B Exposé des motifs,
par Mme Nino Goguadze, rapporteure
1 Introduction
1. Aujourd’hui, en matière de
médias, on peut véritablement parler d’écosystème multimédia: les
médias institutionnels restent des acteurs centraux, mais les communicateurs
stratégiques, qu'ils soient politiques, religieux ou commerciaux,
jouent aussi dans cet écosystème un rôle actif et efficace, tandis
que la communication numérique prend progressivement le pas. Dans
ce contexte complexe, il est parfois très difficile de distinguer
les informations exactes et fiables des informations fabriquées
et délibérément trompeuses.
2. Les nouvelles technologies et les nouveaux services médiatiques
ont chamboulé les structures médiatiques traditionnelles et ouvert
la sphère publique. Mais ils ont également mis à l’ordre du jour
de nouveaux enjeux, tels que le flou croissant entre contenu rédactionnel
et contenu publicitaire, la sécurité et la sûreté en ligne, la protection
et l'exploitation des données, la fracture numérique et les inconvénients
liés à l'exclusion numérique et la diffusion rapide de la désinformation
et du discours de haine.
3. L'éducation aux médias est souvent considérée comme un moyen
de relever ces défis, presque aussi important que l’aptitude à lire
et à écrire; cela se reflète d’ailleurs dans les programmes scolaires
nationaux de certains pays. Cependant, l'éducation aux médias est
un processus évolutif qui nécessite une actualisation constante.
Il s'agit d'un parcours d'apprentissage tout au long de la vie,
qui va au-delà de l'éducation formelle. L'éducation aux médias ne
devrait pas concerner uniquement les enfants ou les jeunes: de nombreux
autres groupes de la société, comme les personnes âgées et les personnes
souffrant de handicaps physiques ou cognitifs, ont besoin de davantage
de ressources et d'une formation supplémentaire en éducation aux
médias pour une participation efficace à la sphère publique numérique.
4. Traditionnellement, la responsabilité de l'éducation aux médias
incombait principalement au secteur de l'éducation et, dans une
moindre mesure, au secteur des médias. De nombreux médias de service
public sont actifs dans le domaine de l'éducation aux médias depuis
le tout début. Cependant, ces dernières années, l'éventail des acteurs
impliqués s'est élargi et reflète aujourd'hui toute la diversité
des secteurs concernés par l'éducation aux médias. La promotion
de l'éducation aux médias n'est pas une tâche que le système éducatif et
les enseignants ou les médias eux-mêmes pourraient accomplir seuls:
il est important d’y associer d'autres acteurs pertinents qui peuvent
jouer un rôle important, comme les autorités de régulation des médias
et les médias sociaux. Les autorités de régulation des médias, par
exemple, ont reconnu l'importance de l'éducation aux médias en tant
que mécanisme complémentaire de la régulation des médias. Les campagnes
sont un autre moyen d'éducation aux médias. Compte tenu de la puissance
et de la domination croissantes des médias sociaux et des moteurs
de recherche dans les écosystèmes multimédias, il est très important
que ceux-ci assument pleinement leurs responsabilités, notamment
en apportant un soutien plus structuré à la promotion de l'éducation
aux médias.
5. Les documents politiques aux niveaux européen et national
qui contiennent des références à l'éducation aux médias sont nombreux.
Mais les engagements fermes en faveur de la promotion et de la mise
en œuvre de l'éducation aux médias sont plus rares; c'est là l'un
des principaux défis. Heureusement, cette situation est en passe
de changer, en partie grâce à l'impulsion donnée par certaines recommandations
adoptées par le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe. Ces
textes reconnaissent l'importance pour les individus de développer
les compétences et les capacités cognitives, techniques et sociales
grâce auxquelles accéder efficacement aux contenus médiatiques et
les analyser de manière critique. Par ailleurs, ils appellent les
États à développer une politique nationale coordonnée d'éducation
aux médias et à assurer sa mise en œuvre opérationnelle par des
plans d'action annuels ou pluriannuels, en fournissant les ressources
adéquates à ces objectifs.
6. La principale difficulté rencontrée dans l'examen de cette
question est l'absence d'ensembles de données exhaustifs et d'aperçus
des activités menées sur le terrain dans les États européens pour
promouvoir l'éducation aux médias. Les informations existantes se
limitent à des secteurs particuliers. La Plateforme européenne des
autorités de régulation a élaboré des lignes directrices sur les
modalités de la mise en place de réseaux d'éducation aux médias
au niveau national, et certaines autorités nationales ont pris des
initiatives dans ce contexte. Certains médias de service public
et médias communautaires élaborent des formations pour leurs membres
et leurs publics cibles. Alors que les initiatives se multiplient,
une sélection des meilleures pratiques – sur la conception et la
mise en œuvre de programmes d'enseignement, le développement de
cours ciblés et d’approches transdisciplinaires, et la mise à disposition
de ressources pour les enseignants et les décideurs en matière d'éducation
– fait toujours défaut. Dans le présent rapport, je mettrai en évidence
les principaux défis dans le domaine de l'éducation aux médias et
mentionnerai un certain nombre de bonnes pratiques qui pourraient
être une source d'inspiration
Note.
7. Le présent rapport débute par un aperçu des récentes évolutions
réglementaires et politiques en matière d'éducation aux médias au
sein du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne. Ces évolutions
devraient donner le ton quant à l’avenir des politiques nationales
en matière d'éducation aux médias, prochain thème du présent rapport.
Ces politiques devraient cibler toutes les catégories sociales,
en s’adaptant toutefois en fonction de leur situation et de leurs
besoins spécifiques. Les journalistes – et autres acteurs des médias
– sont des décideurs influents ayant le pouvoir d’orienter le débat
public. Ils doivent faire face à de nouveaux défis et à de nouveaux
choix éthiques, et leur formation – dans les centres d’enseignement
du journalisme ou dans le cadre d’une formation professionnelle
continue – devrait prendre en compte la dynamique et la complexité
de l'environnement en ligne. Cette formation, et notamment son volet
éthique, est le thème suivant du rapport. En raison de leur rôle
de plus en plus important dans l'écosystème multimédia, le sujet
des médias sociaux et des moteurs de recherche est ensuite brièvement
abordé.
8. En ce qui concerne la terminologie, la diversité est considérable
en ce domaine: des termes comme éducation aux médias (qui couvre
à la fois les notions de
media education et
media literacy), éducation (critique)
à l'information, culture numérique, culture de l’information, formation
aux moteurs de recherche, etc. sont tous cohérents sur le plan conceptuel
Note.
Cependant, il est important de ne pas se laisser distraire par cette diversité
terminologique et au contraire de se concentrer sur la convergence
des objectifs et des processus pertinents. Selon certains auteurs,
le terme anglais «
media literacy» (traduit
en français par «éducation aux médias») suffirait comme dénomination
générique parce qu’il offre une perspective plus «holistique»
Note. D'autres experts proposent de faire
une distinction entre «
education»
(éducation, en français) et «
literacy»
(que le français traduit aussi par «éducation» et qui renvoie à
la notion de «culture médiatique»), en fonction des contextes spécifiques.
Selon eux, «
media literacy»
renvoie aux aptitudes, aux connaissances et à la confiance nécessaires
pour faire des choix éclairés sur l'ensemble des contenus et des
informations avec lesquels nous entrons en contact; autrement dit,
toutes les compétences permettant à un individu de comprendre et
d'évaluer de manière critique le contenu des médias, de comprendre
comment fonctionnent la production médiatique, les processus éditoriaux
et de financement, comment les données sont utilisées et comment
les algorithmes et l'intelligence artificielle peuvent influencer
les choix des médias. Être «
media literate»
(que l’on pourrait traduire en français par «avoir une culture des
médias») signifie aussi être capable d'utiliser les médias, de s'engager
de manière responsable et sûre avec les autres dans la sphère publique
et de réaliser le potentiel créatif et participatif que les nouvelles
technologies et les nouveaux services peuvent offrir. En ce qui
concerne «
media education»,
la notion devrait plutôt se référer au processus par lequel les
gens (de tous âges) développent des compétences en éducation aux
médias. La notion de «
media literacy»
est souvent utilisée conjointement avec la notion d'
«information», de sorte que l'expression
«media and information literacy»
(MIL) – en français, «éducation aux médias et à l'information» (EMI)
– peut être rencontrée assez fréquemment dans la littérature spécialisée.
2 Droit européen et cadre politique:
certaines évolutions récentes
2.1 Conseil
de l’Europe
9. Le Comité des Ministres du
Conseil de l’Europe a renforcé son engagement en faveur de la promotion de
l'éducation aux médias dans deux recommandations adoptées en 2018.
Sa
Recommandation
CM/Rec(2018)1 aux États membres sur le pluralisme des médias et la
transparence de leur propriété et sa
Recommandation
CM/Rec(2018)7 aux États membres sur les lignes directrices relatives
au respect, à la protection et à la réalisation des droits de l’enfant
dans l’environnement numérique traitent de manière explicite et
détaillée de l'éducation aux médias/numérique.
