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Budgets et priorités du Conseil de l’Europe pour la période 2022-2025

Rapport | Doc. 15282 | 11 mai 2021

Commission
Commission du Règlement, des immunités et des affaires institutionnelles
Rapporteur :
M. Tiny KOX, Pays-Bas, GUE
Origine
Renvoi en commission: décision du Bureau. Renvoi 4571 du 19 mars 2021. 2021 - Commission permanente de mai

Résumé

Alors que l’Europe fait face aux conséquences multiples et complexes de la crise sanitaire et socio-économique héritée de la pandémie de covid-19, le Conseil de l'Europe entend prouver la valeur ajoutée de l'Organisation pour ses États membres autour d’un nouveau cadre stratégique définissant les priorités et les réalisations concrètes attendues pour les quatre années à venir. Cette approche vise à mettre en adéquation les activités envisagées avec les objectifs fixés et doit permettre au Conseil de l’Europe de démontrer son utilité et son efficacité en s’assurant que les actions entreprises ont un impact réel.

La mise en œuvre du cadre stratégique quadriennal de la Secrétaire Générale du Conseil de l'Europe, ainsi que les réformes organisationnelles en cours, dont la nouvelle stratégie des ressources humaines, devraient convaincre les États membres de tenir leurs engagements financiers, voire de les renforcer ainsi que l’Assemblée les y invite.

