît ressortir des faits que voici :
L'hebdomadaire Magyarorszag a annoncé, dans son numéro du 31 décembre 1957, la dissolution du cercle Tancsics qui avait été constitué après la répression de la Révolution d'octobre par l'aile stalinienne du parti communiste afin de combattre l'influence du cercle de Petôfi. Le communiqué publié à ce propos déclarait : « Le cercle a rempli sa mission ». En même temps, le Magyarorszag, organe officiel du cercle et certainement le périodique le plus staliniste de Budapest — il réclamait sans cesse la liquidation des « milieux contre-révolutionnaires » encore existants — a cessé de paraître.
En mars dernier, on annonçait officiellement de Budapest que Mme Magda Joburu, ministre de la Justice, était relevée de ses fonctions et remplacée par M. Pal Ilku.
Magda Joburu était étroitement liée à Josef Revai et appartenait à l'aile gauche (stalinienne) du parti communiste hongrois que Ferenc Munnich voudrait reléguer à l'arrière-plan. Outre Mme Joburu, d'autres staliniens ont été évincés de postes importants : Janos Zsombor, ancien rédacteur en chef de l'hebdomadaire Magyarorszag, qui a été envoyé à Moscou comme correspondant du journal Nepszabadsag, et Marton Lovas, rédacteur principal de l'hebdomadaire, devenu correspondant d'un journal économique. Les membres les plus importants du cercle stalinien Tancsics ont été envoyés en province à des postes peu importants du secrétariat du parti.
Pal Ilku, nouveau ministre de l'Enseignement, est un partisan typique de Mùnnich. Sa seule qualification pour le poste qu'il occupe est d'avoir été, il y a vingt ans, maître d'école primaire. Depuis 1945, il était à l'état-major de l'armée et, à plusieurs reprises, il a assumé les fonctions de suppléant du ministre de la Défense.
A l'occasion du 40e anniversaire de la création du parti communiste hongrois, le Nepszabadsag, journal de Budapest, a publié, le 25 mars 1958, un article sur les fondateurs du parti communiste. D'après cet article, le premier groupe communiste a été constitué à Moscou le 24 mars 1918 par Bela Kun, Tibord Szamuely et Ernôp Or. Il n'a pas été fait mention de Matyas Rakosi. A l'occasion de chaque anniversaire du parti entre 1945 et 1956, le nom de Bela Kun avait été complètement passé sous silence, tandis que Rakosi était proclamé fondateur du parti et héros de la révolution de 1919.
Avant l'exécution de Nagy, la politique de Kadar à l'égard des révisionnistes revêtait un double aspect : elle visait, d'une part, à maintenir le règne de la terreur et à exécuter les partisans de Nagy et, d'autre part, à ne pas ouvrir le procès de Nagy lui-même. Cette politique s'expliquait en grande partie par l'incertitude où l'on se trouvait quant aux intentions de l'U.R.S.S.
La même politique s'est manifestée par des déclarations de Szirmai sur le rôle de la presse. Il a laissé entendre que le groupe Kadar voulait abandonner les méthodes employées par Rakosi et que ses idées politiques étaient fort éloignées de celles des staliniens hongrois. Il est intéressant de noter que Szirmai a invité la presse à ne pas rechercher, dans ses éditoriaux et autres articles, les responsabilités du soulèvement de 1956. Cette consigne visait notamment Imre Nagy et Pal Maleter. Des journalistes lui ayant demandé si des procès politiques étaient prévus pour le premier trimestre de 1958, Szirmai a répondu par un non catégorique. Il a invité la presse à manifester plus d'intérêt pour la Yougoslavie et à envoyer des correspondants à Belgrade. Il a mentionné également les difficultés économiques du pays en ajoutant toutefois qu'il n'y aurait pas de pénurie de biens de consommation, ni même de certains produits de luxe, le Gouvernement étant décidé à tout faire pour améliorer le niveau de vie. Les difficultés économiques seraient sans doute surmontées grâce à de nouveaux crédits soviétiques.
