L’Assemblée exhorte en particulier les Etats ci-après à donner
la priorité à des problèmes spécifiques:
7.1 il faut que la Bulgarie adopte maintenant les mesures
restées en suspens pour éviter qu’il y ait à l’avenir des affaires
qui s’apparenteraient à celles qui ont été présentées s’agissant
de décès et de mauvais traitements infligés à des personnes placées
sous la responsabilité de fonctionnaires des forces de police. Des
progrès sont également nécessaires pour achever la réforme destinée
à faire en sorte que la procédure d’expulsion d’étrangers soit en
pleine conformité avec la Convention (voir notamment l’arrêt de
la Cour Al-Nashif c. Bulgarie du
20 juin 2002). Par ailleurs, la Bulgarie doit aussi poursuivre ses
efforts pour régler le problème de la durée excessive de procédures
judiciaires;
7.2 la durée excessive de procédures judiciaires, surtout
devant les juridictions administratives, et l’usage abusif de la
force reproché à des fonctionnaires de police sont les principales
questions que la Grèce doit traiter;
7.3 l’Italie doit prendre maintenant des mesures pour remédier
à la durée excessive des procédures judiciaires. Ce problème dure
depuis des décennies, en dépit de diverses résolutions intérimaires adoptées
par le Comité des Ministres. Un autre sujet de préoccupation est
la politique de non-respect des mesures provisoires indiquées par
la Cour dans certaines affaires concernant les étrangers;
7.4 la Moldova doit prendre rapidement des mesures pour garantir
l’exécution de décisions de justice internes définitives, en particulier
dans les «affaires de logements sociaux» (arrêt pilote Olaru et autres c. Moldova de la
Cour du 28 juillet 2009). De plus, elle devrait intensifier ses
efforts pour éviter d’autres cas de mauvais traitements en garde
à vue et assurer des enquêtes effectives sur de tels abus. Des mesures
complémentaires devraient aussi être prises pour améliorer les conditions
de détention dans les établissements pénitentiaires et pour combler
les lacunes des procédures concernant l’arrestation et la détention
provisoire, révélées par les arrêts de la Cour. Enfin, il est essentiel
qu’une voie de recours interne effective soit instaurée en réponse
à l’arrêt pilote Olaru et autres;
7.5 la durée excessive des procédures devant les tribunaux
et les autorités administratives, et celle de la détention provisoire
restent les principales questions que la Pologne doit résoudre;
7.6 la restitution – ou l’indemnisation – de biens nationalisés
doit rester une priorité en Roumanie (voir l’arrêt pilote Maria Atanasiu et autres c. Roumanie de
la Cour du 12 octobre 2010). Il faut aussi remédier maintenant à
la durée excessive de procédures judiciaires et à l’inexécution
de décisions de justice définitives. En ce qui concerne l’affaire Rotaru c. Roumanie (arrêt du 4 mai
2000), qui porte sur des abus concernant la détention et l’utilisation
par le Service de renseignement roumain d’informations privées,
la réforme législative est toujours en souffrance, plus d’une dizaine
d’années après l’arrêt de la Cour, en dépit de l’insistance du Comité
des Ministres;
7.7 la Fédération de Russie doit traiter des questions urgentes
et en particulier:
7.7.1 en ce qui concerne le fonctionnement
de l’administration de la justice et du système pénitentiaire: il
faut que les autorités fassent en sorte que la réforme adoptée en
mai 2010 pour remédier à l’inexécution de décisions de justice internes
(voir arrêt pilote Burdovc. Russie(no 2) du
15 janvier 2009) soit enfin mise en œuvre et appliquée sept ans
après le premier arrêt Burdov c. Russie du
7 mai 2002. L’Assemblée prend note à cet égard de l’entrée en vigueur
de la loi fédérale no 68-FZ du 30 avril 2010, qui prévoit une indemnisation
pour la violation du droit à ce que sa cause soit entendue dans
un délai raisonnable ou du droit à l’exécution d’une décision de justice
dans un délai raisonnable. En ce qui concerne l’annulation de décisions
de justice définitives par le biais du contrôle général de la légalité
(système de «nadzor», voir l’arrêt Ryabykh
c. Russie du 24 juillet 2003), il faut tenter une troisième
fois de mener une réforme effective pour limiter le recours à cette
procédure. L’action continue pour en finir avec les graves problèmes
que sont les médiocres conditions de détention et la surpopulation
dans les maisons d’arrêt, les mauvais traitements infligés en garde
à vue, la durée excessive de la détention provisoire et un certain
nombre d’insuffisances procédurales liées à cette dernière, reste insuffisante
et doit être intensifiée afin de mettre la pratique en Fédération
de Russie en conformité avec les exigences de la Convention;
7.7.2 en ce qui concerne l’action des forces de sécurité en
République tchétchène: les violations graves et répétées des droits
de l’homme dans cette région suscitent les préoccupations les plus
importantes. Malheureusement, les prétendues améliorations structurelles
récentes des procédures d’investigation internes n’ont pas encore
conduit à des résultats concrets; il semble bien que le Président
de la Fédération de Russie ait récemment soumis à l’Assemblée fédérale
un projet de législation sur une réforme intégrée du ministère de l’Intérieur.
