Observation des élections législatives anticipées en République de Moldova (11 juillet 2021)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 15356
| 30 août 2021
1 Introduction
1. Le 28 avril 2021, les deux
candidats au poste de Premier ministre nommés par la Présidente
Maia Sandu n’ayant pas réussi à obtenir le vote de confiance du
parlement dans le délai prévu par la loi, la Présidente a dissous
le parlement et fixé les élections législatives anticipées au 11
juillet 2021.
2. Le 30 avril, le président de la Commission électorale centrale
(CEC) de la République de Moldova a adressé à l’Assemblée parlementaire
une lettre d’invitation pour observer ces élections législatives
anticipées.
3. Lors de sa réunion le 28 mai 2021, le Bureau de l’Assemblée
a décidé de constituer une commission ad hoc composée de 20 membres
(SOC: 7; PPE/DC: 6; CE/AD: 3; ADLE: 3; GUE: 1) et des deux corapporteurs de
la Commission pour le respect des obligations et engagements des
Etats membres du Conseil de l'Europe (commission de suivi), dont
la mission était d’observer les élections législatives anticipées
du 11 juillet 2021. Le Bureau a par ailleurs autorisé une mission
préélectorale constituée de sept membres – un pour chaque groupe
politique représenté dans la commission ad hoc et les deux corapporteurs
de la commission de suivi. Le Bureau a approuvé la composition de
la commission ad hoc (annexe 1) et désigné M. Stefan Schennach (Autriche,
SOC) en tant que président.
4. Conformément à l’accord de coopération signé entre l’Assemblée
parlementaire et la Commission européenne pour la démocratie par
le droit (Commission de Venise), le 4 octobre 2004, des représentants
de la Commission de Venise ont été invités à se joindre à la commission
ad hoc en qualité de conseillers juridiques.
5. Afin d’évaluer l’organisation de la campagne électorale et
le climat politique à l’approche des élections, le Bureau a envoyé
une délégation préélectorale en République de Moldova les 10 et
11 juin 2021. La mission d’observation électorale tient à remercier
M. William Massolin, chef du Bureau du Conseil de l’Europe en République
de Moldova, et ses collaborateurs, ainsi que le secrétariat de la
délégation moldave auprès de l’Assemblée et la Représentation permanente
de la République de Moldova auprès du Conseil de l’Europe, pour
leur excellente coopération et contribution à la préparation et
à l’organisation de la visite préélectorale.
6. À l’issue de sa visite, la délégation préélectorale a noté
avec préoccupation l’environnement profondément polarisé et l’instabilité
politique chronique qui ont entraîné l’annonce de ces élections
anticipées. En ce qui concerne le cadre juridique, la délégation
a salué le retour à une représentation proportionnelle à partir
de listes de parti fermées, mais a regretté que plusieurs autres
recommandations formulées après les dernières élections, et qui
auraient pu résoudre divers problèmes récurrents et des faiblesses
structurelles, n’aient pas encore été mises en œuvre. Elle s’est
inquiétée de l’absence de transparence dans l’application des critères
d’ouverture de bureaux de vote supplémentaires à l’étranger et de
l’incapacité de la CEC à contrôler efficacement le financement des
campagnes des partis politiques. La délégation a aussi attiré l’attention
sur un certain nombre de problèmes de longue date qui n’ont toujours
pas été résolus. La déclaration publiée par la délégation préélectorale
à l’issue de sa mission figure à l’annexe 2.
7. Pour la mission principale d’observation en juillet, la commission
ad hoc de l’Assemblée (délégation de l’APCE) est intervenue dans
le cadre de la Mission internationale d’observation des élections
(MIOE), qui comprenait également des délégations de l’Assemblée
parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (AP-OSCE), du Parlement européen et de la mission d’observation
électorale du Bureau des institutions démocratiques et des droits
de l’homme de l’OSCE (MOE du BIDDH/OSCE).
8. Du 8 au 12 juillet 2021, la commission ad hoc s’est réunie
à Chișinău, où elle a rencontré les dirigeants et les représentants
des partis se présentant aux élections, le président de la CEC,
le chef de la mission d’observation électorale du BIDDH/OSCE et
ses collaborateurs, les responsables du Bureau du Conseil de l’Europe
en République de Moldova, de la mission de l’OSCE en République
de Moldova et de la délégation de l’Union européenne, ainsi que
des représentants de la société civile et des médias. Le programme
des réunions de la commission ad hoc figure en annexe 3.
9. Le jour du scrutin, la délégation de l’APCE s’est scindée
en 12 équipes pour observer le déroulement des élections dans la
capitale, Chișinău, et ses environs, ainsi qu’à Comrat, Anenii
Noi, Causeni, Balti, etc.
10. La MIOE a conclu que les élections législatives anticipées
du 11 juillet 2021 avaient été correctement administrées, notamment
grâce aux améliorations apportées au cadre juridique, et qu’un large
choix avait été offert aux électeurs. Elle a cependant souligné
que des doutes quant à l’impartialité des autorités électorales avaient
nui à la confiance et que les règles inadaptées régissant le financement
des campagnes n’avaient pas permis de traiter les infractions potentielles
en la matière. Le cadre juridique en place constitue une base solide pour
la tenue d’élections démocratiques. Toutefois, des améliorations
sont nécessaires, en particulier en ce qui concerne les dispositions
législatives relatives aux plaintes et aux recours, ainsi que le
contrôle du financement des campagnes électorales. Les candidats
ont pu mener une campagne active malgré les restrictions liées à
la pandémie. Le scrutin s’est déroulé dans le calme et la transparence,
et a été jugé globalement positif, en dépit de cas isolés d’affluence
excessive dans les bureaux de vote. Les médias ont joué un rôle
important pendant la campagne. De nombreux débats télévisés diffusés
dans tout le pays ont permis à l’ensemble des partis de communiquer
sur leurs projets politiques et de donner des informations aux électeurs.
Cela dit, la partialité des principaux médias en raison de leur
affiliation partisane a affaibli la garantie de pluralisme politique
dans les médias.
11. La délégation de l’APCE a souligné qu’il reste maintenant
à s’attaquer sérieusement à la tâche de former un gouvernement capable
et désireux d’entreprendre les réformes demandées par les Moldaves,
en particulier pour lutter contre la corruption endémique et remédier
au manque d’indépendance de la justice. La démocratie ne peut prospérer
sans une réforme d’ensemble des médias qui fixe des règles claires
assurant la transparence de la propriété des médias et les bases
d’une presse équilibrée et informative. La déclaration de presse
publiée par la MIOE à l’issue des élections figure à l’annexe 4.
12. La délégation de l’APCE souhaite remercier les chefs et membres
des délégations de l’AP-OSCE, de la MOE du BIDDH/OSCE, et du Parlement
européen pour leur excellente coopération avec la MIOE. Elle tient également
à remercier le Bureau du Conseil de l’Europe à Chișinău pour sa
coopération et son soutien.
2 Contexte
politique
13. Il convient de souligner que
la République de Moldova a signé et ratifié la Convention européenne
des droits de l’homme (la Convention, STE n° 5) et son Protocole
additionnel (STE n° 9), qui consacrent plusieurs principes essentiels
pour une démocratie effective, parmi lesquels le droit à des élections
libres (article 3 du Protocole additionnel), la liberté d’expression,
la liberté de réunion et d’association, ainsi que l’interdiction
de la discrimination (articles 10, 11 et 14 de la Convention). Cela
suppose la mise en œuvre pleine et entière des décisions de la Cour
européenne des droits de l’homme dans ce domaine.
14. Depuis 1994, l’Assemblée a assuré l’observation de toutes
les élections en République de Moldova, à l’exception du scrutin
présidentiel de novembre 2020, qui n’a pu être observé en raison
de la pandémie de covid-19.
15. Les précédentes élections législatives s’étaient tenues le
24 février 2019. D’après la délégation de l’APCE, ces élections
avaient été pluralistes et les droits fondamentaux avaient généralement
été respectés. En ce qui concerne la loi électorale, le nouveau
système électoral a renforcé certaines préoccupations exprimées
par la Commission de Venise, en particulier le fait que les acteurs
électoraux dans les circonscriptions uninominales auraient été soumis
à des pressions ou manipulations indues de la part de riches chefs
d’entreprise locaux. S’agissant du vote des citoyens moldaves vivant
dans la région de Transnistrie, les membres de la délégation de
l’APCE avaient constaté que le jour du scrutin, le transfert des
électeurs avait été organisé au moyen de bus et que des centaines
d’électeurs attendaient dans et autour des bureaux de vote; de plus,
les membres des bureaux électoraux de circonscriptions étaient moins
nombreux que dans les autres bureaux de vote. La délégation de l’APCE,
tout en reconnaissant les efforts des autorités moldaves pour organiser
le vote et consciente de la complexité de l’organisation du scrutin,
était néanmoins convaincue que les organes compétents auraient dû
créer des conditions égales et transparentes pour tous les citoyens moldaves,
afin que les citoyens résidant dans la région de Transnistrie puissent
exprimer leur volonté librement et dans des conditions humaines
et sanitaires appropriées. De plus, ceci aurait pu permettre d’éviter d’éventuelles
allégations de pression sur les électeurs et des spéculations politiques.
