La valeur du patrimoine culturel dans une société démocratique
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Texte
adopté par la Commission permanente, agissant au nom
de l’Assemblée, le 1er mars 2019 (voir Doc. 14834, rapport de la commission de la culture, de la science,
de l’éducation et des médias, rapporteur: Lord Alexander Dundee).Voir
également la Recommandation
2149 (2019).
1. La diversité culturelle et la richesse
du patrimoine culturel sont des atouts importants pour les économies et
les sociétés européennes. L’Assemblée parlementaire rappelle la
Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine
culturel pour la société (STCE no 199,
«Convention de Faro»), qui promeut une vision plus large du patrimoine
culturel et de son rapport avec les communautés et la société. Elle
souligne aussi l’importance du patrimoine culturel qui est lié non
seulement aux économies de la région et aux communautés locales,
mais aussi aux droits de l’homme et à la démocratie en Europe.
2. Dans la
Résolution
2123 (2016) et la
Recommandation
2093 (2016) «Culture et démocratie», l’Assemblée élargit
la définition de la culture pour englober les traits spirituels,
matériels, intellectuels et émotionnels qui caractérisent une société.
Cette définition inclut non seulement le patrimoine culturel, les
arts et les lettres, mais aussi les styles de vie, les modes de
pensée et d’action, les systèmes de valeurs, les traditions et les
croyances. Vue dans ce contexte, la culture devient un outil puissant
qui permet d’encourager la pensée critique, de lancer le débat public
et de renforcer la pratique démocratique.
3. L’Assemblée considère que la culture et le patrimoine ont
un rôle utile à jouer dans les régions et les localités en soutenant
leur économie, en améliorant la coopération avec leurs communautés
et en inspirant des solutions plus adaptées et plus créatives à
leurs problèmes quotidiens, à condition toutefois que les décideurs
des secteurs public et privé soient sensibles à leur valeur. L’Assemblée
met donc l’accent sur les principes fondamentaux de la Convention
de Faro, en précisant que ceux-ci doivent être largement utilisés
et appliqués au niveau local, que ce soit dans les petites ou les
grandes villes, ou dans les zones rurales.
4. Dès lors, l’Assemblée recommande aux États membres du Conseil
de l’Europe:
4.1 de signer et de
ratifier la Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur
du patrimoine culturel pour la société, s’ils ne l’ont pas encore
fait;
4.2 d’aider les collectivités locales à mettre en œuvre les
principes énoncés dans la convention et dans la Recommandation CM/Rec(2017)1
sur la Stratégie pour le patrimoine culturel en Europe au XXIe siècle,
et d’encourager au niveau national l’adoption de politiques visant:
4.2.1 à promouvoir un plus grand degré d’inclusion au sein d’un
éventail plus large d’expressions pour maximiser la contribution
utile que la culture peut apporter à l’État;
4.2.2 d’inclure plus efficacement la culture et le patrimoine
dans les politiques sur l’éducation, l’emploi, l’économie, la recherche
et l’innovation, les services sociaux, la santé et le bien-être;
4.2.3 à combiner des stratégies et des actions de développement
durable au niveau local dans différents secteurs, qui incarnent
un nouvel esprit de coopération afin de surmonter les restrictions
trop souvent présentes dans les législations nationales et d’offrir
le soutien et les incitations voulues pour déboucher sur des résultats
constructifs;
4.2.4 à revoir et à actualiser les programmes d’enseignement
et de formation professionnelle de manière à ce qu’ils répondent
bien à l’évolution des besoins en matière d’emploi dans le secteur
culturel, en associant plus étroitement les arts, l’économie, la
technologie et la science afin de stimuler des interactions beaucoup
plus efficaces entre les technologies, les arts et l’entrepreneuriat.
5. L’Assemblée recommande donc aux collectivités territoriales:
5.1 de formuler des stratégies de
développement durable en plaçant en leur centre la culture et le patrimoine;
5.2 de promouvoir une vision positive de la culture et de
sa capacité à développer les compétences et à encourager des approches
novatrices de l’économie;
5.3 de résister aux clivages inutiles et arbitraires entre
la culture et l’économie;
5.4 de réunir toute une série d’associations et de participants
pour convenir d’objectifs de développement local communs;
5.5 d’encourager les partenariats entre l’industrie, les institutions
culturelles, les établissements scolaires locaux et les établissements
de formation professionnelle de manière à faire participer les jeunes
à des projets de réaménagement, en particulier dans des zones défavorisées;
5.6 de persuader les institutions culturelles d’associer davantage
de personnes à leurs programmes et d’étudier de nouvelles formes
d’engagement au sein de la communauté par l’intermédiaire de leurs services
de proximité;
5.7 de faciliter davantage les possibilités de travail et
de renforcement des compétences dans les secteurs de la culture
et du patrimoine par des incitations à mettre en place de nouveaux
«espaces créatifs», des modules d’éducation à l’échelle locale adaptés
et des partenariats et des formations efficaces.
6. L’Assemblée rend hommage au Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux du Conseil de l’Europe pour le rôle essentiel qu’il joue,
et les résultats qu’il a obtenus grâce à la coopération en faisant
face aux défis que présente la vie culturelle et démocratique dans
les villes et les zones rurales. Pour sa part, l’Assemblée favorisera
cette coopération, notamment dans le cadre des quatre distinctions
du Prix de l’Europe.
7. À la suite du succès de l’Année européenne du patrimoine culturel
2018, l’Assemblée invite l’Union européenne à poursuivre sa coopération
avec le Conseil de l’Europe à travers le Cadre d'action européen
sur le patrimoine culturel et le nouvel Agenda européen de la culture,
ainsi qu’avec les réseaux et associations de villes aux niveaux
européen et international pour promouvoir l’application des principes
de Faro dans le cadre de projets locaux et régionaux de développement
durable.
8. L’Assemblée invite en outre la Commission européenne à envisager
la possibilité de revoir les programmes de financement existants,
communs à plusieurs directions générales (Politique régionale et urbaine;
Éducation; Éducation, jeunesse, sport et culture – et son Agence
exécutive «Éducation, audiovisuel et culture» –; Emploi, affaires
sociales et inclusion), afin de les coordonner plus efficacement
de manière à ce que les projets financés puissent eux-mêmes être
plus cohérents et mieux coordonnés pour servir d’exemples de bonnes
pratiques à d’autres villes ou régions européennes.