10. Le Comité des Ministres reconnaît «[qu’]Étant donné la diversité
croissante des médias et des contenus, il est très important que
les individus développent les capacités et les compétences cognitives,
techniques et sociales qui leur permettent d’accéder efficacement
aux contenus médiatiques et de les analyser avec un esprit critique;
de prendre des décisions éclairées sur les médias qu’ils utilisent
et la manière dont ils les utilisent; de comprendre les implications
éthiques des médias et des nouvelles technologies et de communiquer
efficacement, notamment en créant des contenus»
Note.
11. Dans le contexte du présent rapport, l'une des principales
lignes directrices du Comité des Ministres est la suivante: «Les
États devraient aussi concevoir une politique nationale coordonnée
d’éducation aux médias et assurer sa mise en œuvre opérationnelle
au moyen de plans d’action annuels et pluriannuels avec des ressources
suffisantes pour atteindre ces objectifs. Une stratégie essentielle
pourrait consister à soutenir la formation d’un réseau national
coordonné d’éducation aux médias intégrant une grande diversité
de partenaires, ou à consolider un tel réseau lorsqu’il existe déjà.
Il conviendrait d’échanger et de promouvoir de façon active dans
le cadre des forums internationaux pertinents les pratiques positives
développées au sein des réseaux nationaux»
Note.
12. Le Comité des Ministres affirme par ailleurs que: «Dans l’écosystème
multimédia, il est essentiel pour les personnes de tous âges et
de tous horizons de posséder une culture des médias. Les mesures encourageant
l’éducation aux médias devraient ainsi contribuer à développer l’enseignement
de la culture des médias dans les programmes scolaires à tous les
niveaux et dans des cycles de formation continue, y compris en offrant
une formation appropriée aux enseignants et des ressources suffisantes
aux institutions éducatives pour qu’elles élaborent des programmes
d’enseignement et des dispositifs d’apprentissage axés sur des projets»
Note. L’éducation aux médias
ou au numérique est cependant particulièrement importante pour les enfants.
13. Le Comité des Ministres a également conscience du fait que
des mesures de soutien, y compris de nature financière, sont nécessaires
pour concevoir et maintenir des initiatives de promotion de l’éducation
aux médias et de formation au journalisme. Dans la Recommandation
CM/Rec(2018)1, le Comité des Ministres encourage les États membres
«à soutenir des projets en lien avec la formation au journalisme» (paragraphe 2.13).
Dans sa
Déclaration
du 13 février 2019 concernant la viabilité financière du journalisme
de qualité à l’ère numérique, le Comité des Ministres encourage les États membres
à prendre des mesures en faveur du développement de médias et du
journalisme, financées grâce à divers dispositifs, notamment des partenariats
public-privé, visant entre autres «à favoriser les compétences journalistiques
et organiser des formations et des programmes d’initiation aux médias
dans les rédactions» (page 5, point c.) (v)).
2.2 Union
européenne
14. Quant à l'Union européenne,
il est utile de signaler une évolution récente constatée au niveau
européen concernant l'éducation aux médias. L'objectif de promotion
et de concrétisation de l'éducation aux médias a récemment reçu
un coup de pouce grâce à la révision et au renforcement de la disposition
pertinente de la Directive de l'Union européenne sur les services
de médias audiovisuels visant à la coordination de certaines dispositions
législatives, réglementaires et administratives des États membres
relatives à la fourniture de services de médias audiovisuels (directive
SMA). Jusqu'à présent, l'importance de l'éducation aux médias était expliquée
dans le préambule de la directive, mais la seule disposition de
la partie de fond de la directive traitant de l'éducation aux médias
(article 33) n'exigeait pas des États membres qu'ils prennent des
mesures pour promouvoir l’acquisition de cette compétence. Elle
se bornait à leur demander de faire périodiquement rapport sur l'application
de la directive, sur la base des niveaux d'éducation aux médias
dans leurs systèmes nationaux.
15. Le processus officiel de révision de la directive a été l'occasion
de remédier à cet angle mort. Le nouvel article 33 bis (1), dispose
que «Les États membres promeuvent le développement des compétences
liées à l’éducation aux médias et prennent des mesures dans ce sens».
L'explication de ce qu'implique l'éducation aux médias et de la
raison de son importance a également été revue dans le considérant
59 du préambule de la directive.
16. Un autre ajout intéressant à la directive SMA révisée porte
sur les obligations qui incombent aux plateformes de partage de
vidéos. Dans la mesure où ces plateformes relèvent désormais du
champ d'application de la directive, elles doivent prendre des mesures
qui consistent notamment («le cas échéant») à «prévoir des mesures
et outils efficaces d'éducation aux médias et à sensibiliser les
utilisateurs à ces mesures et outils» (article 28 ter (3) j)).
17. Le Groupe des régulateurs européens des services de médias
audiovisuels (ERGA) aura pour mission «de partager les expériences
et les bonnes pratiques concernant l'application du cadre réglementaire
en matière de services de médias audiovisuels, y compris en ce qui
concerne l'accessibilité et l'éducation aux médias» (article 30
ter (3) b)).
19. Les évolutions susmentionnées, constatées tant au sein du
Conseil de l'Europe que de l'Union européenne, montrent que les
cercles où s’élaborent les lois et politiques européennes sont de
plus en plus conscients que l'éducation aux médias – quelle que
soit sa dénomination ou sa définition – doit être concrétisée et
compréhensible par toutes les catégories de la société. L'orientation
récente de la réglementation et des politiques favorise les approches
collaboratives, multipartites et multisectorielles.
3 Politiques
des États en matière d'éducation du public aux médias
20. Avec le développement et l'emploi
croissants des technologies numériques dans l'environnement des médias,
il est urgent de créer et d’entretenir des capacités de réflexion
critique pour analyser le contenu des nouvelles en ligne. Les citoyens
ayant une bonne connaissance des médias peuvent s'assurer de la
fiabilité du contenu de l’information et faire le tri entre faits
et opinions afin de faire des choix plus éclairés dans leur consommation
d’informations. L'éducation aux médias ne porte pas seulement sur
les contenus informatifs sous forme de textes, mais aussi sur les
outils de persuasion en ligne et le pouvoir puissant et potentiellement manipulateur
des images (en mouvement).
21. Les politiques nationales d'éducation aux médias, qui mettent
en rapport les parties prenantes concernées et facilitent et encouragent
les initiatives individuelles et collectives, peuvent être essentielles
à la mise en place de l'éducation aux médias. De même, il est très
important d’admettre la nécessité d’une approche multipartite rassemblant
organismes publics, médias, éducateurs, société civile, particuliers, fournisseurs
de services internet, etc., chacun y jouant un rôle différent.
22. En premier lieu, il convient de souligner que l'éducation
aux médias est l’activité de toute une vie et qu'elle a légitimement
sa place à tous les niveaux de l'éducation formelle, mais aussi
dans le cadre de la formation continue. Ses objectifs et ses méthodes
varient en fonction du contexte dans lequel elle est dispensée (cadre
scolaire ou formations ciblées pour les personnes âgées, les personnes
handicapées ou d'autres groupes ayant des besoins spécifiques).
Les politiques devraient refléter et intégrer cette différenciation.
Il n'existe pas de modèle universel d'éducation aux médias. En second
lieu, comme mentionné dans l'introduction, le terme «éducation aux
médias» est un terme générique. En troisième lieu, les États devraient
adopter des politiques ambitieuses et variées et en aucun cas se
borner à prendre des mesures législatives (qui pourraient même se
révéler inutiles). En quatrième lieu, les États ne devraient pas
limiter leurs politiques au secteur éducatif, mais opter pour une
approche transversale et multipartite. Des groupes d'acteurs clés
devront être identifiés, avant de définir des sous-groupes et leurs
rôles précis. Les médias (audiovisuels), et plus particulièrement
les médias de service public, qui sont investis de missions particulières au
sein de la société, sont l’un de ces groupes clés.
23. Il est difficile d’avoir accès à des informations complètes
et actualisées sur les politiques des États membres du Conseil de
l'Europe en matière de promotion de l'éducation aux médias. Les
données disponibles se limitent parfois à la promotion de cet apprentissage
dans des contextes ou secteurs particuliers tels que l'enseignement
ou les médias audiovisuels. Il arrive aussi que les objectifs spécifiques
des données recueillies dans différents États ne soient pas suffisamment
semblables pour permettre des comparaisons simples entre pays. Il
arrive aussi que les données ne soient pas collectées de façon systématique
ou organisées et mises à disposition sous forme de synthèses accessibles.
24. Compte tenu de ces difficultés de collecte et d'analyse de
données relatives aux politiques nationales, il est utile de signaler
une sélection d'études (récentes) qui aident à faire l’état des
lieux en la matière dans la zone d’influence du Conseil de l'Europe.
25. L'étude comparative réalisée dans le cadre des programmes
ANR TRANSLIT et COST «Transformer les publics/Transformer les sociétés»
par une équipe d'experts nationaux, dirigée par le professeur Divina Frau-Meigs
Note,
a été une contribution majeure à l'effort paneuropéen d’inventaire
et d’analyse. Cette étude porte notamment sur la définition de l'éducation
aux médias et à l'information dans l'environnement numérique et
sur les politiques publiques adoptées pour en réaliser les objectifs.