16. En outre, la délégation avait noté avec regret que certains
problèmes récurrents étaient toujours présents lors de la campagne
électorale, notamment: des manœuvres d’intimidation et des cas isolés
de violences envers des candidats; des allégations de menaces contre
des partisans des partis d’opposition; des pressions sur les employés
de la fonction publique les obligeant à assister aux événements
de la campagne électorale pendant les heures de travail; l’utilisation
abusive et massive de ressources administratives; des allégations
d’achat de voix; ou encore la distribution de cadeaux électoraux
impliquant des fondations caritatives associées à des partis politiques.
17. Cinq partis et coalitions et trois candidats indépendants
étaient entrés au parlement composé de 101 sièges:
- Parti socialiste (PSRM) – Zinaida
Greceanii – 31,15 % (39 sièges, +10 sièges)
- Plate-forme ACUM de DA et du PAS – Maia Sandu & Andrei
Nastase – 26,84 % (26 sièges – nouveau)
- Parti démocratique de Moldova (PDM) – Vladimir Plahotniuc
– 23,62 % (30 sièges, +11 sièges)
- SHOR – Ilhan Shor – 8.32 % (7 sièges – nouveau)
- Candidats indépendants (3 sièges).
18. Pour la première fois depuis l’indépendance, le Parti des
communistes (PCRM), dirigé par l’ex-président Voronin, n’avait obtenu
aucun siège.
19. Les résultats des
élections
du 24 février 2019 ont déclenché une crise constitutionnelle. La Constitution de
la République de Moldova prévoit qu’un gouvernement doit être formé
dans les trois mois suivant la proclamation des résultats officiels
des élections législatives par la
Cour
constitutionnelle.
20. Le 8 juin 2019,
un gouvernement
de coalition dirigé par
Maia Sandu a été formé par le
Parti
socialiste (PSRM) et
l’alliance
ACUM (Plate-forme DA et PAS). Toutefois, le
Parti
démocratique (PDM) a saisi la Cour suprême, affirmant que le gouvernement
n’avait pas été formé à temps. La Cour constitutionnelle a interprété le
délai de trois mois comme étant de 90 jours, ce qui signifiait que
la date limite était le 7 juin, et a conclu que des
élections
anticipées devaient être organisées. Le lendemain, la Cour a suspendu
le Président
Igor Dodon de l’exercice de ses fonctions et pouvoirs présidentiels
pour ne pas avoir dissous le parlement, et a nommé l’ancien Premier
ministre
Pavel Filip, du PDM, Président par intérim. Pavel Filip a ensuite
publié un décret appelant à des élections anticipées pour le 6 septembre.
21. Igor Dodon et la coalition PSRM-ACUM ont qualifié le processus
d’illégal. Après une semaine de réunions du double gouvernement,
quelques protestations et le soutien de la communauté internationale
à la nouvelle coalition gouvernementale, Pavel Filip a démissionné
de son poste de premier ministre le 14 juin, tout en appelant à
de nouvelles élections
Note. La Cour constitutionnelle a abrogé
cette décision le 15 juin, mettant ainsi fin à la crise. Le chef
du Parti démocratique, Vladimir Plahotniuc, avait fui le pays la
veille.
22. Toutefois, le nouveau gouvernement a ensuite été évincé par
une
motion
de censure au parlement le 12 novembre, en raison d’un différend
concernant un projet de loi que le
gouvernement a assumé pour déléguer une partie de ses pouvoirs pléniers
au premier ministre afin de proposer une «liste restreinte» de candidats
au poste de procureur général. Un nouveau
gouvernement PSRM-PDM, dirigé par
Ion Chicu, a été formé le 14 novembre 2019. Le Parti démocratique
a quitté la coalition le 7 novembre 2020, lors de l’
élection présidentielle, pour permettre la formation d’un nouveau gouvernement
sous la direction du nouveau Président. Le cabinet Chicu est resté
en fonction en tant que gouvernement minoritaire, soutenu par le
parti Shor, les ministres du PDM étant remplacés par des indépendants.
23. Le 15 novembre 2020, l’ancienne Première ministre et leader
du PAS (ACUM),
Maia Sandu, a été élue présidente. Ion Chicu a démissionné de son
poste de premier ministre le 23 décembre. La Présidente Sandu a
tenté de nommer
Natalia
Gavrilița au poste de
première
ministre à deux reprises afin de déclencher des élections anticipées.
La Cour constitutionnelle a statué le 23 février 2021 que la présidente
n’aurait pas dû nommer Gavrilita deux fois. La Présidente Sandu
a ensuite nommé
Igor Grosu à ce poste le 16 mars, mais ce dernier a échoué à faire
approuver son gouvernement en raison de l’absence de
quorum. Ces deux tentatives ratées ont rendu possible l’organisation
d’élections législatives anticipées. Toutefois, le 31 mars, le Parlement a
voté l’imposition d’un état d’urgence de 60 jours, afin d’endiguer
la pandémie de covid-19, au cours duquel des élections anticipées
ne pouvaient être organisées. Le 15 avril, la Cour constitutionnelle
s’est prononcée en faveur de la dissolution du parlement. Le 28
avril, elle a déclaré inconstitutionnel l’état d’urgence voté par le
parlement le 31 mars, car la décision du parlement qui l’avait instauré
avait été adoptée en violation des règles de procédure, n’ayant
pas établi pour quelles raisons précises l’exécutif avait besoin
d’une extension de ses pouvoirs. Le même jour, la Présidente Maia
Sandu a signé le décret de dissolution du parlement et fixé les
élections législatives anticipées au 11 juillet 2021.
24. Les majorités parlementaires en République de Moldova sont
souvent instables et aléatoires. À cet égard, depuis 2016, les corapporteurs
de la commission de suivi de l’Assemblée s’inquiètent des «revirements politiques»
opérés par les membres du parlement qui ont tendance à modifier
drastiquement la majorité parlementaire. Ainsi, depuis les dernières
élections législatives de février 2019, environ 30 % des députés
ont changé de faction politique au moins une fois, voire plusieurs
fois, ce qui remet sérieusement en question la représentativité
du Parlement moldave.
3 Cadre juridique
et système électoral
25. Le cadre juridique de ces élections
anticipées est établi par la Constitution de 1994, le Code électoral de
1997
Note (modifié
pour la dernière fois en juillet 2020) et d’autres textes législatifs
pertinents, ainsi que par les règlements émis par la CEC. La MIOE
considère que le cadre juridique est de façon générale propice à
la tenue d’élections démocratiques.
26. Le Code électoral prévoit que «(1) le Parlement est élu pour
un mandat de quatre ans au suffrage universel, égal, direct, secret
et librement exprimé. 2) Les élections au Parlement sont organisées
sur la base d’une circonscription électorale nationale dans laquelle
101 députés sont élus
Note.» Les seuils d’accès au parlement
sont les suivants: 5 % pour un parti politique, 7 % pour un bloc
électoral, 2 % pour un candidat indépendant
Note.
27. Concernant la formule d’attribution des mandats, le Code électoral
applique la formule d’Hondt et prévoit que «la Commission électorale
centrale attribue les sièges aux candidats en fonction de l’ordre
dans lequel ils ont été enregistrés sur les listes
Note.»
28. Au fil des années, la Commission de Venise et le BIDDH/OSCE
ont publié de nombreux avis sur les différents changements apportés
au Code électoral de la République de Moldova, ainsi que sur la
législation relative aux partis politiques
Note.
29. Des modifications importantes sont intervenues dans le cadre
juridique électoral depuis les dernières élections législatives,
notamment en 2019, qui concernaient en particulier: l’abandon du
système mixte – qui avait été introduit pour les élections législatives
de 2019 – et le retour au système de la représentation proportionnelle;
l’abaissement du seuil électoral pour les partis et les blocs électoraux;
l’abrogation de l’interdiction des dons provenant des revenus étrangers
des citoyens moldaves; l’abaissement des plafonds de dons pour les
personnes physiques et morales; la mise en place d’un plafond de
fonds de campagne; et la réintroduction d’une période de silence
de campagne.
30. D’autres aspects essentiels du cadre électoral ont également
été modifiés, notamment l’abaissement du seuil électoral pour les
partis et les blocs électoraux. L’instauration d’un quota par sexe
de 40 % au sein de chaque liste de candidats, appliquée pour la
première fois aux élections législatives de 2019, a été renforcée par
l’introduction d’une règle de placement sur les listes, selon laquelle
au moins quatre candidats par tranche de 10 doivent être du même
sexe, ce qui correspond à une recommandation antérieure du BIDDH/OSCE
et de la Commission de Venise. Un seuil de participation nécessaire
d’un tiers des électeurs a également été réintroduit.
