Observation des élections législatives anticipées dans «l’ex-République yougoslave de Macédoine» (11 décembre 2016)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 14238
| 23 janvier 2017
1 Introduction
1. Le Bureau de l’Assemblée a
décidé, le 14 décembre 2015, sous réserve de la réception d’une
invitation, d’observer les élections législatives anticipées dans
«l’ex-République yougoslave de Macédoine». Il a constitué une commission
ad hoc à cet effet composée de 20 membres (PPE/DC: 8; SOC: 7, ADLE: 2,
CE: 2, GUE: 1) et des corapporteurs sur le dialogue postsuivi et
a autorisé une mission préélectorale. Le 25 janvier 2016, il a approuvé
la composition de la commission ad hoc et nommé M. Stefan Schennach (Autriche,
SOC) président.
2. Les autorités de «l’ex-République yougoslave de Macédoine»
a invité, le 15 avril 2016, l’Assemblée parlementaire du Conseil
de l'Europe à observer les élections législatives anticipées dans
le pays, prévues le 5 juin 2016.
3. Une délégation préélectorale s’est rendue à Skopje les 26
et 27 avril 2016. Sa déclaration et sa composition font l’objet
de l’annexe 1.
4. A sa réunion du 26 mai 2016, le Bureau a pris note de la déclaration
de la mission préélectorale et de l’annulation des élections initialement
prévues le 5 juin 2016. Sous réserve de la réception d’une invitation,
il a décidé, le 5 septembre 2016, d’observer les élections reportées
au 11 décembre 2016, constitué une commission ad hoc à cet effet
composée de 20 membres et des corapporteurs sur le dialogue postsuivi
et a autorisé une mission préélectorale.
5. Conformément à l’accord de coopération signé entre l’Assemblée
parlementaire et la Commission européenne pour la démocratie par
le droit (Commission de Venise) le 4 octobre 2004, un représentant
de la Commission de Venise a été invité à faire partie de la commission
ad hoc en qualité de conseiller juridique.
6. Le 19 octobre 2016, M. Trajko Veljanovski, Président de l’Assemblée
de «l'ex‑République yougoslave de Macédoine», a de nouveau invité
l’Assemblée à observer les élections législatives anticipées reportées
au 11 décembre 2016.
7. Une délégation préélectorale s’est rendue à Skopje les 21
et 22 novembre 2016. Sa composition figure à l’annexe 2, son programme
à l’annexe 3 et sa déclaration à l’annexe 4.
8. S’agissant de l’observation des élections législatives anticipées,
la commission ad hoc (dont la composition apparaît à l’annexe 5)
est intervenue dans le cadre d’une mission internationale d’observation
des élections (MIOE) avec des délégations de l’Assemblée parlementaire
de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (AP‑OSCE)
et du Parlement européen et avec la mission d’observation électorale
du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme
de l’OSCE (OSCE/BIDDH).
9. La commission ad hoc s’est réunie du 9 au 12 décembre 2016
à Skopje pour observer les élections législatives du 11 décembre.
Le programme de ses réunions est reproduit à l’annexe 6.
10. Le jour du scrutin, la commission ad hoc s’est scindée en
neuf équipes qui ont observé les élections à Skopje et dans les
zones périphériques ainsi que dans les régions et communes suivantes:
Tetovo, Gostivar, Kumanovo, Bitola et Strumica.
11. Le lendemain, la MIOE a tenu une conférence de presse commune
et diffusé «Une déclaration sur les observations et conclusions
préliminaires» et un communiqué de presse (annexe 7).
2 Contexte politique
12. Les élections législatives
anticipées du 11 décembre ont été considérées par beaucoup comme cruciales
pour tester le fonctionnement des institutions démocratiques du
pays après deux années de crise institutionnelle. Ces élections
sont les quatrièmes élections législatives anticipées consécutives
depuis 2008. Les dernières se sont tenues en 2014 et ont débouché
sur un gouvernement formé par l’Organisation révolutionnaire macédonienne
intérieure – Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne (VMRO‑DPMNE)
(61 sièges) et l’Union démocratique pour l’intégration (DUI) (19 sièges).
Faisaient partie de l’opposition l’Union sociale‑démocrate de Macédoine
(SDSM) avec 34 sièges et le Parti démocratique des Albanais (DPA)
avec sept sièges. Le Renouveau national démocrate (NDP) et l’Alternative
citoyenne pour la Macédoine avaient obtenu un siège chacun.
13. Le principal parti de l’opposition (SDSM) a boycotté le parlement,
affirmant que les élections de 2014 étaient truquées. La crise s’est
approfondie en 2015 lorsque des enregistrements compromettants recueillis
à l’occasion d’écoutes téléphoniques illégales qui auraient impliqué
le gouvernement et des fonctionnaires dans des affaires de corruption,
de fraude électorale et d’abus de pouvoir, ont donné lieu à de vastes
manifestations. Le 15 juillet 2015, dans le cadre de l’Accord de
Przino négocié avec la médiation de la communauté internationale,
des élections législatives anticipées ont été prévues le 24 avril 2016
et une procureure spéciale a été désignée pour enquêter sur les
allégations d’écoutes téléphoniques.
14. Les élections ont été reportées au 5 juin 2016 au motif que
les conditions essentielles n’étaient pas réunies: toilettage du
registre électoral, réformes des médias et garanties de séparation
des activités de l’Etat et de celles des partis. Le climat politique
s’est détérioré après le 12 avril 2016, date à laquelle le Président, Gjorge Ivanov,
a accordé une grâce générale à toutes les personnes poursuivies,
faisant l’objet d’une enquête ou soupçonnées d’être impliquées dans
le scandale des écoutes. Tous les grands partis politiques ont condamné
cette grâce et appelé le Président à annuler sa décision. La grâce
a donné lieu à des manifestations et à des contre‑manifestations.
Les manifestants, sous l’étendard Protestiram,
ont appelé à la démission du Président et à l’annulation des élections.
L’opposition a boycotté les élections et, sur les quatre signataires
de l’Accord de Przino, seul le VMRO‑DPMNE a présenté des listes
de candidats. Le 25 mai 2016, la Cour constitutionnelle a déclaré
la dissolution du parlement anticonstitutionnelle et les élections
du 5 juin ont été annulées.
15. La troisième tentative d’organisation d’élections cette année
a suivi la signature, en juillet, d’un nouvel accord par les quatre grands
partis politiques, sous la médiation de l’Union européenne et des
Etats‑Unis. Des mécanismes temporaires ont été mis en place en vue
d’un contrôle entre les partis des principaux volets du processus
électoral, dont l’inscription des électeurs et le contrôle des médias.
Le 17 octobre, le parlement a été dissous pour la deuxième fois
en 2016 et des élections ont été prévues le 11 décembre.
3 Cadre juridique
16. Cent vingt députés au total,
20 dans chacune des six circonscriptions électorales, sont élus
dans le pays pour un mandat de quatre ans selon un système de représentation
proportionnelle à partir de listes bloquées. Sous l’effet de la
révision de 2015 du Code électoral, jusqu’à trois députés supplémentaires
sont élus dans une circonscription unique pour l’étranger. Le nombre
de députés élus dans la circonscription de l’étranger ne va pas
nécessairement de pair avec la participation électorale.
17. Le Code électoral autorise des écarts allant jusqu’à 5 % du
nombre moyen d’électeurs inscrits dans les circonscriptions nationales.
Le 25 octobre, le parti de l’Unité a contesté la tenue d’élections
devant la Cour constitutionnelle au motif que l’écart dans la circonscription
électorale 6 était de 5,65 %. La Cour ne s’est pas prononcée avant
le jour du scrutin.
18. Le cadre juridique est d’une façon générale propice à la tenue
d’élections démocratiques. La révision en profondeur de la législation
électorale effectuée en 2015 dans le cadre de l’Accord de Przino
a été un pas dans la bonne direction. Les modifications ont tenu
compte de nombreuses recommandations antérieures de l’OSCE/BIDDH
et de la Commission de Venise, en particulier de celles relatives
au principe du suffrage égal pour le vote à l’étranger, à la composition
et aux compétences de la commission électorale nationale (CEN) et aux
mesures relatives à une couverture équilibrée de la campagne par
les médias. Elles ont aussi renforcé les dispositions relatives
à la séparation des partis et de l’Etat et à l’obligation de soumettre
des comptes de campagne. De plus, les électeurs peuvent désormais
faire recours à n’importe quel moment du processus électoral et
les tribunaux doivent statuer sur les contentieux électoraux dans
des délais plus courts.
19. A la suite de l’accord de juillet, des modifications supplémentaires
ont permis la mise en place d’une commission temporaire de contrôle
des médias et exigé que les citoyens dont les données relatives
à leur inscription sur les listes électorales étaient «contestables»
se réinscrivent directement pour ces élections. Ces dernières dispositions
n’étaient applicables qu’aux élections actuelles, d’où la nécessité
de la poursuite de la réforme pour régler ces questions de manière
durable.