Elle accorde aussi une place importante au système scolaire et à
ses ressources et formations visant à concrétiser l’apprentissage
de cette compétence, ainsi qu’aux initiatives et intervenants extérieurs
au système scolaire. Même si les données relatives à un domaine
aussi dynamique prennent rapidement de l’âge, cette étude reste
un point de référence important pour la synthèse, l'analyse et l'évaluation
comparées des
approches pédagogiques propres
à chaque pays en matière d'éducation aux médias et à l'information.
26. Les dimensions traitées dans l’étude sont: la définition,
le cadre politique, le renforcement des capacités (formation et
ressources), le financement, les divers acteurs et l’évaluation
Note. Ses principales conclusions sont notamment
les suivantes: (1) il existe un «biais numérique» influant sur la
définition de l’éducation aux médias et à l’information; (2) un
effet de déconnexion fait apparaître des insuffisances dans les
dimensions politiques du financement et de l’évaluation; et (3)
un «effet en trompe-l’œil» révèle les efforts de compensation déployés par
d’autres acteurs pour garantir la mise en œuvre effective de l’éducation
aux médias et à l’information
Note.
27. Le premier constat renvoie à l’observation faite dans l’introduction
du présent rapport, selon laquelle il existe une diversité terminologique
concernant l’éducation aux médias. Le «biais numérique» renvoie
à l’émergence de termes tels que l’éducation informatique et numérique,
ce dernier terme l’emportant de plus en plus sur le premier
Note. Il ne s’agit pas là simplement
de nouvelles désignations: ces notions peuvent aussi influer sur
la manière dont l’éducation aux médias est comprise, conceptualisée,
enseignée et encouragée. Comme l’introduction du présent rapport
le note également, l’éducation aux médias recouvre des compétences diverses
(cognitives, techniques et sociales/civiques). Dans l’offre de l’éducation
aux médias, l’accent peut être mis plus particulièrement sur les
compétences numériques/techniques (par exemple, au titre de l’éducation informatique
ou numérique) ou sur les compétences civiques (par exemple, dans
le cadre de l’étude des médias ou de l’éducation civique). Diverses
perspectives existent. Les principaux concepts et valeurs identifiés et
regroupés dans l’étude sont les suivants:
- l’intégration des études cinématographiques, visuelles,
culturelles et artistiques dans l’éducation aux médias;
- les compétences de traitement et de gestion de l’information
en vue d’une plus grande employabilité;
- la promotion de la participation citoyenne et politique
et de la démocratie (électronique);
- l’éthique des médias et la protection des consommateurs;
- les compétences techniques et de productionNote.
28. Cette diversité d’approches a conduit des experts comme Divina
Frau-Meigs à insister sur l’importance d’ensembles de compétences
différentes et complémentaires, qu’elle qualifie de connaissances
multiples ou transversales
Note.
Sur la base de leurs données et de l’analyse qu’ils en font, les
auteurs de l’étude ont observé un certain niveau de stabilité du
point de vue de la formation, accompagnée d’une valorisation croissante
et d’une expansion des ressources
Note.
29. Dans la plupart des pays d’Europe (les deux tiers de ceux
qu’examine l’étude de Mme Frau-Meigs
et al.), l’éducation aux médias est enseignée en tant que discipline
transversale, plutôt que comme une discipline distincte au sein
du programme
Note.
Cette approche transversale présente des avantages pour l’intégration
dans les programmes, mais elle engendre aussi des difficultés méthodologiques
concernant l’évaluation d’impact, car il peut être malaisé de délimiter
l’effet spécifique des activités d’éducation aux médias. Ce point
renvoie plus généralement à l’un des principaux défis liés au développement
de l’éducation aux médias d’après les auteurs de l’étude, à savoir
l’évaluation de l’efficacité concrète des initiatives d’éducation
aux médias (et l’élucidation des raisons pour lesquelles elles sont
– ou ne sont pas – efficaces). Le financement est très «hétérogène».
Il existe une interaction complexe entre différents types de financement,
touchant notamment aux différents secteurs où l’éducation aux médias
est proposée. De plus, le financement manque de transparence et
à la difficulté d’interpréter les données disponibles s’ajoute la
diversité de ces données. Le financement affecté à des objectifs
généraux peut avoir des effets positifs implicites ou indirects
pour les initiatives d’éducation aux médias, mais il peut être difficile
de démontrer concrètement l’existence d’un lien de cause à effet
Note.
30. Enfin, l’étude recense quatre problèmes liés au financement
communs à tous les pays:
- la
durabilité;
- la coordination des initiatives d’éducation aux médias
et à l’information (EMI);
- le partage des programmes existants et de leurs produits;
- le soutien financier des produits innovants utiles au
domaine de l’EMINote.
31. Les cadres juridiques et politiques nationaux, ainsi que leur
architecture institutionnelle, déterminent la manière dont l'éducation
aux médias est conceptualisée, organisée et mise en œuvre. Certaines
initiatives récentes et actuelles en matière d'éducation aux médias
ciblent spécifiquement la désinformation en ligne. En voici quelques
exemples:
- En Finlande, l'Institut
national de l'audiovisuel (sous les auspices du ministère de l'Éducation
et de la Culture) est chargé de promouvoir l'éducation aux médias,
les compétences médiatiques des enfants et le développement d'un
environnement médiatique sûr pour les enfants, en coopération avec
d’autres autorités et entreprises du secteurNote.
- Aux Pays-Bas, le ministère de l'Éducation, de la Culture
et des Sciences a favorisé l’essor de Mediawijzer,
un réseau dynamique rassemblant un large éventail de parties prenantes,
soit plus de 1 000 organisations et particuliers qui s’occupent
activement des politiques, questions et activités d'éducation aux
médiasNote. Les cadres juridiques, politiques
et institutionnels peuvent faciliter l'élaboration d'initiatives
spécifiques.
- En Irlande, Webwise est
le Centre irlandais de sensibilisation à la sécurité sur internet.
Cofinancé par le ministère de l'Éducation et de la Formation et
l'Union européenne, il promeut une utilisation autonome, efficace
et plus sûre d'internet par les jeunes grâce à une stratégie d'information
et de sensibilisation à long terme ciblant les parents, les enseignants
et les enfants eux-mêmes au moyen de messages cohérents et pertinentsNote.
- En Belgique, Mediawijs,
centre flamand d'éducation aux médias, s’est attaché en 2017 à expliquer
aux citoyens comment faire preuve de plus d’esprit critique vis-à-vis
des «fausses nouvelles»Note. De plus, un projet d'éducation
aux médias intitulé «l'actualité en classe» est mis en pratique
chaque année. Il s'agit d'une collaboration entre Mediawijs, Vlaamse Nieuwsmedia, Press and Media,
soutenue par le Gouvernement flamandNote. Ce projet vise à encourager les
élèves à consulter et interpréter les nouvelles sources d'information
de manière critiqueNote.
Pour ce faire, il fournit aux enseignants des kits pédagogiques,
dont l’un des plus récents porte sur la lutte contre les «fausses
nouvelles»Note. Ces kits, qui exposent les élèves
au phénomène de la «bulle de filtrage»Note, les invitent à relever le défi
consistant à apprendre à discerner des informations fausses ou fallacieuses.
En Wallonie, le Conseil supérieur de l'éducation aux médias a lancé
des initiatives similaires comme la «Quinzaine de l'éducation aux médias»,
dont le thème principal de 2017 était «Les fausses nouvelles».Note Le 18 octobre 2017, le Conseil a
également organisé la «Journée de l'éducation aux médias», ouverte
par un débat sur ce même thèmeNote.
Le 31 janvier 2018, Sven Gatz, ministre flamand de la Culture, a
annoncé qu'il constituerait un «burgerkabinet» (cabinet des citoyens)
consacré aux «fausses nouvelles»Note. Ce projet vise à sensibiliser les
citoyens à la manière dont ils s'informent et sur ce qui pourrait
être amélioréNote. Jusqu'au
7 avril 2018, une plateforme en ligne a permis d’échanger des idéesNote. Par la suite, une «véritable» plateforme
de discussion a été organisée au sein du Parlement flamand dans
le but de formuler des recommandations concernant l’élaboration
des politiquesNote.
3.1 L’éducation
aux médias et le secteur des médias
3.1.1 Le
secteur audiovisuel en général
32. L'Observatoire européen de
l'audiovisuel s'intéresse depuis longtemps à l'éducation aux médias
dans le secteur audiovisuel. En 2016, il a publié un rapport détaillé
sur le sujet
Note. Ledit rapport
inventoriait et décrivait les principaux projets en matière de promotion
de l'éducation aux médias qui ont fait l'objet d'une couverture nationale
ou régionale dans les 28 États membres de l'Union européenne depuis
janvier 2010
Note.
Les 547 projets sélectionnés par des experts nationaux fournissent
une multitude d'exemples de la manière de donner corps à l'éducation
aux médias, principalement dans le secteur audiovisuel. Le rapport
s'est plus précisément concentré sur les projets d'éducation aux
médias relatifs aux services de médias proposés sur les réseaux
de communication électronique, tant linéaires que non linéaires,
et le cas échéant, sur les services de la société de l'information
Note. Les projets ont été classés en sept catégories:
ressources; engagement des utilisateurs finaux; recherche; plateformes
de réseautage; financement; campagnes et élaboration de politiques
Note. Ils ont également été classés en fonction
des compétences en éducation aux médias qu'ils privilégient: créativité, esprit
critique, dialogue interculturel, utilisation des médias, participation
et interaction
Note.