31. Cependant, d’autres recommandations visant à améliorer le
cadre juridique restent en suspens. La MIOE a considéré que d’autres
améliorations sont nécessaires, en particulier en ce qui concerne
le cadre juridique relatif aux plaintes et aux recours, et le contrôle
du financement des campagnes électorales.
4 Administration
électorale
32. Les élections parlementaires
ont été administrées par un système révisé de commissions électorales
à trois niveaux: la Commission électorale centrale (CEC), 37 conseils
électoraux de districts (CED) et 2 150 bureaux électoraux de circonscriptions
(BEC), complété par 150 bureaux de vote à l’étranger
Note.
33. La CEC est un organe permanent composé de neuf membres: l’un
d’entre eux est nommé par le Président de la République de Moldova
et les huit autres par le parlement, en tenant compte de la représentation
proportionnelle de la majorité et de l’opposition au parlement.
La composition doit être approuvée par décision du parlement à la
majorité des voix.
34. Les membres de la CEC sont nommés pour un mandat de cinq ans.
Le président, le vice-président et le secrétaire de la CEC sont
élus parmi les membres de la CEC à la majorité des voix de tous
ses membres
Note.
35. Les CED et BEC sont établis pour chaque élection. Le Code
électoral prévoit que les CED sont composés d’un nombre de membres
impair compris entre 7 et 11. Trois d’entre eux au moins doivent
avoir achevé des études supérieures en droit ou en administration
publique. Les BEC sont gérés par 5 à 11 membres; trois d’entre eux
sont nommés par les conseils locaux et les autres par les partis
représentés au Parlement, à raison d’un par parti. Chaque bureau
de vote compte entre 30 et 3 000 électeurs
Note.
36. La plupart des interlocuteurs de la MIOE se sont montrés confiants
dans la capacité de la CEC à remplir son mandat avec professionnalisme,
transparence et dans le respect des délais. Toutefois, quelques interlocuteurs
ont fait part de leurs appréhensions quant à la capacité de l’administration
électorale à conserver son impartialité en ce qui concerne la création
de bureaux de vote à l’étranger et pour les électeurs résidant sur
la rive gauche du Dniestr (Transnistrie), et sa décision de ne pas
interdire l’éventuel transport d’électeurs le jour du scrutin. La
MIOE a constaté qu’alors que les femmes étaient bien représentées
au sein de l’administration électorale, la CEC n’était composée
que d’hommes.
37. Le 3 juin, la Commission nationale extraordinaire pour la
santé publique a adopté des mesures de prévention de la covid-19
pour la période électorale et la CEC a distribué des équipements
et matériels nécessaires aux BEC. Même si le budget demandé par
la CEC pour ces élections n’a été que partiellement accordé par
le gouvernement avant les élections, cela n’a pas, semble-t-il,
porté atteinte au fonctionnement général de l’administration électorale
Note.
38. Le vote à l’étranger et en particulier l’absence de transparence
dans l’application des critères d’ouverture de bureaux de vote supplémentaires
sont devenus un problème majeur de la campagne, qui a suscité des
tensions au sein de la CEC et au-delà. La délégation préélectorale
de l’Assemblée a rappelé dans sa déclaration que le rôle de la CEC
était de garantir à tous les citoyens un droit de participation
effective aux élections. Le nombre et la localisation des bureaux
de vote doivent être décidés en fonction du nombre d’électeurs installés
dans les différents pays.
39. Le 5 juin, la CEC a décidé d’ouvrir 139 bureaux de vote à
l’étranger
Note. Cette décision a été suivie de manifestations
et de déclarations publiques de la part du gouvernement et de la
société civile, qui ont critiqué le faible nombre de bureaux de
vote et l’application de la CEC du critère juridique. Le 8 juin,
la CEC a revu sa décision et a fait passer le nombre de bureaux
de vote à l’étranger à 146. À la suite des recours juridiques déposés
par sept partis politiques, la Cour d’appel de Chișinău, tenant
compte de l’avis du ministère des Affaires étrangères et de l’Intégration
européenne, a annulé la décision de la CEC du 8 juin et lui a ordonné
de revoir le nombre de bureaux de vote à l’étranger. En conséquence,
le 23 juin, la CEC a augmenté le nombre de bureaux de vote à 150
Note.
40. Dans un premier temps, la CEC avait décidé d’organiser des
bureaux de vote à Bender et à Corjova, des localités de la région
de Transnistrie. Toutefois, le 15 juin, la CEC a annulé sa décision
à la suite de discussions avec la Commission conjointe de contrôle
et des mises en garde de l’Inspection de la police moldave selon
laquelle le processus électoral risquait d’être mis en péril dans
les bureaux de vote à Bender et à Corjova.
41. À partir du 22 mai, la CEC et son Centre de formation continue
en matière électorale ont organisé une formation intensive en ligne
et en présentiel pour tous les CED et ont commencé à former les
membres des BEC le 16 juin. Le Centre de formation continue en matière
électorale a organisé une campagne d’information des électeurs qui
a abordé plusieurs questions, notamment l’accessibilité des bureaux
de vote pour les personnes handicapées, l’achat de voix et les indicateurs
épidémiologiques. La campagne s’est basée entre autres sur des podcasts,
des vidéos et des publications sur les réseaux sociaux dans la langue
nationale et en russe, avec une interprétation en langue des signes.
5 Listes électorales
et inscription des candidats
42. Tout citoyen âgé de 18 ans
ou plus le jour du scrutin est habilité à voter, à l’exception des
personnes privées du droit de vote par décision de justice
Note.
Les listes électorales sont centralisées par le registre national des
électeurs. L’inscription est passive. Les électeurs peuvent vérifier
leurs données sur les listes électorales en ligne ou dans les bureaux
de vote pendant une période de 20 jours. Ils peuvent demander des
corrections sur la liste électorale à la CEC ou au BEC jusqu’à la
veille du jour des élections au plus tard. Le jour du scrutin, les
électeurs omis de la liste électorale qui peuvent prouver leur résidence
dans les limites de la circonscription considérée, ainsi que les
électeurs de Transnistrie, les étudiants et ceux qui possèdent un
certificat de vote par correspondance, peuvent être ajoutés à une
liste électorale supplémentaire.
43. Au 21 juin, 3 282 288 électeurs étaient inscrits sur les listes
électorales. Selon la CEC, quelques 237 300 électeurs étaient inscrits
sans domicile ni résidence et quelques 258 600 électeurs résidaient
en Transnistrie
Note. Il n’existe
pas de registre pour les électeurs à l’étranger et les bureaux de
vote sont établis sur la base du taux de participation aux dernières
élections, de la préinscription des électeurs et des données du
ministère des Affaires étrangères et de l’Intégration européenne.
44. L’exactitude du registre électoral n’a pas suscité de préoccupations.
Le cadre juridique garantit la transparence et l’accessibilité des
listes d’électeurs, notamment l’affichage public des listes d’électeurs
dans les BEC, et leur publication en ligne dans des versions consultables
et téléchargeables. Les électeurs ont eu suffisamment d’occasions
pour demander la correction des données les concernant et déposer
des recours auprès des BEC au sujet d’inexactitudes figurant sur
les listes électorales, et ce jusqu’à la veille du jour du scrutin.
Le seul problème qui persiste en ce qui concerne les listes est
que la loi ne prévoit pas le retrait automatique des données des
personnes décédées du registre des électeurs.
45. Conformément au Code électoral, tout citoyen de la République
de Moldova ayant le droit de vote peut se présenter aux élections
Note.
Ne peuvent se porter candidats, les membres du personnel militaire,
les détenus et les personnes ayant un casier judiciaire. La période
de dépôt des candidatures commence 60 jours et finit 30 jours avant
la date du scrutin
Note.
46. Les candidats sont tenus de présenter en personne une liste
de documents pour l’inscription, qui comprend: les procès-verbaux
des réunions tenues par l’organe central ou territorial du parti
politique, par d’autres organisations sociopolitiques ou par le
bloc électoral pour désigner le candidat; pour les candidats indépendants,
les listes de collecte de signatures comportant un nombre suffisant
de signatures en faveur de ces candidats; les données biographiques
du candidat; la déclaration du candidat acceptant de se présenter au
poste pour lequel il a été désigné; la déclaration de patrimoine
et d’intérêts personnels du candidat pour les deux dernières années
précédant l’année des élections, conformément à la loi sur la déclaration
de patrimoine et d’intérêts privés; la déclaration de responsabilité
personnelle sur l’inexistence de contraintes légales/judiciaires
pour se porter candidat ou pour exercer une fonction publique, l’inexistence
d’actes de constatation définitive concernant la divulgation du
patrimoine et des intérêts privés, les statuts d’incompatibilité
et la saisie du patrimoine injustifié, actes qui ne sont pas prescrits,
etc
Note.