20. Les modifications de 2015 ont amélioré le Code électoral,
mais certains problèmes anciens ne sont toujours pas réglés, dont
l’enregistrement des candidats, le retrait de candidats et de listes
et la redélimitation publique et périodique des circonscriptions
par un organe indépendant. Certains articles sont ambigus ou entrent
en conflit avec d’autres lois et règles, ce qui rend leur application
incertaine. De plus, les modifications législatives ont été approuvées
par le parlement dans la hâte, à l’issue d’une réforme qui a manqué
de transparence sans qu’en dehors des quatre grands partis, les
acteurs intéressés, dont les institutions compétentes de l’Etat,
d’autres partis politiques et la société civile, soient véritablement
consultés.
4 Administration électorale,
listes électorales et enregistrement des candidats
21. Les élections sont administrées
par la commission électorale nationale (CEN), 80 commissions électorales
municipales (CEM) et 3 480 commissions de bureaux de vote (CBV).
Quarante‑six CBV supplémentaires ont été créées dans les représentations
diplomatiques et consulaires pour le vote à l’étranger.
22. La CEN se compose de neuf membres: trois membres sont désignés
par les partis majoritaires, trois le sont par l’opposition et trois experts
indépendants sont sélectionnés à l’issue d’une procédure de recrutement ouverte.
Le Président et le Vice‑président de la CEN sont élus parmi les
membres indépendants. Les CEN comptent cinq fonctionnaires choisis
au hasard, qui ont été nommés pour un mandat de cinq ans en avril 2016. Les
CBV comprennent trois fonctionnaires choisis au hasard, un membre
désigné par les partis au pouvoir et un membre désigné par l’opposition,
nommés pour un mandat de quatre ans en novembre 2016. Malgré certaines
modifications tardives de la composition des CEM et des CBV, l’obligation
d’assurer une représentation ethnique et une représentation des
genres équilibrées a été largement respectée. Cela étant, sur les
neuf membres de la CEN deux seulement sont des femmes.
23. L’inefficacité de l’organisation interne et une prise de décisions
politisée ont pesé sur la préparation de ces élections par la CEN.
Plusieurs délais importants n’ont pas été respectés, mais tout était
prêt le jour du scrutin. Le peu de temps disponible avant les élections
anticipées a aussi eu des effets négatifs sur les activités de la
CEN. Les décisions de cette dernière ont le plus souvent été adoptées
à l’unanimité. S’agissant toutefois de questions politiquement sensibles,
les membres ont voté selon la ligne des partis et se sont souvent
lancés dans de longs débats de procédure qui ont donné lieu à des
échanges animés sur l’interprétation de la loi. Dans certains cas,
les décisions ont été clairement partisanes. Par exemple, la CEN
a fixé l’ordre des listes de candidats sur les bulletins par tirage
au sort, mais a réparti les listes en deux groupes et proposé aux
quatre partis parlementaires représentés en son sein de les inscrire
en premier sur les bulletins, ce qui a été discriminatoire pour
les autres candidats qui ne se sont cependant pas plaints.
24. L’inscription des électeurs est passive, à l’exception des
électeurs qui résident temporairement à l’étranger qui doivent s’inscrire
volontairement. Conformément à la Constitution, les citoyens âgés
de 18 ans le jour du scrutin sont habilités à voter sauf s’ils sont
privés de leur capacité juridique par une décision judiciaire. Toutefois
seuls les électeurs ayant une carte d’identité ou un passeport biométrique
en cours de validité et un domicile fixe sont inscrits sur les rôles
électoraux. Le Code électoral comprend des dispositions contradictoires en
ce qui concerne le droit des électeurs de l’étranger. Pour la première
fois lors de ces élections, les photographies des électeurs ont
été affichées sur les listes électorales.
25. La CEN est chargée de la tenue du registre électoral. A la
suite de l’Accord de Przino et pour dissiper les doutes qu’inspire
depuis toujours la fiabilité des listes électorales, elle a été
chargée de réexaminer le registre électoral en recoupant les données
avec les bases de données de 11 institutions publiques et de procéder
à des contrôles sur place. Cette procédure a été observée par les
quatre principaux partis et a permis de qualifier 39 502 données
relatives à l’inscription sur les listes électorales de «contestables».
Il a été demandé aux citoyens concernés de se réinscrire pour ne
pas être radiés, conformément à une nouvelle disposition légale.
Si elle a permis d’améliorer l’exactitude du registre électoral,
la procédure semble avoir privé certains citoyens de la possibilité
de voter. Le 13 novembre, la CEN a décidé de radier 28 341 électeurs
qui n’ont pas pu exercer un recours qui leur aurait permis de figurer
sur les listes électorales et de voter le jour du scrutin. Les noms
de 171 500 électeurs ont été reportés dans un registre distinct:
ces électeurs étaient considérés comme vivant temporairement à l’étranger
mais pouvaient voter dans la circonscription nationale dans laquelle
ils étaient inscrits.
26. Outre la possibilité de vérifier leur inscription tout au
long de l’année, les électeurs ont pu contrôler et modifier les
données les concernant dans les centres régionaux de la CEN pendant
une période de vérification publique qui a commencé le 28 octobre
et s’est achevée le 11 novembre. Malgré une obligation légale, les bureaux
régionaux de la CEN n’ont pas affiché les listes électorales imprimées
et les électeurs qui se sont rendus dans les bureaux n’ont pu vérifier
leurs données que sur des ordinateurs de la commission. Les électeurs
pouvaient aussi vérifier leurs données personnelles en ligne et
savoir qui était inscrit à d’autres adresses. D’après la CEN, sur
les 10 274 électeurs qui se sont rendus dans les bureaux de la CEN,
rares ont été ceux qui ont demandé des corrections.
27. La CEN a approuvé 20 573 demandes de vote à l’étranger et
en a rejeté 458. De nombreuses demandes provenaient de la même adresse
électronique et un nombre non négligeable des mêmes adresses de
protocole internet à Skopje, Bitola et Shtipn, d’où des questions
sur l’intégrité de la procédure. Les électeurs ont dû déclarer leur
origine ethnique, ce qui, d’après la CEN, était nécessaire pour
imprimer les documents électoraux dans les langues minoritaires.
28. Le 18 novembre, soit deux jours après le délai légal, la CEN
a transmis aux candidats des exemplaires des listes électorales
préliminaires. Le SDSM a demandé l’ajout de 45 personnes qui avaient
renouvelé récemment leur carte d’identité ainsi que celui de 348 électeurs
identifiés grâce à des contrôles sur place effectués par le parti
et la radiation de 800 électeurs introuvables à l’adresse donnée.
La DUI a demandé l’ajout de cinq électeurs dont les demandes avaient
été retardées par les bureaux régionaux de la CEN. Cette dernière
a rejeté les demandes du SDSM et accepté celle de la DUI.
29. La CEN a aussi approuvé 107 des 120 radiations demandées par
une organisation de la société civile.
30. Le 28 novembre, soit deux jours après la date officielle de
clôture des listes électorales, la CEN a annoncé que 1 784 416 électeurs
étaient inscrits sur le rôle électoral national, dont 230 122 sur
la liste spéciale des électeurs considérés comme résidant temporairement
à l’étranger. Des listes spéciales ont aussi été dressées pour 2 015 détenus,
13 personnes déplacées dans le pays et 325 membres des commissions
de bureaux de vote de l’étranger.
31. L’accord politique visant à contrôler le registre électoral
ne s’appliquait qu’à ces élections. De plus, les défaillances juridiques
et structurelles de la tenue du registre électoral, qui tenaient
essentiellement au fait que des citoyens étaient enregistrés à des
adresses où ils n’habitaient pas, n’ont pas été corrigées.
32. Tout électeur ayant le droit de voter peut être candidat au
parlement sauf s’il a été condamné par une décision de justice définitive
à une peine de prison de plus de six mois et s’il n’a pas purgé
la totalité de sa peine. Les partis politiques enregistrés, les
coalitions de partis politiques et les groupes d’électeurs peuvent désigner
des candidats. Ceux‑ci doivent obtenir au moins 1 000 signatures
de soutien d’électeurs résidant dans la circonscription respective.
Conformément à une recommandation antérieure de l’OSCE/BIDDH et
de la Commission de Venise, un électeur a pu pour la première fois
accorder son soutien à plusieurs listes de candidats; cela étant,
les signatures doivent toujours être réunies devant un agent de
la CEN.
33. La procédure d’enregistrement des candidats, qui s’est déroulée
du 18 octobre au 11 novembre, n’a exclu personne. Elle a toutefois
pâti d’un flou juridique pour ce qui est de plusieurs aspects de
la désignation et de l’enregistrement, dont la vérification des
signatures et la nouvelle présentation des documents d’enregistrement
et d’incohérences de la CEN dans la vérification des documents,
d’où le rejet d’un certain nombre de listes du Parti social‑démocrate
de Macédoine (SDPM) et du Mouvement populaire de Macédoine (NDM).