A Projet d’avisNote

1. L’Avis de l’Assemblée parlementaire sur le budget et les priorités du Conseil de l’Europe pour le cycle quadriennal 2022-2025 intervient dans un contexte singulier, alors que l’Europe et le monde font face depuis plus d’une année à la pandémie de covid-19 et sont plongés dans l’incertitude liée aux conséquences multiples et complexes d’une crise sanitaire et socio-économique sans précédent. Pour le Conseil de l'Europe, l’année 2020 a été propice à une réflexion approfondie et pour prouver la valeur ajoutée de l'Organisation pour les États membres.
2. L’Assemblée se félicite de l’élaboration par la Secrétaire Générale du Conseil de l’Europe, Marija Pejčinović Burić, d’un nouveau cadre stratégique, définissant les priorités et les réalisations concrètes attendues pour les quatre années à venir. Elle rappelle qu’elle avait formulé l’idée d’une planification à long terme dans sa Recommandation 1812 (2007) «La dimension politique du Budget du Conseil de l’Europe» ainsi que dans son Avis 272 (2009) «Budgets du Conseil de l’Europe pour l’exercice 2010», en recommandant déjà au Comité des Ministres d’adopter un cadre budgétaire pluriannuel.
3. L’Assemblée est convaincue que cette nouvelle perspective de programmation et de priorisation des activités sur une durée de quatre ans, ainsi que la mise en œuvre d’un plan de modernisation numérique, permettra au Conseil de l’Europe de continuer à répondre aux besoins des États membres en conservant ce qui a fait sa force depuis plus de 70 ans: son adaptabilité et sa flexibilité pour garantir la cohésion, la continuité, la stabilité, la transparence et la prévisibilité de ses activités au profit des États membres et de leurs citoyens.
4. L’Assemblée considère cependant que les technologies modernes, qui ont été largement utilisées pour la vidéoconférence ou le télétravail depuis un an et ont permis la poursuite des activités essentielles de l'Organisation et une flexibilité accrue, doivent être complémentaires des méthodes de travail en usage jusqu’ici. Il est important que le Conseil de l’Europe continue de baser la conduite de ses activités sur des réunions en présence physique qui permettent des échanges riches et souvent fructueux, indispensables à l’efficacité d’une Organisation multilatérale.
5. S’agissant des orientations définies dans le cadre stratégique du Conseil de l’Europe, l’Assemblée renvoie à sa Résolution 2369 (2021) et sa Recommandation 2199 (2021) «La vision de l’Assemblée sur les priorités stratégiques du Conseil de l'Europe», adoptées lors de sa partie de session d’avril 2021, qui exposent ses positions sur les questions prioritaires qu'elle juge d'importance stratégique pour l’Organisation. La pandémie de covid-19 signifie que nous devons nous préparer à des défis sociaux et à un avenir difficile pour les peuples d'Europe, ce qui exigera sans aucun doute une plus grande attention de la part du Conseil de l'Europe et de son Assemblée pour veiller à ce que les droits économiques et la protection sociale des Européens soient garantis.
6. Le Conseil de l'Europe a démontré sa pertinence au cours de la pandémie, ainsi que l’illustre la boîte à outils de la Secrétaire Générale pour les États membres «Respecter la démocratie, l'état de droit et les droits de l'homme dans le cadre de la crise sanitaire du covid-19». L'Assemblée a adopté plusieurs textes fournissant des orientations sur une grande variété de questions. Plusieurs mesures de protection ont été prises par les autorités et l'Assemblée a particulièrement souligné la nécessité de veiller à ce qu'elles ne portent pas atteinte aux valeurs fondamentales de la démocratie, de l'État de droit et des droits de l'homme. L'Assemblée a notamment attiré l'attention sur l'augmentation des cas de violence à l'égard des femmes et de violence domestique pendant le confinement.
7. Analysant la problématique budgétaire du prochain exercice biennal 2022-2023, l’Assemblée reconnaît que la crise sanitaire actuelle, qui a ébranlé les équilibres budgétaires des États membres, pourrait rendre plus difficile l’adaptation des ressources financières à la hauteur des ambitions affichées. Néanmoins, sa Résolution 2369 (2021) «La vision de l’Assemblée sur les priorités stratégiques du Conseil de l'Europe» est un appel fort aux gouvernements des États membres à garantir la pérennité de l’Organisation et à assurer sa viabilité financière, afin qu’elle conserve toute son efficacité et sa pertinence politique dans un contexte global qui la rend plus indispensable que jamais.