47. La CEC a enregistré 23 candidats pour les élections, plus
précisément deux blocs électoraux, 20 partis politiques et un candidat
indépendant:
|
Construire l’Europe chez
soi PACE
|
Parti de l’action commune
– Congrès civique
|
Bloc électoral Renato
Usatii
|
|
Parti politique Shor
|
Parti de l’action et
de la solidarité
|
Bloc électoral des communistes
et des socialistes
|
|
Mouvement des Professionnels "Speranţa
– Надежда" (Espoir)
|
Parti démocratique de
Moldova
|
Plateforme Dignité et
Vérité
|
|
Parti de l’unité nationale
|
Parti de la démocratie
à la maison
|
Parti politique WE
|
|
Parti du développement
et de la consolidation de la Moldova
|
Alliance pour l’Union
des Roumains
|
Parti écologiste vert
|
|
Parti de la loi et de
la justice
|
Le pouvoir du peuple
|
Parti des régions de
Moldova
|
|
Parti des Patriotes de
Moldova
|
Parti du changement
|
Parti de la nouvelle
option historique (Partidul Politic Noua Opţiune Istorică)
|
|
Parti du peuple travailleur
|
Veaceslav Valico (candidat indépendant)
|
|
48. La délégation de l’Assemblée
a constaté qu’alors que l’ensemble des listes enregistrées étaient conformes
au quota par sexe déterminé par la loi et aux règles de placement
(47 % des 17 991 candidats enregistrés étaient des femmes) et que
huit partis avaient nommé davantage de femmes que d’hommes, seuls quatre
listes étaient dirigées par des femmes et le nombre de femmes parmi
les trois premiers noms restait insignifiant.
6 Campagne électorale,
financement et couverture médiatique
49. Conformément à la loi, les
candidats ont pu commencer la campagne après l’enregistrement par
la CEC, la période de silence électorale ayant débuté la veille
du scrutin, le 10 juillet. Il est interdit de mener une campagne
en vue d’élections avant l’enregistrement des candidats, ce qui
est contraire aux normes internationales sur la liberté d’expression
(notamment l’article 10 de la Convention). La loi garantit la liberté
de faire campagne tout en imposant des limites quant aux couleurs,
sons, symboles et images utilisés dans le cadre des supports de
campagne. Les candidats bénéficient des garanties leur permettant
de faire campagne sur un pied d’égalité et jouissent de certaines
protections juridiques. Ceux occupant des postes haut placés dans
la fonction publique doivent démissionner. La loi interdit l’utilisation
abusive de ressources publiques et l’achat de voix est passible
de sanction pénale.
50. Le BIDDH/OSCE a observé que les candidats avaient été en mesure
de faire campagne de manière efficace malgré un certain nombre de
restrictions liées à la pandémie, et leur visibilité a pu être assurée
dans une grande partie du pays. La campagne a été menée essentiellement
au moyen de médias traditionnels et en ligne, de réseaux sociaux,
de tracts, de stands dans les lieux publics, de démarchage en porte-à-porte,
de rassemblements et d’annonces sur des panneaux d’affichage. En
général, les événements de campagne ont rassemblé davantage d’orateurs
que d’oratrices. En outre, il a été noté l’absence de messages ciblant
les femmes et les groupes de minorités nationales durant la campagne.
51. La campagne électorale s’est principalement concentrée sur
la lutte contre la corruption, la reprise économique après la pandémie,
la nécessité de réformer le secteur de la justice, le développement
régional, l’éducation, la décentralisation et la protection sociale.
La délégation de l’APCE a été informée par différents interlocuteurs
que le discours public durant la campagne a été dominé par des accusations
mutuelles de corruption. De nombreuses personnes avec qui la délégation
de l’APCE s’est entretenue ont mentionné le manque de confiance
des citoyens dans les institutions étatiques, qui est largement
imputable aux scandales de corruption. Une grande partie de l’opinion
publique est convaincue que la corruption est chose courante dans
le pays et que l’appareil judiciaire n’est pas suffisamment indépendant.
L’orientation géopolitique du pays est restée un sujet de discussion,
même si elle n’a pas dominé la campagne. L’unification de la République
de Moldova avec la Roumanie est un objectif politique clé pour l’Alliance
pour l’Union des Roumains (AUR) et le Parti de l’unité nationale
(PUN).
52. Divers interlocuteurs ont informé la délégation de l’APCE
de problèmes anciens qui persistent, et notamment des cas d’intimidation
et de discours de haine, en particulier à l’égard des candidates
et des minorités; des affaires de détournement de ressources administratives;
des allégations d’intentions d’achat de voix et des craintes d’un
risque d’organisation de transport, à grande échelle, d’électeurs
le jour du scrutin. La délégation a déploré le recours à ce genre
de pratiques dans la campagne électorale et a prié les autorités compétentes
de prendre toutes les mesures nécessaires à leur élimination.
53. À l’approche du jour des élections, les observateurs du BIDDH/OSCE
ont noté que, parfois, la rhétorique de la campagne comportait des
critiques virulentes, des insultes personnelles et un langage intolérant.
Bien que cette rhétorique se soit intensifiée à la fin de la période
de campagne, les observateurs n’ont pas observé de situations qui
auraient clairement constitué une incitation à la discrimination,
à l’hostilité ou à la violence selon les normes internationales.
Au cours de la période précédant les élections, le BIDDH/OSCE a
reçu plusieurs allégations de pressions exercées sur les maires
par les forces de l’ordre et de sécurité publique. Le 16 juin, la
présidente a appelé les partis politiques et les organismes de l’État
à ne pas faire pression sur les maires. Le BIDDH/OSCE a également
reçu des allégations crédibles selon lesquelles des fonctionnaires,
des travailleurs du secteur public et d’autres citoyens avaient
subi des pressions pour assister à des événements de campagne. La
promotion mutuelle du parti Shor et des plus de 30 magasins Merishor,
qui sont affiliés à ce parti, a fait naître des inquiétudes sur
l’utilisation d’incitations économiques pour créer une forme de
loyauté politique envers le parti. La MIOE a rappelé dans ses conclusions
préliminaires que tout type d’incitation visant les électeurs est
contraire aux normes internationales car elle érode la confiance
du public dans l’intégrité des élections.
54. Le financement des campagnes est encadré par le Code électoral
et les lois sur les partis politiques. Le Code électoral dispose
que «les dépenses engagées pour la préparation et la tenue des élections
sont couvertes par le budget de l’État
Note»
et représentent jusqu’à 0,2 % dudit budget. La moitié est distribuée
aux partis en fonction de leurs résultats aux élections législatives
et l’autre moitié en fonction de leurs résultats aux dernières élections
locales. Les partis et les campagnes sont également financés par
les fonds propres des candidats et par des dons
Note.
Le financement par des entreprises, institutions, organisations
ou individus étrangers est interdit
Note.
Bien que les dispositions légales relatives au financement des campagnes
électorales et des partis politiques aient été améliorées, et que
les rapports sur les dépenses électorales des partis aient généralement
été fournis en bonne et due forme, de nombreux interlocuteurs étaient
convaincus que des ressources financières importantes avaient tout
de même pu être mobilisées à des fins électorales et que les dons
potentiels de tiers et les financements étrangers étaient restés
problématiques tout au long de la campagne. Par exemple, le 18 juin,
le Service de sécurité et de renseignement a demandé à la CEC de prendre
des mesures face aux soupçons de soutien étranger à la campagne
du parti AUR.
55. Les candidats sont tenus de présenter des rapports financiers
hebdomadaires à compter du lancement officiel de la campagne, ainsi
qu’un rapport final portant sur la totalité de la campagne, deux
jours avant la date du scrutin au plus tard. La CEC est chargée
de la supervision du financement de la campagne et doit publier sur
son site web dans un délai de 48 heures les rapports financiers
hebdomadaires qu’elle reçoit des candidats. Elle peut imposer des
sanctions ou demander à d’autres organes compétents de le faire
Note.
La CEC a toutefois reconnu qu’elle n’avait pas les moyens de contrôler
efficacement le financement des campagnes des partis politiques,
en raison entre autres des financements déguisés par le biais de
publicités dissimulées, de sondages d’opinion manipulés ou de dons
déguisés.
56. Le Code électoral et le Code de l’audiovisuel définissent
le cadre pour la conduite des médias durant la campagne électorale.
Les radiodiffuseurs sont tenus de couvrir les élections de manière
précise, équilibrée et impartiale. Chaque candidat a droit à cinq
minutes d’antenne gratuite sur chaque chaîne de télévision nationale et
à 10 minutes sur les stations de radio. Les candidats ont le droit
de participer à des débats que les radiodiffuseurs nationaux ont
l’obligation d’organiser gratuitement. Ils ont également la possibilité
d’acheter jusqu’à deux minutes de temps d’antenne supplémentaire
par jour et par radiodiffuseur.