Les deux partis ont fait recours des décisions de la CEN devant
le tribunal administratif qui a confirmé les décisions de la CEN.
34. La CEN a enregistré six partis politiques et cinq coalitions,
soit un total de 1 092 candidats sur 58 listes. Le quota de participation
des femmes ayant été relevé, 41 % des candidats ont été de sexe
féminin même si des femmes n’étaient en tête de liste que sur quatre listes
sur 58. Le quota était supérieur de 10 % à celui des élections de
2014 (au cours desquelles sur trois places consécutives sur toute
liste de candidats, l’une était réservée au sexe sous‑représenté,
d’où une proportion de 33,33 % de femmes au parlement). En 2016,
le troisième et le dixième candidat de chaque liste doit être du
sexe le moins représenté. La CEN a enregistré la liste des candidats
de l’étranger pour le parti populaire (VMRO‑PP) et deux listes nationales
du parti Levica bien que l’exigence de représentation équilibrée
des sexes n’ait pas été respectée.
5 Campagne électorale et financement
et paysage médiatique
35. Les partis et les coalitions
ont pu d’une manière générale faire librement campagne et les libertés fondamentales
d’association, de réunion et d’expression ont été respectées. La
campagne s’est déroulée dans un climat de défiance de la population
envers les institutions et la classe politique.
36. Les candidats ont fait du porte à porte, tenu de petites réunions
et des rassemblements. Les panneaux d’affichage des quatre principaux
partis étaient visibles dans de nombreuses communes. Toutefois,
le placement d’affiches et de banderoles de campagne dans les lieux
publics a varié d’une commune à l’autre, car les emplacements n’étaient
pas clairement indiqués et certaines collectivités locales ne savaient
pas qu’elles avaient l’obligation légale d’en prévoir. D’une manière
générale, les rassemblements organisés dans tout le pays ont été
très suivis, mais certains publics ont semblé particulièrement passifs.
Les femmes ont représenté en moyenne 20 % du public, mais très peu
sont intervenues. La coalition dirigée par le VMRO‑DPMNE a bénéficié
du soutien public, y compris lors de rassemblements, de hauts fonctionnaires d’Etats
membres de l’Union européenne. Les médias sociaux ont été largement
utilisés pendant la campagne, y compris par les partis plus petits.
37. Les principaux messages de campagne ont porté sur l’économie,
l’émigration des jeunes et la création d’emplois. Si la majorité
des candidats a fait campagne de manière positive, des slogans négatifs
ont aussi été relevés. La coalition dirigée par le VMRO‑DPMNE a
relayé des messages nationalistes et accusé la coalition dirigée
par le SDSM d’essayer d’affaiblir l’identité nationale, présentant
les élections comme un référendum sur un Etat unitaire et souverain.
La coalition dirigée par le SDSM a quant à elle accusé la coalition
dirigée par le VMRO‑DPMNE d’abus de pouvoir et d’activités criminelles.
Les campagnes des partis albanais n’ont visé que leurs communautés.
38. Des allégations persistantes d’intimidation d’électeurs, de
coercition, de pressions exercées sur des fonctionnaires, d’achat
de voix dans les communautés roms et de détournement de ressources
administratives ont eu des effets négatifs sur la campagne. Ces
actions font douter de la faculté des électeurs de voter «librement
sans crainte de représailles».
39. Pendant la campagne, un certain nombre d’incidents violents
visant une série de partis politiques ont été observés. La campagne
au sein de la communauté albanaise a été plus intense, le DPA, le
BESA, l’Alliance pour les Albanais et la DUI tenant des propos provocateurs.
De nouvelles écoutes téléphoniques de responsables de la DUI ont
été mises sur les réseaux sociaux pendant la campagne. Plusieurs
partis ont dit avoir eu du mal à ouvrir des bureaux de campagne
dans certaines zones contrôlées par la DUI.
40. Les candidats aux élections ont dû ouvrir un compte en banque
spécial destiné au financement de la campagne. Les particuliers
pouvaient donner jusqu’à € 3 000 et les personnes morales jusqu’à
€ 30 000. Les dons étrangers et anonymes ainsi que ceux d’organismes
publics, religieux et caritatifs sont interdits. Les dépenses de
campagne des candidats ont été plafonnées à € 1,80 par électeur
inscrit dans une circonscription. Les listes bénéficieront d’un
remboursement de € 0,25 pour chaque voix obtenue à condition de
réunir au moins 1,5 % des suffrages exprimés dans la circonscription.
41. Les 11 candidats en lice ont présenté des comptes de campagne
provisoires les 1er et 10 décembre, déclarant
les dons reçus et les dépenses, qui ont été publiés en ligne. Dans
neuf cas, les dépenses étaient supérieures aux contributions, le
VMRO‑DPMNE présentant le plus grand dépassement avec plus de € 600 000 la
première fois et un million d’euros la deuxième fois. Les comptes
soumis par le BESA et le VMRO‑PP comprenaient des dons supérieurs
au plafond autorisé. Tous les candidats sont tenus de présenter des
rapports définitifs dans les 30 jours qui suivent la fermeture du
compte, qui peut intervenir jusqu’à quatre mois après les élections.
42. Les règles relatives au financement des campagnes sont globales
et exigent des candidats qu’ils rendent compte fréquemment. Cela
étant, la transparence est réduite par l’absence d’obligation de
joindre des relevés et des reçus bancaires. La Cour des comptes
a précisé qu’elle pouvait procéder à une vérification, y compris
à une vérification par recoupement des dépenses au niveau local,
mais uniquement à la suite de plaintes.
43. De nombreux médias, dont plus de 130 radiodiffuseurs, opèrent
sur un marché relativement petit, selon des divisions politiques
et ethniques. Les réformes substantielles des médias prévues dans
l’Accord de Przino n’ont pas encore été approuvées.
44. Le Code électoral régit la couverture des élections par les
médias. Tous les radiodiffuseurs sont tenus d’assurer une couverture
équilibrée de la campagne. Le service public de radio et de télédiffusion,
Radio et Télévision macédoniennes (MRT), doit offrir des temps d’antenne
gratuits, organiser des débats et réserver aux candidats une partie
de l’information. Les modifications apportées en 2015 interdisent
la publicité financée par l’Etat et la couverture de responsables
publics soutenant des partis politiques pendant les élections. Les modifications
supplémentaires de 2016, qui n’étaient applicables qu’à ces élections,
prévoyaient la nomination par l’opposition, 100 jours avant les
élections, d’un directeur de l’information de MRT1 (dont le mandat
expire la nuit du scrutin) et la constitution d’une commission temporaire
chargée de superviser la couverture par les médias pendant la période
préélectorale.
45. La commission temporaire a été chargée de superviser les médias
pendant plus de trois mois avant les élections. Cela étant, certaines
dispositions juridiques n’ont pas été pleinement conformes à d’autres
parties du Code électoral qui réglementent strictement la couverture
des candidats pendant les 20 jours officiels de campagne seulement,
d’où une incertitude sur son mandat. La commission a proposé 57 procédures
pour infractions liées essentiellement à une couverture déséquilibrée,
à des activités de campagne cachées de responsables publics et à
des publicités politiques payantes. Avant le scrutin, le tribunal
s’est prononcé dans deux affaires en les rejetant. Bien que la loi
l’exige, la commission n’a pas supervisé la couverture des élections dans
les médias électroniques en raison de règles peu claires.
46. Tous les candidats ont pu avoir accès aux médias pour faire
campagne, y compris grâce à du temps d’antenne gratuit dans les
médias publics et à des publicités payantes. Certains partis ne
siégeant pas au parlement se sont plaints de ne pas avoir suffisamment
pu présenter leurs messages dans les médias, du fait notamment de
limitations de la publicité dans les médias privés. Les tentatives
d’organisation de débats avec tous les principaux candidats en lice
n’ont guère abouti en raison du refus des candidats d’y participer.
47. De nombreux interlocuteurs de la mission internationale d’observation
des élections, dont des journalistes, ont relevé des cas d’autocensure
et une absence d’indépendance éditoriale des médias du fait des
intérêts politiques ou commerciaux des propriétaires. Pendant la
campagne, la mission d’observation des élections de l’OSCE/BIDDH
a été informée d’un cas d’intimidation présumée d’un rédacteur d’un
organe de presse par un représentant de la DUI. Les interlocuteurs
se sont aussi inquiétés de l’utilisation des campagnes médiatiques
financées par l’Etat (interrompues pendant la période électorale)
pour aider et récompenser des organes de presse.
