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Le rôle des parlements dans la mise en œuvre des pactes mondiaux des Nations Unies pour les migrants et réfugiés

Résolution 2379 (2021)

Auteur(s) :
Assemblée parlementaire
Origine
Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de l’Assemblée, le 28 mai 2021 (voir Doc. 15229, rapport de la commission des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées, rapporteur: M. Nicos Tornaritis).
1. Aujourd’hui, le nombre de personnes déplacées de force dans le monde a franchi la barre des 79,5 millions d’individus, dont 48 % de femmes et de filles. La migration, en tant que phénomène mondial, a de lourdes répercussions sur la vie de millions de personnes, et cela ne cessera pas dans les années à venir. Dans le monde entier, des réfugiés et des migrants se déplacent en quête d’un meilleur endroit pour vivre, fuyant les conflits, la persécution politique, l’extrême pauvreté et la dégradation environnementale. Critiquée pour son inaction, qui a conduit aux crises migratoires, la communauté internationale est convenue, sous l’égide des Nations Unies, de prendre des mesures pour protéger la vie et la dignité des personnes en situation de déplacement.
2. Le Pacte mondial des Nations Unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (PMM) et le Pacte mondial sur les réfugiés (PMR), approuvés à la fin de l’année 2018, visent à donner corps à la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants de 2016, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies. Ces instruments internationaux, non contraignants et facultatifs constituent une avancée sans précédent pour la protection des droits humains des migrants et des réfugiés. Ils créent un cadre de coopération et de développement international mieux défini, et fixent des orientations claires pour des actions ciblées et des programmes de soutien.
3. Le PMM établit un cadre commun fondé sur 23 objectifs associés chacun à différents engagements et moyens d’action, appuyés sur des bonnes pratiques. Ces objectifs se réfèrent à des mesures prises au niveau des États membres afin, entre autres, de sauver des vies et de mettre en place des initiatives internationales coordonnées visant à retrouver les migrants disparus; de renforcer la réponse transnationale au trafic de migrants; de gérer les frontières de manière intégrée, sûre et coordonnée; de fournir aux migrants un accès aux services essentiels et de veiller également à ce que tous les migrants disposent d’une preuve de leur identité juridique et de documents adéquats.
4. Le PMR découle des principes fondamentaux d’humanité et de solidarité internationale. Il a pour objectif d’améliorer les réponses humanitaires. Il entend également réaliser concrètement les principes de partage de la charge et des responsabilités, afin de mieux protéger et d’aider les réfugiés, et de soutenir les pays et communautés d’accueil. Ses principaux objectifs sont d’alléger la pression exercée sur les pays d’accueil, d’accroître l’autonomie des réfugiés, d’élargir l’accès à des solutions faisant appel à des pays tiers et d’aider à créer, dans les pays d’origine, les conditions nécessaires au retour des réfugiés dans la sécurité et la dignité. Le PMR repose sur le régime de protection internationale des réfugiés, centré sur le principe cardinal du non-refoulement, au cœur duquel se trouvent la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967.
5. L’Assemblée parlementaire souligne l’importance de la coopération internationale dans le soutien apporté à la mise en œuvre des grands traités et accords multilatéraux non contraignants des Nations Unies destinés à promouvoir une meilleure protection des droits de l’homme et de la dignité des individus partout dans le monde. Elle renouvelle son appel à protéger et à promouvoir les droits des personnes en situation de déplacement, conformément aux normes internationales en matière de protection humanitaire, de droits de l’homme, de démocratie et d’État de droit.
6. L’Assemblée demande donc aux parlements nationaux de prendre des mesures en vue de l’adoption et de la mise en œuvre du PMM et du PMR par tous les États membres du Conseil de l’Europe. L’Assemblée est convaincue qu’en unissant leurs forces les parlements peuvent modifier le cours des choses, aux niveaux national, régional et mondial.