57. Le paysage médiatique en République de Moldova est diversifié
et comprend 56 chaînes de télévision autorisées et 62 stations de
radio, tandis que la circulation de la presse écrite est en baisse.
Aucune ingérence abusive n’a été signalée dans la liberté d’internet
ou les médias en ligne, ce qui contribue à l’indépendance des reportages
et à la pluralité des informations. Dans le même temps, la délégation
de l’APCE était très préoccupée par le pluralisme restreint des
médias résultant du degré très élevé d’affiliation de ces derniers
aux principaux partis politiques et du caractère obscur de leur
financement. Par exemple, l’ancien dirigeant du PDM, Vladimir Plahotniuc,
est généralement considéré comme le bénéficiaire effectif de Prime
TV, Publika TV, Canal2 et Canal3; le dirigeant du PSRM, Igor Dodon,
de Primul in Moldova et de NTV; et Ilan Shor, de TV6. Cette affiliation
partisane des principaux médias influence l’ordre du jour du débat
public et sape le rôle de surveillance des médias. En outre, elle
soulève des doutes quant à l’équité de la campagne puisque les médias publicitaires
sont contrôlés par ces partis politiques. La production indépendante
d’informations et le journalisme d’investigation indépendant doivent
le plus souvent compter sur des financements internationaux.
58. Le Conseil de coordination de l’audiovisuel a indiqué à la
délégation préélectorale de l’Assemblée que l’égalité d’accès des
partis et des candidats aux médias était garantie par la législation.
La délégation a toutefois été informée de cas de pressions, de menaces
et d’agressions verbales et physiques à l’encontre de journalistes
indépendants. Les observateurs du BIDDH/OSCE ont également signalé
d’importants problèmes d’accès à l’information publique, qui ont
particulièrement entravé le journalisme d’investigation. Le Conseil
de l’audiovisuel lui-même a adressé deux avertissements publics
à la chaîne 10 TV pour couverture biaisée et non-respect des dispositions
relatives aux téléspectateurs ayant des besoins spéciaux. Le même radiodiffuseur
a reçu une amende pour ne pas avoir publié son règlement sur la
couverture des campagnes électorales. Au total, 48 débats ont été
organisés au cours de la campagne, ce qui a permis aux partis en
lice de présenter leurs programmes et de débattre entre eux de façon
équitable.
59. Le BIDDH, dans son suivi des
médias, a révélé que la couverture des campagnes des principaux candidats
par la chaîne publique Moldova 1 était plutôt équilibrée, la chaîne
ayant réservé 8, 15, 22 et 10 % de sa couverture médiatique à AUR,
BeCS, PAS et PPDA respectivement. Les autres candidats se sont vu accorder
moins de 5 % du temps total consacré à ces informations. Prime TV
a consacré à AUR, BeCS, BeRU, PAS, PPDA et SOR 13, 11, 7, 19, 23
et 13 % respectivement de sa couverture médiatique. Le ton sur les
deux chaînes de télévision était principalement neutre ou positif.
NTV a fait preuve d’un parti pris explicite en faveur du BeCS et
contre le PAS, à la fois dans le temps de couverture et dans le
ton, en consacrant 41 % de la couverture au BeCS et 24 % au PAS;
70 % de la couverture consacrée au BeCS était positive, tandis que
69 % de celle consacrée au PAS était négative. Tant Jurnal TV que
PRO TV se sont montrés favorables au PAS. Sur Jurnal TV, 14 % de
la couverture était consacrée au PAS, contre 12 % pour le BeCS;
31 % de la couverture du BeCS était négative, tandis que 35 % de
la couverture du PAS était positive. PRO TV a consacré 15 et 18 % de
sa couverture au BeCS et au PAS respectivement, tandis que le BeCS
a été couvert à 37 % de manière négative et le PAS à 19 % de manière
positive.
7 Jour du scrutin
60. Le jour du scrutin, la délégation
de l’APCE s’est scindée en 12 équipes qui ont observé les élections dans
différents bureaux de vote à Chișinău et dans ses environs, ainsi
qu’à Comrat, Anenii Noi, Causeni, et Balti et autour de ces localités.
Selon les équipes de l’APCE et sur la base des expériences respectives
des membres de la mission, ces observations ont été parmi les plus
positives qu’elles aient menées.
61. Dans les bureaux de vote observés, le jour du scrutin s’est
déroulé dans le calme et de manière ordonnée, ce qui a été très
apprécié par les observateurs, étant donné l’atmosphère de campagne
polarisée avant le jour des élections. Aucune tension ou élément
de campagne autour des bureaux de vote n’a été noté, et aucune confusion,
tension, concentration de population excessive ou transport massif
d’électeurs par bus n’a été observé dans les bureaux de vote pour
les électeurs de la région de Transnistrie, même dans des circonstances
difficiles lorsque les bureaux de vote étaient informés de leur
ouverture la veille du scrutin. Certains cas de transport d’électeurs
vers les bureaux de vote ont été observés par d’autres membres de
la MIOE et des allégations d’achats de voix, visant notamment les
électeurs résidant en Transnistrie, ont été formulées par certains
acteurs politiques au cours de la journée.
62. Toutes les équipes de l’APCE ont signalé que les observateurs
internationaux avaient été bien accueillis. Des représentants des
principaux partis étaient présents dans tous les bureaux de vote
observés et l’ONG Promo Lex avait également des représentants dans
environ la moitié d’entre eux. Toutes les équipes de l’APCE ont
pointé du doigt l’accessibilité des bureaux de vote aux personnes
handicapées comme le problème le plus récurrent, bien qu’il ait
été compensé dans une certaine mesure par le recours au vote mobile.
63. Sur la base des statistiques du BIDDH/OSCE, la MIOE a évalué
favorablement l’ouverture de tous les bureaux de vote observés (114),
sauf un. Les procédures de vote ont été généralement respectées,
même si 15 bureaux de vote observés ont dépouillé les bulletins
avec un léger retard.
64. Le déroulement du vote a été jugé satisfaisant dans 99 % des
1 253 bureaux de vote observés. L’identification des électeurs et
la vérification électronique ont été efficaces; seuls quelques problèmes techniques
isolés ont été rencontrés. La disposition des bureaux de vote était
adéquate pour la conduite du scrutin dans 97 % des observations.
Cependant, une affluence excessive a été signalée dans 5 % des observations,
résultant d’un espace limité à l’intérieur des bureaux de vote et,
parfois, d’un mauvais contrôle des files d’attente. Des votes groupés
ont été constatés dans 2 % des cas. À certaines occasions, les observateurs
ont signalé que les caméras vidéo n’étaient pas focalisées sur l’urne
et couvraient une zone plus large dans le bureau de vote. Bien que
le secret du vote n’ait pas été compromis, les personnes ayant voté pouvaient
être identifiées sur les images, ce qui pouvait exposer les électeurs
à une influence indue.
65. Les observateurs de la MIOE ont noté que seulement un tiers
environ des bureaux de vote (32 %) étaient accessibles aux personnes
handicapées de manière indépendante, ce qui est contraire aux normes internationales.
66. Les décomptes des voix ont également fait l’objet d’évaluations
positives dans toutes les observations (100), à l’exception de 4.
Les évaluations négatives concernaient principalement l’omission
d’étapes procédurales par les BEC, comme le fait de ne pas établir
le nombre de bulletins émis en comptant le nombre de signatures
sur les listes électorales (11 cas) et de ne pas compter le nombre
total de bulletins trouvés dans l’urne fixe avant de les diviser
par candidats (22 cas). Dans un tiers des décomptes observés, la
validité des bulletins contestés n’a pas été décidée par un vote
des membres des BEC.
67. La CEC a annoncé un taux de participation de 48,4 %. Elle
a commencé à publier les résultats préliminaires des élections en
direct sur son site web, une heure après la fermeture des bureaux
de vote, contribuant ainsi à la transparence.
68. En ce qui concerne les mesures sanitaires, elles ont été généralement
respectées mais, au fil de la journée, les membres des bureaux de
vote ne portaient plus de masque ou ne le portaient plus correctement. La
température des électeurs était systématiquement enregistrée et
des masques étaient fournis aux électeurs qui n’en portaient pas.
69. Le jour des élections, la CEC a enregistré sept plaintes liées
au scrutin, dont deux plaintes concernant des activités de campagne
le jour des élections, une plainte concernant le transport organisé
d’électeurs de Transnistrie et trois plaintes relatives à des irrégularités
dans les procédures de vote. Les trois dernières plaintes relatives
aux irrégularités de vote ont été transmises aux CED pour examen
et les autres à la police.
