Second Sommet mondial pour le développement social
Recommandation 1463
(2000)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- (Voir Doc. 8730, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteur: M. Gross). Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nomde l'Assemblée, le 17 mai 2000
- Thesaurus
1. Lors du premier Sommet mondial pour le
développement social qui s'est déroulé à Copenhague en mars 1995, les chefs
d'Etat et de gouvernement de 117 pays s'étaient engagés à mettre en œuvre dix
résolutions.
2. Du 26 au 30 juin prochain se déroulera à Genève une
session spéciale de l'Assemblée générale des Nations Unies afin de dresser le
bilan des actions entreprises par les pays pour la mise en œuvre de ces dix
engagements.
3. En dépit des progrès accomplis ces cinq dernières
années par quelques pays dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion,
notamment sur le plan normatif, les insuffisances restent patentes: plusieurs
pays en transition connaissent une stagnation, voire une sévère régression
sociale, et paient le processus de transformation politique et économique au
prix de bouleversements sociaux considérables.
4. La notion de
développement social a évolué depuis Copenhague et renvoie à une approche
intégrée de l'économique et du social. Elle repose sur une volonté forte de
valoriser de concert les ressources économiques, sociales, humaines et
culturelles de nos sociétés.
5. Toute stratégie durable contre la
pauvreté et l'exclusion implique que l'expansion économique aille de pair avec
l'amélioration sociale. Il faut investir dans l'économie et investir dans
l'homme. Le retour au plein emploi constitue la priorité majeure pour lutter
efficacement contre l'exclusion et la pauvreté. Toute politique économique doit
être une politique de création d'emplois.
6. Le développement social
repose aussi sur le principe d'une société pour tous, et donc sur la justice
sociale. Il est de la mission du Conseil de l'Europe de valoriser auprès des
gouvernements son acquis social et de promouvoir les droits sociaux en Europe,
ce en garantissant un accès effectif des citoyens à ces droits, en assurant
leur meilleure application et en favorisant à terme un élargissement de la
panoplie des droits sociaux.
7. L'Assemblée soutient en conséquence pleinement l'initiative du Comité des Ministres qui, dans sa Recommandation n° R (2000) 3 sur le droit à la satisfaction des besoins matériels élémentaires des personnes en situation d'extrême précarité, appelle les Etats membres à reconnaître un droit à la satisfaction des besoins matériels élémentaires couvrant la nourriture, l'habillement, l'hébergement et les soins médicaux de base.
8. Elle est cependant d'avis qu'il faut se montrer davantage volontariste, et reconnaître aux citoyens européens des droits sociaux effectifs et justiciables; elle rappelle à cet effet sa
Recommandation 1415 (1999) relative à un protocole additionnel à la Convention européenne des Droits de l'Homme relatif aux droits sociaux fondamentaux.
9. Concernant l'aide au développement au profit des pays les plus pauvres de
la planète, l'Assemblée constate que seuls quatre Etats membres (Danemark,
Norvège, Pays-Bas et Suède) ont effectivement consacré au moins 0,7 % de leur
PNB à aider les pays tiers, et regrette le manquement des autres Etats qui
n'ont pas tenu leurs engagements en la matière.
10. La mondialisation
est aujourd'hui en question. Dans sa forme actuelle, elle a conduit à une
déstabilisation de l'économie de certains pays, à une désagrégation de l'emploi
et des structures sociales, et d'une manière générale à la marginalisation des
pays les plus pauvres.
11. Il est indispensable de conduire aujourd'hui
une réflexion sur les mécanismes du libéralisme économique et une évaluation
globale des effets de la mondialisation dans sa forme actuelle sur le plan
social. Il s'avère indispensable de déterminer de nouvelles règles communes et
d'arrêter une meilleure coordination des stratégies des institutions
commerciales et financières internationales afin de ne pas fragiliser davantage
les structures économiques et sociales des pays les plus touchés par la
pauvreté.