Les différents secteurs associés aux projets présentés ont eux aussi
été catégorisés: universités, fournisseurs de contenus audiovisuels,
autorités publiques, autorités de régulation des médias, plateformes
en ligne, société civile, collaboration intersectorielle et «autres»
Note.
33. La Plateforme européenne des instances de régulation (EPRA)
manifeste également depuis longtemps son intérêt et son engagement
vis-à-vis de la promotion de l'éducation aux médias dans le secteur
audiovisuel. Elle s’intéresse tout particulièrement au rôle que
peuvent jouer les autorités de régulation nationales en la matière.
En effet, la nature de ce rôle tient en partie à l’existence ou
à l’absence d’une obligation statutaire de promouvoir l'éducation
aux médias, et d'un financement spécifique pour prendre des initiatives
pertinentes. Au fil des ans, des groupes de travail ont partagé
expériences et (bonnes) pratiques. Le document de travail 2017 de
l'EPRA est une source très utile d'informations comparatives
Note. La taskforce Éducation aux médias
de l'EPRA a adopté en mai 2018 des lignes directrices sur les modalités
de la mise en place de réseaux d'éducation aux médias. Il s'agit
d'une liste de contrôle à l'intention des autorités réglementaires
nationales qui envisagent de créer des réseaux d'éducation aux médias
dans leur pays. Le Réseau irlandais d’éducation aux médias, constitué
par l’Autorité irlandaise de radiodiffusion dans le cadre de ses
activités diverses en matière d’éducation aux médias, fournit un
modèle déjà utilisé
Note.
3.1.2 Médias
de service public (MSP)
34. Il y a plusieurs années, l'Union
européenne de radio-télévision (UER), organisation faîtière représentant les
intérêts des radiodiffuseurs et des médias de service public d’Europe,
a défini ses principes sur l'éducation aux médias selon trois grands
axes: réduire la fracture numérique, informer et donner voix aux
citoyens en matière de démocratie, et créer un espace de confiance
NoteNote. L’UER a exposé les meilleures pratiques
mises en œuvre par ses membres et regroupées le long de ces trois
axes. Depuis, elle ne semble pas avoir actualisé ces informations
pourtant très utiles. Cependant, le bulletin d’information 2018
de l’UER,
50 moyens de mieux faire,
donne de nombreux exemples de la façon d’amener l’audience à participer
et à faire confiance au journalisme de service public, dont bon
nombre ont trait à des initiatives en matière d'éducation aux médias
Note. L'UER a également conçu des ressources
spécifiques et une vitrine pour exposer les approches de ses membres
en matière de «fausses nouvelles» et de désinformation en ligne.
Une vue d'ensemble est disponible dans sa publication
Perfect StormNote et
un survol des initiatives de vérification des faits développées
ou soutenues par ses membres figure dans l'annexe à son
document de synthèse: «Fausses nouvelles et
chaos informationnel»Note.
35. Dans le cadre d’
Eurovision News
Exchange, l'UER a mis au point un projet destiné aux
jeunes,
Eurovision Youth News Exchange –
un échange multilatéral d'articles pour des programmes d'information
et magazines destinés aux enfants. Ces programmes quotidiens ou
hebdomadaires couvrent les événements de l’actualité du point de
vue des enfants, dans un langage accessible et compréhensible par
les enfants. L'objectif du programme est de clarifier le contexte
des événements mondiaux et de donner aux enfants les outils nécessaires
pour comprendre les informations auxquelles ils sont exposés par
le biais des médias. De plus, l'UER a organisé en 2018 dans le cadre
de sa conférence sur les médias numériques, une table ronde intitulée
«L'éducation aux médias: des approches ambitieuses des membres de
l'UER visant à développer l’esprit critique du public vis-à-vis
des contenus des médias sociaux et à déceler la désinformation»
Note. Cette table ronde a mis en exergue
certaines initiatives de ses membres, comme l’action de la BBC pour
offrir une parade contre les «fausses nouvelles»
Note.
3.1.2.1 La
BBC (Royaume-Uni)
36. La BBC travaille avec les jeunes
dans le domaine de l'éducation aux médias et à l'information depuis une
quinzaine d'années. Cette action s'inscrit dans ses objectifs fondamentaux,
à savoir: informer, éduquer et divertir. La charte de la BBC stipule
que l’entreprise doit «fournir un contenu éducatif spécialisé pour
aider à soutenir l'apprentissage des enfants et des adolescents
dans tout le Royaume-Uni». Concrètement, les journalistes partagent
leurs connaissances et leurs compétences (repérer les informations
inexactes et délibérément fausses, vérifier les sources, connaître
la différence entre les opinions et les faits, apprendre les bases
du tournage et de la narration), afin de permettre aux jeunes d'agir
à la fois comme consommateurs et créateurs de contenus dans l'espace
numérique. Cette approche est d'autant plus louable si l'on tient
compte des faits: en 2018, la Commission on Fake
News and Teaching of Critical Literacy Skills, dirigée
par un groupe parlementaire multipartite, et le National Literacy Trust ont publié
un rapport qui indique que seulement 2 % des enfants possèdent les
compétences essentielles d’esprit critique dont ils ont besoin pour
déterminer si une information est vraie ou fausse et que, en conséquence
de la désinformation, deux tiers d’entre eux ont dorénavant moins
confiance dans les informations.
37. La BBC propose aux jeunes une éducation aux médias dans différents
domaines via des projets tels que
BBC
Young Reporter, BBC Own,BBC
Bitesize, BBC Teach,Beyond
Fake News, qui visent chacun des publics et des objectifs
légèrement différents. Le principal projet britannique d'éducation
aux médias est
BBC Young Reporter,
qui vise à permettre à des jeunes de 11 à 18 ans de découvrir le
domaine des médias/du reportage en leur donnant une voix sur les
plateformes de la BBC, en leur offrant la possibilité de partager
leurs histoires avec les équipes de programmes et en les aidant
à les réaliser et à les diffuser à l’occasion d’un concours annuel
(BBC Young Reporter). Les écoles,
collèges, groupes de jeunes et organismes caritatifs qui participent
au projet bénéficient d'événements, de formations, d'un accès à
des ressources et du mentorat des journalistes de la BBC. L'entreprise
offre des ressources en ligne gratuites qui peuvent être utilisées
par les enseignants ou par les élèves, individuellement. La panoplie
d’outils englobe des ressources axées sur: comment repérer un robot,
savoir à qui faire confiance, reconnaître les fausses nouvelles,
vérifier les faits, les chiffres et leurs pièges. La panoplie comprend
également des lignes directrices à l'intention des enseignants, une
série de leçons et de plans de cours et une trousse à outils sur
les informations factuelles
Note. En 2017, la BBC a lancé un ensemble
de nouvelles ressources visant spécifiquement à aider les jeunes
à repérer les fausses informations. En matière de désinformation,
elle a également développé un jeu en ligne auquel les jeunes peuvent
jouer sur des ordinateurs portables ou des appareils mobiles.
3.1.2.2 RTBF
(radiodiffuseur de service public de la Communauté francophone de
Belgique)
38. Si des formats de programmes
inédits peuvent parler à l’imaginaire collectif, les modèles structurés
de promotion de l’éducation aux médias à l’échelle de tout un organisme
de médias (de service public) sont aussi susceptibles d’être reproduits.
Lorsque les investissements financiers et rédactionnels nécessaires
sont effectués pour intégrer l’éducation aux médias dans l’ensemble
d’une organisation, ils peuvent produire des bénéfices durables.
RTBF, le radiodiffuseur de service public de la Communauté francophone
de Belgique, a conçu une politique visant à intégrer l’éducation
aux médias de manière transversale – à travers ses thématiques éditoriales
– et verticale, dans tous les types de contenus médiatiques. Cette
approche prônant une culture d’éducation aux médias constitue une
stratégie qui fournit un contexte et une direction à l’élaboration
de programmes et services individuels sur le long terme.
39. Depuis 2014, la RTBF élabore chaque année un plan d'éducation
aux médias assortis de deux objectifs majeurs: d'une part, développer
chez le public (notamment les jeunes) la pensée critique et, d'autre
part, aider les individus à communiquer et interagir dans le nouvel
environnement médiatique. La société diffuse à la radio et à la
télévision, ainsi qu'en ligne. Elle propose des programmes sur le
décodage des médias, le développement de la pensée critique, l'éthique
professionnelle et les conditions d'une plus grande fiabilité des nouvelles
et de l'information et, partant, d'une confiance accrue du public.
Elle organise également des visites guidées et des ateliers interactifs:
chaque année, plus de 10 000 personnes viennent rencontrer des journalistes
et participer à des ateliers afin de mieux comprendre les processus
de collecte et de diffusion de l’information. Le personnel suit
régulièrement des cours de formation, y compris en coopération avec
d'autres partenaires tels que le Conseil de l'éducation aux médias,
l'Association des journalistes professionnels et la Ville de Bruxelles
(concernant la formation des enseignants).
3.1.2.3 Quelques
autres MSP européens
40. Une autre tendance digne d’intérêt
est le développement de formats de programmes qui attirent leurs publics
cibles, en particulier les jeunes, et les incitent à s’impliquer.