48. Les résultats du contrôle des médias ont montré que les deux
chaînes de télévision publique avaient observé la règle relative
à la répartition de la couverture entre les groupes pendant la campagne.
La coalition dirigée par le VMRO‑DPMNE et la DUI ont bénéficié dans
les bulletins d’information de la MRT1 de 20 % de couverture chacun
contre 42 % pour les partis de l’opposition et 11 % pour les partis
ne siégeant pas au parlement. La MRT2 a aussi assuré une couverture
équitable des partis au pouvoir et des partis d’opposition, en accordant
plus de temps aux partis albanais. Dans l’ensemble, la MRT1 et la
MRT2 ont donné une image positive des candidats sans être critiques.
49. Les chaînes privées Sitel, Canal 5 et Alfa n’ont pas rendu
compte de manière équilibrée et impartiale. Bien qu’elles aient
alloué des temps d’antenne équitables essentiellement au VMRO‑DPMNE
et au SDSM, le temps d’antenne alloué au premier avait un ton très
positif, alors que celui alloué au deuxième était souvent négatif
en particulier sur la Sitel. Les trois chaînes ont ouvertement soutenu
le parti au pouvoir et se sont concentrées sur les thèmes de campagne
du VMRO‑SPMNE. Des informations douteuses provenant d’internet ont,
de temps à autre, été présentées comme des informations politiques
sur ces chaînes.
50. D’autres chaînes privées Alsat-M, Telma et 24 Vesti, ont proposé
une couverture diversifiée et souvent critique des principaux candidats
et des acteurs politiques dans leurs programmes d’information et
donné aux candidats la possibilité de présenter leur programme lors
de débats ou d’entretiens. Les journaux contrôlés ont communiqué
dans l’ensemble des opinions diverses tout en affichant des sympathies
pour certains partis.
51. Les partis et les coalitions représentant essentiellement
la communauté albanaise ont fait campagne indépendamment tandis
que les partis et les candidats représentant des communautés plus
petites se sont ralliés aux coalitions dirigées par les partis représentant
des communautés plus grandes. Les coalitions dirigées par le SDSM
et par le WMRO‑DPMNE comptaient sur leurs listes des représentants
de la quasi-totalité des communautés plus petites, dont certaines
pouvaient gagner. Comme dans le passé, la majorité des partis représentant
des communautés plus petites a fait campagne sous la bannière de
la coalition dirigée par le VMRO‑DPMNE. La coalition dirigée par
le SDSM a activement cherché à avoir les voix de la communauté albanaise,
notamment en plaçant des candidats albanais à des places où ils
seraient susceptibles d’être élus, ce qui n’a malheureusement pas
été bien perçu par les partis albanais établis.
52. Les thèmes relatifs aux relations interethniques ont occupé
une place importante dans la campagne, dont les relations institutionnelles
entre les communautés albanaise et macédonienne et l’emploi officiel
des langues. Plusieurs candidats ont fait campagne dans la communauté
albanaise. L’Alliance pour les Albanais et le BESA ont contesté
la position dominante de la DUI. Les médias se sont peu intéressés
aux communautés plus petites et à leur participation aux élections,
y compris aux rassemblements et aux déclarations des partis. Les
activités politiques des communautés plus petites, en particulier
des Roms, ont souvent été présentées de manière négative. Si les
documents électoraux ont été imprimés dans les langues minoritaires
nationales, aucune campagne d’éducation des électeurs n’a été menée
auprès des communautés plus petites ni dans leurs langues.
53. La CEN a traité de la plupart des contentieux administratifs
relatifs aux élections et la Cour des comptes et la Commission nationale
pour la prévention de la corruption ont connu des plaintes relatives
au financement de la campagne et au détournement de ressources administratives
respectivement. Les modifications apportées au Code électoral en
2015 ont permis de renforcer les garanties juridiques pour le règlement
des contentieux électoraux. Conformément à des recommandations antérieures
de la Commission de Venise, les délais ont été réduits, les décisions
administratives ont dû être publiées dans les 24 heures et le droit
de faire appel de toutes les décisions administratives devant le
tribunal administratif a été garanti. De plus, à la suite de recommandations
antérieures, la CEN a adopté un règlement sur les procédures de
traitement des plaintes.
54. La CEN a reçu 11 plaintes avant le scrutin dont la majorité
a été rejetée pour incompétence ou absence de preuve. Bien que la
loi l’y oblige, elle n’a pas mis en place de système électronique
de gestion des contestations. Deux décisions concernant le rejet
des listes du SDPM et du NDM ont fait l’objet d’un recours devant
le tribunal administratif qui les a rejetées, à huis clos, les jugeant
infondées. Si les deux décisions ont été publiées sur le site du
tribunal, l’absence d’audition publique est contraire aux obligations
internationales.
55. De plus, un certain nombre d’interlocuteurs se sont dits préoccupés
par l’indépendance de la justice. Globalement, malgré les améliorations
de la législation, la mise en place de procédures de règlement des contentieux
électoraux n’a pas pleinement garanti l’effectivité des voies de
recours, ce qui va à l’encontre des normes du Conseil de l'Europe.
56. La Commission nationale pour la prévention de la corruption
a reçu quelque 1 000 demandes d’éclaircissements sur des points
relatifs au détournement de ressources administratives, dont beaucoup étaient
anonymes ou présentées avec peu de preuves à l’appui. Le 1er décembre,
elle a demandé au procureur général d’ouvrir une enquête dans deux affaires.
Le médiateur a en outre ouvert 10 enquêtes relatives à des allégations
de pressions exercées sur des fonctionnaires et de modifications
des listes électorales, qui sont en cours.
57. Deux autres initiatives, mettant en cause la constitutionnalité
de dispositions relatives aux élections, ont été soumises à la Cour
constitutionnelle qui les a rejetées le 9 novembre. L’une provenait
du BESA qui contestait la disposition exigeant des électeurs dont
les données figurant sur les listes électorales étaient «contestables»
qu’ils se réinscrivent, l’autre du NDM, qui s’élevait contre la
composition de la commission temporaire.
58. Le Code électoral prévoit l’observation des élections par
les citoyens, les partis et la communauté internationale. Deux groupes
d’observateurs composés de citoyens ont observé les élections: l’association MOST
a déployé 80 observateurs à long terme (OLT) et quelque 3 300 observateurs
à court terme (OCT) et CIVIL a déployé 35 OLT et quelque 300 OCT.
MOST a aussi procédé à une compilation parallèle des résultats électoraux.
La participation de citoyens à l’observation des élections à tous
les stades du processus a contribué à la transparence de ces dernières.
Dix organisations de la société civile, travaillant sur la campagne de
sensibilisation des électeurs, ont été informées des audits financiers
qui devaient avoir lieu avant le scrutin et peu après. Elles ont
douté de leur opportunité.
6 Vote anticipé et scrutin
59. Le vote anticipé et le scrutin
se sont, dans l’ensemble, déroulés de manière ordonnée sans incidents
ni tensions majeurs. La présence dans les bureaux de vote, le jour
du scrutin, de nombreux citoyens et partis parmi les observateurs
a favorisé la transparence.
60. Un vote anticipé a eu lieu le 7 décembre pour les membres
des bureaux de vote de l’étranger et le 10 décembre pour les électeurs
dans l’incapacité de se déplacer, les personnes déplacées à l’intérieur
du pays, les détenus et les prisonniers. L’évaluation du vote anticipé
a été largement positive. Toutefois lors du vote dans le plus grand
établissement pénitentiaire du pays, Idrizovo, les observateurs
ont relevé que plusieurs détenus ayant des cartes d’identité en
cours de validité n’avaient pas pu voter, car ils n’étaient pas
inscrits sur les listes électorales. Plus de 500 détenus ne figuraient
pas sur les listes en raison de cartes d’identité périmées. Il n’existe
pas de procédure de renouvellement des cartes d’identité périmées
de détenus.
61. L’ouverture du scrutin a fait l’objet d’une évaluation positive
dans la plupart des régions. Cela étant, les observateurs ont relevé
des problèmes de procédure: dans certains cas le protocole exigé
n’a pas été suivi avant le vote, il n’a pas été vérifié que les
urnes étaient vides ou les numéros des scellés d’urnes n’ont pas
été enregistrés.
62. Le vote a fait l’objet d’une évaluation positive dans 97 %
des cas observés. Les procédures ont généralement été suivies, y
compris celles visant à se prémunir contre le vote multiple comme
le marquage des doigts des électeurs à l’encre et la vérification
des photos sur la liste électorale. Dans un nombre restreint de
cas, des insuffisances ont toutefois été relevées. La disposition
de certains bureaux de vote n’était pas appropriée (ce qui a parfois
eu des conséquences pour le secret du vote) et certains bureaux
de vote étaient bondés. Plus de la moitié des bureaux de vote observés
ne permettaient pas aux électeurs handicapés d’y avoir accès indépendamment.