70. Le 12 juillet, la CEC a annoncé les résultats, qui ont été
reconnus par la Cour constitutionnelle le 23 juillet:
|
PAS – Igor Grosu
|
774 753 voix, 52,80 %,
63 sièges (+48)
|
|
BECS – Vladimir Voronin
et Igor Dodon
|
398 675 voix, 27,17 %,
32 sièges (-3)
|
|
SHOR – Ilan Shor
|
84 187 voix, 5,74 %,
6 sièges (-1)
|
|
Nombre total d’électeurs
inscrits:
|
3 052 603
|
|
Nombre total de suffrages
exprimés:
|
1 480 965 (48,51 %)
|
|
Nombre total de suffrages
exprimés à l’étranger:
|
212,434Note
|
|
Bulletins valides:
|
1 467 216
|
|
Bulletins invalides/blancs:
|
13 749
|
8 Conclusions et recommandations
71. La délégation de l’APCE félicite
les citoyens de la République de Moldova pour ces élections, qui
se sont déroulées sans heurt et dans le calme, malgré la forte polarisation
et la tonalité négative de la campagne à l’approche du scrutin.
En tant que membre de la MIOE, elle partage néanmoins les préoccupations
concernant l’impartialité des autorités électorales et leur capacité
à gérer les litiges électoraux.
72. Le cadre juridique électoral est propice à la conduite d’élections
démocratiques, s’il est appliqué de bonne foi. Toutefois, des améliorations
devraient être apportées en ce qui concerne les dispositions législatives
relatives aux plaintes et aux recours, et le contrôle du financement
des campagnes électorales.
73. Pour ce qui est de la campagne électorale, les candidats ont
pu faire campagne activement, sauf dans la région de Transnistrie,
malgré certaines restrictions anti-covid en place, et les libertés
fondamentales essentielles au déroulement d’élections démocratiques
ont été largement respectées. Les électeurs ont pu choisir parmi
un large choix de 20 partis, 2 blocs électoraux et 1 candidat indépendant,
même si la confiance de la population dans les autorités de l’État
reste particulièrement faible. La campagne était principalement axée
sur la lutte contre la corruption, la reprise économique après la
pandémie, la réforme judiciaire, le chômage et l’émigration massive/la
fuite des cerveaux, et a été largement dominée par des accusations mutuelles
de corruption.
74. Le nombre et l’emplacement des bureaux de vote à l’étranger
restent un problème qui doit être résolu: les autorités compétentes
devraient trouver un moyen stable et systématique de garantir le
droit de vote des citoyens dans le monde entier, de manière à permettre
aux Moldaves vivant à l’étranger d’accomplir leur devoir démocratique
sans éprouver le sentiment d’être manipulé de façon indue par les
différents bords politiques.
75. Le vote dans les bureaux de vote observés par les équipes
de l’APCE était bien organisé sur le plan technique, les membres
des bureaux de vote étaient coopératifs avec les observateurs, et
le processus de vote était transparent. La délégation a noté quelques
cas de non-respect des procédures de vote, mais ils n’étaient pas
intentionnels. Un nombre important de bureaux de vote n’étaient
pas accessibles aux personnes souffrant d’un handicap physique.
Dans certains bureaux de vote, des files d’attente ont été observées
en raison de l’obligation de respecter la distanciation sociale.
76. Tandis que lors des élections précédentes, de nombreuses allégations
d’achat de voix, de vote «contrôlé» ou d’intimidation d’électeurs
avaient été formulées, rien de tout cela n’a été observé par les observateurs
de l’APCE le jour du scrutin.
77. La délégation de l’APCE demeure préoccupée par la partialité
des grands médias en raison de leur affiliation à des partis. Elle
souligne que la démocratie ne peut prospérer sans une réforme d’ensemble
des médias qui fixe des règles claires assurant la transparence
de la propriété des médias et les bases d’une presse équilibrée
et informative.
78. Les résultats de ces élections législatives anticipées semblent
valider le raisonnement qui sous-tend la décision politique de dissoudre
le parlement en avril, dont l'objectif était de mettre fin au bras
de fer de longue date entre les différentes forces politiques et
d'apporter une certaine stabilité dans le système. La République de
Moldova a enduré des années d’instabilité politique, de corruption
et de scandales, qui ne peuvent être résolues uniquement par ces
élections anticipées. Toutefois, ces élections ont modifié la scène
parlementaire: le PAS a pour la première fois remporté la majorité
absolue des sièges à lui seul, et c’est la première fois depuis 1994
que ni le PSRM ni le PCRM n’ont remporté le plus de voix ou de sièges.
L’ancien partenaire de coalition du PAS, le DA, et le Parti démocratique
de Moldova (autrefois lié à l’oligarque Vladimir Plahotniuc, qui
a fui le pays en 2019) ne sont plus représentés au parlement pour
la première fois depuis plus de dix ans. La nouvelle composition
du parlement découragera, espérons-le, la pratique longtemps critiquée
du changement d’étiquette politique.
79. Le nouveau parlement élu a tenu sa première session le 26
juillet. Le 29 juillet, Igor Grosu, le leader par intérim du PAS,
a été élu Président du Parlement. Le jour suivant, Natalia Gavrilița
a été nommée Première ministre désignée. Le 6 août, le cabinet composé
de 13 ministres et dirigé par Natalia Gavrilița a prêté serment avec
61 voix, toutes issues du PAS. Le nouveau gouvernement a annoncé
qu’il mettrait l’accent sur la réforme du système judiciaire, la
lutte contre la corruption, l’attractivité du pays pour les investissements,
la création d’emplois bien rémunérés et l’augmentation des pensions.
80. L’APCE et la Commission de Venise sont prêtes à poursuivre
leur collaboration avec les autorités moldaves afin d’améliorer
encore le cadre juridique et les pratiques électorales dans le pays
et de contribuer à les mettre en œuvre.
Annexe 1 – Composition de la Commission
ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme
suit:
Président: M. Stefan
Schennach, Autriche
Groupe des socialistes, démocrates et
verts (SOC)
- Mme Marina
BERLINGHIERI, Italie
- M. Antonio GUTIÉRREZ, Espagne
- M. Andi-Lucian CRISTEA, Roumanie
- M. Stefan SCHENNACH, Autriche
- M. Christian PETRY, Allemagne
Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)
- M. Krzysztof TRUSKOLASKI,
Pologne
- M. Christian KLINGER, France
- Mme Laima Liucija ANDRIKIENĖ,
Lituanie
- Mme Boriana ABERG, Suède
- M. Aleksander STOKKEBØ, Norvège
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l’Europe (ADLE)
- M. Jacques LE Nay, France
- Mme Diana STOICA, Roumanie
Groupe des conservateurs européens et
Alliance démocratique (CE/AD)
- M. Alberto RIBOLLA,
Italie
- Mme Olena KHOMENKO, Ukraine
- M. Oleksii GONCHARENKO, Ukraine
Groupe pour la gauche unitaire européenne
(GUE)
Co-rapporteurs AS/MON (ex officio)
- M. Pierre-Alain FRIDEZ,
Suisse
- Mme Inese LĪBIŅA-EGNERE, Lettonie
Commission de Venise
- Mme Katharina
PABEL, Autriche, membre suppléante
Secrétariat
- Mme Ivi-Triin
ODRATS, administratrice, Division de l’observation des élections
et de la coopération interparlementaire
- M. Gaël MARTIN-MICALLEF, conseiller juridique, Commission
de Venise
- Mme Anne GODFREY, assistante,
Division de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
Annexe 2 – Déclaration de la délégation
préélectorale de l'Assemblée parlementaire
Une délégation préélectorale de l’Assemblée
parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) s’est rendue à Chişinău
les 10 et 11 juin afin d’évaluer la campagne électorale et les préparatifs
pour les élections législatives anticipées prévues le 11 juillet
2021.
Leur mission s’est déroulée dans un environnement profondément
polarisé et dans un contexte d’instabilité politique chronique qui
a entraîné l’organisation d’élections anticipées. La délégation
déplore que, malgré un semblant de consensus politique sur la tenue
d’un scrutin anticipé, la plupart des forces politiques restent
dans une logique de confrontation, de rumeurs et de division au
lieu de s’efforcer de rassembler la société autour de questions
stratégiques essentielles. Elle salue toutefois le fait que toutes
les grandes forces politiques du pays aient décidé de participer
à ce processus électoral, ce qui permet aux Moldaves de choisir
parmi un large éventail de partis politiques et d’alliances électorales.
Sur le plan du cadre juridique, la délégation préélectorale
de l’Assemblée salue l’adoption par la République de Moldova, depuis
le dernier scrutin, en 2019, de modifications de son Code électoral
qui ont permis au pays de repasser du système mixte – qui avait
essuyé les critiques de la Commission de Venise – à celui de la représentation
proportionnelle à partir de listes de parti fermées. Elle déplore
toutefois que plusieurs autres recommandations formulées après les
dernières élections, et qui auraient pu résoudre divers autres problèmes récurrents
et des faiblesses structurelles, n’aient pas encore été mises en
œuvre.