Le
Jeugdjournaal du radiodiffuseur
de service public néerlandais est très apprécié. Ses journalistes
produisent des reportages de qualité et cependant adaptés aux besoins
et aux intérêts des enfants. L'émission quotidienne est complétée
par une présence en ligne qui offre de nombreuses possibilités et
ressources interactives fournissant des éléments de contexte et
une profondeur supplémentaires aux sujets couverts
Note. D'autres radiodiffuseurs ont également
mis au point des formats en ligne qui fournissent des informations
à un public plus jeune dans un style et un ton qui leur sont plus
proches, comme la chaîne suisse romande SSR, qui a créé un service
de nouvelles vidéos en ligne adapté aux appareils mobiles
Note. En Allemagne, ARD-Aktuell a
mis au point Novi, un bulletin d'information qui propose deux fois
par jour, via Facebook Messenger, des micro-informations «passives»
au jeune public. Pour y accéder, les utilisateurs reçoivent un message
comportant les principaux titres, après quoi ils ont la possibilité
de «répondre» et de recevoir un complément d’information. Les questions
de suivi sont préconfigurées pour les utilisateurs, avec quelques
options à choix multiple
Note.
L'instant détox, sur France-Info, se
présente comme une émission visant à lutter contre les fausses informations
et propose en direct des sessions Facebook contre la désinformation,
ainsi qu'une chaîne YouTube
Note.
News Class est
un projet éducatif mené par le radiodiffuseur de service public
finlandais, YLE. Les élèves travaillent à la création de contenus
informatifs avec des tuteurs, journalistes de l’YLE
Note.
3.1.2.4 Médias
communautaires et médias commerciaux
41. En complément des médias de
service public, les médias associatifs jouent aussi un rôle très
important dans la promotion de l’éducation aux médias, la formation
étant l’une de leurs caractéristiques et l’un de leurs objectifs
spécifiques. D’autres types de médias, comme la presse écrite commerciale,
peuvent également contribuer à l’éducation aux médias. Leur caractère
commercial n’empêche pas leur contribution; comme on l’a vu, l’environnement
de l’éducation aux médias est nécessairement multidimensionnel,
impliquant un large éventail d’acteurs. Un exemple intéressant identifié
à ce sujet est celui de Play Bac Presse, une entreprise créée à
l’origine en France, qui produit des journaux destinés à la jeunesse
et à diverses tranches d’âge au sein de son public cible.
3.2 L’éducation
aux médias et les acteurs (non) médiatiques
42. Divers organes publics et institutions
proposant des services publics, ainsi que des organisations de la société
civile, promeuvent de manières différentes l’éducation aux médias
sur une base continue. Certaines initiatives, menées récemment ou
encore actuellement dans divers secteurs, ont porté spécifiquement
sur les effets dommageables de la désinformation (en ligne), avec
pour objectif de contrer ces effets. Citons par exemple:
- Les bibliothèques et le développement
de l’esprit critique: en encourageant l’esprit critique, la Fédération internationale
des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (FIAB)
joue un rôle important dans la lutte contre les «fausses nouvelles».
L'organisation a notamment mis au point une infographie définissant
huit étapes simples pour les repérerNote. Ces étapes, inspirées d’un article
publié en 2016 par FactCheck.org, sont les suivantes: Identifier
la source / Identifier l'auteur / Vérifier la date / Évaluer nos préjugés
/ Aller au-delà du titre / D’autres sources? / Est-ce de l’humour?
/ Que disent les experts?
- Initiatives multimédias: En mettant leurs ressources en
commun, les médias peuvent réaliser bien plus de choses qu’en agissant
chacun de leur côté. Faktisk est
un site web norvégien de «vérification des faits» lancé en juillet
2017 par quatre des principales agences de presse norvégienne: les
journaux Dagbladet et VG, la chaîne commerciale TV2 et
la chaîne de service public NRK. Il s'agit d'une organisation à
but non lucratif, bien que plus de 50 % de son budget annuel lui
soient versés par ses partenaires. Les résultats des vérifications
sont affichés sur une échelle à cinq points, codée par couleur, allant
de «absolument vrai» à «absolument faux». Ces résultats peuvent
ensuite être intégrés par tout un chacun dans son propre travail. Faktisk rencontre un grand succès.
- Initiatives de vérification des faits: Les mesures de
vérification des faits consistent à vérifier l'exactitude d’un contenu
en ligne présenté comme authentique ou factuel afin d’identifier
des éléments de désinformation. Cela peut être fait soit en interne
par des entreprises de technologie, soit par des organismes externes
indépendants, soit encore dans le cadre de collaborations entre
eux et/ou d'autres parties prenantes. Divers acteurs, tels les éditeurs
et diffuseurs de médias d'information et les consommateurs d’information,
ainsi que les plateformes en ligne, ont tous recours à cette pratiqueNote. Le International Fact-Checking Network (IFCN)
a lancé son Code de conduite le 15 septembre 2016 et compte actuellement
67 signataires vérifiés du monde entierNote. Les signataires sont des organisations qui
publient régulièrement des rapports impartiaux sur l'exactitude
des déclarations de personnalités publiques et de grandes institutions
et d'autres revendications largement diffusées présentant un intérêt pour
la société. Le Code comprend cinq principes que doivent accepter
et respecter tous les signataires dans l'exercice de leurs activités
journalistiques. Ces principes appellent les engagements suivants: impartialité
et équité; transparence des sources; transparence du financement
et de l'organisation; transparence de la méthodologie; politique
correctionnelle ouverte et honnête. L'objectif de ce Code est de
promouvoir l'excellence dans la vérification des faits. Pour devenir
signataire, il faut suivre un processus d'accréditation exhaustif,
ce qui suppose que des évaluateurs externes doivent évaluer à partir
d'une liste de contrôle dans quelle mesure le candidat respecte
le code de conduiteNote. La vérification des faits peut
présenter une valeur ajoutée pour l'éducation aux médias, et offrir
des finalités éducatives plus larges lorsque la vérification systématique
des faits est accompagnée ou renforcée par la création de ressources,
tel des didacticiels vidéo ou des clips expliquant comment vérifier l'authenticité
des photos ou du matériel audiovisuelNote.
- Journaux dans la salle de classe: En vigueur depuis des
décennies dans certains pays, la mise à disposition de journaux
dans la salle de classe est dans ce domaine le modèle de référence
qu’il faut souligner. Divers journaux sont mis gratuitement à la
disposition des élèves par les éditeurs, souvent accompagnés de
ressources pédagogiques pour aider les enseignants à susciter la
discussion et l'apprentissage en classe. En Finlande, l'industrie
finlandaise de la presse collabore ainsi avec les écoles depuis
plus de 50 ans. En Belgique francophone, les éditeurs de médias
français et la Fédération Wallonie Bruxelles proposent le projet
«Ouvrir mon quotidien» qui, chaque jour, met un choix de journaux
à la disposition des écoles. Au Danemark, la diffusion des journaux
dans l'enseignement est assurée par l'Association des médias danois.
Dans ce cadre est organisé un concours de création d'un journal
imprimé ou d'un site d'information numérique; les enseignants doivent
se former et enseigner les bases du journalisme aux élèves. En Irlande, Press Pass (www.presspass.ie) est un programme d'initiation à l'information et au
journalisme destiné aux élèves du secondaire de 15 à 16 ans, qui
a été développé par NewsBrands Ireland,
l'organe représentatif des 17 éditeurs de presse nationaux irlandais, avec
le soutien du ministère de l'Éducation. Les ressources, gratuites,
comprennent des exemplaires des journaux nationaux et locaux, des
sites web d’information, un cahier d'exercices pour les élèves et un
plan de cours pour les enseignants.
- Ateliers et ressources en libre accès: Des ateliers peuvent
être proposés dans le cadre du programme scolaire ou à titre d'activité
parascolaire volontaire dans les environnements d’enseignement ou d'apprentissage.
Par exemple, Lie Detectors est
un programme mis en œuvre par la société civile en Allemagne et
en Belgique. Des journalistes en activité interviennent dans des
établissements pour présenter aux jeunes les éléments d’un journalisme
de qualité et leur apprendre à détecter et déconstruire les fausses
nouvelles. Les journalistes formés pour encadrer des ateliers Lie Detectors dans les écoles sont
tous des professionnels qualifiés et rémunérés qui viennent faire
découvrir leur vie professionnelle. Les élèves peuvent ainsi appréhender
ce qu’est un journalisme de qualité et, pour certains, développer
l’ambition de devenir journalistes. Le projet est financé par la
Fondation Wyss aux États-Unis.