8. L’Assemblée se félicite de l’engagement des États membres en faveur d’une politique de «croissance réelle zéro» pour l’exercice biennal en cours, tout en soulignant que, en termes concrets et pratiques, cela ne signifie pas une «croissance». Elle réaffirme sa position de longue date selon laquelle les États membres devraient résolument investir davantage dans la sécurité démocratique telle qu’incarnée par le Conseil de l’Europe, et, par conséquent, en assurer un meilleur financement en soutenant un budget en croissance effective.
9. Par ailleurs, l’Assemblée, se référant à la décision adoptée par le Comité des Ministres lors de sa 129e Session (Helsinki, 17 mai 2019) sur «Une responsabilité partagée pour la sécurité démocratique en Europe – Garantir le respect des droits et obligations, principes, normes et valeurs», invite le Comité des Ministres et la Fédération de Russie à rechercher les bases d’un accord mutuellement acceptable permettant le règlement par cette dernière des intérêts dus au Conseil de l’Europe.
10. L’Assemblée est également consciente que pour tenir leurs engagements financiers, les États membres ont besoin d’obtenir de la part de l’Organisation des résultats tangibles. Ces résultats seront renforcés non seulement par le cadre stratégique quadriennal de la Secrétaire Générale, mais aussi par les réformes organisationnelles en cours, dont la nouvelle stratégie des ressources humaines fait entièrement partie et qui a pour objectif de garantir que le personnel possède les compétences, la motivation et une performance élevée pour atteindre les objectifs fixés pour le cycle quadriennal, qui vont dans le sens d’une plus grande crédibilité de l’Organisation.
11. L’Assemblée souhaite que cette réforme ambitieuse dans le domaine des ressources humaines soit faite en pleine concertation avec le personnel de l’Organisation, dont l’indispensable adhésion en conditionne le succès. Rappelant son Avis 297 (2019) «Budget et priorités du Conseil de l'Europe pour l'exercice biennal 2020-2021», elle attend que le Conseil de l’Europe mette en place une politique du personnel suffisamment attractive pour retenir de bons candidats en leur donnant également une perspective d’évolution de carrière.
12. La situation alarmante du Fonds de Réserve pour les Pensions est un autre enjeu du prochain exercice biennal 2022-2023. Ce dernier, établi en 2003, vise à stabiliser les contributions des États membres sur le moyen à long terme, afin qu’ils puissent s’acquitter de leurs obligations au titre des différents régimes de pension du Conseil de l’Europe. Or, le système du Fonds de réserve, qui a été sous-capitalisé au moment de sa mise en place, doit absorber le départ en retraite de classes d’âge nombreuses et faire face à la hausse de l’espérance de vie des agents retraités. Sa pérennité exige des contributions des États plus importantes, les agents actifs ayant déjà supporté une forte augmentation de leurs propres cotisations en 2020.
13. Afin que les États membres respectent leurs obligations et pour éviter un impact trop important sur leurs contributions, l’Assemblée avait suggéré au Comité des Ministres, dans sa Recommandation 2124 (2018) «Modification du Règlement de l’Assemblée: l’impact de la crise budgétaire sur la liste des langues de travail de l’Assemblée», plusieurs décisions d’ordre budgétaire et financier, notamment la constitution d’un compte de réserve obligatoire financé par tout ou une partie substantielle du reliquat constaté à la fin de chaque exercice ou cycle budgétaire. Compte tenu de la situation, l’Assemblée réitère sa demande et souhaite que cette recommandation soit dûment prise en considération.
14. L’Assemblée prend note avec intérêt de la proposition de renforcer la mise en œuvre au Conseil de l'Europe d’une approche basée sur les résultats, qui est l’un des points centraux du cadre stratégique de la Secrétaire Générale. Cette approche vise à mettre en adéquation les actions envisagées avec les objectifs fixés et doit permettre à l’Organisation de s’assurer que les actions entreprises contribuent à résoudre les problèmes identifiés. Des indicateurs seront mis en place pour évaluer l’état d’avancement des résultats attendus. Pour l’Assemblée, une telle approche doit permettre au Conseil de l’Europe de démontrer son utilité et son efficacité et assurer que ses travaux ont un impact réel. Toutefois, elle considère qu’une meilleure visibilité des actions de l’Organisation passe par une amélioration de sa politique de communication.
15. Enfin, l’Assemblée demande que les travaux de rénovation de l’hémicycle du Palais de l’Europe, prévus dans le Plan directeur d’investissement et qui ont été reportés sine die en raison de la crise budgétaire de 2017-2018 puis de la pandémie de covid-19, soient engagés rapidement, comme cela est prévu, et achevés avant que l’Assemblée n’y siège à nouveau au complet.