7. Pour cela, les parlementaires devraient commencer par s’attaquer aux causes profondes des déplacements, en aidant les pays d’origine des réfugiés et des migrants à se redresser grâce à la coopération en faveur du développement, et en renforçant la solidarité internationale. Les parlementaires devraient, en particulier:
7.1 faire tout ce qui est en leur pouvoir pour comprendre et traiter les causes profondes des déplacements forcés, en réfléchissant à la résolution des conflits, à la consolidation de la paix et à la réconciliation, et en s’attaquant à des problématiques liées aux inégalités, à la sécurité et au changement climatique, qui peuvent conduire au déplacement forcé de populations;
7.2 agir pour promouvoir la démocratie, les droits de l’homme et l’État de droit, en offrant leur expertise afin de renforcer les institutions et d’encourager la bonne gouvernance dans les pays d’origine des déplacements forcés; et améliorer les contributions de leur pays à la mise en œuvre de programmes de coopération en faveur du développement dans les pays d’origine des migrants et des réfugiés;
7.3 promouvoir un esprit de solidarité internationale s’agissant des questions de migration et d’asile. Il faut en faire davantage, en particulier, pour alléger la pression pesant sur les pays qui sont en première ligne, y compris en contribuant à la mise en place d’hébergements d’urgence pour les demandeurs d’asile, en apportant une aide à la réinstallation, aux retours et à la réintégration volontaires, et en prévenant le trafic de migrants. De plus, les parlements devraient s’exprimer avec plus de force pour promouvoir la solidarité internationale envers les réfugiés et les migrants, en mettant en avant les valeurs universelles d’humanité et de dignité pour tous. L’extrême souffrance des réfugiés et des migrants devrait être reconnue, et des mesures visant à atténuer la souffrance humaine devraient être soutenues;
7.4 garder à l’esprit qu’en temps de pandémie les réfugiés et les migrants font face à de nombreux problèmes et pressions supplémentaires, et prendre des mesures spécifiques pour les atténuer. À cet égard, ils devraient donner suite aux recommandations convenues par l’Assemblée dans sa Résolution 2340 (2020) «Les conséquences humanitaires de la pandémie de covid-19 pour les migrants et les réfugiés».
8. Les parlementaires ont de nombreux rôles: ils sont à la fois des représentants de leur circonscription, des quasi-médiateurs locaux, des orateurs, des législateurs et des décideurs politiques, et des contrôleurs de l’action du gouvernement. Ils contribuent à renforcer la légitimité des processus politiques aux niveaux local, national et international. Les parlementaires devraient donc soutenir la mise en œuvre des deux pactes dans leur travail quotidien et dans le cadre de leurs fonctions:
8.1 en ce qui concerne la fonction de représentation, les parlementaires devraient:
8.1.1 s’employer à changer le cours des choses en relayant dans leurs circonscriptions le message des deux pactes mondiaux des Nations Unies. Ils devraient mener des actions de sensibilisation à ces pactes, en formant l’opinion publique et en relayant les opinions de leurs électeurs sur les questions soulevées par ces instruments. Ils devraient examiner de manière constructive les questions et les problèmes soulevés par ceux qui dénoncent ces deux pactes;
8.1.2 redoubler d’efforts pour combattre le discours de haine à l’encontre des migrants et des réfugiés dans le débat politique. Le discours de haine porte atteinte à la dignité humaine et est dangereux pour la cohésion de la société, en particulier lorsqu’il est le fait de responsables politiques;
8.1.3 montrer, en leur qualité de leader, la voie à suivre en matière de droits de l’homme face à l’évolution de l’opinion publique sur les questions de migration et d’asile. Par essence, leur rôle de parlementaire vis-à-vis des citoyens est de veiller à ce que personne ne soit oublié et à ce qu’aucun point de vue ne soit sous-représenté. Plus que tout, il importe de bâtir une compréhension commune, de contribuer à l’avènement d’un environnement sociétal favorable, ouvert et inclusif, et de lutter contre les préjugés et la discrimination;
8.2 en ce qui concerne la fonction législative, les parlementaires devraient:
8.2.1 tenir compte des progrès réalisés ces dernières années pour protéger les droits de l'homme, la démocratie et l’État de droit au niveau mondial dans leur action législative, à commencer par les Objectifs de développement durable des Nations Unies figurant dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 (Agenda 2030). À travers cet agenda, les pays du monde entier se sont engagés à «n’abandonner personne à son sort», en particulier les personnes les plus vulnérables;
