Menace des partis et mouvements extrémistes pour la démocratie en Europe
Recommandation 1438
(2000)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l'Assemblée le 25 janvier 2000 (2e séance) (voir Doc. 8607, rapport de la commission des questions politiques, rapporteur: M. Gjellerod). Texte adopté parl'Assemblée le 25 janvier 2000 (2eséance).
- Thesaurus
1. Dans plusieurs Etats membres, des partis et
des mouvements extrémistes propagent et défendent des idéologies contraires à
la démocratie et aux droits de l’homme.
2. Ces partis et mouvements extrémistes mettent en danger les valeurs
fondamentales que le Conseil de l’Europe a pour mission de défendre.
3. A l’heure actuelle, les partis et mouvements extrémistes qui représentent
une des plus grandes menaces pour la démocratie dans les Etats membres sont
ceux d’extrême droite et ,plus généralement, ceux qui encouragent
l’intolérance, la xénophobie ou le racisme. Même s’ils ne prônent pas
directement la violence, ils créent néanmoins un climat qui est favorable à son
développement.
4. Le soutien croissant dont bénéficient, dans certains pays, ces partis et
mouvements extrémistes est particulièrement préoccupant.
5. L’Assemblée souligne toutefois que la violence utilisée par certains
mouvements d’extrême gauche au nom de la lutte contre l’extrême droite n’est
pas acceptable.
6. L’Assemblée, qui a une responsabilité particulière dans la sauvegarde des
valeurs démocratiques européennes, se doit de montrer la voie dans la recherche
de réponses politiques et juridiques appropriées, surtout dans la phase
préventive et au début de ce genre de phénomène, sans oublier les réponses
nécessaires en matière d'éducation de la jeunesse et d'information des
populations pour que soit entretenue la mémoire des faits et événements qui se
sont réellement produits.
7. Au niveau national, la riposte politique doit chercher à priver les
partis et mouvements extrémistes de leur appui électoral en s’attaquant aux
problèmes sociaux et économiques comme le chômage, l’immigration et la
sécurité, que ces partis exploitent, et en développant des politiques
d’éducation à la citoyenneté démocratique fondées sur les droits et
responsabilités des citoyens. Par ailleurs, des mesures contre l’abus du droit
d’asile et contre l’immigration illégale liée au crime organisé devraient être
mises en œuvre de manière plus efficace par les gouvernements afin de diminuer
les sentiments xénophobes.
8. Pour répondre aux discours populistes et simplificateurs de ces partis et
mouvements extrémistes, il convient de rétablir les faits relatifs aux
questions posées par l’immigration, de reformuler de manière pertinente les
problèmes mal posés et de réfuter les thèses inconsistantes par une
argumentation logique.
9. Une législation devrait être adoptée – quand elle n’existe pas – afin
d’interdire les incitations orales ou écrites au racisme, à l’antisémitisme et
à la xénophobie; la liberté d’expression ne saurait servir d’excuse à de telles
incitations. Il faut appliquer intégralement la législation en vigueur. A cet
égard, la négation publique de l’Holocauste doit être considérée comme une
expression d’antisémitisme. Il faut que l’utilisation d’Internet à des fins
racistes devienne une infraction pénale.
10. Etant donné la dimension internationale des mouvements et réseaux
extrémistes à caractère raciste ou xénophobe, la coopération entre les
autorités compétentes et les forces de police devrait être intensifiée dans les
Etats membres du Conseil de l’Europe.
11. L’Assemblée invite ses membres à faire en sorte que les partis auxquels
ils appartiennent fondent leur programme et leur action sur le respect des
droits et libertés fondamentales, la démocratie et la prééminence du droit,
ainsi que sur le respect des droits des minorités nationales, et refusent tout
soutien, explicite ou implicite, des partis extrémistes à caractère raciste ou
xénophobe, donc aussi toute alliance avec leurs élus pour former des majorités
exerçant le pouvoir politique.
12. L’Assemblée attache une grande importance aux travaux de la Commission
européenne contre le racisme et l’intolérance (Ecri), un groupe d’experts
indépendants qui, entre autres, publie des études par pays incluant des
propositions précises. Ces propositions devraient également être prises en
compte par les parlements nationaux.
13. L’Assemblée décide de mettre en œuvre une coopération efficace avec
l’Ecri et de tenir régulièrement des débats sur ses activités.
14. L’Assemblée encourage l’Ecri à définir des réponses politiques au
phénomène inquiétant de la montée des partis et mouvements extrémistes, dès le
début de leur présence et de leur activité antidémocratique.
15. L’Assemblée exprime également sa volonté de participer pleinement à la
Conférence européenne contre le racisme, qui se tiendra à Strasbourg du 11au 13
octobre 2000.
16. L’Assemblée recommande au Comité des Ministres:
16.1 de soutenir pleinement les travaux de l’Ecri et de s’assurer que les
Etats membres donnent une suite concrète à ses recommandations;
16.2 de charger l'Ecri de faire une étude approfondie et urgente sur le
programme dans les écoles primaires et secondaires et dans les livres scolaires
pour y mettre en lumière toutes les expressions de xénophobie ou de
mystification de qui conduisent à la haine envers d'autres ethnies ou groupes
sociaux, politiques ou religieux;
16.3 de demander aux Etats membres de la tenir informée du suivi
spécifique donné aux recommandations de l’Ecri, y compris sur la législation
adoptée, ainsi que sur les mesures prises pour lutter contre les expressions
publiques d’intolérance, de xénophobie et de racisme;
16.4 de traiter en priorité le problème de la lutte contre la diffusion
sur Internet de documents racistes, émanant de l’extrême droite comme de
l’extrême gauche, en élaborant un instrument légal international;
16.5 de traiter en priorité les problèmes de discrimination et
d’extrémisme dans le cadre de ses procédures de suivi.