Laszlo Gyaros, porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères, a déclaré, au cours d'une conversation privée avec un journaliste important, que le groupe Kadar n'avait pas voulu la condamnation de Tibor Dery et de ses collègues. A l'époque du procès, les «milieux d'extrême gauche » étaient plus influents qu'ils ne le sont à l'heure présente. Il a ajouté que tous les écrivains emprisonnés seraient bientôt relâchés, que le contrôle sévère des activités des intellectuels serait levé et que seuls les criminels de droit commun reconnus coupables de vol ou de meurtre seraient condamnés. La formule « milieux d'extrême gauche » visait surtout le cercle Tancsics et la rédaction de l'hebdomadaire supprimé Magyarorzag.
Depuis 1949, les écoles du parti n'avaient jamais cessé de fonctionner en Hongrie. Les membres du parti, mais aussi d'autres personnes, notamment tous les fonctionnaires de l'État, étaient tenus d'assister aux réunions de cellules. Les manuels utilisés étaient : Histoire succincte du parti communiste soviétique et La vie de Staline ainsi que diverses brochures du parti sur la politique internationale et économique.
Faute de matériel d'enseignement, ces cours ont été interrompus après la Révolution d'octobre. Ce n'est qu'en octobre 1957 qu'ils ont été repris, mais uniquement pour les membres du parti. Le Nepszabadsag du 14 février 1958 publie un rapport sur ces cours, rédigé par MmB Ilo-na Vigh et intitulé Bilan semestriel. On y lit notamment :
« Les cours de Budapest sont fréquentés par environ 70.000 personnes » (en 1955, 225.000 personnes étaient astreintes à fréquenter les cours à Budapest).
Qu'enseigne-t-on aujourd'hui aux communistes de Budapest? Mme Vigh décrit deux cours. Le premier s'intitule Problèmes actuels. Il est consacré aux événements de la « contre-révolution» et à la politique d'Imre Nagy et de Rakosi. Il serait très fréquenté, mais il s'agit plutôt d'un groupe de discussion que d'un cours proprement dit.
Le deuxième cours, Problèmes du marxisme- léninisme, paraît être plus technique, mais il se heurte à des difficultés à propos desquelles Mme Vigh remarque :
«L'étude des oeuvres de Marx, Engels et Lénine est extrêmement difficile. Nous devrions nous attacher davantage à la justification de la lutte des classes, à ses formes et à ses méthodes. Il y a, par exemple, de nombreuses personnes qui ne comprennent pas la possibilité d'une révolution socialiste par des moyens pacifiques. »
Depuis la fin du culte de Staline, le parti communiste hongrois manque en outre de publications mises à jour. Mme Vigh réclame un nou-r veau manuel sur le marxisme-léninisme. En attendant, il faudrait organiser des cours sur la base de textes spécialement établis.
Cet article démontre que l'enseignement du parti, tel qu'il se fait actuellement, n'est plus que l'ombre de ce qu'il était. Non seulement les communistes marquent peu d'empressement à étudier le marxisme-léninisme, mais il leur manque également les connaissances de base nécessaires.
On continue à arrêter, à incarcérer et à exécuter les personnes qui ont participé à la révolution. La résistance active a fait place à une sombre résignation. Néanmoins, le Gouvernement n'a pas même réussi à gagner à sa cause les catégories de la population auprès,desquelles il a déployé les plus grands efforts.
Dans une déclaration faite à la dernière session du Parlement hongrois, le procureur Geza Szenasi a dit :
«Actuellement, nous avons un camp d'internement où sont détenues 1.869 personnes. Un quart de ces personnes ont été internées pour refus de travailler ou des délits similaires. Je crois qu'il est nécessaire d'utiliser aussi ce camp pour combattre les éléments parasitaires de notre économie. »
Le camp dont il s'agit est situé à Kistarcsa, à l'est de Budapest. Selon des information de bonne source, il y aurait là quelque 8.000 détenus.