- Modèle collaboratif: Newswise,
nouveau programme basé au Royaume-Uni, est né de la collaboration entre The Guardian Foundation, The National Literacy Trust et PSHE Association; il est financé
par Google (voir aussi la section 5). Newswise repose
sur la conviction que l'éducation est l'une des meilleures armes
contre la désinformation. Le programme propose des plans de cours
et des ressources gratuites pour les écoles, des sessions de formation
pour les enseignants et des ateliers dans tout le Royaume-Uni. Le
nombre d'ateliers est limité, mais toutes les écoles primaires du
Royaume-Uni peuvent télécharger gratuitement les plans de cours
et les ressources développés. Depuis avril 2018, plus de 2000 enseignants
et enfants en ont bénéficié et plus de 2500 ressources Newswise ont été téléchargées. Le
programme européen MediaCoach,
fruit d'une collaboration entre des organisations de la société
civile et des institutions universitaires, est mis en œuvre à Chypre,
en Grèce, aux Pays-Bas, en Roumanie, en Bulgarie, au Portugal et
en Belgique. Il s'appuie sur le programme national néerlandais MediaCoach, qui est parvenu à améliorer
les compétences en matière de médias des enfants, des jeunes et
des parents en formant un large éventail de professionnels des médias
qui travaillent avec les jeunes dans les écoles, les centres de
jeunes et dans des contextes non formels comme les bibliothèques
et les musées.
- Programmes parascolaires volontaires d'éducation aux médias:
En Croatie, l'Association pour la culture de la communication et
des médias a mis sur pied un programme parascolaire volontaire d'éducation aux
médias (appelé Djeca Medija)
afin de dispenser aux enseignants, aux parents et aux enfants une éducation
aux médias. 850 ateliers, conférences et colloques sur l'éducation
aux médias ont été organisés sur une base essentiellement volontaire
à l'intention de plus de 19 000 participants et ont reçu le prix
spécial du jury de la Fondation Evens pour l'éducation aux médias.
- Développement d'outils et de ressources à utiliser en
classe et en dehors de la classe: Les
Clés des médias est un projet qui a vu le jour en France
après les attentats terroristes de 2015. Les pouvoirs publics et
les médias de service public ont jugé urgent de fournir de nouvelles
ressources pour aider les enseignants à organiser dans leurs classes
un débat sur la liberté d'expression. Le projet a été conçu pour
faciliter le débat et l'apprentissage sur les questions relatives
aux médias en milieu scolaire ou auprès d'un public plus large.
L'objectif est d'illustrer des questions clés liées aux médias et
à la production d'informations afin de susciter le débat et de développer
la pensée critique.
- En Grèce, la plateforme «i-create»
encourage et soutient la création numérique et audiovisuelle des élèves.
Développé par la Radiotélévision éducative et les médias numériques
du ministère de l'Éducation, de la Recherche et des Affaires religieuses,
ce projet, qui a démarré en 2011, facilite l'engagement des élèves
dans des projets collaboratifs. La plateforme fournit un contenu
produit professionnellement par EduTV et
permet aux élèves et aux enseignants de télécharger leurs propres courtes
vidéos ou contenus numériques et de participer à des activités de
dialogue, de classement, de sondage et de partage. Le projet s'adresse
aux enfants de 4 à 18 ans et à leurs enseignants.
4 Formation
des journalistes et autres acteurs des médias
43. Dans cette partie, je vais
examiner principalement une sélection d'initiatives prises par des
réseaux de centres d’enseignement du journalisme, puis une deuxième
série d'initiatives lancées par d'autres organisations qui conçoivent
des dispositifs de formation en ligne pouvant être utilisés par
une vaste communauté d'acteurs. Je conclurai cette partie par quelques
brèves observations sur les activités d’éducation et de formation
menées au niveau national.
44. Dans l'écosystème multimédia, où de nombreux acteurs contribuent
chacun à leur manière aux activités d'information et de communication,
une formation s’impose non seulement pour les journalistes dits «traditionnels»,
mais aussi pour ceux que le Conseil de l'Europe qualifie souvent
d’«autres acteurs des médias». Bien que le présent rapport se concentre
sur les journalistes, certains des exemples donnés peuvent également
offrir des possibilités de formation intéressantes pour d'autres
acteurs des médias.
45. Compte tenu des défis complexes auxquels sont confrontés les
journalistes et d’autres acteurs des médias dans l'écosystème multimédia,
il est important d’analyser avec précision les différentes composantes/orientations
possibles de la «formation». Il convient de privilégier une approche
de la formation à 360 degrés incluant des volets juridiques, numériques,
éthiques, de vérification des faits, de sécurité et autres. J’insisterais sur
la nécessité d’une formation aux questions d’éthique dans ce type
d’approche holistique.
46. Il est judicieux de placer l'accent sur les questions d’éthique.
En effet, il arrive que l’on découvre des cas d’impostures et d’inventions
journalistiques. Ceux-ci sont parfois très médiatisés, comme la
récente affaire Claas Relotius, dans laquelle une fraude commise
par le journaliste primé pour
Der Spiegel a
été révélée
Note. De tels incidents, en particulier
ceux qui ont un fort retentissement et qui impliquent des organisations médiatiques
réputées, déclenchent un examen critique du public et un auto-examen
des journalistes.
Der Spiegel a
réagi à l'affaire Relotius en étudiant et en cherchant à combler
les lacunes de ses propres mécanismes d'assurance qualité et freins
et contrepoids éditoriaux
Note. La formation sur les questions
éthiques, tant au niveau de l'enseignement du journalisme que dans
le cadre du perfectionnement professionnel continu, ne garantit
pas l’élimination concrète des manquements éthiques mais propose
une stratégie solide, structurée et durable pour les prévenir.
47. Conscientes des préjudices que peuvent causer les lacunes
et manquements éthiques, y compris l'érosion de la confiance du
public dans le journalisme et les médias, diverses organisations
investissent de plus en plus dans des moyens permettant de (re)construire
la confiance dans leur travail journalistique. Par exemple, l'initiative
Journalism Trust Initiative (JTI) a été lancée en 2018 par Reporters
sans frontières, l'Agence France Presse, l'Union européenne de radio-télévision
et le Global Editors Network
Note. La JTI a pour but de promouvoir
le journalisme par l’adhésion à un ensemble de normes de confiance
et de transparence qui restent à élaborer et à mettre en œuvre.
La JTI œuvre dans trois domaines: Identité et transparence; Responsabilité
et professionnalisme; et Indépendance et éthique
Note. Les normes sont en cours d'élaboration avec
les parties prenantes.
48. L'Association européenne de la formation au journalisme (EJTA)
compte actuellement 76 membres (centres de journalisme, écoles et
universités) implantés dans 32 pays européens. Ces membres travaillent ensemble
à l’amélioration de l'enseignement du journalisme en Europe, en
collaborant à des échanges et des projets d'enseignement et de recherche,
et en se rencontrant régulièrement pour partager des idées et des informations
Note.
EUFACTCHECK, l'un des projets phares actuels de l’EJTA, a pour objet
la création d’une unité pédagogique durable sur la vérification
des faits au sein d'un réseau européen d'écoles de journalisme.
Le projet publiera les résultats de ses vérifications ainsi que
des articles de blogs pour tester leur méthodologie commune lors
des élections européennes. L'un des principaux objectifs ou aspirations
de l’EJTA présenté sur son site internet est ainsi formulé: «En
vérifiant les faits relatifs aux revendications politiques européennes
et en essayant de lutter contre la désinformation, nous voulons
que nos étudiants et notre public s’intéressent davantage aux processus
démocratiques, tant au niveau national qu'européen, et les comprennent
mieux». L'un des projets précédents de l'EJTA, intitulé
Mediahackers, visait à améliorer les compétences en matière de médias
numériques des journalistes de tous les secteurs en leur proposant
des cours spécialisés sur les nouveaux médias et les multimédias
à Chypre, en Allemagne, en Grèce et en Roumanie. Un consortium de partenaires
a travaillé avec des journalistes individuels, ainsi qu'avec des
médias et des associations et syndicats de journalistes.
49. Le Centre européen du journalisme (CEJ) est une fondation
internationale à but non lucratif dont la mission est d'améliorer
et de renforcer le journalisme et les médias d'information dans
l'intérêt d'une sphère publique démocratique et fonctionnelle. Le
centre possède une grande expérience en matière d'activités de formation
et de renforcement des capacités, et les ressources et matériels
qu'il crée sont transposés en ligne. Par exemple,
Learno.net est la plateforme sur laquelle le CEJ propose des cours
de formation vidéo professionnelle. Son offre du moment porte en
grande partie sur un large éventail de compétences numériques, et
elle appelle les internautes à faire des suggestions de futurs cours,
ce qui laisse la porte ouverte à des cours de formation sur les
questions éthiques. Le CEJ travaille également beaucoup sur les techniques
de vérification et héberge en ligne un
guide de vérification du contenu numérique pour la couverture d’événements
dans l'urgence.
50. Le Réseau pour un journalisme éthique est une association
mondiale de journalistes, de rédacteurs et d'éditeurs qui s'engagent
à promouvoir un journalisme responsable
Note. Ses activités sont guidées par
les cinq valeurs qu'il place au cœur du journalisme éthique, soit
l’exactitude, l’indépendance, l’impartialité, l’humanité et la transparence
Note. Il produit à l’intention des journalistes,
des formateurs médias et des étudiants en journalisme des matériels
expliquant comment renforcer l'éthique des médias et communications
dans la sphère publique […], dont des
rapports
approfondis, des
infographies
sur le discours de haine et la couverture des migrations, des
vidéos sur un large éventail de questions éthiques, ainsi que
des […]
podcasts et
présentations […]
Note.Son test en cinq points sur le discours
de haine et son guide en cinq points sur le traitement médiatique
des migrations sont présentés de manière claire et succincte et
leur format infographique est visuellement attrayant
Note. Ils sont largement traduits et
utilisés comme outils pratiques dans les salles de formation et
de rédaction. Le Réseau a créé en collaboration avec la Fondation
Thomson un cours en ligne sur l'éthique journalistique, la Trousse
d’apprentissage pour un journalisme éthique
Note et dispense des formations aux professionnels
des médias et aux formateurs.
