Alternatives à l’hébergement des PDI et des réfugiés en Europe dans des centres collectifs ne répondant pas aux normes
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Texte
adopté par la Commission permanente, agissant au nom
de l’Assemblée, le 18 novembre 2014 (voir Doc. 13507, rapport de la commission des migrations, des réfugiés
et des personnes déplacées, rapporteur: M. René Rouquet).
1. Les centres collectifs créés en
tant que logements provisoires dans les années 1990 à la suite des conflits
dans les Balkans et le Caucase continuent d’héberger des réfugiés
et des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI)
dans des conditions de vie contraires à la dignité humaine et où
les droits fondamentaux des individus, tels que le droit à un logement
décent, sont souvent bafoués.
2. On estime à environ 2,5 millions le nombre de PDI dans les
Etats membres du Conseil de l’Europe, parmi lesquels un grand nombre
vit dans des centres collectifs. Toutefois ce chiffre ne reflète
pas la réalité, compte tenu de la nature intrinsèque des déplacements
internes et de la difficulté à répertorier le nombre exact de ces
centres.
3. L’Assemblée parlementaire souligne, dans ce contexte, l’importance
d’établir une gestion des données démographiques pour se faire une
idée du nombre, de l’emplacement et des conditions de vie des PDI, notamment
des personnes vivant dans les centres collectifs, afin de pouvoir
répondre à leurs besoins et protéger leurs droits.
4. L’Assemblée est également préoccupée par l’augmentation croissante
du nombre de réfugiés dont beaucoup se voient contraints de loger
dans des centres collectifs, un nombre qui s’accroît encore à la
suite du conflit en Syrie.
5. L’Assemblée rappelle la Recommandation Rec(2006)6 du Comité
des Ministres relative aux personnes déplacées à l’intérieur de
leur propre pays, par laquelle le Comité des Ministres soulignait
«son attachement à l’esprit et aux dispositions des principes directeurs
des Nations Unies [Directives sur les centres collectifs, HCR-OIM,
2010] et sa volonté de mettre en œuvre ces principes dans la législation
et la politique nationales des Etats membres».
6. L’Assemblée salue également les initiatives prises par la
Banque de développement du Conseil de l’Europe et, en particulier,
le Processus de Sarajevo sur les réfugiés et les personnes déplacées.
Elle rappelle également la conférence des donateurs qui s’est tenue
en avril 2012 à Sarajevo afin d’examiner la situation des réfugiés
et des PDI dans les Balkans, et au cours de laquelle la Bosnie-Herzégovine,
la Croatie, le Monténégro et la Serbie ont réaffirmé leur engagement
à trouver des solutions durables pour les réfugiés et les PDI.
7. Toutefois, l’Assemblée regrette que, malgré toutes les initiatives
prises, les conditions de vie restent souvent déplorables dans beaucoup
de centres collectifs et que ces centres présentent des risques
sérieux pour les personnes hébergées en matière de sécurité et de
santé publique. En outre, tous les pays n’offrent pas toujours de
garanties de sécurité d’occupation ni de protection juridique contre
les expulsions de ces centres, ce qui représente une atteinte au
droit à un logement décent et crée une précarité préjudiciable à
la concrétisation de solutions durables pour les personnes déplacées.
8. L’Assemblée souhaite également attirer l’attention sur les
groupes vulnérables et notamment sur la situation particulière des
personnes âgées ainsi que des femmes, des enfants, des groupes minoritaires
et des personnes handicapées dans les centres collectifs, qui ont
besoin d’une plus grande assistance. En effet, les femmes sont souvent
victimes de violences sexuelles et domestiques, tandis que les enfants
n’ont pas toujours accès à l’éducation.
9. L’Assemblée estime que, à la suite de ce constat, il est urgent
que les gouvernements prennent les mesures nécessaires afin de résoudre
les problèmes qui se posent dans ces centres, notamment en ce qui concerne
la qualité des logements.
10. En conséquence, l’Assemblée invite les Etats membres du Conseil
de l’Europe:
10.1 en ce qui concerne
les centres collectifs:
10.1.1 à dresser un bilan précis
de la situation et du nombre de PDI et de réfugiés dans les centres
collectifs formels et informels, et à mettre en place une stratégie
à l’égard des centres et de leurs occupants;
10.1.2 à identifier des solutions alternatives et à faciliter
la fermeture des centres ne répondant pas aux normes minimales en
termes de sécurité et de qualité de vie, en assurant une participation
pleine et effective des PDI à la prise de décisions;
10.1.3 à faciliter aux occupants, dans la mesure du possible,
l’accès à la propriété de ces centres collectifs et à veiller à
ce que ceux-ci remplissent les normes de sécurité minimales;
10.1.4 à régulariser les centres collectifs informels et à veiller
à ce que les résidents bénéficient d’une protection adéquate contre
toute expulsion;
10.1.5 à prévoir des mesures alternatives de logement portant
sur les différentes options d’installation choisies par les personnes
déplacées, qu’il s’agisse d’intégration locale ou de retour volontaire
et sécurisé, par la mise à disposition de logements neufs, de logements
sociaux ou, exceptionnellement, par l’attribution de logements abandonnés;
10.1.6 à informer les personnes vivant dans ces centres de leurs
droits ainsi que des alternatives possibles dans une langue qu’ils
comprennent;
10.1.7 à prévoir une assistance juridique et des ressources financières
en cas de plaintes déposées par les PDI en matière de restitution
de leur propriété ou de compensation pour des pertes subies;
10.1.8 à prendre des mesures spécifiques pour aider les personnes
âgées, les femmes, les enfants, les personnes handicapées, les groupes
minoritaires et autres ayant des besoins spécifiques;
10.2 en ce qui concerne l’approche globale:
10.2.1 à
élaborer une stratégie globale portant notamment sur des solutions
durables de relogement et de réinsertion pour les personnes déplacées,
conformément aux principes directeurs des Nations Unies, et en consultation
avec les organisations internationales concernées;
10.2.2 à mettre en place un centre national de coordination pour
les PDI et les réfugiés, et à veiller à ce qu’il dispose des ressources
administratives et financières suffisantes pour aider les PDI dans
les pays concernés;
10.2.3 à mettre en œuvre une stratégie durable, en coopération
avec les acteurs concernés, y compris le Haut-Commissariat des Nations
Unies pour les réfugiés (HCR), afin de favoriser l’accès à des moyens
de subsistance et à l’indépendance pour que les réfugiés et les
PDI ne dépendent plus des aides publiques, et d’améliorer les perspectives
d’emploi, en mettant en place, par exemple, des formations spécialisées,
des microcrédits et des exonérations d’impôts.
11. L’Assemblée recommande également à la Banque de développement
du Conseil de l’Europe ainsi qu’aux Etats membres du Conseil de
l’Europe de verser, dans la mesure du possible, des aides financières, sous
la forme de dons ou de prêts, comme ce fut le cas dans le cadre
du Processus de Sarajevo.