En ce qui concerne les « éléments parasitaires » mentionnés par le procureur Szenasi, l'administration prend d'ores et déjà des mesures contre eux. Un certain nombre de grands exportateurs, de commerçants et d'hommes d'affaires moins importants ont déjà été internés. Bien que la durée de l'internement soit légalement limitée à six mois, de nombreuses personnes se trouvent internées dans le camp depuis mars 1957.
Selon des informations de bonne source parvenues de Hongrie, le Gouvernement hongrois aurait fermé le camp d'internement de Kistarcsa au début de mars. Certains internés auraient été transférés à la caserne de police de Mosony Utca et à la prison centrale, toutes deux situées à Budapest.
M. Ferencs Nezval, ministre de la Justice de Hongrie, a annoncé en mars, lors d'une conférence de presse, la réorganisation du barreau hongrois.
Selon le ministre, cette réorganisation était nécessaire du fait que « certains membres du barreau n'étaient pas compétents pour remplir les tâches qui leur incombaient et qu'ils entravaient complètement l'action des tribunaux et autres instances, rendant impossible l'application de la justice socialiste ».
Le statut des avocats est fixé par un décret qui stipule que la profession ne peut être exercée que dans le cadre des « associations d'avocats ». Un avocat ne peut s'occuper d'une affaire privée que dans certains cas exceptionnels avec l'autorisation du ministre de la Justice. M. Nezval a ajouté : « Si le barreau s'est montré incapable de remplir sa tâche, c'est surtout en raison de conflits entre ses membres. Il fallait donc se débarrasser des éléments indésirables. »
Aux termes du nouveau décret, le barreau n'est plus autonome. Son administration appartient à des délégués nommés par le ministre. Des cours disciplinaires, dont les membres ne sont plus élus, mais désignés d'office, veillent à la discipline professionnelle. Les inscriptions au barreau sont soumises au contrôle de commissions de cinq membres désignés par le ministre de la Justice. Il existe une telle commission pour chaque comté et pour chaque arrondissement de Budapest. Ces commissions comprennent non seulement des avocats, mais aussi d'autres personnes connaissant les conditions locales.
Les nouvelles inscriptions au barreau sont reçues jusqu'au 31 août 1958, Le nouveau décret ne permet point aux avocats de remplir normalement leurs fonctions. Le contrôle des barreaux, non seulement par des juristes, mais aussi par des personnes « connaissant les conditions locales » a pour conséquence que seuls les juristes jouissant de la confiance du parti communiste hongrois sont autorisés à exercer leur profession dans le cadre de l'Association.
Dans son numéro du 3 mars 1958, l'hebdomadaire de la jeunesse communiste Magyar Ufjusag a déclaré que les étudiants des facultés de droit continuaient à résister au régime communiste. L'auteur de l'article se plaignait de ce que les organisations de jeunesse ne faisaient pas leur devoir : « ...Au cours des semaines passées de nouveaux slogans provocateurs sont apparus sur les murs et quantité de tracts ont été trouvés sur les rebords des fenêtres. Aussi le Kisz (Mouvement de la Jeunesse communiste) a-t-il tenu une réunion officielle à laquelle participaient également des étudiants indignés par de telles provocations. La réunion a été fort animée. Vingt-trois étudiants sont intervenus. Récemment, Tuttosy, étudiant de la Faculté de Droit, a passé en jugement sous l'inculpation d'instigation à la contre-révolution et de participation aux assassinats de Csepel. La plupart des étudiants de l'Université ont approuvé la condamnation des responsables, mais certains étudiants ont organisé une « manifestation de deuil » à l'annonce de ce verdict mérité. Ils ont donné des signes de colère lorsque le procureur a traité de fasciste l'étudiant Laszlo Ravasz, l'un des principaux chefs de la contre-révolution.