51. Le
Global Editors Network (GEN),
la Fédération européenne des journalistes (FEJ), l'Association portugaise
des éditeurs (APImpressa) et le Forum Journalisme et médias de Vienne
(FJUM) mènent un projet visant à élaborer une boîte à outils pour
l'éducation aux médias dans les salles de rédaction d’Europe. Les partenaires
ont invité des éditeurs, des rédacteurs en chef et des journalistes
influents de cinq pays d’Europe à une série d’anti-conférences et
à un hackathon régional dans le but de produire conjointement cette
boîte à outils numérique dont l’objectif est d’aider à combattre
la désinformation et de diffuser plus largement des contenus de
qualité auprès du grand public
Note.
52. Si l’on peut se féliciter qu’un large éventail de ressources
en ligne soit disponible, le plus souvent gratuitement, il est cependant
difficile de déterminer comment, et dans quelle mesure, ces ressources
sont utilisées dans des programmes concrets d’éducation et de formation
au niveau national dans les différents pays.
53. Il est très difficile d’avoir une vue d’ensemble claire, précise,
détaillée et actualisée des programmes d’enseignement et de formation
au journalisme au niveau national. Les informations pertinentes
peuvent être rassemblées à partir de sources et de ressources diverses
Note, mais cette collecte ne peut avec certitude
être systématique, exhaustive ni actualisée.
54. Au niveau national, l’enseignement du journalisme est habituellement
assuré par des écoles de journalisme ou sous la forme de programmes
spécialisés proposés par les universités. Il est essentiel que l’autonomie
académique et/ou professionnelle de l’enseignement du journalisme
soit véritablement garantie en toute circonstance. Le rôle et l’intervention
de l’État doivent donc se limiter à garantir l’octroi d’un financement
adéquat à l’enseignement du journalisme et à veiller à ce que ce
financement soit réparti équitablement afin que les écoles de journalisme
et les programmes universitaires puissent concevoir et proposer
leurs propres cursus sans aucune forme d’ingérence, politique ou
autre. Dans l’idéal, la formation devrait être financée par un mécanisme
indépendant. Quant à l'évaluation des résultats de l'éducation aux médias,
de nombreux acteurs sont impliqués et, pour chaque secteur d'activité,
il devrait y avoir une matrice spécifique de mesure. Si le contenu
de l’enseignement du journalisme est de la seule responsabilité
des écoles et universités, diverses organisations intergouvernementales
et non gouvernementales (internationales) proposent des ressources
dans ce domaine, notamment la Série UNESCO sur l’enseignement du
journalisme, qui inclut des (recueils de) modèles de cursus et de
ressources thématiques sur des sujets tels que, dernièrement, le
journalisme et la désinformation
Note. Un manuel, intitulé «Journalism,
fake news and disinformation» (Journalisme, fausses nouvelles et
désinformation) et publié en 2018, contient des exemples intéressants
de la manière dont les journalistes ont rendu compte de la désinformation,
comment ils ont intégré des techniques de l'éducation aux médias
dans leurs reportages afin que leur public puisse mieux comprendre comment
ils travaillent et comment, par ce processus, il est possible de
renforcer la confiance du public dans l’information. Ce manuel a
été un outil utile dans le processus d'éducation aux médias.
55. La formation professionnelle continue, quant à elle, est habituellement
organisée par les organes de médias eux-mêmes (formation interne)
ou par des syndicats de journalistes ou d’autres organes de représentation.
Les offres de formation que proposent ces derniers sont souvent
variées, reflétant les compétences à 360 degrés que doivent maîtriser
les journalistes à l’ère numérique. Les formations portent souvent
sur les compétences numériques (journalisme de données, conception
web, podcasts, blogs vidéo, etc.) et les compétences administratives
professionnelles (questions fiscales, assurance, gestion du temps, etc.)
Note.
Un autre thème est celui de la sécurité, par exemple en lien avec
le journalisme dans les zones de conflit. Les syndicats coopèrent
aussi parfois avec d’autres organisations partenaires afin d’élargir
et de diversifier l’éventail des formations qu’ils proposent. Il
est à noter que les formations organisées par les syndicats nationaux
de journalistes sont souvent ouvertes aux journalistes free-lance.
Quant aux salles de rédaction, elles devraient se préoccuper de
l'éducation aux médias, car c'est dans leur intérêt: un public plus instruit
reconnaîtrait et apprécierait plus facilement un journalisme de
qualité et serait prêt à payer pour cela. Ainsi, l'éducation aux
médias pourrait favoriser un modèle d'entreprise fondé sur la confiance,
alors qu'au contraire, un modèle d'entreprise fondé sur une technologie
de pistage invasive sur le web, sur le sensationnalisme et les clics
pourrait diminuer la confiance dans le journalisme.
56. Selon le thème de la formation, un financement public ou privé
peut être garanti, mais dans la plupart des pays il est d’usage
que les participants à une formation paient des frais d’inscription.
Les membres des syndicats ont souvent droit à une réduction: celle-ci
est par exemple de 20 à 50 % pour les membres de l’Association néerlandaise
des journalistes sur les formations dispensées par l’École de cette
association.
57. La demande des journalistes en matière de formations sur les
questions d’éthique semble être moins importante dans le cadre de
leur formation continue. Ils ont le sentiment de devoir davantage
se former aux compétences requises à l’ère du numérique. Les formations
sur l’éthique sont souvent organisées autour de thèmes spécifiques
et conjointement avec certaines organisations. L’Association néerlandaise
des journalistes, par exemple, coopère avec la Croix-Rouge, le Haut-Commissariat
des Nations Unies pour les réfugiés et le College
voor de Rechten van de Mens (la commission nationale
néerlandaise des droits de l’homme).
58. Il est très difficile de mener une étude d’impact des formations,
car elles portent sur des compétences et une déontologie que les
participants appliqueront de manière continue et dans des contextes
professionnels très divers.
5 Le rôle des médias sociaux et des
moteurs de recherche
59. Du fait de leurs capacités
de filtrage, les intermédiaires d’internet exercent une influence
et un pouvoir considérables, en particulier lorsqu'ils accèdent
à une position dominante dans des secteurs spécifiques de l'écosystème
multimédia. C'est notamment le cas des fournisseurs de services
de médias sociaux et des moteurs de recherche. Dans sa Recommandation
CM/Rec(2018)2 aux États membres sur les rôles et les responsabilités
des intermédiaires d’internet, le Comité des Ministres définit l’obligation
qui incombe aux intermédiaires d’internet de respecter les droits
de l'homme dans toutes leurs opérations. À différents stades de
la Recommandation, le Comité des Ministres appelle les États et
les intermédiaires à soutenir les stratégies d'éducation aux médias
et à l'information.
60. Les intermédiaires de l’internet ont pris certaines initiatives
pour soutenir et/ou promouvoir l'éducation aux médias. En voici
quelques exemples:
61. La majeure partie des mesures de financement de Google allouées
aux activités concernées ont été mises en œuvre dans le cadre de
sa
Digital News Initiative et,
dans le contexte européen, de son Fonds pour l’innovation numérique
de la presse. En 2018, Google a financé un projet appelé
MediaWise dans le but d’enrayer
la propagation de la désinformation
Note. Axée sur les générations de demain,
l'initiative vise à enseigner aux adolescents comment repérer les
fausses nouvelles en concevant un nouveau programme d'études qui
sera proposé dans toutes les écoles américaines. Google finance
également
NewsWise (voir aussi
sous 3.2) – un projet gratuit et pluridisciplinaire d'initiation
à l'information destiné aux enfants de 9 à 11 ans au Royaume-Uni,
mis en place par la
Guardian Foundation,
le
National Literacy Trust et
la
PSHE AssociationNote.
NewsWise vise veut doter les enfants
de cette tranche d’âge des compétences et connaissances dont ils
ont besoin pour faire face à la désinformation. Il vise également
à fournir aux enseignants des ressources, des expériences et un
soutien de grande qualité en matière d'éducation à la maîtrise de
l'information
Note.
En février 2019, Google a publié un livre blanc expliquant comment
il lutte contre la désinformation
Note. Celui-ci détaille les principales
mesures prises en ce sens par Google dans Google Search et Google
News, YouTube et Google Advertising Products. Il signale qu'en mars
2018, Google.org (la branche philanthropique de Google) a lancé
une initiative mondiale de 10 millions de dollars pour soutenir
l'éducation aux médias dans le monde
Note.