63. Singulièrement, dans 16 % des bureaux de vote observés, des
personnes n’ont pas été autorisées à voter car elles ne figuraient
pas sur les listes électorales. Si certaines ont été redirigées
vers d’autres bureaux de vote, d’autres ont déclaré faire partie
des 28 341 personnes radiées en juillet 2016. Un total de 335 personnes
se sont plaintes auprès de la CEN, d’où la nécessité de remédier
de façon durable aux insuffisances structurelles du registre électoral.
64. Certaines irrégularités graves ont été observées lors du scrutin:
vote en groupe (4 %), vote par procuration (2 %), urnes mal fermées (2 %).
Il a aussi été noté que des pressions avaient été exercées sur des électeurs
et que des personnes non habilitées dirigeaient les travaux des
commissions de bureaux de vote. Le jour du scrutin, la police et
les médias ont fait état d’un certain nombre d’irrégularités liées
à l’achat de voix et à la photographie des bulletins. Six personnes
au moins ont été arrêtées.
65. Une équipe de l’Assemblée parlementaire a eu connaissance
d’allégations crédibles de films en ligne montrant que des voix
avaient été achetées dans la commune Suto Orizari de Skopje la veille
du scrutin; les films auraient été tournés par des électeurs mécontents
qui n’avaient reçu que 1 000 MKD (environ € 16) alors que d’autres
électeurs avaient reçu le double plus tôt dans la journée. Une autre
équipe de l’Assemblée a observé à Gostivar que les électeurs suivaient
de toute évidence des instructions de vote et ne savaient plus où
ils en étaient lorsque des membres du bureau de vote leur disaient
discrètement de ne pas s’attendre à recevoir des instructions en
présence d’observateurs internationaux dans le bureau de vote.
66. Le dépouillement a été jugé efficace et transparent. Toutefois,
des manquements d’ordre procédural assez graves ont été observés
dans un certain nombre de bureaux de vote et le dépouillement a
fait l’objet d’une évaluation négative dans certains cas. Il s’agissait
essentiellement de mesures prises avant l’ouverture des urnes, dont
le comptage du nombre de signatures et de bulletins non utilisés
et la vérification des numéros des scellés d’urnes. Certaines commissions
de bureaux de vote ont ensuite eu du mal à remplir le procès‑verbal
des résultats et elles n’ont pas toutes suivi les procédures d’emballage
des documents électoraux sensibles et des bulletins. Des exemplaires
du procès‑verbal ont été remis à la plupart de ceux qui en demandaient,
mais les observateurs ont relevé que certaines commissions de bureaux
de vote n’avaient pas affiché les procès‑verbaux, comme la loi l’exige.
67. La compilation a été faite dans les temps, mais a donné lieu
à une évaluation négative dans certains cas. Les principaux problèmes
relevés avaient trait aux conditions régnant dans les commissions
électorales municipales: espace insuffisant, trop de monde et mauvaise
organisation. Lors de l’observation, un certain nombre de résultats
présentaient des différences et les bulletins de certains bureaux
de vote ont été recomptés.
68. Même si la loi ne l’exige pas, les résultats préliminaires
par bureau de vote et circonscription ont été publiés en ligne par
la CEN tout au long de la nuit, ce qui a contribué à la transparence
du processus.
69. Les résultats des élections législatives anticipées du 11 décembre
ont été les suivants: coalition du VMRO‑DPMNE: 39,39 % des suffrages
exprimés (51 sièges au parlement); coalition du SDSM: 37,85 % (49 sièges);
DUI: 7,53 % (10 sièges); BESA: 5,02 % (5 sièges); Alliance pour
les Albanais: 3,05 % (3 sièges); DPA: 2,69 % (2 sièges).
7 Conclusions
70. Les élections législatives
anticipées qui se sont tenues le 11 décembre ont constitué une étape essentielle
dans le règlement d’une crise politique profonde qui durait depuis
deux ans. Les principales forces politiques ont accepté une série
de changements juridiques et institutionnels visant à garantir une
participation sur un pied d’égalité. Des questions sous‑jacentes,
comme l’inscription des électeurs et les médias, doivent encore
être réglées de manière durable. Plusieurs candidats étaient en
lice, mais la campagne s’est déroulée dans un climat caractérisé
par une défiance du public à l’égard des institutions et de la classe
politique et par des allégations de pressions sur les électeurs.
L’administration électorale a eu fort à faire pour préparer les élections
et n’a pas respecté un certain nombre de délais, mais globalement
le scrutin a été bien administré et s’est déroulé sans incident
majeur.
71. Dans l’ensemble, le cadre juridique est propice à la tenue
d’élections démocratiques. Des améliorations notables apportées
à la législation électorale en 2015 ont permis de suivre la plupart
des recommandations antérieures de l’OSCE/BIDDH et de la Commission
de Venise. Les modifications supplémentaires de 2016 ont mis en
place des mécanismes temporaires en vue d’un contrôle entre les
partis des principaux volets du processus électoral. Certaines recommandations
n’ont toutefois pas été suivies et certaines dispositions sont ambiguës
ou contraires à d’autres lois. De plus, si les quatre principaux
partis politiques ont appuyé la réforme, des décisions ont été prises
sous la pression du temps, sans que les acteurs électoraux concernés
soient consultés.
72. L’inefficacité de l’organisation interne, une prise de décisions
politisée et le raccourcissement des délais légaux ont pesé sur
la préparation des élections par la CEN. Plusieurs délais n’ont
pas été respectés et certaines procédures n’ont pas été éclaircies.
La CEN n’a pas toujours mené ses activités en toute transparence,
car elle s’est souvent réunie à huis clos et n’a pas systématiquement
publié ses décisions. Les commissions de niveau inférieur ont dans
l’ensemble fait preuve de professionnalisme même si certaines n’ont pas
disposé de locaux appropriés, d’un financement opportun ou de matériels.
73. Au total, 1 784 416 électeurs ont été inscrits. Face aux préoccupations
de longue date concernant l’exactitude des listes électorales, la
CEN a réexaminé pour la première fois le registre électoral en recoupant plusieurs
bases de données et en procédant à des vérifications sur place.
Le contrôle effectué, qui ne s’appliquait qu’à ces élections, ne
garantit pas d’amélioration durable sur ce point. Les défaillances
juridiques et structurelles de la tenue du registre électoral doivent
toujours être corrigées. Le processus de contrôle a renforcé la
fiabilité du registre électoral, mais semble avoir privé certains
citoyens de la possibilité de voter lors de ces élections.
74. La CEN a enregistré six partis politiques et cinq coalitions
pour ces élections. D’une façon générale, personne n’a été exclu,
mais l’enregistrement a pâti du flou juridique des procédures et
du rejet des listes de candidats de deux partis pour des motifs
incohérents. A la suite du relèvement du quota de femmes, 41 % des candidats
ont été des femmes même si celles‑ci n’ont été en tête de quatre listes
seulement sur 58.
75. Si les libertés fondamentales ont dans l’ensemble été respectées
et si les candidats ont pu faire campagne librement, les élections
se sont déroulées dans un climat de défiance envers les institutions
et la classe politique. Des allégations crédibles d’intimidation
d’électeurs, les nombreuses pressions exercées sur les fonctionnaires
(ex: enseignants, médecins, infirmières …), l’achat de voix, la
coercition et le détournement de ressources administratives ont
persisté pendant toute la campagne. Ceci comprenait des menaces
directes de perte d’emploi pour tous ceux qui ne votaient pas comme
demandé.
76. Les règles relatives au financement des campagnes sont détaillées
et les candidats doivent faire rapport régulièrement, mais ne sont
pas tenus de présenter des relevés ou des reçus bancaires, ce qui
réduit la transparence. Les informations communiquées par les candidats
les 1er et 10 décembre faisaient état
d’un dépassement important du plafond des dépenses, en particulier
du VMRO‑DPMNE.
77. Le paysage médiatique diversifié est marqué par des clivages
politiques et ethniques. Les candidats ont pu faire campagne dans
les médias publics et privés grâce à des publicités politiques gratuites
et payantes. Les médias publics ont assuré aux candidats un traitement
globalement équitable dans les actualités. Certains médias privés
ont eu tendance à favoriser le parti au pouvoir. Un certain nombre
d’interlocuteurs de la mission internationale d’observation des
élections, dont des journalistes, ont exprimé leur préoccupation
à propos de l’autocensure et de l’indépendance éditoriale en raison
d’intérêts politiques et commerciaux favorisant les partis au pouvoir.
Si en vertu des modifications récentes, la publicité financée par
l’Etat et la couverture des responsables publics pendant la campagne
ont été interdites, les réformes substantielles des médias prévues dans
l’Accord de Przino n’ont pas encore été appliquées.