B Exposé des motifs par M. Tiny Kox, rapporteur

1 Introduction

1. L’Avis de l’Assemblée parlementaire sur le budget et les priorités du Conseil de l’Europe pour le cycle quadriennal 2022-2025 intervient dans un contexte singulier, alors que l’Europe et le monde font face depuis plus d’une année à la pandémie de covid-19 et sont plongés dans l’incertitude liée aux conséquences multiples et complexes d’une crise sanitaire et socio-économique sans précédent. Pour le Conseil de l'Europe, l’année 2020 a été toutefois propice à une réflexion approfondie et pour prouver la valeur ajoutée de l'Organisation pour les États membres.
2. La Secrétaire Générale du Conseil de l’Europe, Marija Pejčinović Burić, a proposé à l’Organisation de passer d’une planification sur un exercice biennal à une programmation quadriennale. L’idée d’une planification pluriannuelle n’est pas nouvelle en soi. L’Assemblée plaidait déjà il y a des années pour que le Conseil de l’Europe planifie ses travaux sur une base à plus long terme que des budgets annuels (voir notamment le paragraphe 19 de l’Avis 272 (2009) «Budgets du Conseil de l’Europe pour l’exercice 2010»). La première étape a été franchie grâce à l’introduction par le Comité des Ministres d’une planification sur deux ans, il y a plus de dix ans. La planification sur quatre ans qui est proposée pourrait être une seconde étape bienvenue.
3. Alors que le Comité des Ministres se prépare à examiner et à fixer les priorités stratégiques du Conseil de l’Europe pour les années à venir, l’Assemblée a adopté, lors de sa partie de session d’avril 2021 la Recommandation 2199 (2021) au Comité des Ministres, sur la base de la Résolution 2369 (2021) «La vision de l'Assemblée sur les priorités stratégiques du Conseil de l'Europe». Le présent rapport ne reprendra pas les idées et les pistes de réflexion contenues dans cette Résolution et se concentrera sur les aspects programmatiques, budgétaires et sur les réformes envisagées au cours du prochain cycle quadriennal 2022-2025.
4. Il convient de rappeler que la planification pluriannuelle doit aller de pair avec la sécurisation du budget de l’Organisation pour la période concernée. Dans ce cadre, l’Assemblée se doit de soutenir la Secrétaire Générale afin que les budgets pour les quatre prochaines années soient établis sur la base d'une croissance réelle (ou au minimum une croissance réelle zéro – c’est-à-dire limitée au niveau de l’inflation). Le fait que l’Organisation ait enfin – après des années d’incertitude – trouvé une issue au différend avec l’un de ses plus grands États membres sur ses obligations financières a apporté davantage de stabilité dans les perspectives financières et dans les plans et projets de l’Organisation. Néanmoins il reste nécessaire de contrôler en permanence comment nos moyens financiers sont utilisés pour une efficacité maximale.