Certaines personnes font une propagande ouverte contre le Mouvement de la Jeunesse communiste, non seulement dans les universités, mais aussi dans les foyers d'étudiants »
On ne sait pas exactement qui sont les étudiants condamnés Tuttosy et Ravasz. Aucune information officielle n'a encore été publiée concernant leur procès ou leur condamnation. Quoi qu'il en soit, il est intéressant de noter que, malgré l'atmosphère de terreur qui les environne, les étudiants des universités hongroises osent s'exprimer ouvertement et protester lorsque l'on traite de fascistes leurs condisciples impliqués dans la révolution.
Tout comme dans les années précédentes, les prix Kossuth ont été attribués à Budapest, le 15 mars 1958, aux artistes et aux hommes de science les plus méritants. Cependant, cette fois-ci, il n'a été décerné que 31 prix Kossuth (c'est-à-dire un nombre relativement réduit). Il est intéressant d'observer à ce propos qu'aucun écrivain ne figurait cette année parmi les lauréats. Il apparaît donc à l'évidence que, jusqu'à présent, les écrivains n'ont pas répondu aux avances du régime.
It is clear, therefore, that writers have not so far succumbed to the blandishments of the regime.
Le Comité spécial des Nations Unies a établi que le général Maleter avait été arrêté le 3 novembre 1956 au Quartier général soviétique de Tokol, dans l'île de Czspel, où il s'était rendu en qualité de ministre de la Défense du Gouvernement Nagy et de chef de la délégation militaire hongroise chargée de négocier avec le haut commandement soviétique. En cette qualité, il se trouvait protégé par les principes reconnus du droit international. Le 3 novembre, à la réunion du Conseil de Sécurité, le délégué hongrois a déclaré — ce qu'a confirmé le délégué soviétique — que de telles négociations se déroulaient effectivement.
Déclaration de Kadar :
« Moi qui étais membre du Gouvernement Nagy, j'affirme qu'à ma connaissance ni Nagy ni ses partisans politiques n'ont délibérément soutenu la contre-révolution. »
Janos Kadar déclare à une délégation de travailleurs hongrois qu'il ne croit pas qu'Imre Nagy ait provoqué ou favorisé la « contre-révolution », mais qu'il a été dépassé par les événements. « Imre Nagy n'est pas en état d'arrestation »-ajoute-t-il. « Il a quitté le Parlement de son plein gré et; ni le Gouvernement ni les troupes soviétiques ne cherchent à restreindre sa liberté de mouvement. II appartient à lui seul de décider s'il veut exercer une activité politique. »
Le Comité des Nations Unies a examiné dans quelles circonstances Imre Nagy et ses compagnons ont été enlevés le 22 novembre 1956 après avoir quitté l'Ambassade yousgoslave à Budapest où ils avaient trouvé asile. Cet enlèvement a eu lieu après qu'une promesse de sauf-conduit et d'immunité eut été fournie dans une lettre adressée le 21 novembre 1956 par Kadar, en sa qualité de Président du Conseil des Ministres, au Gouvernement de la République Fédérale Populaire de Yougoslavie.
Kadar écrivait notamment :
« Pour mettre un terme à cette affaire, le Gouvernement hongrois, se ralliant à la proposition formulée au paragraphe 8 de la page 3 de la lettre que le Gouvernement yougoslave m'a adressée le 18 novembre 1956, confirme par écrit, comme il en a déjà donné l'assurance verbale, qu'il n'entend pas exercer de sanctions contre Imre Nagy et les membres de son groupe pour leurs activités passées. Nous prenons acte du fait que l'asile accordé au groupe prendra ainsi fin et que les intéressés quitteront l'Ambassade de Yougoslavie pour rentrer librement chez eux. »
Communiqué du Gouvernement hongrois :
« Imre Nagy et quelques-uns de ses compagnons se sont rendus en Roumanie conformément à une requête qu'ils avaient précédemment formulée »
Déclaration de Kadar :
« Nous avons donné l'assurance que nous n'engagerions pas de poursuites contre Imre Nagy et nous tiendrons parole .»