78. Les thèmes relatifs aux relations interethniques ont été au
cœur de la campagne, dont les relations institutionnelles entre
les communautés albanaise et macédonienne. L’Union sociale‑démocrate
de Macédoine a activement cherché à obtenir les voix de la communauté
albanaise, y compris en envoyant sur le terrain des candidats albanais.
Les reportages des médias sur les candidats roms ont souvent reposé
sur des stéréotypes.
79. Les modifications législatives et l’adoption d’un règlement
de la CEN sur les procédures ont renforcé les garanties juridiques
de règlement des contentieux. La majorité des recours exercés devant
l’administration électorale et les tribunaux ont toutefois été rejetés
pour des motifs de procédure ou de compétence. Le tribunal administratif
s’est réuni à huis clos. Plusieurs interlocuteurs de la mission
internationale d’observation des élections se sont inquiétés de
l’indépendance de la justice. Malgré des améliorations de la loi,
l’application des procédures de règlement des contentieux électoraux
n’a pas pleinement permis un recours effectif.
80. Le jour du scrutin s’est déroulé d’une manière générale dans
l’ordre et sans incident majeur même si certaines irrégularités
d’ordre procédural ont été observées, en particulier pendant le
dépouillement. La participation électorale a été importante et les
observateurs ont dans l’ensemble évalué le scrutin positivement. Ils
ont noté qu’un certain nombre de personnes n’avaient pas été autorisées
à voter après avoir été radiées des listes électorales lors du réexamen
récent du registre électoral. La transparence du processus électoral
a profité de la présence active de nombreux observateurs issus de
la population et des partis.
81. L’Assemblée parlementaire et la Commission de Venise continueront
à collaborer avec les autorités de «l'ex-République yougoslave de
Macédoine» dans le domaine des élections et plus généralement dans
celui du renforcement des institutions démocratiques par des activités
de coopération.
Annexe 1 –
Déclaration de la délégation préélectorale
A Skopje,
la délégation pré-électorale de l’APCE, préoccupée par le regain
de tension, exhorte toutes les forces politiques à faire preuve
de responsabilité dans le contexte électoral et à appliquer l’accord de
Przino
Strasbourg, 28.04.2016 – Une délégation de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l'Europe (APCE) a effectué une visite à Skopje les
26 et 27 avril 2016 pour évaluer le climat politique avant les élections législatives
anticipées, qui doivent se tenir le 5 juin 2016.
La délégation*, conduite par Stefan Schennach (Autriche, SOC),
a rappelé que ces élections anticipées étaient convoquées dans le
cadre de la mise en œuvre de l’accord de Przino, négocié sous l’égide
de l’UE pour mettre un terme à la crise politique qui avait suivi
les élections législatives anticipées et l’élection présidentielle d’avril 2014.
Le principal parti d’opposition avait contesté les résultats des
élections et boycotté le parlement jusqu’en septembre 2015.
La délégation a constaté que la campagne électorale était
marquée par des controverses persistantes, telles que la fiabilité
des listes électorales et la réforme des médias. Elle a observé
que le climat s’était nettement dégradé après la décision du Président
de la République de gracier 56 personnes, dont celles contre lesquelles
des poursuites avaient été engagées par le Procureur spécial désigné
en vertu de l’accord de Przino pour enquêter sur les allégations
graves – de fraude électorale notamment – contenues dans les conversations qui
avaient fait l’objet d’écoutes illégales et avaient été divulguées
par l’opposition. Cette décision a provoqué de grandes manifestations
de rue, accentué le clivage de la société et entravé considérablement
le travail du Procureur spécial. La délégation demande instamment
aux autorités de trouver un moyen d’annuler la décision de grâce
présidentielle dès que possible.
A la connaissance de la délégation, les partis politiques
étaient à l’origine tous d’accord pour considérer que des élections
anticipées étaient le seul moyen de régler la crise politique. Elle
regrette donc que l’«Union socio-démocrate de Macédoine» (SDSM)
ait décidé de boycotter les élections et que les partis albanais
UDI et PDA envisagent de les boycotter eux aussi. La délégation
a rappelé la position de l’APCE, selon laquelle le boycott d’élections
ne constitue pas une approche constructive de la bonne gouvernance
et enfreint les règles de la démocratie.
La délégation a émis des doutes quant à la fiabilité des listes
électorales, qui est indispensable pour restaurer la confiance de
la population à l’égard du processus électoral. Elle a pris note
des préoccupations exprimées par les partis au sujet de la couverture
médiatique de la campagne, malgré les changements apportés récemment
au Code électoral. En outre, elle a estimé qu’il faudrait prendre
des mesures concrètes pour séparer les activités de l’Etat et celles
des partis politiques, et pour empêcher l’intimidation des électeurs. L’utilisation
abusive des ressources administratives – une question soulevée par
l’APCE lors de l’observation d’élections précédentes – a aussi constitué
un motif de préoccupation pour la délégation.
La délégation a appelé toutes les parties à appliquer pleinement
l’accord de Przino, qui propose une voie permettant au pays de sortir
de la crise et des moyens de traiter, sur le long terme, des questions
structurelles. Elle les a vivement encouragées à trouver un accord
politique pour assurer le bon déroulement de la campagne électorale
et à faire preuve de responsabilité pour apaiser les tensions au
sein de la société, dans l’intérêt des citoyens et dans le but de
renforcer la stabilité du pays.
La délégation a constaté avec satisfaction que les manifestations,
auxquelles avaient notamment participé des organisations étudiantes
et des ONG, n’avaient pas entraîné de heurts, ni avec la police
ni avec des contre-manifestants.
La délégation a aussi demandé instamment aux autorités de
veiller à ce que toutes les conditions soient remplies pour que
les partis politiques puissent organiser des rassemblements et faire
campagne dans le calme.
La délégation pré-électorale de l'APCE s'est rendue à Skopje
à l'invitation du Président de l'Assemblée. Elle a rencontré le
Président de l’Assemblée, le Président et des membres de la Commission
électorale d’Etat, le ministre de l’Intérieur, le Procureur spécial
et le Procureur général, des responsables des partis politiques,
des représentants de la société civile, d’organisations étudiantes
et des médias, le Chef de la mission d’observation électorale de
l’OSCE/BIDDH et des diplomates et des représentants d’organisations
internationales présentes à Skopje.
Une délégation complète de 22 membres de l’APCE se rendra
à Skopje avant les élections législatives anticipées pour observer
le scrutin.
* Membres de la délégation: Stefan Schennach (Autriche, SOC),
chef de délégation; Frank J. Jenssen (Norvège, PPE/DC); Eerik-Niiles
Kross (Estonie, ADLE); Tom Packalén (Finlande, CE); Andrej Hunko (Allemagne,
GUE); Lise Christoffersen (Norvège), rapporteure de l’APCE pour
le dialogue postsuivi; Valeriu Ghiletchi (République de Moldova),
rapporteur de l’APCE pour le dialogue postsuivi.
Annexe 2 –
Programme de la mission préélectorale (21-22 novembre 2016)
Lundi 21
novembre 2016
09h30-10h00 Réunion de la délégation
10h15-11h15 Réunion avec des membres du corps diplomatique:
- M. l’Ambassadeur d’Italie, Carlo
Romeo
- M. l’Ambassadeur de Slovénie, Milan Jazbec
- Mme Anıl Özge Ertay – conseillère
à l’Ambassade de Turquie de Skopje
11h30-12h30 Réunion avec Mme Tana
de Zulueta, chef de la mission d’observation des élections de l’OSCE/BIDDH,
et des membres de son équipe
14h00-14h30 Réunion avec des représentants des médias (partie
1):
- Centre de développement
des médias: M. Dejan Georgievski
- Telma TV: Mme Sanja Vasic
14h30-15h00 Réunion avec des dirigeants et des représentants
du parti «Organisation révolutionnaire interne macédonienne – Parti
démocratique pour l'unité nationale macédonienne» (VRMO-DPMNE)
15h15-15h40 Réunion avec M. Afrim Gashi, dirigeant du mouvement
BESA, et M. Zekiria Ibraimi, vice-président
15h45-17h00 Réunion avec des représentants de la société civile:
- Institut des droits de l’homme:
M. Miroslav Draganov
- ONG Most: M. Zlatko Dimitrioski
- ONG Civil: M. Xhabir Derala
- Centre de recherche et d’élaboration des politiques (CRPM):
M. Zdravko Veljanov
17h30-18h00 Réunion avec des représentants des médias (2e partie):
- Association macédonienne de
journalistes (MAN): Mme Ivona Talevska
- Kanal 5 TV – M. Ivan Mircevski
- Kurir (magazine en ligne) – Mme Anastasija
Bodanoska
18h00-18h10 Réunion avec des représentants des médias (3e partie):
- Radio et télévision macédonienne
(MRT): Mme Santa Argirova, rédactrice
en chef du programme Actualités
Mardi 22
novembre 2016
09h15-10h00 Réunion avec M. Nikola Poposki, ministre
des Affaires étrangères
10h15-10h45 Réunion avec M. Trajko Veljanovski, Président
de l’Assemblée de «l’ex-République yougoslave de Macédoine»
11h00-11h30 Réunion avec Mme Ivana
Tufegdjich
11h30-12h00 Réunion avec M. Goce Markoski, Levica
12h15-12h45 Réunion avec des dirigeants et des représentants
de l’Union démocratique pour l’intégration (UDI)
13h00-13h30 Réunion avec des dirigeants et des représentants
de l’«Union socio-démocrate de Macédoine» (SDSM)
13h45-14h15 Réunion avec des dirigeants et des représentants
du «Parti démocratique albanais» (PDA)
16h00-16h30 Réunion avec M. Oliver Spasovski, ministre de
l’Intérieur
16h45-17h15 Réunion avec Mme Katica
Janeva, Procureur spécial
17h30-18h00 Réunion avec M. Aleksandar Chichakovski, Président
de la Commission électorale centrale, ainsi que des membres de celle-ci
18h30 Réunion de la commission (préparation d’une déclaration)
Annexe 3 –
Déclaration de la délégation préélectorale
A Skopje,
la délégation préélectorale de l’APCE espère que les prochaines
élections offriront une porte de sortie à la crise profonde que
traverse le pays
Strasbourg, 23.11.2016 – Une délégation de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l'Europe (APCE) était à Skopje les 21 et 22 novembre
2016 pour évaluer le climat préélectoral des élections législatives
anticipées fixées au 11 décembre 2016.
