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Observation des élections présidentielle et législatives anticipées en Serbie (3 avril 2022)

Rapport d’observation d’élection | Doc. 15534 | 23 mai 2022

Rapporteur :
M. Aleksander POCIEJ, Pologne, PPE/DC

1 Introduction

1. Le Bureau de l’Assemblée parlementaire a décidé, à sa réunion du 21 janvier 2022, d’observer l’élection présidentielle et les élections législatives anticipées en Serbie, sous réserve de recevoir une invitation, de constituer une commission ad hoc composée de 20 membres ainsi que des deux corapporteurs de la Commission pour le respect des obligations et engagements des États membres du Conseil de l'Europe (commission de suivi), et d’effectuer une mission préélectorale. Lors de sa réunion du 28 janvier, le Bureau a approuvé la composition de la commission ad hoc et a nommé M. Aleksander Pociej (Pologne, PPE/DC) président de cette commission (voir annexe 1). Le 15 février, M. Ivica Dačić, président de l’Assemblée nationale serbe, a invité l’Assemblée à observer l’élection présidentielle.
2. Conformément à l’accord de coopération signé entre l’Assemblée et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise) le 4 octobre 2004, un représentant de la Commission de Venise a été invité à se joindre à la commission ad hoc en qualité de conseiller juridique.
3. Une délégation préélectorale s’est rendue à Belgrade les 2 et 3 mars 2022. La délégation a rencontré le président de l’Assemblée nationale serbe et la délégation serbe auprès de l’Assemblée, des dirigeants et des représentants de partis politiques et de coalitions, des membres de la mission d’observation électorale du Bureau pour les institutions démocratiques et les droits de l’homme de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (MOE-OSCE/BIDDH), le président et des membres de la Commission électorale de la République, des membres du corps diplomatique à Belgrade et des représentants de la société civile et des médias. Le programme de la mission préélectorale figure à l’annexe 2 et sa déclaration est reproduite à l’annexe 3.
4. La commission ad hoc de l’Assemblée au complet (la délégation de l’APCE) a travaillé du 1er au 4 avril 2022. Elle a opéré dans le cadre d’une mission internationale d’observation électorale (MIOE) aux côtés d’une délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE (AP-OSCE), d’une délégation du Parlement européen et de la MOE-OSCE/BIDDH. Le programme des réunions de la délégation figure à l’annexe 4.
5. La MIOE a conclu que les libertés fondamentales ont été respectées dans une large mesure et que les électeurs se sont vu proposer une offre politique diversifiée. Cependant, un certain nombre d’irrégularités ont conduit à une situation d’inégalité favorable aux candidats sortants. Les effets combinés de l’accès inégal aux médias, des pressions injustifiées exercées sur les employés du secteur public pour qu’ils soutiennent les sortants, des disparités importantes dans le financement des campagnes et de l’utilisation abusive des ressources publiques ont créé des conditions inégales pour les candidats. Le communiqué de presse commun figure à l’annexe 5.