62. À la suite des élections présidentielles américaines de 2016,
Facebook a annoncé avoir pris plusieurs mesures visant à limiter
la portée des «fausses nouvelles», dont la mise en place d’un partenariat
avec des organisations de vérification des faits ayant signé le
Code de conduite de l'IFCN
Note. Cette collaboration a récemment
connu quelques revers avec le retrait de divers partenaires tels
que les principales agences de vérification des faits,
Associated Press et
SnopesNote. Afin d’enseigner aux collégiens
et aux lycéens comment identifier les fausses nouvelles et évaluer
l'information, Facebook s'est associé au
News Literacy Project, une organisation éducative à but non lucratif qui dispense
des cours interactifs d'initiation à l’actualité dans une classe
virtuelle
Note.
63. Une autre mesure est l'élaboration d'un
Code
européen de bonnes pratiques contre la désinformation (soutien à un réseau indépendant de vérificateurs des
faits et outils pour encourager un journalisme de qualité) qui a
été signé par Facebook, Google, Twitter et Mozilla, ainsi que l'association
professionnelle représentant les plateformes en ligne et les associations
professionnelles du secteur de la publicité et des publicitaires.
En vertu de ce Code, les signataires s'engagent à travailler en
partenariat avec la société civile, les gouvernements, les établissements
d'enseignement et d'autres parties prenantes pour soutenir les efforts visant
à améliorer la pensée critique et la maîtrise des médias numériques.
64. Facebook a de plus créé une bibliothèque d'alphabétisation
numérique. Le site internet offre des leçons interactives et des
vidéos gratuites portant par exemple sur la protection de la vie
privée, la réputation et la sécurité en ligne
Note.
65. En 2015, Twitter a ouvert son
Neighbor's
Nest, un centre d'apprentissage technologique communautaire qui
propose des ateliers sur l’accès à la technologie et la culture
numérique aux résidents locaux
Note.
66. Eu égard aux priorités politiques et sociétales actuelles,
diverses initiatives des intermédiaires d’internet dans ce domaine
visent à traiter le problème spécifique de la désinformation, comme
l’attestent les quelques exemples cités ci-dessus. Ceux-ci incluent
souvent l’octroi d’un financement pour des projets et la coopération avec
d’autres partenaires pour des projets visant à promouvoir l’éducation
aux médias. Bien que bienvenus, ces exemples sont le plus souvent
ponctuels et ne représentent que des sommes modestes (en comparaison avec
le chiffre d’affaires de ces sociétés). Tant que les actions d’entreprises
technologiques internationales relèveront de leur initiative et
de leur libre volonté, ces entreprises pourront en déterminer les
thématiques, le public visé, les critères de sélection pour les
candidats, le montant des sommes qui y seront consacrées, les modalités
de leur financement et la fréquence à laquelle les financements
sont accordés. En tant qu’entreprises, elles ont des intérêts corporatifs
qui peuvent influer sur leurs initiatives. Par conséquent, les initiatives
des intermédiaires d’internet présentent souvent une valeur ajoutée
liée à la place centrale qu’occupent ces intermédiaires au sein
de l’écosystème médiatique et liée au soutien financier souvent accordé
par les initiatives en question, mais leur rôle positif n’exclut
cependant pas certaines réserves. Ces initiatives doivent être considérées
comme complémentaires des systèmes et dispositifs structurés de financement
non commercial, plutôt que comme devant s’y substituer.
67. Compte tenu de la responsabilité sociale de tels «géants technologiques»,
ainsi que de la diligence raisonnable en matière de droits de l’homme
dont ils doivent faire preuve dans l’ensemble de leurs activités, une
action bien plus vaste devrait être menée dans ce domaine. Les États
devraient prendre l’initiative d’éclaircir la nature et la portée
des engagements structurels pertinents de la part des sociétés multinationales.
6 Conclusions
68. Une des conclusions majeures
de ce rapport est qu'une collaboration multipartite constructive
de tous les instants est essentielle pour promouvoir l'éducation
aux médias dans le nouvel environnement médiatique. L'éducation
aux médias fait l'objet d'une attention croissante dans les 47 États
membres du Conseil de l'Europe. La promotion de l'éducation aux
médias, comprise comme un ensemble de compétences critiques, techniques
et civiques dont chacun – et pas seulement les enfants et les jeunes
gens – a besoin pour utiliser efficacement les médias, que ce soit
de manière passive ou active, et pour participer au débat et aux
affaires publics, est de plus en plus encouragée par les instances
du Conseil de l'Europe, comme le Comité des Ministres et l'Assemblée
parlementaire.
69. Pourtant, il reste encore beaucoup à faire pour progresser
sur cette voie. Le rapport a montré – même avec un nombre relativement
limité d'exemples disponibles – l’extrême diversité de la stratégie
utilisée par les États membres dans l’organisation et la promotion
de l'éducation aux médias. Dans sa Recommandation CM/Rec(2018)1,
le Comité des Ministres invite les États membres à promouvoir les
politiques et réseaux nationaux et à investir dans l’élaboration
des programmes scolaires et parascolaires visant à intégrer l'éducation
aux médias dans des programmes d'apprentissage tout au long de la
vie. Vision, organisation, collaboration et investissement sont
des mots clés pour la réalisation de ces objectifs. Les exemples
ci-dessus illustrent une large gamme d'initiatives; il reste à créer
des synergies et à investir dans le développement structurel de l'éducation
aux médias, en partenariat étroit avec des acteurs d'autres secteurs.
Toutefois, en l'absence de mandats clairs et de ressources adéquates,
l'éducation aux médias restera subordonnée à des initiatives privées
et spontanées, alors que c’est de solutions pérennes dont il est
besoin.
70. La Directive révisée sur les services de médias audiovisuels
(directive SMA) de la Commission européenne renforce également le
rôle de l'éducation aux médias et impose aux États membres de promouvoir et
de prendre des dispositions pour le développement des compétences
en la matière, obligeant les plateformes de partage vidéo à mettre
en place des mesures et outils efficaces pour l'éducation aux médias. Comme
indiqué précédemment, la Commission européenne évoque aussi certains
aspects de l'éducation aux médias dans sa Communication sur la lutte
contre la désinformation en ligne: une approche européenne, qui souligne,
entre autres, la nécessité de promouvoir l'éducation aux médias
pour lutter contre la désinformation en ligne. Un développement
positif visant à améliorer la pensée critique et l'éducation aux
médias numériques est le Code européen de bonnes pratiques contre
la désinformation, qui soutient un réseau indépendant de vérificateurs
des faits et de journalistes de qualité, signé par les principales
plateformes technologiques et des publicitaires.
71. Nous constatons qu'un nombre important de grands projets sont
en cours, ce qui est une tendance positive étant donné que le besoin
d'éducation aux médias est aujourd'hui plus urgent que jamais. Dans
le même temps, certains défis persistent en ce qui concerne la mise
en œuvre de la politique d'éducation aux médias, et notamment:
- Responsabilité
décentralisée, en particulier dans des pays comme le
Royaume-Uni et l'Allemagne: il est très difficile de concevoir un
système ou une politique qui fonctionne pour tous. À cela s’ajoute
le débat sans fin concernant la question de savoir si l'éducation
aux médias doit être transdisciplinaire ou spécifique à une matière.
- Soutien aux enseignants:
l'éducation aux médias évolue à un rythme soutenu, parfois plus
vite que le programme d'éducation aux médias ne peut être élaboré
et dispensé en classe. Les enseignants ont besoin de davantage de
soutien et de formation, en particulier si l’éducation aux médias
est conçue comme un sujet transdisciplinaire.
- Financement et coordination aux
niveaux national et international: l'éducation aux médias et à l'information
touche tellement de domaines politiques que le risque qu’aucun ne
s’en occupe vraiment est permanent. Tout le monde comprend l'intérêt
de la promotion de l'éducation aux médias et à l'information, mais
personne n'a la responsabilité globale de son orchestration. Dans
ces conditions, il peut être difficile de sécuriser le financement
à long terme des projets d'éducation aux médias et à l'information
et, surtout, de déterminer le secteur ou les organisations qui devraient
en assurer le leadership.
- Collaboration intersectorielle: le
rapport de 2016 de l'Observatoire européen de l'audiovisuel (Cartographie
des pratiques et des activités d’éducation aux médias dans l’UE-28),
qui recense les projets majeurs en matière de promotion de l'éducation
aux médias dans les États membres de l'UE-28, a montré que plus
des deux tiers des organisations identifiées dans l'étude, qui encourageaient l'éducation
aux médias, n’avaient aucune attribution statutaire dans ce domaine.
Elle a également montré que la «collaboration intersectorielle»
était un aspect clé de la mise en œuvre de tout projet d'éducation
aux médias significatif. Ce même rapport montre par contre qu'il
n'existe pas de plateformes au niveau national pour faciliter une
collaboration transversale efficace.
72. Concernant l'éducation aux médias dans les États membres du
Conseil de l'Europe, compte tenu de ces défis à relever, et d'autres,
et de la complexité du tableau, ce rapport peut constituer une étape
intermédiaire vers un plan d'action harmonisé à l'échelle européenne.
Toutefois, à ce stade déjà, l'Assemblée pourrait jouer un rôle déterminant
en encourageant l'adoption et le lancement de plans d'action nationaux
pour la mise en œuvre opérationnelle de la promotion de l'éducation
aux médias; en encourageant le développement de réseaux nationaux,
multipartites et multisectoriels d'éducation aux médias; et en renforçant
l'engagement des intermédiaires d’internet et leur contribution
à la promotion de l'éducation aux médias.