Campagne contre le recrutement des enfants soldats et leur participation à des conflits armés
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l’Assemblée le 7 avril 2000 (16e séance) (voir Doc. 8676, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteuse: Mme Pozza Tasca ; et Doc. 8696, avis de la commission des questions juridiques et des droits de l'homme, rapporteur: M. Tabajdi). Texte adopté par l’Assemblée le 7 avril 2000 (16e séance).
- Thesaurus
1. L’Assemblée apporte son soutien à l’action déployée depuis de nombreuses années par sa commission des questions sociales, de la santé et de la famille pour la défense et la promotion des droits des enfants; elle confirme son ferme engagement à œuvrer en faveur de leur cause, qu’ils soient enfants d’Europe ou hors d’Europe, ainsi que proclamé déjà dans sa
Recommandation 1286 (1996) relative à une stratégie européenne pour les enfants.
2. Dans le monde actuel, dans environ une cinquantaine de
pays, les enfants se trouvent au centre des conflits armés; ils en sont le plus
souvent les victimes et parfois aussi les combattants, engagés ou recrutés de
force, au mépris de leurs droits, de leur intégrité physique et de leur vie.
Ils seraient 300 000 enfants soldats de moins de 18 ans, filles et garçons, à
participer à des conflits armés qui touchent tous les continents, à preuve les
conflits récents en Europe, hier en Bosnie ou au Kosovo et aujourd’hui en
Tchétchénie.
3. Ce phénomène gagne en amplitude du fait des
changements dans la nature des conflits, qui sont le plus souvent des guerres
civiles, de voisinage et de longue durée, menées avec des armes légères et de
faible coût. Recrutés, les enfants deviennent des instruments de la guerre. Les
règles juridiques applicables aux conflits armés ne sont par ailleurs pas
respectées et même des Etats ayant une longue tradition démocratique ne
protègent pas suffisamment les droits des enfants.
4. Les Etats
membres du Conseil de l’Europe se doivent de réagir, sous peine d’assister à la
barbarisation de leurs sociétés et de perdre leurs valeurs communes
fondamentales. La communauté internationale ne peut attendre l’éventuel
consensus qui mettrait un terme au commerce des armes; sa réponse doit être de
décréter le recrutement forcé des enfants soldats de moins de 18 ans hors la
loi, tout comme a été bannie la pratique des mines antipersonnel.
5. L’Assemblée invite donc les Etats membres du Conseil de l’Europe et les
Etats bénéficiant du statut d’observateur auprès du Conseil de l’Europe:
5.1 à s’engager, pour ce qui les concerne, à
mettre définitivement fin aux possibilités de recrutement et de participation
d’enfants de moins de 18 ans, filles et garçons, dans les forces armées et les
conflits armés en modifiant dans ce sens, si besoin est, leur législation et
leur pratique;
5.2 et à traduire cet engagement au plan
international, en ratifiant:
a la Convention nº
182 (1999) de l’Organisation internationale du travail sur l’élimination des
pires formes de travail des enfants, qui interdit, à côté de l’esclavage, de la
vente d’enfants, du servage, etc., le recrutement forcé ou obligatoire des
enfants dans les conflits armés;
b le protocole facultatif à
la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant sur
l’interdiction du recrutement et de la participation aux hostilités des enfants
de moins de 18 ans;
c la Convention de Rome (1998) créant la
Cour pénale internationale chargée de juger les crimes de guerre et contre
l’humanité;
d les deux protocoles additionnels aux
Conventions de Genève de 1949 relatifs à la protection des victimes de conflits
armés;
e la Convention de Genève de 1951 relative au statut
des réfugiés et son protocole de
1967.
6. L’Assemblée invite les
Etats-Unis d’Amérique à ratifier immédiatement la Convention des Nations Unies
de 1989 relative aux droits de l’enfant.
7. L’Assemblée invite les
Etats qui ont signé et ratifié la Convention des Nations Unies de 1989 relative
aux droits de l’enfant, et plus particulièrement les Etats membres du Conseil
de l’Europe à soutenir, notamment par le biais de contributions volontaires, le
représentant spécial pour les enfants dans les conflits armés, nommé par le
Secrétaire général de l’Onu, dans ses initiatives et actions pour éradiquer le
phénomène.
8. L’Assemblée demande également instamment aux Etats
membres du Conseil de l’Europe et aux Etats ayant le statut d’observateur
auprès du Conseil de l’Europe:
8.1 de permettre
et de favoriser, partout et toujours, l’accès des populations civiles à
l’assistance humanitaire en cas de conflits armés, en tenant tout
particulièrement compte des besoins des enfants;
8.2 de donner
une place prioritaire à la protection des enfants dans les processus de
restauration de la paix et dans les programmes de coopération d’après guerre,
qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux, ou encore menés dans le cadre
d’organisations internationales.
9. L’Assemblée
invite les Etats qui ont signé et ratifié la Convention des Nations Unies de
1989 relative aux droits de l’enfant à développer des politiques d’aide au
développement dans les pays connaissant des conflits:
9.1 afin que cesse le recours aux enfants soldats et que ceux-ci soient
démobilisés;
9.2 afin d’assurer leur réadaptation physique,
psychologique et sociale;
9.3 et afin de promouvoir leur
réintégration dans la vie civile et en particulier dans un système d’éducation
adéquat.
10. Enfin l’Assemblée invite les Etats qui
ont signé et ratifié la Convention des Nations Unies de 1989 relative aux
droits de l’enfant à promouvoir l’enseignement de la paix et de la tolérance au
moyen de campagnes de sensibilisation, notamment dans les pays où les risques
de conflits sont élevés.
11. L’Assemblée invite les Etats membres du
Conseil de l’Europe et les Etats bénéficiant du statut d’observateur auprès du
Conseil de l’Europe à appliquer la décision du Secrétaire général de l’Onu qui
fixe à 18 ans l’âge minimal des membres des unités nationales participant aux
opérations de maintien de la paix des Nations Unies.
12. L’Assemblée
invite en outre les gouvernements des Etats membres et des Etats bénéficiant du
statut d’observateur auprès du Conseil de l’Europe qui mettent en œuvre les
ententes conclues par les pays créanciers au niveau multilatéral en matière de
traitement de la dette extérieure à accorder l’annulation de cette dette à
condition que le pays intéressé s’engage :
12.1 à
ratifier le protocole additionnel de la Convention de l’Onu sur les droits de
l’enfant et à appliquer efficacement la prohibition du recrutement et de la
participation aux conflits armés des moins de 18 ans;
12.2 à
employer dans des activités civiles les enfants ou jeunes de moins de 18 ans
qui ont déjà été
recrutés.