La délégation* conduite par Stefan Schennach (Autriche, SOC)
a rappelé que l’organisation de ces élections anticipées avait été
annoncée dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de Przino
négocié sous l’égide de l’UE pour mettre un terme à la crise politique
qui a suivi les élections présidentielles et législatives anticipées d’avril 2014.
La délégation a rappelé également qu’elles avaient été reportées
deux fois en 2016 et espéré qu’elles se tiendront dans un environnement
pacifique.
Les principaux partis politiques ont estimé, a indiqué la
délégation, que les conditions minimum pour la tenue des élections
avaient été remplies. Cela étant, plusieurs de ses interlocuteurs
ont mentionné parmi les problèmes non réglés jusque-là, l’exactitude
des registres électoraux (elle a certes été améliorée, mais pourrait l’être
davantage) et la persistance d’une utilisation abusive des ressources
administratives. La délégation a salué le fait que tous les partis
politiques ont concouru à la tenue de ces élections, comme prévu,
le 11 décembre.
Elle a pris acte des préoccupations exprimées par ses interlocuteurs
concernant la couverture médiatique de la campagne et déploré la
polarisation des médias, utilisés davantage comme un outil de propagande
que pour informer le public. Elle a formé le vœu qu’avant le jour
du scrutin, les principaux médias organiseront des débats directs
entre les candidats, ce qui permettrait aux citoyens d’opérer un
choix plus éclairé.
La délégation s’est inquiétée du fait que la commission temporaire
œuvrant dans le cadre de l’Agence pour les services médias audio
et visuels, chargée de contrôler la représentation médiatique ne
restera en place que jusqu’à l’achèvement du processus électoral.
Par ailleurs, la délégation a invité le radiodiffuseur public MRT
à poursuivre les efforts qu’il déploie pour assurer une couverture
équilibrée même après les élections.
La délégation a également demandé que soient prises des mesures
concrètes pour séparer les activités de l’Etat de celles des partis
politiques afin de prévenir les manœuvres d’intimidation des électeurs.
Elle a souligné l’importance du travail accompli par le procureur
spécial qui devrait se poursuivre dans la prochaine législature.
Le fait que la campagne électorale ait démarré dans le calme
et sans incident a été salué par la délégation qui espère ainsi
que les élections à venir permettront au pays de sortir de la crise
prolongée qu’il connaît aujourd’hui.
La délégation préélectorale de l’APCE s’était rendue à Skopje
à l’invitation du Président de l’Assemblée. Elle a pu ainsi s’entretenir
avec le Président de l’Assemblée, le Président et les membres de
la commission électorale centrale, le ministre des Affaires étrangères,
le ministre de l’Intérieur, le Procureur spécial, les dirigeants
des partis politiques, les représentants de la société civile et
des médias, le Chef de la mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH
et les diplomates en poste à Skopje.
Une délégation complète de l’APCE, composée de 22 membres
arrivera à Skopje avant la tenue des élections législatives anticipées
pour observer le scrutin le 11 décembre.
* Membres de la délégation: Stefan Schennach (Autriche, SOC),
Chef de délégation; Egidijus Vareikis (Lituanie, Groupe du Parti
populaire européen); Cristina De Pietro (Italie, Alliance des démocrates
et des libéraux pour l’Europe); Suat Önal (Turquie, Groupe des conservateurs
européens); Matjaž Hanžek (Slovénie, Groupe pour la gauche unitaire
européenne); Valeriu Ghiletchi (République de Moldova), rapporteur
de l’APCE pour le dialogue post-suivi.
Annexe 4 –
Composition de la commission ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme
suit:
Stefan SCHENNACH (Autriche, SOC), Président
Groupe du parti populaire européen
(PPE/DC)
- Vladyslav
GOLUB, Ukraine
- Vusal HUSEYNOV, Azerbaïdjan
- Frank JENSSEN, Norvège
- Luís LEITE RAMOS, Portugal
- Şaban DÍŞLİ, Turquie
Groupe Socialiste (SOC)
- Valeri JABLIANOV, Bulgarie
- George FOULKES, Royaume-Uni
- Saša MAGAZINOVIĆ, Bosnie-Herzégovine
- Muslum MAMMADOV, Azerbaïdjan
- Stefan SCHENNACH, Autriche*
- Predrag SEKULIĆ, Monténégro
Alliance des démocrates et des
libéraux pour l’Europe (ADLE)
Groupe pour la gauche unitaire
européenne (GUE)
Commission de Venise
Secretariat
- Bogdan TORCĂTORIU, Administrateur,
Division de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
- Franck DAESCHLER, Assistant administratif principal, Division
de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
- Anne GODFREY, Assistante, Division de l’observation des
élections et de la coopération interparlementaire
- Domenico VALLARIO, juriste assistant, Commission de Venise
* membres de la délégation préélectorale
Annexe 5 –
Programme de la mission d’observation d’élection (9-12 décembre
2016)
Vendredi
9 décembre 2016
09h00-9h45 Réunion interne de la délégation de
l’APCE:
- Briefing sur la mission
pré-électorale par M. Stefan Schennach, chef de la délégation
- Briefing par des membres de la mission pré-électorale
- Briefing sur le cadre juridique et les récentes modifications
de la loi électorale par M. Kåre Vollan, expert de la Commission
de Venise
- Modalités pratiques et logistiques, Secrétariat
Briefing commun avec les délégations de l’AP-OSCE et du Parlement
européen
10h00-10h20 Ouverture par les chefs de délégation:
- M. Roberto Battelli, coordinateur
spécial
- M. Azay Guliyev, chef de la délégation de l’AP-OSCE
- M. Stefan Schennach, chef de la délégation de l’APCE
- M. Igor Soltes, chef de la délégation du Parlement européen
10h20-11h00 Communauté internationale;
- M. Jeff Goldstein, chef de mission par intérim, Mission
de l’OSCE à Skopje
- M. l’Ambassadeur Samuel Žbogar, chef de la délégation
de l’Union européenne
11h00-11h15 Ministre de l’Intérieur, M. Oliver Spasovski
11h15-11h30 Ministre des Affaires étrangères, M. Nikola Poposki
11h30-13h30 Réunions avec les partis politiques:
Dirigeants et représentants du parti «Organisation révolutionnaire
interne macédonienne – Parti démocratique pour l'unité nationale
macédonienne» (VRMO-DPMNE), M. Aleksandar Nikolovski, député du
VMRO-DPMNE
Dirigeants et représentants de l’Union démocratique pour
l’intégration (UDI), M. Bekim Neziri, chef du cabinet du président
Dirigeants et représentants de l’«Union socio-démocrate
de Macédoine» (SDSM), M. Damjan Mancevski, Vice-Président
Dirigeants et représentants du «Parti démocratique albanais»
(PDA)
Dirigeants et représentants du «BESA», M. Kastriot Rexhepi,
membre de la direction centrale, ainsi que du siège pour les relations
avec la communauté internationale
Dirigeants et représentants de «Levica», Mme Marija
Jones, membre de la présidence et candidate
15h00-17-30 Briefing par la Mission d’observation des élections
de l’OSCE/BIDDH (Partie I):
- Introduction
et présentation des conclusions à ce jour: Mme Tana
de Zulueta, chef de mission
- Bilan politique, campagne électorale, participation des
femmes et des minorités nationales: Mme Saša
Pajević, analyste politique
- Système électoral, cadre juridique, campagne de financement,
plaintes et recours: Mme Tania Marques,
analyste juridique
- Administration électorale, inscription des candidats,
observation des élections: Mme Maša Janjušević,
analyste des élections
- Inscription des électeurs: M. Ovidiu Craiu, analyste sur
l’inscription des électeurs
- Environnement médiatique et conclusions relatives à la
surveillance des médias: M. Marek Mračka, analyste des médias
- Bilan en matière de sécurité: M. Peter Booker, expert
en sécurité
Samedi 10 décembre
2016
09h00-09h20 Procureur spécial, Mme Katica
Janeva
09h20-09h40 Procureur, M. Malko Zvrlevski
09h40-11h45 Discussion en groupe avec des représentants
des médias
09h40-10h15 Partie 1: Réunion avec des représentants des
médias:
- Institut macédonien
des médias (IMM): Mme Biljana Petkovska