8.2.2 agir pour mettre en place des systèmes étatiques permettant de prévenir les tragédies liées aux déplacements de population et d’y faire face, en protégeant les personnes en transit et à l’arrivée. La législation et la réforme législative sont les deux volets principaux permettant de répondre aux besoins de ceux qui fuient, mais aussi à ceux des communautés d'accueil, et d’assurer la protection de ces migrants. Les mesures à mettre en place devraient être définies en concertation avec les communautés d'accueil;
8.2.3 s’assurer que l'élaboration de cadres juridiques est inclusive et sensible aux besoins des plus vulnérables, spécialement ceux des enfants réfugiés et migrants. En 2018, 16,3 millions des 31,5 millions de réfugiés et de personnes déplacées pour lesquels on dispose de données ventilées par âge (soit 52 %) étaient des mineurs âgés de moins de 18 ans;
8.2.4 intervenir pour garantir que leur pays respecte les engagements internationaux, fondés sur les traités universels existants en matière de droits de l'homme. À cet égard, les parlementaires devraient contribuer au respect des engagements de fond du Conseil de l'Europe concernant la mise en œuvre du PMR, parmi lesquels figure l’engagement de promouvoir l’adhésion de tous les États membres à la Convention européenne sur la nationalité (STE no 166) et à la Convention sur la prévention des cas d’apatridie en relation avec la succession d’États (STCE no 200);
8.2.5 créer les cadres juridiques nécessaires pour permettre la mise en œuvre des bonnes pratiques d’intégration de réfugiés et de migrants par le biais d’initiatives en matière d’éducation, d’emploi et de cohésion sociale. Cela comprend, par exemple, la promotion et la mise en œuvre de projets européens, tels que le projet pilote du Conseil de l'Europe sur le Passeport européen des qualifications des réfugiés;
8.3 en ce qui concerne la fonction de contrôle, les parlementaires devraient:
8.3.1 mettre en place des plans d'action parlementaires pour accompagner la mise en œuvre des engagements pris par les États lors du Forum mondial sur les réfugiés. Cela permettrait aux parlementaires de planifier et de cartographier les actions requises, et de recenser les besoins en capacités pour les réformes législatives s’y rapportant;
8.3.2 prendre part à la mise en œuvre des deux pactes et en superviser l’application, sur la base d’une approche de partenariat multipartite en tant qu’outil essentiel pour le partage des charges et des responsabilités, en contribuant à conjuguer les efforts pour les mettre en œuvre;
8.3.3 demander à leurs gouvernements de faire figurer les besoins des réfugiés et des personnes déplacées de force dans la planification pluriannuelle du développement national et régional, et d’assurer un suivi régulier de la mise en œuvre des lois et des allocations budgétaires pertinentes;
8.3.4 contrôler les dépenses gouvernementales lors des débats budgétaires annuels et autres afin de veiller à ce que les engagements financiers pour la mise en œuvre des traités internationaux et autres accords pertinents soient versés en temps voulu. Les parlements devraient davantage développer leur expertise technique en ce qui concerne le suivi des engagements internationaux;
8.4 en ce qui concerne la diplomatie parlementaire internationale, les parlementaires devraient:
8.4.1 utiliser la diplomatie parlementaire internationale pour promouvoir l’adhésion de leur pays aux deux pactes et la participation à leurs mécanismes de suivi respectifs. Les parlements nationaux devraient renforcer la coopération avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et l’Organisation internationale pour les migrations en tant qu’organisations clés coordonnant la mise en œuvre des deux pactes, et participer au Réseau des Nations Unies sur les migrations par l’intermédiaire de leurs délégations nationales;
8.4.2 renforcer la coopération pour le développement afin d’aider les pays d'origine et de transit des réfugiés et des migrants à mettre en place des systèmes étatiques qui répondent aux besoins des réfugiés et des migrants, et qui protègent ceux qui fuient;
8.4.3 identifier des pistes de coopération avec le Parlement européen, la Commission européenne et d’autres organes de l’Union européenne pour la mise en œuvre du nouveau Pacte sur les migrations et l’asile, en créant si possible des synergies avec les processus pertinents de mise en œuvre des deux pactes des Nations Unies;
8.4.4 s’informer quant aux progrès réalisés dans la mise en œuvre des deux pactes des Nations Unies au niveau mondial et des autres initiatives qui permettent d’atteindre les objectifs qui y figurent. La coopération sur ces questions avec l'Union interparlementaire (UIP) et d’autres assemblées parlementaires régionales pourrait être encore renforcée.