M. Preoteama, ministre des Affaires étrangères de Roumanie, déclare devant l'Assemblée Générale des Nations Unies que le Gouvernement roumain, interrogé par le Gouvernement hongrois au sujet de M. Nagy, « avait donné l'assurance que le groupe bénéficierait, lors de son séjour en Roumanie, de toutes les règles de l'hospitalité, et que toutes les mesures nécessaires seraient prises pour assurer la sécurité personnelle de M. Nagy et de ses amis. En même temps, le Gouvernement roumain avait donné l'assurance qu'il observerait les règles internationales du droit d'asile politique ».
Dans un discours prononcé au Kremlin, Janos Kadar accuse Nagy non seulement d'avoir miné le parti de l'intérieur, mais aussi d'avoir préparé sa destruction en collaboration avec les forces sinistres de la réaction.
Le volume IV du Livre Blanc hongrois explique qu'Imre Nagy « avait abusé de ses fonctions. Au lieu de défendre le régime constitutionnel, il s'était servi de ses fonctions de Premier Ministre pour favoriser une tentative de renversement de l'ordre constitutionnel ».
Dans un éditorial, Janos Kadar parle avec mépris de « ceux qui, comme Imre Nagy, ont trempé dans la trahison ». Quatre jours plus tard on apprenait de Budapest et de Moscou que Nagy avait été condamné à mort et exécuté.
« Le Comité spécial s'est réuni ce matin pour examiner les circonstances entourant la récente annonce faite par Moscou et Budapest de l'exécution d'Imre Nagy, de Pal Maleter et de deux de leurs compagnons.
Pour l'aider dans l'examen de ces tragiques événements, le Comité était saisi du texte de la déclaration publiée par le Gouvernement hongrois le 16 juin, date de la première annonce des procès, ainsi que d'une récente déclaration de Belgrade dans laquelle le Gouvernement yougoslave rappelait les assurances qui lui avaient été données par Janos Kadar lorsque Imre Nagy avait quitté l'asile de l'Ambassade yougoslave de Budapest le 22 novembre 1956 :
«... Il (le Gouvernement hongrois) n'entend pas exercer de sanctions contre Imre Nagy et les membres de son groupe pour leurs activités passées. Nous prenons acte du fait que l'asile accordé au groupe prendra ainsi fin et que les intéressés quitteront l'Ambassade de Yougoslavie pour rentrer librement chez eux. »
Le rapport du Comité, déjà soumis à l'Assemblée Générale et approuvé par elle, relate les circonstances dans lesquelles Imre Nagy, ayant quitté l'Ambassade de Yougoslavie, fut arrêté et conduit vers une destination inconnue, indiquée ultérieurement par les autorités hongroises comme étant la Roumanie ; il rappelle également les efforts infructueux qu'il entreprit plus tard pour obtenir du Gouvernement roumain de pouvoir rencontrer Imre Nagy dans l'intérêt de l'enquête du Comité.
Le Comité constate que le Gouvernement hongrois n'a jamais répondu à sa lettre du 20 décembre 1957. Dans cette lettre, le Comité attirait l'attention du Gouvernement hongrois sur l'inquiétude qui continuait à s'exprimer dans le monde entier au sujet du sort des hommes et des femmes ayant joué un rôle dans les événements de Hongrie d'octobre et de novembre 1956. Il faisait observer que cette inquiétude persisterait tant que le régime hongrois actuel ne se conformerait pas à la Résolution de l'Assemblée Générale du 14 septembre 1957 qui faisait appel aux autorités hongroises «pour qu'elles mettent fin aux mesures de répression prises contre le peuple hongrois ».