2 Audit des comptes 2018 et 2019

5. L’audit des comptes de l’exercice biennal 2018-2019 a été réalisé par la Najwyższa Izba Kontroli (NIK- Pologne), auditeur externe du Conseil de l'Europe, qui a examiné les états financiers consolidés du Conseil de l’Europe, pour l’exercice clos le 31 décembre 2018, et par la Cour des Comptes (France), nouvel auditeur externe du Conseil de l’Europe depuis le 1er janvier 2019, qui a examiné les états financiers consolidés pour celui de 2019. Dans les deux cas, les auditeurs externes ont donné une opinion sans réserve et non modifiée pour les deux exercices. Les états financiers présentent fidèlement la situation financière du Conseil de l’Europe ainsi que les résultats de ses opérations et des flux de sa trésorerie en fin d’exercice.
6. Au cours de son audit portant sur les comptes de 2018, l’auditeur externe a réalisé deux audits de performance dans le domaine des politiques des ressources humaines et sur la stratégie des TI, pour lesquels un certain nombre de recommandations ont été formulées. Pour l’audit des états financiers de 2019, la pandémie de covid-19 a nécessité la mise en place d’un dispositif de télétravail entre l’équipe de l’auditeur externe et les responsables de la gestion financière et comptable du Conseil de l’Europe. Néanmoins des contrôles sur les stocks de publications de la Direction de la communication et les stocks de produits finis et de matières premières de la Direction européenne de la qualité du médicament et des soins de santé (EDQM) et sur l’inventaire des immobilisations ont pu être effectués au siège en juin 2020.
7. Au cours de cette période, les créances liées aux contributions sont passées de 59 millions d’euros fin 2018 (se rapportant au non-règlement deux années de suite de la Fédération de Russie) à 9 millions d’euros fin 2019, essentiellement en raison de la reprise du paiement des contributions de la Fédération de Russie. Il convient également de rappeler que les intérêts moratoires liés au retard de paiement des contributions de la Fédération de Russie, soit 8,8 millions d’euros, n’ont pas été réglés.
8. Les auditeurs ont également regardé le point consacré aux avantages du personnel (c’est-dire la contrepartie donnée au titre des services rendus par le personnel, soit l’ensemble des régimes de pension du Conseil de l’Europe ainsi que la couverture médicale). Ces avantages s’élevaient à 3 207 millions au 31 décembre 2018 et à 3 940 millions d’euros au 31 décembre 2019, en croissance de 733 millions d’euros (voir également ci-dessous paragraphes 30 et suivants).

3 Année 2019

9. Dans son rapport préparé pour la 129e session du Comité des Ministres tenue à Helsinki les 16 et 17 mai «Relever des défis à venir – renforcer le Conseil de l’Europe», le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe d’alors, Thorbjørn Jagland, alertait les États membres sur les menaces grandissantes contre l’État de droit et les nouveaux défis qui se posent en matière de droits de l’homme sur notre continent, en insistant sur la nécessité de renforcer les instruments du Conseil de l’Europe et non de les remplacer ou de les reproduire ailleurs. L’humanité est confrontée à de nouveaux défis pour lesquels les normes juridiques du Conseil de l’Europe sont requises. Il relevait plusieurs défis majeurs: l’intelligence artificielle et les risques qu’elle représente pour les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit, la traite des êtres humains, la liberté d’expression, les inégalités et discriminations, les migrations, les droits sociaux, la lutte contre la violence faite aux femmes et la violence domestique.
10. Lors de cette session ministérielle, le Comité des Ministres a également réaffirmé l’importance des droits sociaux à travers le continent et a invité les États membres qui ne l’ont pas encore fait à signer et/ou ratifier la Charte sociale européenne révisée (STE no 163) et son Protocole additionnel prévoyant un système de réclamations collectives (STE no 158). Le Comité des Ministres a également décidé d’examiner la faisabilité et les éléments potentiels d’un cadre juridique pour le développement, la conception et l’application de l’intelligence artificielle. En septembre 2019, le Comité des Ministres adoptait le mandat du Comité ad hoc sur l’Intelligence artificielle (CAHAI).
11. L’année 2019 a été marquée par l’élection d’une nouvelle Secrétaire Générale du Conseil de l’Europe, Marija Pejčinovič Burić, en juin, ainsi que par la célébration du 70e anniversaire du Conseil de l’Europe en octobre, en présence du Président de la République française. Sur le plan budgétaire, le règlement par la Fédération de Russie de ses contributions obligatoires pour 2019 ainsi que celles dues pour les années 2017 et 2018 aura permis d’éviter de justesse la mise en œuvre d’un plan de contingence douloureux pour l’ensemble de l’Organisation et qui prévoyait 250 suppressions de postes. 2019 a été aussi l’occasion de célébrer le 30e anniversaire du fonds Eurimages et le 20e anniversaire du Groupe d’États contre la corruption (GRECO); on notera que le Comité des Ministres a accepté la demande de l’Union européenne d’obtenir le statut d’observateur auprès de cet organisme.
12. Plusieurs conférences marquantes se sont déroulées en 2019: celle des ministres de la Justice, centrée sur les défis du numérique sur la justice; Octopus concernant la cybercriminalité; celle du Réseau HELP concernant la formation des magistrats, avocats et autres professionnels du droit sur la bonne application de la Convention européenne des droits de l'homme (STE no 5); et pour la première fois une Conférence des chefs des Cours suprêmes des États membres du Conseil de l’Europe. S’agissant plus particulièrement de la coopération juridique, le Comité des Ministres a accepté des demandes du Brésil et du Burkina Faso d’être invités à adhérer à la Convention sur la cybercriminalité (STE no 185) et la demande de la Mongolie d’être invitée à adhérer à la Convention européenne d’entraide judiciaire en matière pénale (STE no 30).
13. De son côté, l’Assemblée, a choisi au cours de cette année de centrer ses travaux sur l’Agenda des Nations Unies pour le développement durable à l’horizon 2030. Elle a notamment accru la sensibilisation à l’importance pour les parlementaires, en tant que législateurs, de participer à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable qui fut également l’un des thèmes majeurs de la Conférence européenne des présidentes et présidents de parlement qu’elle a organisée à Strasbourg, les 24 et 25 octobre 2019, réunissant 450 participants, dont plus de 60 présidentes et présidents de parlements et d’assemblées internationales. L’Assemblée a également décerné son septième Prix Václav Havel des droits de l’homme conjointement à l’intellectuel ouïghour emprisonné Ilham Tohti et à l’Initiative pour la jeunesse pour les droits de l’homme (YIHR), qui rassemble des jeunes de tous les Balkans pour promouvoir la réconciliation.