La délégation a été informée de plusieurs problèmes anciens
et persistants, et notamment des cas d’intimidation et de discours
de haine, en particulier à l’égard des candidates et des minorités;
des affaires de détournement de ressources administratives; des
allégations d’intention d’achat de voix et des craintes d’un risque
d’organisation de transport, à grande échelle, d’électeurs le jour
du scrutin; et enfin de l’absence de surveillance efficace du financement
de la campagne. La délégation de l’Assemblée déplore le recours
à ce genre de pratiques dans la campagne électorale et prie les
autorités compétentes de prendre toutes les mesures nécessaires
à leur élimination.
Un mois après le début de la campagne électorale les partis
politiques et les candidats ont pu, dans l’ensemble, faire campagne
librement. La CEC a informé la délégation du caractère inclusif
de l’enregistrement des partis et des candidats. 17 partis et alliances
électorales se sont inscrits en vue de participer à ces élections anticipées
et deux candidatures sont encore en attente.
La délégation de l’Assemblée partage les inquiétudes exprimées
par la plupart des parties prenantes concernant l’absence de transparence
dans l’application des critères d’ouverture de bureaux de vote supplémentaires
à l’étranger, qui a suscité des tensions avec la CEC et qui semble
être l’une des principales pommes de discorde de la campagne. Elle
rappelle que le rôle de la CEC est de garantir à tous les citoyens un
droit de participation effective aux élections. Le nombre et la
localisation des bureaux de vote doivent être décidés en fonction
du nombre d’électeurs installés dans les différents pays.
Une autre question préoccupante concerne la décision de la
CEC d’organiser des bureaux de vote dans la municipalité de Bender
et dans le village de village de Corjova, qui échappent au contrôle
effectif des autorités constitutionnelles de la République de Moldova.
Les citoyens moldaves de Transnistrie ont le droit de vote, mais
devraient avoir la possibilité de l’exercer dans des localités réunissant
des conditions adéquates de sécurité et où l’accès des observateurs
nationaux et internationaux peut être assuré sans risque pour leur sécurité
et sans créer des précédents dangereux.
Plusieurs interlocuteurs ont insisté sur le déficit de confiance
du public dans les institutions nationales résultant de multiples
scandales de corruption et du manque d’indépendance du système judiciaire.
Alors que les dispositions légales relatives au financement des
campagnes électorales et des partis politiques ont connu une amélioration,
et que les rapports sur les dépenses électorales des partis sont
fournis en bonne et due forme, la CEC reconnaît qu’elle n’a pas
les moyens de contrôler efficacement le financement des campagnes
des partis politiques, notamment en raison des financements déguisés
par le biais de publicités dissimulées, de sondages d’opinion manipulés,
de dons déguisés, etc.
Le Conseil de coordination de l’audiovisuel a indiqué à la
délégation que l’égalité d’accès des partis et des candidats est
garanti par la loi. La délégation appelle toutefois le Conseil à
améliorer la transparence de son processus décisionnel. La délégation
reste préoccupée par le pluralisme restreint des médias résultant
du degré très élevé d’affiliation des médias aux principaux partis
politiques et du caractère obscur de leur financement. La poursuite
de cette dérive de monopolisation des médias affecte l’équité de
la campagne. La délégation prie en particulier le radiodiffuseur
public de veiller à l’égalité d’accès et, plus important encore, d’offrir
une couverture équilibrée et équitable à tous les candidats et partis
politiques inscrits, conformément à la législation.
La délégation préélectorale de l’APCE déplore le manque de
femmes candidates en haut des listes des partis et appelle toutes
les forces politiques à redoubler d’efforts pour parvenir à l’équilibre
entre les femmes et les hommes.
Elle rappelle que l’Assemblée a assuré l’observation de toutes
les élections législatives et présidentielles en République de Moldova
depuis 1994, à l’exception du scrutin présidentiel de novembre 2020,
qui n’a pu être observé en raison de la pandémie de covid-19. La
délégation a appris qu’il n’y avait pas eu d’augmentation significative
du nombre de cas de covid après le scrutin présidentiel, ce qui
renforce la confiance dans la capacité des autorités nationales
moldaves d’assurer des conditions sanitaires adéquates le jour du
scrutin. De nombreux défis résultant de la pandémie de covid-19,
notamment sur les plans économique et social, doivent malgré tout
encore être résolus dans l’intérêt du peuple moldave, parallèlement
à la lutte contre la corruption et aux efforts visant à améliorer
l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Les autorités de la République de Moldova ont souligné l’importance
d’une observation objective des prochaines élections; elles ont
assuré la délégation préélectorale de l’Assemblée que toutes les
mesures adéquates seraient prises pour garantir à l’ensemble des
candidats aux élections et partis enregistrés la possibilité de
faire campagne dans des conditions d’égalité.
La délégation a rencontré la Présidente de la République de
Moldova, le Premier ministre par intérim, la Présidente du Parlement,
les dirigeants des partis politiques représentés ou non au parlement
et participant aux élections ou leurs représentants, le président
et les membres de la Commission électorale centrale, le président
du Conseil de coordination de l’audiovisuel, le président de l’Agence
nationale pour le respect de l’intégrité, ainsi que des représentants
de la société civile, des médias et de la communauté internationale.
L’Assemblée parlementaire chargera une délégation de 22 membres
d’observer les élections législatives anticipées du 11 juillet 2021.
Membres de la délégation:
- Stefan Schennach (Autriche,
SOC), Président de la délégation
- Laima Liucija Andrikiene (Lituanie, PPE/DC)
- Jacques Le Nay (France, ADLE)
- Alberto Ribolla (Italie, CE/AD)
- Pierre-Alain Fridez (Suisse, SOC), corapporteur de la
commission de suivi (ex officio)
Annexe 3 – Programme des réunions de la
mission internationale d'observation des élections, Chișinău,
8 au 12 juillet 2021
Jeudi 8 juillet 2021
09:45-10:00 Réunion d'information sur les aspects
pratiques
10:00 – 10:15 Allocution de bienvenue des Chefs des délégations
parlementaires
- Ditmir Bushati,
Coordonnateur spécial et chef de la mission d’observation à court terme
de l’OSCE
- Stefan Schennach, Chef de la Délégation de l’APCE
- David McAllister, Chef de la délégation du Parlement européen
- Pia Kauma, Cheffe de la délégation
de l’OSCE PA
10:15 – 10:35 Introduction sur le pays
- Claus Neukirch, Chef de la Mission de l’OSCE en République
de Moldova
- William Massolin, Chef du Bureau du Conseil de l’Europe
en République de Moldova
- Ambassdeur Peter Michalko, chef de la délégation de l’Union
européenne en République de Moldova
10:45 – 13:00 Réunion d’information de la mission d’observation
électorale du BIDDH – Partie I
- Accueil
et vue d’ensemble de la EOM – Tamas Meszerics, Chef de mission
- Vue d’ensemble politique, candidats et campagne – Paul
O’Grady, analyste politique
- Cadre juridique et système électoral, différends électoraux
– Marla Morry, analyste juridique
- Administration électorale, inscription des électeurs et
observateurs – Rashad Shirinov, analyste électoral
- Paysage médiatique – Elma Šehalić,
analyste des médias
- Sûreté et sécurité – Oleksandr Stetsenko, expert en sécurité
- Questions et réponses
Modérateur: Vasil Vashchanka, Chef adjoint de la mission
d'observation des élections, OSCE/BIDDH
14:00 – 14:45 Table ronde sur l’administration et la législation
électorale
- Dorin Cimil, Président
de la Commission électorale centrale
- Lilia Gutu, Chef du Département
général de l’octroi de licences, de l’autorisation et de la surveillance,
Conseil audiovisuel
- Tatiana Badan, Présidente,
Congrès des pouvoirs locaux de la République de Moldova
- Vasile Bolea, membre du Parlement, Président de la Commission
juridique du Parlement
Modérateur: David McAllister, Chef de la Délégation de l'Union
Européenne
15:00 – 16:15 Table ronde avec des représentants de la société
civile
- Igor Botan, Directeur
exécutif, Association pour la démocratie participative
- Nicolae Panfil, Directeur, Promo-Lex
- Alina Andronache, Représentante
genre, Centre de partenariat pour le développement
- Mihail Sirkeli, Piligrim-Demo
- Iulian Groza, IPRE / Mihai Mogaldea membre délégué de
l'IPRE au sein de la Coalition pour des élections libres et équitables
Modérateur: Pia Kauma, Chef de
la délégation de l'OSCE PA
16:30 – 17:45 Table ronde avec les médias
- Ecaterina
Mitin-Stratan, Directrice, TV Moldova 1
- Galina Vasilieva, Newsmaker
- Valeriu Vasilica, Directeur, agence de presse IPN
- Ludmila Fruculita, NTV Moldova
- Petru Macovei, Directeur executif, Association de la Presse
