Attitude à l’égard des monuments commémoratifs faisant l’objet de différentes interprétations historiques dans les Etats membres du Conseil de l’Europe
Réponse à Recommandation
| Doc. 12188
| 30 mars 2010
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- adoptée
à la 1080e réunion des Délégués des Ministres (24 mars 2010) 2010 - Deuxième partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 1859
(2009)
- Thesaurus
1. Le Comité des Ministres
a pris connaissance avec intérêt de la
Recommandation 1859 (2009) de l’Assemblée parlementaire sur l’ ”Attitude à l’égard
des monuments commémoratifs faisant l’objet de différentes interprétations
historiques dans les Etats membres du Conseil de l’Europe” et l’a
portée à l’attention des gouvernements de ses Etats membres.
2. Au regard de sa riche expérience dans le domaine de l’enseignement
de l’histoire et conforté dans son action par l’engagement renouvelé
envers les valeurs et les principes communs enracinés dans le patrimoine culturel,
religieux et humaniste de l'Europe, formulé par les chefs d’Etat
et de gouvernement lors du Troisième Sommet, le Conseil de l’Europe
a un rôle à jouer pour le maintien d’une mémoire objective de l’histoire
dans les Etats membres. La formation de citoyens conscients de leur
environnement européen et mondial, capables d’analyses et de jugements
critiques et conscients de la diversité culturelle de leur société
s’inscrit dans cet objectif, tout comme le développement de la prise
de conscience, parmi les citoyens, des dangers des régimes totalitaires,
quelle que soit leur orientation politique, en gardant à l’esprit
l’histoire de l’Europe du 20e siècle.
3. Le Comité des Ministres réaffirme son attachement aux principes
et orientations générales relatives à l’enseignement de l’histoire
au 21e siècle qui figurent dans sa Recommandation
Rec(2001)15. Il souligne en particulier l’intérêt de la mise en
œuvre de pédagogies actives pour l’acquisition de compétences et
attitudes reposant sur le sens du dialogue, le respect de l’autre
et la tolérance, ainsi que la prise en compte d’approches multi
perspectives, les capacités de recherches et de jugements personnels.
Ces pédagogies peuvent s’appliquer à la sensibilisation à l’égard
des monuments commémoratifs et à leurs interprétations et à leur protection
en tant qu’éléments du patrimoine culturel et de lieux historiques
symboliques, notamment en vue du 65e anniversaire
de la victoire sur le nazisme qui sera commémoré en 2010.
4. Le projet “Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la
prévention des crimes contre l’humanité”, mené dans le cadre du
Comité directeur de l’éducation (CDED), valorise également les fonctions pédagogiques,
préventives et socialisantes des monuments commémoratifs. Plusieurs
activités ont été co-organisées ces dernières années dans les lieux
authentiques de mémoire. Parmi celles-ci, des rencontres de sensibilisation
visant au développement de curricula adéquats sur l’enseignement
de la mémoire de l’Holocauste pour la prévention des crimes contre
l’humanité et des sessions de formation de formateurs ont été organisées
sur des lieux de mémoires authentiques. Le Comité des Ministres
attache beaucoup d’importance aux activités mises en œuvre dans
le cadre de ce projet et en étudie de près les orientations futures,
y compris les moyens de contribuer à faciliter les échanges internationaux
sur certaines questions historiques. Il salue également les perspectives
qu’offrira la mise en œuvre du Mémorandum d’accord avec la “Task
Force for International Co-operation on Holocaust, Education, Remembrance
and Research (ITF)”.
5. Pour ce qui concerne les recommandations spécifiques formulées
par l’Assemblée, le Comité des Ministres porte à son attention les
commentaires et suggestions du Comité directeur pour le patrimoine
culturel et le paysage (CDPATEP) qui figurent en annexe à cette
réponse. S’agissant plus particulièrement de la création d’un centre
d’expertise dans le domaine des recherches historiographiques et
archéologiques, le Comité des Ministres n’envisage pas, au regard
des contraintes budgétaires actuelles, de donner suite à cette proposition.
