Les « boat people » de l’Europe: arrivée par mer en Europe du Sud de flux migratoires mixtes
Réponse à Recommandation
| Doc. 12202
| 16 avril 2010
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- adoptée
à la 1081e réunion des Délégués des Ministres (31 mars 2010) 2010 - Deuxième partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 1850
(2008)
- Thesaurus
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation
1850 (2008) de l’Assemblée parlementaire sur « Les « boat-people »
de l’Europe : arrivée par mer en Europe du Sud de flux migratoires mixtes »,
ainsi que la
Résolution
1637 (2008). Il a soumis la recommandation à l’attention des gouvernements des
Etats membres et l’a transmise aux comités directeurs concernés
Note, dont les commentaires
sont pris en compte dans la présente réponse. La réponse du Comité
européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements
inhumains ou dégradants (CPT) est annexée à cette réponse.
2. Le Comité des Ministres partage l’inquiétude de l’Assemblée
au sujet du nombre croissant de migrants clandestins, de réfugiés
et de demandeurs d’asile arrivant en Europe du Sud. Il est également
préoccupé par les causes et conséquences de ce phénomène, notamment
pour les pays les plus touchés. Dans ce contexte, il reconnaît que
l’implication du crime organisé dans la traite des êtres humains
au niveau international constitue un facteur aggravant.
3. Le Comité des Ministres réaffirme la position exprimée en
la matière dans le Plan d’action que les Chefs d’Etat et de Gouvernement
du Conseil de l’Europe ont adopté lors de leur Troisième Sommet
(Varsovie, mai 2005). Le Conseil de l’Europe poursuit son action
visant à élaborer et mettre en œuvre, dans le domaine des migrations
et de l’intégration des migrants en situation régulière, notamment
en provenance de et vers des Etats membres, mais aussi en provenance
d’Etats non membres, des politiques fondées sur les principes des droits
de l’homme, de la démocratie et de l’Etat de droit, afin de garantir
des migrations ordonnées, la cohésion sociale et le respect de la
personne.
4. Le Comité des Ministres est conscient que les migrants irréguliers
qui arrivent par bateau dans certains Etats membres mais aussi par
voie terrestre ou aérienne peuvent être vulnérables et que les Etats
membres doivent s’assurer du bon fonctionnement des centres de rétention.
5. Le Comité des Ministres a pris note de la proposition d’élaborer
des lignes directrices sur les normes minimales à respecter lors
du placement en rétention des migrants en situation irrégulière
et des demandeurs d’asile. Toutefois, le Comité des Ministres n’est
pas parvenu à ce jour à une position commune quant à l’examen des
possibilités d’action du Conseil de l’Europe dans ce domaine. Le
Comité des Ministres souligne l’importance des instruments pertinents
du Conseil de l’Europe, tels que la Convention européenne des droits de
l’homme et les recommandations adoptées par le Comité des Ministres
dans ce domaine (voir paragraphe 9 ci-après), ainsi que celles émanant
des travaux du CPT et du Commissaire aux droits de l’homme. Il prend note
des travaux engagés au sein de l’Union européenne dans ce domaine,
y compris la révision en cours de la directive de 2003 définissant
des normes minimales pour l’accueil des demandeurs d’asile.
Le Comité des Ministres gardera à l’esprit les propositions
présentées par l’Assemblée concernant les programmes de coopération
et d’assistance (paragraphe 5.3), la formation (paragraphe 5.4)
et l’organisation d’une table ronde avec les directeurs et les hauts
responsables de ces centres d’accueil et de rétention (paragraphe
5.2).
6. Parmi les instruments particulièrement
importants dans ce domaine, qu’il convient aussi de garder à l’esprit
dans le cadre de toute action éventuelle en la matière, il faut
citer la Recommandation n° R (98) 13 du 18 septembre 1998 du Comité
des Ministres sur le droit de recours effectif des demandeurs d’asile
déboutés à l’encontre des décisions d’expulsion dans le contexte
de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme,
la Recommandation n° R (98) 15 relative à la formation des fonctionnaires
qui entrent les premiers en contact avec des demandeurs d’asile,
en particulier aux postes-frontières et la Recommandation Rec(2003)5
sur les mesures de détention des demandeurs d’asile. Le Comité des
Ministres tient aussi à signaler les « Vingt principes directeurs
sur le retour forcé »
Note adoptés le 20 mai 2005 et les Lignes directrices sur
la protection des droits de l’homme dans le contexte des procédures
d’asile accélérées, adoptées le 1er juillet 2009.
7. Le Comité des Ministres renvoie aussi à d’autres textes pertinents
en la matière, comme sa réponse à la
Recommandation 1755 (2006) de l’Assemblée parlementaire sur les « Droits fondamentaux
des migrants irréguliers » dans laquelle il attire l’attention sur
les garanties minimales prévues par la Convention européenne des
droits de l’homme qui peuvent s’appliquer aux migrants irréguliers.
Il rappelle également sa Recommandation n° R (2000) 3 aux Etats
membres sur le droit à la satisfaction des besoins matériels élémentaires
des personnes en situation d’extrême précarité, qui prévoit un seuil
minimum de droits qui devraient être reconnus à ces personnes, quel
que soit leur statut.