4 Année 2020

14. L’année 2020 aurait pu débuter sous les meilleurs auspices avec l’arrivée d’une nouvelle Secrétaire Générale, le règlement par la Fédération de Russie de ses contributions dues et le retour d’un budget en croissance zéro en termes réels (prenant en compte l’inflation). Malheureusement la pandémie de covid-19 qui s’est répandue courant mars 2020 a complètement modifié les paramètres et plongé le monde dans une crise sanitaire sans précédent depuis la Première guerre mondiale.
15. Après la première partie de session, il a été impossible à l’Assemblée, du fait de la pandémie de covid-19, de poursuivre ses travaux comme à l’accoutumée et les parties de session d’avril, de juin et d’octobre n’ont pas pu être organisées. De nouvelles méthodes de travail ont dû être inventées et mises en œuvre, permettant ainsi, dans un premier temps aux commissions de l’Assemblée, au Bureau et à la Commission permanente de tenir leurs réunions à distance, puis, dans un second temps, d’organiser les parties de session de l’Assemblée en mode hybride, à compter de janvier 2021.
16. Grâce à la technologie de vidéoconférence (et en particulier au contrat avec la plate-forme KUDO qui permet de bénéficier d’une interprétation en cinq langues), l’Assemblée a pu poursuivre son fonctionnement effectif en 2020 et surmonter – autant que faire se peut – les nombreuses restrictions touchant les déplacements de ses membres.
17. Les parties de session qui n’ont pas pu être organisées ont été remplacées par des réunions à distance de la Commission permanente. Au mois de juin 2020, celle-ci a tenu un échange de vues autour de la pandémie de covid-19 avec le Directeur Général de l’Organisation mondiale de la Santé, M. Tedros Adhanom Ghebreyesus. Lors de la Commission permanente élargie d’octobre 2020, des débats ont eu lieu sur l’impact de la covid-19 sur les démocraties, les droits de l’homme et l’État de droit, sur les migrants et les réfugiés, ainsi que sur les enjeux de l’intelligence artificielle. Ainsi, l’Assemblée a pu mettre l’accent sur les conséquences de cette crise sanitaire et elle a fourni au Comité des Ministres ainsi qu’aux États membres un large éventail d’analyses, de propositions et de lignes directrices, affirmant son rôle de «moteur politique» du Conseil de l’Europe.
18. Lors de sa 130e Session ministérielle qui s’est tenue par visioconférence depuis Athènes en novembre 2020, le Comité des Ministres a adopté une Déclaration de la présidence grecque du Comité des Ministres, également appelée «Déclaration d’Athènes», qui reflète l’engagement des États membres à respecter les principes garantissant les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit en temps de pandémie. Une déclaration que la Commission permanente a également fait sienne. Cette session ministérielle a été également l’occasion d’une cérémonie marquant le 70e anniversaire de la Convention européenne des droits de l’homme. De plus, lors de la journée européenne pour la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels, le 12 novembre 2020, une déclaration commune de la Secrétaire Générale, des présidences entrante et sortante du Comité des Ministres et du Président de l’Assemblée a été publiée.
19. Parmi les autres activités, on peut noter la tenue en février 2020 d’une conférence de haut niveau sur la protection de l’environnement et les droits de l’homme et l’adoption d’une Déclaration sur les droits de l’homme et l’environnement adoptée par les présidences géorgienne, grecque et allemande du Comité des Ministres. Une conférence en ligne des ministres de la Justice, présidée par le ministre grec de la Justice, s’est déroulée en novembre 2020 sur l’indépendance de la justice et l’État de droit. Les conclusions ont souligné l’importance de la coopération et de la confiance mutuelle entre les États membres du Conseil de l’Europe pour surmonter la crise sanitaire et défendre les valeurs communes ainsi que l’efficacité du système judiciaire, condition préalable à la jouissance de tous les droits et de toutes les libertés. Dans le domaine de l’éducation, il convient de noter la création par 17 États membres, d’un observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe sous la forme d’un accord partiel élargi (c’est-à-dire ouvert à des États non-membres du Conseil de l’Europe).
20. Enfin, en raison de la non tenue des parties de session de juin et d’octobre 2020, le Comité des Ministres a décidé, dans ces circonstances exceptionnelles, de prolonger le mandat de la Secrétaire Générale adjointe, Gabriella Battaini-Dragoni, en exercice jusqu’à la fin du mois suivant l’élection de la personne qui lui succédera et celui du Secrétaire Général de l’Assemblée, Wojciech Sawicki, jusqu’au 28 février 2021. Ces élections ont eu lieu par vote électronique à distance lors de la partie de session de janvier 2021, tenue dans un format hybride (vidéoconférence et présentiel).