2 Contexte politique

6. Le 15 février 2022, le Président de la République serbe a dissous le parlement et fixé des élections législatives anticipées au 3 avril. Le 2 mars, le président du parlement a annoncé la tenue de l’élection présidentielle régulière. Dans les mois qui ont précédé les élections, des consultations intensives ont eu lieu. Elles ont débouché sur un accord politique entre le gouvernement et certains partis de l’opposition visant à modifier le cadre juridique électoral.
7. Le paysage politique serbe est dominé par le Parti progressiste serbe (SNS) et son dirigeant, le Président sortant Aleksandar Vučić. En 2017, M. Vučić, alors Premier ministre, avait été désigné par le SNS et avait remporté l’élection présidentielle. Les élections législatives de juin 2020 ont été boycottées par la majeure partie de l’opposition, notamment le Parti démocrate, le Parti du Peuple, le Parti pour la liberté et la justice, le Mouvement serbe Dveri et le Parti social-démocrate, au motif que les conditions pour la tenue d’élections démocratiques n’étaient pas réunies et que la liberté des médias était limitée. Les partis de la coalition au pouvoir ont obtenu 231 des 250 mandats parlementaires.
8. Il existe une forte polarisation entre les partis au pouvoir et l’opposition, et de nombreuses manifestations de citoyens se sont déroulées entre juillet 2020 et janvier 2022. Entre septembre et décembre 2021, des manifestations en lien avec des questions environnementales et contre l’adoption des lois sur l’expropriation et sur le référendum et l’initiative populaire ont durablement émaillé le pays.
9. Un processus de dialogue interpartis entre le gouvernement et l’opposition, arbitré par des membres du Parlement européen, a abouti à l’adoption, le 18 septembre 2021, d’un train de mesures visant à améliorer le processus électoral. Un deuxième dialogue, lancé sous les auspices du président du parlement et mené en parallèle et sans médiation étrangère, a conduit à un accord, le 29 octobre. Bien que plusieurs partis aient exprimé leur mécontentement à l’égard des processus de dialogue et des maigres résultats qui en étaient ressortis selon eux, tous ont décidé de participer aux élections. Le 16 janvier, un référendum constitutionnel sur la nomination des juges et des procureurs a été organisé, puis la Constitution a été modifiée, le 9 février.
10. La représentation des femmes au sein du parlement sortant était de 40 %. Dans le gouvernement sortant, 11 des 24 postes ministériels étaient tenus par des femmes, y compris celui de Premier ministre. Cela dit, les femmes restent généralement sous-représentées aux postes de responsables élus ou nommés, tout particulièrement au niveau local.

3 Système électoral et cadre juridique

11. Le président est élu au suffrage direct pour un mandat de cinq ans dans une circonscription nationale unique. Pour être élu, un candidat doit obtenir la majorité des suffrages exprimés ; sinon, un second tour opposant les deux candidats arrivés en tête est organisé dans les 15 jours. Les 250 membres du parlement sont élus pour un mandat de quatre ans, selon un système proportionnel, avec des listes de candidats bloquées , dans le cadre d’une circonscription nationale unique. Les mandats sont répartis parmi les listes de candidats ayant reçu au moins 3 % des suffrages exprimés. Les listes représentant les minorités nationales sont exemptées de ce seuil.
12. Le cadre juridique électoral se compose de la loi sur l’élection du Président, de la loi sur l’élection des députés (loi sur les élections), de la loi sur le registre électoral unifié et des décisions et directives de la Commission électorale de la République. Après des consultations interpartis couvrant un champ très large, plusieurs aspects du cadre juridique ont été sensiblement révisés le 4 février 2022, par l’adoption de nouvelles lois, mais aussi, dans une large mesure, sur la base des lois existantes. Un certain nombre de changements ont permis de renforcer la représentation de l’opposition dans les commissions électorales pour ces élections ainsi que la transparence de leurs travaux; d’étendre les délais et la qualité pour agir en matière de résolution des litiges; d’améliorer la transparence et la publication des dépenses financières des partis et des comptes de campagne; de prévoir des audits des listes électorales après les élections ainsi que le contrôle du matériel électoral; et de modifier certaines réglementations concernant la couverture médiatique des campagnes et le mécanisme de contrôle par les médias.
13. Dans l’ensemble, le cadre juridique constitue une assise adéquate pour l’organisation d’élections démocratiques, mais une mise en œuvre efficace et des mesures supplémentaires sont indispensables pour garantir que les élections se déroulent dans des conditions équitables. Un certain nombre de recommandations de longue date n’ont toujours pas été appliquées, notamment celles qui concernent l’indépendance et l’efficacité de l’Autorité de régulation des médias électroniques, les mesures visant à lutter contre l’usage impropre des ressources administratives et contre les pressions envers les électeurs, ainsi que le droit de regard du public et l’audit des listes électorales. Il subsiste, dans la législation, des lacunes, des incohérences et des dispositions ambiguës. Si certains ont salué les changements législatifs de février 2022 comme une amélioration, la plupart des représentants de la société civile et de l’opposition estiment que ces changements et leur mise en œuvre n’ont pas permis de résoudre les problèmes systémiques qui menacent l’intégrité des élections.