Il est indispensable d’élucider véritablement au moins une partie
importante des affaires de cette nature pour mettre fin au climat
d’impunité dans la région;
7.7.3 en ce qui concerne les nombreux arrêts de la Cour constatant
des violations graves et répétées des droits de l’homme commises
dans la région du Caucase du Nord, l’Assemblée réaffirme que la
Fédération de Russie est tenue, tout comme les autres Etats parties
à la Convention, de mettre en œuvre les mesures de caractère individuel
exigées pour mettre fin aux violations constatées et faire face
à leurs conséquences, ainsi que de prendre les mesures de caractère
général nécessaires pour prévenir efficacement à l’avenir la répétition
de semblables violations;
7.8 les problèmes qui prévalent en Turquie concernent actuellement,
outre le besoin urgent de veiller au bon fonctionnement du système
judiciaire, la non-réouverture de la procédure après un arrêt de
la Cour ayant déclaré la procédure initiale contraire à la Convention,
dans l’affaire Hulki Güneş c. Turquie (arrêt
du 19 juin 2003), et l’emprisonnement répété de M. Osman Murat Ülke
pour objection de conscience au service militaire (voir Ülkec.
Turquie, arrêt du 24 janvier 2006). Pour ce qui est du premier,
les fortes pressions du Comité des Ministres – y compris trois résolutions
intérimaires – sont restées vaines;
7.9 l’Ukraine devrait adopter d’urgence une stratégie globale
pour remédier à l’inexécution d’un nombre considérable de décisions
de justice internes définitives, alors même que le Comité des Ministres
a fait véritablement pression en ce sens, et pour mettre en œuvre
une voie de recours interne effectif en réponse à l’arrêt pilote Yuriy Nikolayevich Ivanov c. Ukraine (15
octobre 2009). L’Ukraine doit aussi accélérer la procédure judiciaire
interne, réformer la procédure pénale et garantir la pleine indépendance
et l’impartialité des juges. De plus, des mesures sont nécessaires
pour combattre les abus du recours à la force commis par des fonctionnaires
de police et assurer une enquête effective en cas d’allégations
de tels mauvais traitements. L’impunité continue des personnes ayant
commandité et organisé le meurtre du journaliste Georgiy Gongadze
(Gongadze c. Ukraine, arrêt
du 8 février 2006) reste un sujet de préoccupation (voir la Résolution
1466 (2005) de l’Assemblée sur le respect des obligations et engagements
de l’Ukraine, la Résolution 1645 (2009) et la Recommandation 1856
(2009) sur les enquêtes sur les crimes qui auraient été commis par
de hauts responsables sous le régime Koutchma en Ukraine: l’affaire
Gongadze, un exemple emblématique);
7.10 le Royaume-Uni doit mettre fin à la pratique qui consiste
à ajourner la pleine mise en œuvre des arrêts de la Cour qui concernent
des questions politiquement sensibles comme le droit de vote des détenus
(voir, à cet égard, l’arrêt rendu par la Cour le 23 novembre 2010
dans l’affaire Greens et M.T. c. Royaume-Uni).