12. L'Assemblée invite donc les gouvernements des Etats
membres:
12.1 à renouveler fermement les
engagements pris cinq ans auparavant à Copenhague, en particulier celui
d'éliminer la grande pauvreté et de lutter contre l'exclusion;
12.2 à promouvoir un environnement favorable au développement social:
a en axant les politiques économiques sur la
création d'emplois pour un développement économique durable et en entreprenant
le cas échéant les réformes structurelles nécessaires;
b en
soutenant l'investissement dans l'éducation et la formation
professionnelle;
c en améliorant et en rationalisant les
services publics sanitaires, sociaux et éducatifs;
d plus
particulièrement en clarifiant les niveaux administratifs de décision par une
plus grande autonomie et une responsabilisation financière des collectivités
locales dans la prise en charge des services sociaux, sanitaires et éducatifs,
pour une plus grande cohérence de la politique sociale et une meilleure
efficacité dans l'accès de l'ensemble de la population à ces
services;
e en consolidant le partenariat avec la société
civile, notamment en soutenant les organisations non gouvernementales qui
jouent un rôle de premier plan dans la lutte contre l'exclusion;
f en développant un dialogue social constructif et actif, notamment en
associant plus largement les partenaires sociaux à la réflexion sur le
développement social, tant en ce qui concerne l'évolution du monde du travail
que le développement de l'emploi et la lutte contre la pauvreté et
l'exclusion;
12.3 à promouvoir le
développement humain:
a en mettant en place des
politiques actives pour renforcer le bien-être des citoyens et promouvoir une
qualité de vie acceptable pour tous;
b en se donnant les
moyens d'éliminer effectivement la pauvreté, notamment par des programmes de
soutien au profit des groupes vulnérables et des aides financières ciblées et
efficaces;
c en mettant en œuvre des politiques éducatives
volontaires et des mesures de formation et de réinsertion adéquates;
d en réformant les systèmes de protection sociale dans le respect du
principe de la solidarité, afin de relever les défis démographiques du
troisième millénaire, tels que le vieillissement de la population européenne,
et de permettre l'accès de tous aux services sociaux et de santé élémentaires;
12.4 à promouvoir la cohésion sociale basée
sur les droits de l'homme et la justice sociale:
a en renforçant la reconnaissance des droits sociaux, en particulier
par la signature et la ratification des instruments du Conseil de l'Europe mais
aussi de l'Organisation internationale du travail en la matière, et en
garantissant leur mise en œuvre effective;
b en témoignant d'une volonté politique réelle à mettre en application la Recommandation n° R (2000) 3 du Comité des Ministres sur le droit à la satisfaction des besoins matériels élémentaires des personnes en situation d'extrême précarité.
13. L'Assemblée renouvelle en
outre son appel aux gouvernements des Etats membres de consacrer au moins 0,7 %
de leur PNB à l'aide publique au développement et de définir des programmes
d'assistance aux pays les plus pauvres, en donnant en particulier la priorité
dans l'affectation de ces sommes aux infrastructures sociales, à l'éducation, à
la santé, à l'accès des femmes à l'éducation et à l'emploi, à la lutte contre
le travail des enfants, et à la protection de l'environnement.
14. Elle
recommande au Comité des Ministres:
14.1 d'inciter les Etats membres à développer la solidarité continentale
en renforçant la coopération bilatérale avec les pays d'Europe centrale et
orientale en transition;
14.2 de développer résolument le rôle
du Conseil de l'Europe en tant que coordinateur dans la préparation et la
conduite des grands rendez-vous internationaux (sommets de l'Onu et de
l'Organisation mondiale du commerce), afin que ses Etats membres fassent
efficacement entendre leur voix et présentent des positions préalablement
clarifiées et des initiatives communes;
14.3 de renforcer le
rôle de la Banque de développement du Conseil de l'Europe dans le domaine de
l'investissement éducatif et social;
14.4 de créer un groupe
d'experts regroupant l'ensemble des parties concernées, qui pourrait évaluer la
mondialisation dans sa forme actuelle et proposer les réformes et changements
nécessaires, afin de rendre possibles d'autres formes de mondialisation qui
pourraient être davantage compatibles avec les besoins sociaux et écologiques
de la majorité de la population de la
planète.