5 Priorités 2022-2025

21. Conformément à ses engagements, la Secrétaire Générale, Marija Pejčinovič Burić, a finalisé une réflexion globale sur la mission du Conseil de l’Europe et élaboré, à cette fin, un nouveau cadre stratégique reflétant les priorités de l’Organisation pour les quatre prochaines années 2022-2025. La particularité du plan quadriennal présenté par la Secrétaire Générale est de rappeler non seulement les grandes priorités mais également les réalisations concrètes attendues («livrables») et les autres actions et mesures pour atteindre ces objectifs.
22. Ce cadre stratégique doit se lire également à la lumière des efforts réalisés et à entreprendre par le Conseil de l’Europe pour moderniser ses outils de travail et son fonctionnement grâce au plan d’action stratégique informatique 2018-2021 mais surtout à la stratégie numérique décidée par le Comité des Ministres fin 2020. Cela permettra de renforcer les capacités de maintien des activités de l’Organisation en cas de crise, en développant tout un catalogue de nouveaux services dans le domaine des réunions avec télé-participation (vidéoconférence avec interprétation, réunions hybrides, vote électronique, séminaires en ligne).
23. Cette nouvelle perspective de programmation et d’organisation des activités sur une durée de quatre ans et l’adaptation des mandats et des méthodes de travail des différents comités intergouvernementaux et autres organes subordonnés permettront au Conseil de l’Europe de continuer à répondre aux besoins des États membres en conservant ce qui a fait sa force depuis plus de 70 ans, c’est-à-dire son adaptabilité et sa flexibilité pour répondre aux enjeux auxquels l’Europe ne cesse d’être confrontée. Grâce à un cadre stratégique quadriennal, le Conseil de l’Europe fait un pas de plus pour garantir la cohésion, la continuité, la stabilité, la transparence et la prévisibilité de ses activités au profit des États membres et de leurs citoyens.
24. Il est toutefois clair que les technologies modernes de vidéoconférence et de télétravail doivent être considérées comme un complément permettant une flexibilité accrue. Il est en effet important que le Conseil de l’Europe continue de baser son travail sur des réunions en présence physique qui permettent des échanges riches et souvent fructueux qui sont indispensables à la mission d’une organisation multilatérale.
25. S’agissant des choix stratégiques présentés par la Secrétaire Générale, mon intention n’est pas de réagir sur les grandes priorités telles qu’elle les a définies dans son document sur le cadre stratégique du Conseil de l’Europe. Je renvoie au rapport de la commission des questions politiques et de la démocratie (Doc. 15252 «La vision de l'Assemblée sur les priorités stratégiques du Conseil de l'Europe») et plus particulièrement à la Résolution 2369 (2021). Cependant, pour relever les défis reflétés dans les priorités stratégiques, le Conseil de l’Europe a besoin de moyens financiers en adéquation avec l’ambitieux programme d’activités proposé.
26. Parmi ces priorités figurent deux objectifs importants – trouver les moyens de renforcer la synergie entre les différents mécanismes de suivi et leur cohésion, et renforcer la coopération intergouvernementale – pour lesquels l’Assemblée a milité, notamment dans le cadre de sa Recommandation 2114 (2017) «Défendre l’acquis du Conseil de l'Europe: préserver le succès de 65 ans de coopération intergouvernementale», en appelant le Comité des Ministres et le Secrétaire Général de l’époque à renforcer les activités intergouvernementales et son système conventionnel. Quant à la question du suivi, l’Assemblée s’est engagée à renforcer son action dans le triangle dynamique des activités normatives, de suivi et de mise en œuvre en favorisant les synergies entre sa procédure de suivi et celles des autres organes du Conseil de l’Europe.
27. Dans ce contexte de renforcement de la coopération, on peut amèrement regretter la décision des autorités turques de se retirer de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (STCE no 210, «Convention d’Istanbul») à un moment où la violence faite aux femmes explose dans de nombreux pays, en raison de la crise sanitaire que nous traversons. De même il faut se préparer à des défis sociaux et des lendemains difficiles pour les populations européennes du fait des conséquences de la pandémie de covid-19, qui exigeront sans nul doute une plus grande attention de la part du Conseil de l’Europe et de son Assemblée pour veiller à ce que les droits économiques et la protection sociale des Européens continuent d’être garantis.
28. La crise sanitaire actuelle ayant ébranlé les équilibres budgétaires des États membres, obtenir des ressources à hauteur des ambitions affichées sera difficile. Le minimum que les États membres doivent cependant assurer pour les deux budgets biennaux de 2022-2023 et 2024-2025 est le maintien des ressources budgétaires à leur niveau actuel en termes réels (c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation). Or, selon les estimations, le taux d’inflation envisagé pour 2022 est de 0,4 %, soit une augmentation globale des contributions des États membres d’un million d’euros comparé à 2021, et le taux d’inflation pour 2023 devrait s’établir à 1,5 % soit une augmentation des contributions des États membres de 2,8 millions d’euros comparé à 2022.
29. Pour tenir leurs engagements financiers, les États membres ont besoin d’obtenir de la part de la Secrétaire Générale des résultats concernant les réformes organisationnelles en cours au sein du Conseil de l’Europe qui passent par la mise en œuvre d’une stratégie des ressources humaines, dont l’objectif est de garantir que le personnel possède les compétences, la motivation et une performance élevée pour atteindre les objectifs fixés pour le prochain cycle quadriennal. Il convient cependant de s’assurer que cette réforme soit engagée avec le personnel et non pas contre lui. Une réforme ambitieuse dans le domaine des ressources humaines n’est jamais facile. C’est pourquoi l’adhésion du personnel à une réforme d’envergure comme celle qui est envisagée est primordiale.