4 Administration électorale, listes électorales et inscription des candidats

14. Les élections ont été gérées selon une structure à trois niveaux dirigée par la Commission électorale de la République (CER) et composée de 166 commissions électorales locales (CEL) et 8  267 bureaux électoraux (BE). Les membres des commissions ont été nommés par les partis politiques, en proportion de leur représentation au parlement ou dans les assemblées locales. Pour ces élections, la composition de toutes les commissions a été modifiée afin de permettre la représentation temporaire de l’opposition non parlementaire. Malgré le délai serré pour la tenue de deux campagnes électorales nationales en parallèle, les instances chargées de l’administration électorale ont accompli leurs tâches avec efficacité et dans les délais légaux.
15. La CER est un organe permanent composé de 23 membres permanents, dont le président. Ses membres ont été nommés en octobre 2020, puis un remaniement a eu lieu en novembre 2021. Dans sa composition élargie, la CER comprend, outre ses membres permanents, les représentants des candidats, soit 88 membres ou suppléants, dont 34 (39 %) sont des femmes. La commission tient des séances régulières, qui sont ouvertes aux médias et aux observateurs et sont retransmises en ligne. Certains membres de la REC ont fait remarquer que les documents de référence nécessaires à la tenue de débats pleinement pertinents n’étaient pas tous distribués à temps avant les séances. La commission a régulièrement tenu des séances auxquelles les observateurs pouvaient assister. Si la plupart des décisions ont été adoptées à l’unanimité, certains membres de la CER issus de l’opposition ont affirmé qu’il y avait un manque de communication interne au sein de la commission. Conformément à la législation, les décisions et directives adoptées par la REC et les CEL ont été publiées en ligne dans les 24 heures, signe d’un processus plus transparent.
16. Les membres des CEL et des BE ont tous été nommés dans les délais légaux. Dans la plupart des CEL observées par la MOE du BIDDH, les préparatifs techniques et administratifs ont été gérés de manière transparente et professionnelle, mais certaines CEL ont indiqué avoir reçu avec retard les informations de la CER concernant certaines questions, notamment la formation des membres des BE. Les femmes représentaient 41 % des membres permanents des CEL et plus de 67 commissions (40 %) étaient présidées par des femmes. Certains candidats ont fait état de difficultés dans la nomination de leurs représentants auprès des CEL et des BE élargis. Plusieurs interlocuteurs de la MIOE appartenant à l’opposition ou à la société civile ont fait part de leurs inquiétudes quant à la capacité technique des CEL à exercer leurs nouvelles attributions, notamment l’audit post-élection du matériel électoral.
17. La REC a constitué 5 CEL et 46 BE pour les électeurs résidant au Kosovo*Note.
18. La REC a élaboré, pour les commissions de niveau inférieur, un programme de formation hybride, en ligne et en présentiel, portant essentiellement sur les procédures à suivre le jour du scrutin, la vérification des résultats et le règlement des plaintes. Conformément aux dispositions légales, la participation aux sessions de formation n’était pas obligatoire pour les membres des BE. La qualité des sessions a été variable, certains formateurs ne laissant pas assez de place aux questions et aux explications détaillées.
19. Les efforts de formation des électeurs par la REC ont été très limités et visibles essentiellement sur le site web de la commission, les réseaux sociaux et, dans une moindre mesure, dans la presse audiovisuelle et les médias en ligne. Certaines organisations de la société civile, tout particulièrement le Centre pour la recherche, la transparence et la responsabilité, ont publié des documents pédagogiques à l’intention des électeurs, par voie d’affichage et sur les plates-formes de médias, en mettant l’accent sur la sensibilisation aux infractions électorales et au droit de vote secret.
20. Alors que le droit électoral exige que les bureaux de vote soient accessibles aux électeurs atteints d’un handicap physique, les interlocuteurs représentant les personnes handicapées ont attiré l’attention sur un problème déjà ancien de manque d’inclusion, dans le processus électoral, des personnes atteintes de divers types de handicap.
21. Tous les citoyens âgés de 18 ans au moins le jour du scrutin ont le droit de vote, à l’exception des personnes frappées d’incapacité juridique sur décision de justice. La privation du droit de vote des citoyens ayant une déficience intellectuelle ou physique est en contradiction avec les normes internationales.