Annexe à la réponse
Commentaires du Comité directeur pour
le patrimoine culturel et le paysage (CDPATEP)
1. Le Comité directeur pour le
patrimoine culturel et le paysage (CDPATEP) a pris connaissance
avec intérêt du texte de la recommandation de l’Assemblée parlementaire
et des diverses suggestions qu’elle introduit. Il observe d’emblée
que si ses travaux antérieurs n’ont pas visé directement la question
des monuments commémoratifs, il a développé une réflexion allant
dans le sens de la problématique soulevée par l’Assemblée.
2. Ainsi, dans le contexte d’une réflexion générale sur le sens
du patrimoine culturel dans des sociétés en changement, la publication
“Patrimoines européens des frontières – Points de rupture, espaces
partagés” a permis en 2004 d’aborder la question des interprétations
successives ou parallèles dans le temps et souvent divergentes d’éléments
du patrimoine situés dans des régions ayant connu des conflits ou
des changements de souveraineté. La réflexion s’est ensuite poursuivie
lors des travaux préparatoires de la Convention-cadre sur la valeur
du patrimoine culturel pour la société (Faro, 2005) qui introduit,
de manière inédite dans un texte de cette portée juridique, des
dispositions relatives à l’interprétation du patrimoine tout en
mettant en lumière la notion du “patrimoine commun de l’Europe”.
Sous l’article 7 de la Convention, intitulé “Patrimoine culturel
et dialogue”, il est demandé aux pouvoirs publics “d’encourager
la réflexion sur l’éthique et sur les méthodes de présentation du
patrimoine culturel ainsi que le respect de la diversité des interprétations”
et “d’établir des processus de conciliation pour gérer de façon
équitable les situations où des valeurs contradictoires sont attribuées
au même patrimoine par diverses communautés”.
3. Avant même l’achèvement du processus de ratification et d’entrée
en vigueur de la Convention de Faro, un groupe multidisciplinaire
d’experts a poursuivi la réflexion sur ces thèmes dans le cadre
du projet “Identités culturelles, valeurs partagées et citoyenneté”
(2006-2007) ayant abouti à la publication du “Guide des valeurs pour
la vie en démocratie” et du “Manifeste européen pour la multiple
appartenance culturelle”. Le point 7 de ce Manifeste retient que,
pour le citoyen d’une Europe attachée aux valeurs fondamentales
qu’exprime notamment le Conseil de l’Europe, “connaître sa propre
histoire passe par la rencontre de l’histoire de l’Autre et l’inclusion
de cette histoire dans la sienne propre”. En gardant à l’esprit
que le patrimoine archéologique tout comme le patrimoine architectural
sont des éléments essentiels pour la connaissance du passé, cette approche
est à mettre en parallèle avec des travaux antérieurs dans le domaine
de la pédagogie du patrimoine et avec les travaux du secteur de
l’éducation en matière de multiperspectivité dans l’enseignement
de l’histoire. Les démarches innovantes du Conseil de l’Europe sur
ce terrain ont été évoquées lors du premier Forum européen du patrimoine
organisé dans le contexte des Journées européennes du Patrimoine
en Belgique en 2008 sur le thème “Patrimoine et dialogue”.
4. Le CDPATEP sera amené à revenir sur le point de l’appréhension
et de l’interprétation des patrimoines sous l’angle du suivi des
conventions. La suggestion de l’Assemblée de promouvoir l’organisation
de conférences internationales d’experts en matière d’interprétation
de patrimoines historiques controversés (point 3.1 de la recommandation)
paraît tout à fait judicieuse. De telles conférences pourraient
se tenir avec le concours matériel des pays et de collectivités
locales et constituer des études de cas spécifiques apportant de la
matière aux travaux plus généraux menés sur l’interprétation.
5. L’élaboration d’une base de données commune sur les monuments
commémoratifs ainsi qu’un projet sur les bonnes pratiques en matière
d’interprétation interculturelle pourraient, de l’avis du CDPATEP,
être l’objet d’une collaboration de pays et/ou d’ONG voulant s’investir
dans une telle démarche. Le réseau HEREIN pourrait, le cas échéant,
offrir un support technique de diffusion de ces travaux sous réserve
des disponibilités financières nécessaires. La perspective des célébrations
de la première guerre mondiale, moment fort de la mémoire collective
des Européens, mais aussi d’autres parties du monde, pourrait constituer
une occasion d’élaborer un ou plusieurs projets sur des lieux de
mémoire de portée pleinement internationale. Il revient aux Etats
membres de prendre les initiatives qu’ils jugeront utiles en ce
sens.