- Centre de développement des médias (CDM): M. Dejan Georgievski
10h15-11h45 Partie 2: Réunion avec des représentants des
médias:
- Association macédonienne
de journalistes (MAN): Mme Ivona Talevska
- Kanal 5 TV: M. Ivan Mircevski
- Telma TV: Mme Sanja Vasic
- Utrinski Vesnik (journal): Mme Slobodana
Jovanovska
- MRT: Mme Santa Agirova, rédactrice
en chef
- Kurir: Mme Anastasija Bodanoska
11h45-12h45 Discussion en groupe avec des ONG/OING
- Institut des droits de l’homme:
M. Miroslav Draganov
- ONG Most: M. Zlatko Dimitrioski
- ONG Civil: M. Xhabir Derala
- Comité Helsinki: M. Voislav Stojanovski
- Centre de recherche et d’élaboration des politiques (CRPM):
M. Zlatko Simonovski et M. Emil Chourkov
12h45-13h15 Commission électorale centrale, M. Alexander
Chichakovski, Président, et M. Rexhep Prekopuca, Vice-président
13h15- 14h45 Briefing par l’OSCE/BIDDH (Partie II):
- Procédures le jour du scrutin:
Mme Maša Janjušević, analyste électorale
- Statistiques et formulaires d’observation: Mme Karolina
Riedel et M. Jonathan Mellon, analystes statistiques, et M. Raul
Mureșan, chef de mission adjoint
14h45-15h15 Réunion avec des observateurs à long terme
de la MOE de l’OSCE/BIDDH basés à Skopje
15h15-16h00 Réunion avec les interprètes et les chauffeurs
Dimanche 11 décembre
2016
07h00 Ouverture des bureaux de vote
19h00 Fermeture des bureaux de vote
Lundi 12 décembre
2016
08h00-09h00 Réunion de débriefing de la délégation de l’APCE
14h30 Conférence de presse commune
Annexe 6 –
Communiqué de presse de la Mission Internationale d’Observation
d’Eléction (MIOE)
Selon les
observateurs internationaux à Skopje, la coopération entre les partis
pour mettre fin à la crise politique a abouti à des élections pluralistes,
même si des réformes durables restent nécessaires
Strasbourg, 12.12.2016 – Les élections législatives qui se
sont tenues le 11 décembre dans «l’ex-République yougoslave de Macédoine»
ont été pluralistes et ont constitué une étape essentielle dans
la résolution d’une profonde crise politique qui dure depuis deux
ans. Elles se sont toutefois déroulées dans un climat marqué par une
grande méfiance du public à l’égard des institutions et de la classe
politique, ont conclu les observateurs internationaux dans une déclaration
préliminaire publiée aujourd’hui.
Alors que les principales forces politiques ont accepté une
série de changements juridiques et institutionnels visant à garantir
une participation sur un pied d’égalité, il faut encore résoudre
des problèmes sous-jacents, notamment en lien avec les médias et
l’inscription des électeurs, et ce de manière durable, indique la déclaration.
«La forte participation montre que les électeurs ont compris
le rôle crucial d’un bon processus électoral pour l’avenir de leur
pays», a souligné Roberto Battelli, coordinateur spécial et chef
de la mission d’observation de courte durée de l’OSCE. «Il appartient
désormais à la classe politique de répondre à ces attentes. Elle
doit tirer parti de la dynamique actuelle et de la mission qui lui
a été confiée afin de poursuivre les réformes nécessaires pour l’avenir
du pays.»
Les améliorations significatives apportées à la législation
électorale ont tenu compte de la plupart des recommandations formulées
par le BIDDH et la Commission de Venise du Conseil de l’Europe.
Des mécanismes temporaires ont été mis en place en vue d’un contrôle
entre les partis des principaux volets du processus électoral. En
revanche, selon la déclaration, plusieurs recommandations restent
sans suite et certaines dispositions sont ambiguës.
«Le pays se trouve à un nouveau carrefour qui lui ouvre la
voie vers la normalité dans la vie politique. Tous les acteurs concernés
doivent maintenant prouver leur engagement à guider le pays dans
cette voie», a déclaré Stefan Schennach, chef de la délégation de
l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. «Les différentes
communautés ethniques ont déjà prouvé lors des manifestations de
rue de l’été dernier que la coopération dans un but politique commun
est possible. Le pays doit maintenant œuvrer à l’unisson pour que les
clivages ethniques cèdent la place à une coopération visant l’édification
de la nation.»
Bien que les libertés fondamentales aient été respectées dans
l’ensemble et que les candidats aient pu faire campagne librement,
les observateurs ont eu connaissance d’allégations d’intimidation
d’électeurs et de fréquentes pressions exercées sur les fonctionnaires,
allégations qu’ils ont vérifiées dans une douzaine de cas.
«Nous avons vu un nombre impressionnant de personnes souhaiter
mieux pour leur pays et pour les générations à venir. Les tendances
positives que nous avons observées doivent maintenant se traduire
dans des mécanismes durables, et les défaillances que nous recensons
doivent être corrigées au moyen d’un dialogue constructif avec les
institutions compétentes de l’État, en particulier avec le Parlement»,
a affirmé Azay Guliyev, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire
de l’OSCE. «Toutes les forces politiques doivent œuvrer pour garantir
qu’il n’y aura pas de retour en arrière dans la crise politique.»
Selon les observateurs, les préparatifs de la Commission électorale
nationale (CEN) en vue des élections ont été entravés par une organisation
interne inefficace, une prise de décisions politisée et des délais
légaux raccourcis. La Commission n’a pas toujours mené ses activités
en toute transparence, car elle a souvent tenu des séances à huis
clos et n’a pas publié systématiquement ses décisions. Le jour des
élections, le scrutin a été bien organisé globalement et s’est déroulé
sans incidents majeurs.
«Nous pensons que ces élections ont montré ce que veulent
les gens de ce pays et ce qu’ils méritent pleinement: voir la fin
d’une longue période de crise politique. Nous attendons du nouveau
gouvernement qu’il envoie un signal clair de sa volonté de travailler
avec tous les partis politiques siégeant au Parlement dans le but
d’entreprendre des réformes devenues urgentes», a souligné Igor
Šoltes, chef de la délégation du Parlement européen. «Nous appelons
tous les partis à fournir l’appui nécessaire aux institutions judiciaires,
et au Bureau du Procureur spécial en particulier, dans la mesure
où ses travaux doivent être menés à bon terme dans leur intégralité.»
Pour répondre aux préoccupations de longue date concernant
l’exactitude des listes électorales, la Commission électorale nationale
a examiné pour la première fois le registre électoral, par un recoupement
de plusieurs bases de données et des vérifications «en porte-à-porte»,
selon la déclaration. Les défaillances juridiques et structurelles
de la tenue du registre des électeurs devant encore être corrigées,
le contrôle effectué par la Commission, qui ne s’appliquait qu’à
ces élections, ne garantit pas d’amélioration durable sur ce point.
L’environnement médiatique diversifié est marqué par des clivages
politiques et ethniques. Le suivi des médias a fait ressortir que,
si les médias publics ont assuré aux candidats un traitement globalement
équitable dans les actualités, certains médias privés ont pris position
en faveur du parti au pouvoir. D’importantes réformes des médias
doivent encore être mises en œuvre.
«Les événements qui ont précédé les élections ont nécessité
une coopération entre les partis pour mettre en place des mécanismes
temporaires capables de résoudre les problèmes urgents. Le processus
s’en est trouvé amélioré, en particulier pour ce qui concerne les
médias et le cadre juridique», a indiqué Tana de Zulueta, chef de
la mission d’observation électorale du BIDDH. «Pour que ces améliorations
s’inscrivent dans la durée, les lacunes sous-jacentes devront être
corrigées. Il faudra pour cela renforcer la coopération et l’engagement
pour des mesures de reformes systématiques, mais surtout, inclusives,
du système électoral.»