indépendante (presse en ligne)
- Nadine Gogu, Directrice, Centre
des journalistes indépendants de la République de Moldova
Modérateur: Stefan Schennach, Chef de la délégation de l'APCE
Vendredi 9 juillet 2021
9:00 – 11:00 Réunions d’information avec des représentants
des partis politiques
9:00 – 9:20 Bloc électoral des communistes et des socialistes,
BECS (PSRM / PCRM), Hayk Vartanian
9:20 – 9:40 Parti pour l’action et la solidarité (PAS), Igor
Grosu
9:40 – 10:00 Plateforme pour le parti de la dignité et la
vérité (DTTP), Andrei Nastase
10:00 – 10:20 Parti SOR, Denis Ulanov
10:20 – 10:40 Bloc électoral Renato Usatii, Ilian Casu
10:40 – 11:00 Parti démocratique de Moldova (PDM), Pavel Filip
Modérateur: Ditmir Bushati, Coordinateur spécial et chef
de la mission d'observation à court terme de l'OSCE
11:15 – 12:30 Procédures d’observation – Equipe du BIDDH/ODIHR
– Partie 2
- Briefing avec le
coordinateur de l'OSCE/BIDDH OLT, Carlo Pappalarado
- Briefing sur les procédures du jour de l'élection et les
formulaires d'observation, Rashad Shirinov, analyste électoral,
et Max Bader, statisticien
- Réunion d’information avec le personnel de l’OSCE PA sur
l’échange d’informations, la communication et d’autres modalités
Modérateur: Vasil Vashchanka, Chef adjoint de la mission
d’observation des élections OSCE/BIDDH
Samedi 10 juillet 2021
17:00-18:00 Rencontre de la délégation APCE avec
les chauffeurs et assistants linguistiques pour le jour du scrutin
18:00- Tests PCR pour la délégation de l’APCE
Dimanche 11 juillet 2021
07:00- 21:00 Observation dans les bureaux de vote
Lundi 12 juillet 2021
08:00-09:00 Débriefings des observateurs de l’APCE
en présentiel
09:00 Tests PCR pour la délégation de l’APCE
15:30 Conférence de presse
Départ des membres de la délégation
Annexe 4 – Communiqué de presse de la
Mission internationale d’observation des élections
Les élections législatives anticipées
en Moldova ont été compétitives et bien organisées, malgré la mauvaise
gestion des contentieux électoraux et des problèmes de financement
de la campagne, selon les observateurs internationaux
CHIŞINĂU, 12 juillet 2021 – Dans une déclaration publiée aujourd’hui, les observateurs internationaux indiquent
que les élections législatives anticipées en Moldova ont été correctement
administrées, notamment grâce aux améliorations apportées au cadre
juridique, et qu’un large choix était offert aux électeurs. Ils soulignent
cependant que les doutes quant à l’impartialité des autorités électorales
ont nui à la confiance et que les règles inadaptées régissant le
financement des campagnes n’ont pas permis de traiter les infractions potentielles
en la matière.
La mission d’observation conjointe du Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE, de l’Assemblée
parlementaire de l’OSCE (AP OSCE), de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe (APCE) et du Parlement européen (PE) a constaté
que le cadre juridique en place constituait une base solide pour
la tenue d’élections démocratiques. Toutefois, des améliorations
sont nécessaires, en particulier en ce qui concerne les dispositions
relatives aux plaintes et aux recours ainsi que le contrôle du financement
des campagnes électorales.
«La
Moldova a traversé ces dernières années de nombreuses crises venues
s’ajouter à des problèmes plus anciens et ces élections anticipées
se sont déroulées dans le contexte d'un cycle politique plus large,
caractérisé par l'instabilité et l'impasse politique», a déclaré
Ditmir Bushati, Coordonnateur spécial et chef de la mission d'observation
à court terme de l’OSCE. «Aujourd’hui, c’est un nouveau processus qui
commence. Nous sommes impatients de travailler en étroite collaboration
avec nos collègues du nouveau Parlement moldave afin de trouver
des solutions aux insuffisances constatées et de produire des résultats
concrets pour le peuple de la République de Moldova.»
Le scrutin s’est déroulé dans le calme et la transparence.
Il a été jugé globalement positif, en dépit de cas isolés d’affluence
excessive dans les bureaux de vote. La forte polarisation de l’opinion
n’a pas empêché des débats de fond pendant la campagne, en particulier
sur l’économie, la lutte contre la corruption, les questions sociales et
la réforme judiciaire. Les médias ont joué un rôle important pendant
la campagne. De nombreux débats télévisés diffusés dans tout le
pays ont permis à tous les partis de communiquer sur leurs projets
politiques et de donner des informations aux électeurs. Cela dit,
la partialité des principaux organes de presse en fonction de leur
affiliation partisane a affaibli la garantie de pluralisme politique
dans les médias.
«Nous félicitons
le peuple moldave pour ces élections, qui se sont déroulées sans
heurt et dans le calme, malgré la forte polarisation et la tonalité
négative de la campagne à l’approche du scrutin. Il reste maintenant
à s’attaquer à la difficile tâche de former un gouvernement capable
et désireux d’entreprendre les réformes demandées par les Moldaves,
en particulier pour lutter contre la corruption endémique et remédier
au manque d’indépendance de la justice», a déclaré Stefan Schennach,
Chef de la délégation de l’APCE. «La démocratie ne peut prospérer
sans une réforme d’ensemble des médias qui fixe des règles claires
pour assurer la transparence de la propriété des médias et les bases
d’une presse équilibrée et informative.»
Les candidats ont pu mener une campagne active malgré les
restrictions liées à la pandémie. Les observateurs ont également
constaté l’existence de règles destinées à assurer la transparence
du financement et des dépenses de campagne, mais leur application
laisse à désirer et il n’y pas de véritable enquête dans les cas d’infractions
présumées. Dans le même temps, l’impartialité des autorités judiciaires
et électorales pose question au vu de la manière dont elles traitent
les contentieux électoraux.
«Je
me réjouis que la Moldova soit parvenue à organiser ces élections
importantes avec efficacité et sans heurt, comme nous avons pu le
voir clairement dans les bureaux de vote, malgré les problèmes que
continue de poser la pandémie de covid-19», a déclaré Pia Kauma,
Cheffe de la délégation de l’AP OSCE. «Cependant, au vu de l’ensemble
du processus électoral, il apparait nécessaire de remédier à certaines
lacunes, concernant notamment le contrôle du financement des campagnes
et le règlement des litiges électoraux, afin d’améliorer la transparence
et de renforcer la confiance dans le système.»
La campagne s’est déroulée globalement dans le calme et les
libertés fondamentales, essentielles à des élections démocratiques,
ont été largement respectées. Dans les jours précédant le scrutin,
les critiques virulentes et les insultes personnelles se sont multipliées,
mais n’ont toutefois pas dégénéré en incitations à l’hostilité ou
à la violence. Les préparatifs ont été conduits de manière satisfaisante,
efficace et transparente par l’administration électorale. Cela dit,
les doutes quant à l’impartialité de la Commission électorale centrale (CEC)
ont été source d’inquiétude. La confiance à l’égard de la CEC a
été entachée par des décisions qui semblaient manquer de neutralité,
notamment sur le nombre de bureaux de vote ouverts à l’étranger
et pour les électeurs de Transnistrie.
«Nous avons assisté à une campagne dynamique à l’approche
du scrutin et il est apparu clairement que la Moldova possède les
bases solides nécessaires à la tenue d’élections démocratiques,
que ce soit sur le plan législatif ou sur celui de la préparation
technique», a indiqué Tamas Meszerics, Chef de la mission d’observation
électorale du BIDDH. «Il reste cependant encore à faire pour garantir
un processus pleinement conforme aux engagements démocratiques souscrits
par le pays et gagner durablement la confiance du peuple moldave.»
Un large choix politique s’offrait aux électeurs. De plus,
les autorités électorales nationales ont mis en place une formation
en ligne détaillée, interactive et globalement efficace, pour tous
les membres de l’administration électorale à l’échelon local. La
campagne nationale d’information des électeurs a été complète et
s’adressait à tous.
«Nous appelons
toutes les parties prenantes à faire preuve de maturité politique
et de responsabilité et à donner la priorité aux intérêts du pays.
Le résultat de ces élections doit être un point de départ à partir duquel
le nouveau gouvernement devrait engager rapidement des réformes
authentiques et ambitieuses», a déclaré David McAllister, Chef de
la délégation du PE. «Nous suivrons de près l’évolution de la situation
après les élections et sommes prêts à soutenir le peuple de la Moldova
dans la mise en œuvre de toutes les réformes nécessaires.»
La mission internationale d’observation des élections législatives
anticipées en Moldova a mobilisé au total 313 observateurs de 41
pays, dont 221 experts et observateurs de longue durée déployés
par le BIDDH, 59 parlementaires et agents de l’AP OSCE, 23 de l’APCE
et 11 du PE.