Le Comité constate que, depuis la révolte hongroise d'octobre 1956, les Nations Unies ont adopté un certain nombre de résolutions invitant l'Union Soviétique à retirer ses troupes de Hongrie afin de créer un climat permettant l'organisation d'élections libres. Tous ces appels sont restés sans effet. L'exécution d'Imre Nagy et de ses compagnons démontre que l'oppression du peuple hongrois ne s'est pas relâchée et que le régime de terreur qui était établi lors de l'entrée des forces russes en Hongrie au début de novembre 1956 continue de régner.
Le Comité constate que la récente déclaration du Gouvernement hongrois annonçant les exécutions était imprécise et vague sur de nombreux points. On peut notamment se demander : quels ont été les déplacements des détenus entre l'enlèvement de Nagy et le moment des procès ? Dans quels pays ont-ils été jugés ? Où ont-ils été exécutés? Quel a été le contenu exact de l'acte d'accusation? En vertu de quelles lois et selon quelle procédure ont-ils été jugés et condamnés — lois et procédure en vigueur au moment de la révolte ou lois promulguées ultérieurement ? Ce sont là des questions sur lesquelles les Nations Unies |sont [en droit d'être pleinement informées.
!En conséquence, le Comité lance un appel aux Gouvernements intéressés qui disposeraient de renseignements quelconques concernant les circonstances de l'arrestation, du jugement et de l'exécution d'Ime Nagy, de Pal Maleter et de leurs deux compagnons pour qu'ils lui communiquent ces renseignements.
Le Comité déplore ce nouvel événement tragique où des hommes, symbolisant l'espoir d'une nation de se libérer de la domination étrangère, ont été secrètement envoyés à la mort dans des circonstances qui doivent être pleinement élucidées, en violation d'engagements solennels qu'il ne serait pas porté atteinte à leur personne et au mépris du jugement et de l'opinion des Nations Unies. Le Comité exprime les grandes préoccupations que lui inspire la crainte que la fin de cette répression et de ces exécutions ne soit pas encore en vue. »
« Le Comité des Ministres
N'a jamais cessé d'affirmer son émotion devant les épreuves du peuple hongrois, ses sentiments de solidarité envers celui-ci, ainsi que son extrême préoccupation devant le sort qui avait été réservé au président Imre Nagy, au général Maleter et à leur compagnons de. lutté pour la cause de l'indépendance.
Profondément ému à l'annonce de l'exécution de ces patriotes hongrois, au mépris de la parole donnée et en violation des droits fondamentaux de l'homme, le Comité des Ministres exprime ses sentiments d'horreur et d'indignation devant ces actes inhumains.
Le Comité des Ministres rend hommage à leur mémoire, assuré qu'ils demeureront à jamais un exemple lumineux pour tous ceux qui sont attachés à la cause de la liberté.
Il adresse sa profonde sympathie au peuple hongrois. »
Lettre adressée par M. Edwards M. P., Président du groupe socialiste de l'Assemblée Consultative du Conseil de l'Europe à Son Excellence Monsieur Pal Fôldes (Légation de Hongrie à Londres)
Londres, le 20 juin 1958.
Monsieur le Ministre,
C'est avec horreur et consternation que tous les socialistes d'Europe ont appris le jugement secret et l'exécution clandestine de M. Nagy et de ses compagnons. Au nom des soixante-dix membres socialistes de l'Assemblée Consultative du Conseil de l'Europe, je dois élever auprès de vous la protestation la plus vigoureuse contre ce comportement barbare et inhumain qui rend presque impossibles des relations humaines normales entre nos peuples.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments distingués.
Signé : John Edwards.
« Au moment où, bouleversé et horrifié, le monde entier apprend avec une profonde tristesse la nouvelle de l'exécution d'Imre Nagy, de Pal Maleter et d'autres leaders hongrois, il est important de relever quelques faits susceptibles d'échapper à l'attention générale :