22. L’inscription des électeurs est automatique (système passif). Le Registre électoral unifié (REU) est une base de données permanente qui est maintenue électroniquement par le ministère de la Fonction publique et de l’Autonomie locale et mise à jour sur la base des registres municipaux, d’informations fournies par d’autres institutions publiques et de demandes de correction faites par les électeurs. Bien que le droit électoral ne prescrive pas l’existence d’une adresse permanente comme prérequis à l’exercice des droits électoraux, l’enregistrement dans le REU est, en pratique, fondé sur le domicile permanent des électeurs dans le pays. Les électeurs dont l’adresse permanente est retirée du registre des domiciles permanents des citoyens, pour une raison ou une autre, sont automatiquement radiés du REU. Il arrive que des électeurs soient, de ce fait, privés de leur droit de vote. D’après le ministère de l’Intérieur, depuis 2011, 43  907 inscriptions de domicile permanent ont été supprimées, via une procédure déclenchée après que la police eut établi que les personnes concernées n’habitaient pas à l’adresse indiquée. Certains interlocuteurs de la MIOE ont émis des réserves quant à l’exactitude du REU et beaucoup ont attiré l’attention sur la présence continue d’entrées correspondant à des personnes décédées.
23. Les électeurs ont pu examiner leur inscription dans le registre électoral, soit dans les locaux de l’administration locale, soit en ligne, et demander des corrections entre le 16 février et le 30 mars 2022. Le 18 mars, selon le ministère de la Fonction publique et de l’Autonomie locale, les listes électorales des bureaux de vote ont été accessibles en ligne à des fins de contrôle. Les électeurs étaient en droit de demander leur inscription sur la liste électorale de leur lieu de résidence temporaire et sur la liste des électeurs de l’étranger jusqu’au 12 mars. Des listes électorales spéciales ont été établies pour les militaires, les prisonniers et les détenus. Les électeurs malades, âgés ou handicapés ont eu la possibilité de demander, sans justification et jusqu’à 11 heures le jour du scrutin, de voter avec une urne mobile dans leurs CEL ou BE respectifs. Le 1er avril, la REC a publié le nombre final des électeurs inscrits, soit 6 502 307.
24. Par une décision du 18 novembre 2021, le gouvernement a créé un groupe de travail interpartis chargé de contrôler le Registre électoral unifié. Certains membres de ce groupe ont déclaré que le mandat limité de cette structure ne définissait pas d’objectif clair, ni de délai et de conditions permettant un contrôle pleinement efficace. Certains représentants de l’opposition se sont retirés du groupe de travail avant le jour du scrutin, évoquant l’absence de mandat clair et de moyens.
25. Les citoyens qui ont le droit de voter peuvent se porter candidats aux élections présidentielles ou législatives ; aucun autre critère d’éligibilité n’est requis. Les partis politiques, les coalitions préélectorales et les groupes ad hoc d’au moins dix électeurs pouvaient inscrire des candidats à l’élection présidentielle et déposer des listes de candidats aux élections législatives auprès de la REC, moyennant 10 000 signatures de soutien d’électeurs (5 000 pour les listes représentant les minorités nationales). Dans chaque liste, pour chaque tranche de cinq candidats consécutifs, deux candidats doivent appartenir au sexe le moins représenté ; toutes les listes de candidats ont satisfait à cette obligation légale.
26. La période d’inscription des candidatures pour l’élection présidentielle et les élections législatives anticipées a commencé par l’annonce de la tenue de ces élections, respectivement le 15 février et le 2 mars 2022, et s’est terminée le 13 mars. Contrairement aux bonnes pratiques internationales et aux précédentes recommandations de la Commission de Venise et du BIDDH, un électeur ne peut apporter sa signature de soutien qu’à un seul candidat à l’élection présidentielle et une seule liste de candidats aux élections législatives.
27. Dans l’ensemble, le processus d’inscription des candidats a été inclusif. La REC a inscrit 8 candidats à l’élection présidentielle et 19 listes de candidats aux élections législatives. Quatre demandes d’inscription de listes de candidats aux élections législatives assorties du statut de liste de minorité nationale ont été rejetées parce qu’elles n’avaient pas obtenu le nombre de signatures de soutien exigé. La décision de la REC concernant le refus d’inscrire la coalition Alliance de la minorité russe a été contestée, puis annulée par le tribunal administratif. La REC a donc ensuite inscrit la coalition sur les listes. Sur les huit candidats à l’élection présidentielle, trois étaient des femmes. Au total, 2  912 candidats désignés par sept partis politiques, dix coalitions et deux groupes d’électeurs, dont 1 229 (42 %) femmes, se sont inscrits pour prendre part aux élections législatives anticipées. Quatre têtes de liste, soit 22 %, étaient des femmes.