8. Le Comité des Ministres informe également l’Assemblée que,
suite à l’adoption de la «
Résolution
n° 1 sur l’accès à la justice des migrants et des demandeurs
d’asile » par les Ministres européens de la Justice lors de leur
28e Conférence ministérielle (Lanzarote, Espagne, 25-26 octobre
2007), il a chargé les organes intergouvernementaux concernés d’examiner
notamment l’accès à la justice des migrants et des demandeurs d’asile
en identifiant des moyens et mesures permettant d’assurer et de
faciliter cet accès, y compris l’octroi d’une aide et d’une assistance
juridique. Dans ce contexte, il a été effectué une étude sur l’accès
à la justice des migrants et des demandeurs d’asile qui recense
les lacunes existantes, en droit et en pratique, dans la protection
juridique de ce groupe de personnes vulnérables. Les suites à donner
à cette étude sont actuellement en cours d’examen.
9. De surcroît, le Comité des Ministres attire l’attention de
l’Assemblée sur un rapport du CDCJ relatif aux voies de recours
non pénales pour les victimes d’infractions ; ce rapport identifie
parmi les victimes particulièrement vulnérables les personnes visées
au point 9.6 de la
Résolution
1637 (2008) de l’Assemblée parlementaire et propose des mesures
de droit civil qui pourraient être utilement présentées dans le
cadre des activités normatives, d’information et de sensibilisation.
10. Le Comité des Ministres signale également les vastes travaux
du Commissaire aux droits de l’homme dans ce domaine et ses recommandations
aux Etats membres et ses appels à la solidarité au sein de l'Europe avec
les pays qui sont en première ligne et qui sont confrontés à une
situation très difficile. Il mentionne également les échanges de
vues réguliers qu’il tient avec le Commissaire pendant l’année.
Ces échanges sont de caractère général mais concernent aussi des
rapports nationaux spécifiques qui portent notamment sur la protection
des droits des immigrants et des demandeurs d’asile, y compris,
s’il y a lieu, de ceux qui arrivent par mer. Les flux migratoires
posent des défis majeurs pour de nombreux pays européens, qui doivent
être relevés dans un esprit de responsabilité mutuelle et de solidarité.
A ce titre, le Comité des Ministres accueille favorablement des
projets bilatéraux, tel que le projet-pilote communautaire actuel
de relocalisation depuis Malte des bénéficiaires de la protection
internationale, qui visent à prendre des actions concrètes pour
mettre en pratique les principes de responsabilité mutuelle et de
solidarité.
11. Enfin, pour promouvoir le recours aux instruments déjà disponibles
au niveau international de manière à mieux protéger le nombre croissant
de migrants et à juguler l’afflux de migrants clandestins, le Comité
des Ministres invite les Etats membres qui ne l’ont pas encore fait
à envisager de ratifier la Convention du Conseil de l’Europe sur
la lutte contre la traitre des êtres humains et le Protocole des
Nations Unies contre l’introduction clandestine des migrants par
terre, mer et air, additionnel à sa Convention contre la criminalité
transnationale organisée, ainsi que la Convention européenne relative
au statut juridique du travailleur migrant.
Annexe à la réponse
Commentaires du Comité européen pour la
prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains
ou dégradants (CPT)
1. Le CPT remercie les Délégués
des Ministres de lui avoir communiqué pour information et commentaires éventuels
la
Recommandation 1850
(2008) de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
ayant pour objet « Les « boat-people » de l’Europe, arrivée par
mer de flux migratoires mixtes en Europe du Sud ».
2. D’emblée, le CPT souhaite rappeler que depuis sa création,
il n’a eu de cesse d’examiner la situation des personnes privées
de liberté en vertu de législations relatives à l’entrée et au séjour
d’étrangers dans les Etats parties à la Convention européenne pour
la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains
ou dégradants. Ces efforts se sont encore renforcés au début des
années 2000, lorsque les premières vagues d’arrivées massives de
migrants irréguliers par bateaux sur les côtes d’Europe du Sud ont été
signalées, et des visites répétées de centres de rétention pour
migrants irréguliers et demandeurs d’asile ont notamment été effectuées
en Grèce, en Italie, à Malte, en Espagne et en Turquie.
3. S’agissant de la recommandation mentionnée au point 5.1, le
CPT est prêt à apporter son soutien à toute initiative qui serait
prise par le Comité des Ministres visant à élaborer des lignes directrices
sur les normes minimales à respecter lors du placement en rétention
de migrants en situation irrégulière et de demandeurs d’asile. Dans
ce contexte, il tient à rappeler les normes qu’il avait déjà diffusées,
dès 1997, dans son 7e rapport général d’activités, ainsi que celles
diffusées récemment dans son 19e rapport général d’activités.
4. S’agissant de la recommandation mentionnée au point 5.5, le
CPT réitère son intention de continuer de suivre, au plus près,
la situation prévalant dans les centres de rétention pour migrants
irréguliers et demandeurs d’asile en Europe du Sud. Dans ce contexte,
une importance particulière sera accordée aux phénomènes d’arrivées
massives de migrants irréguliers et de demandeurs d’asile et à leurs
conséquences, ainsi qu’aux lieux dans lesquels le CPT ne se serait
pas encore rendu.