30. Dans ce contexte, la proposition de renforcer la mise en œuvre au Conseil de l'Europe d’une approche basée sur les résultats, qui est l’un des points centraux du cadre stratégique, mérite d’être saluée. Il s’agit en effet d’assurer et de démontrer que l’action envisagée va contribuer à la réalisation de l’objectif fixé. L’Organisation a donc adopté une approche à trois niveaux de résultats: résultats immédiats (ou résultats attendus), résultats intermédiaires (changements attendus sur un groupe cible visé) et impact (changement à long terme). Cette approche doit permettre à l’Organisation de structurer son intervention en s’assurant que les actions entreprises contribuent à résoudre les problèmes identifiés. Des indicateurs seront mis en place pour évaluer si les résultats attendus ont été atteints. Cette approche doit permettre au Conseil de l’Europe de démontrer son utilité et son efficacité et de s’assurer que les travaux du Conseil de l’Europe ont un impact effectif. Mais encore faut-il que le Conseil de l’Europe améliore sa politique de communication afin d’assurer une visibilité réelle de ses travaux.
31. L’autre point important, lié au personnel, concerne le Fonds de Réserve pour les Pensions. Établi en janvier 2003, ce fonds a pour but principal de stabiliser les contributions des États membres sur le moyen à long terme, afin qu’ils puissent s’acquitter de leurs obligations au titre des différents régimes de pension du Conseil de l’Europe. Or, la situation est alarmante.
32. Le Conseil de l’Europe a aujourd’hui trois régimes de pension pour ses agents: le régime de pension coordonné mis en place en 1974 et resté en vigueur jusqu’à fin 2002; le nouveau régime de pension (NRP), en vigueur entre 2003 et le 31 mars 2013 (qui concerne les agents recrutés sur cette période) et le troisième régime de pension (TRP) ouvert le 1er avril 2013 et toujours en vigueur. Si les deux nouveaux régimes sont autofinancés, ce n’est pas le cas du premier régime coordonné qui traîne derrière lui une dette importante du fait du non-paiement de la contribution des États pendant près de 30 ans.
33. Il convient également de souligner qu’en 2019, une modification substantielle a été apportée au premier régime de pension (régime coordonné). Il a été décidé qu’à partir du 1er janvier 2020, les prestations versées aux pensionnés seraient indexées sur le taux d’inflation et non plus sur le taux d’augmentation des salaires. Cette modification a permis une baisse de 97 millions d’euros de l’engagement lié aux avantages du personnel.
34. En matière de pension le Conseil de l’Europe doit faire face à deux problèmes.
  • Le premier est lié à une situation historique: pendant 30 ans (de 1974 à 2003), seuls les agents ont alimenté par leurs cotisations le budget des pensions tandis que les États membres n’y ont contribué que ponctuellement, dans la mesure nécessaire pour permettre le paiement des pensions. Cela signifie qu’aucune contribution n’a été capitalisée au cours de la période et qu’aucun revenu d’investissement n’a été obtenu. On rappellera également que, antérieurement, les États membres d’alors avaient décidé en 1974 de liquider le précédent Fonds de retraite et de se répartir les sommes économisées, plutôt que de maintenir un système générateur d’intérêts, un capital qui a fait cruellement défaut par la suite.
  • Le second est lié au fait que le Fonds de Réserve pour les Pensions a été sciemment sous-capitalisé au moment de sa mise en place. Les contributions des États membres sont déterminées sur la base d’études actuarielles réalisées tous les quatre ans. Or, une étude actuarielle intermédiaire préparée durant l’été 2019 a conclu qu’une augmentation des contributions des États membres serait nécessaire à partir de 2022 pour assurer la durabilité du Fonds de Réserve sur le long terme, en raison, entre autres, de la table de mortalité (l’accroissement de l’espérance de vie) des fonctionnaires d’organisations internationales basées en Europe et donc des retraités du Conseil de l’Europe. Cette étude conclut que les États membres devraient augmenter leurs contributions à ce fonds de 6 millions d’euros pour assurer sa durabilité.
35. Un certain nombre de mesures ont déjà été prises, notamment une augmentation importante des contributions du personnel (les cotisations des agents ont augmenté en janvier 2020 de 13 % à 25 % en fonction du régime auquel ils sont rattachés).
36. L’autre grande réforme qui doit être mise en œuvre est celle de la modernisation numérique qui a pour objectif de donner au Conseil de l’Europe et à ses organes les outils permettant de mieux utiliser les moyens modernes de communication et de faciliter les réunions à distance quand cela est possible et souhaitable. Ce sont des investissements importants qui devront être réalisés au cours du prochain exercice budgétaire 2022-2023.
37. Cela ne doit pas occulter l’autre priorité qu’est la rénovation de l’hémicycle. Celle-ci était prévue dans le Plan directeur d’investissement pour les années 2017-2018 mais elle a dû être retardée, d’abord en raison du défaut de paiement de la Fédération de Russie de sa contribution budgétaire, puis de la situation sanitaire en 2020. Les travaux pourraient reprendre à la fin de l’année 2022 pour une durée d’un an ce qui priverait l’Assemblée de pouvoir siéger à l’hémicycle pendant ce laps de temps. Des solutions alternatives seront étudiées par les services techniques du Conseil de l’Europe et des contacts à haut niveau devront être repris avec le Parlement européen pour étudier les possibilités d’utiliser leur hémicycle. En 2017, le Parlement européen avait donné son accord de principe moyennant une indemnité forfaitaire de 240 000 euros.
38. S’agissant plus particulièrement du cadre budgétaire, le principe retenu est le maintien de deux budgets biennaux, pour 2022-2023 et pour 2024-2025 respectivement, avec une approbation du programme d’activités pour les quatre prochaines années, du premier budget biennal 2022-2023 et des perspectives budgétaires pour le second budget biennal 2024-2025. Un examen du programme sera effectué à mi-parcours à l’été 2023, sur la base duquel le projet de budget pour 2024-2025 sera revu et ajusté. L’adoption du budget pour les années 2024-2025 ne se fera qu’au dernier trimestre 2023.
39. Dans la mesure où le Comité des Ministres n’adoptera pas, à la fin de l’année 2021 un budget pour le Conseil de l’Europe pour les quatre prochaines années mais seulement le budget pour 2022-2023, l’Assemblée devra préparer un nouveau rapport au cours du premier semestre 2023 sur le budget biennal pour 2024 et 2025 ainsi que sur ses propres dépenses pour cette même période.