5 Campagnes électorales et financement des campagnes

28. Les campagnes électorales ont officiellement commencé à l’annonce de la tenue des élections respectives et se sont achevées le 31 mars 2022 à minuit. Si les libertés fondamentales ont été largement respectées pendant les campagnes, certains obstacles ont néanmoins empêché les électeurs de faire un choix pleinement éclairé et libre de toute pression ou incitation excessive. Les pressions exercées sur les fonctionnaires pour qu’ils soutiennent le candidat sortant et la coalition au pouvoir, et l’utilisation abusive des ressources administratives par certains acteurs étatiques ou municipaux avant les élections ont brouillé la frontière entre l’État et le parti. De nombreux interlocuteurs de la MIOE ont décrit ce qu’ils considèrent être des affectations budgétaires excessives et la distribution de marchandises à différentes catégories d’électeurs avant les élections. Certains se sont inquiétés du rétrécissement de l’espace dévolu aux organisations de la société civile et d’actes d’intimidation et de harcèlement envers elles.
29. La campagne a été discrète dans la plupart des régions, à l’exception de Belgrade, et elle s’est focalisée sur les candidats plutôt que sur les programmes politiques. La plupart des candidats ont fait campagne sous les formes suivantes : rassemblements, porte-à-porte, distribution de tracts ou de posters, panneaux d’affichage et campagne en ligne. Seuls le SNS et le Parti socialiste de Serbie (SPS) ont organisé de grands meetings. Les programmes électoraux ont essentiellement porté sur l’économie, l’agriculture, les investissements étrangers, le coût de la vie, les questions environnementales et le statut du Kosovo*. L’agression de l’Ukraine par la Fédération de Russie a largement éclipsé la campagne, en particulier au début, et a recentré le débat public sur la sécurité européenne et son impact en Serbie. À l’exception de quelques actes de violence et de discours de haine isolés, la campagne a été calme. Les restrictions imposées aux rassemblements publics en raison de la pandémie de covid-19 n’ont pas compromis la possibilité de faire campagne.
30. Si les femmes candidates se sont montrées très actives, les programmes des partis et les messages adressés pendant la campagne ont rarement abordé les questions d’égalité entre les sexes.
31. Malgré quelques textes réglementaires applicables aux responsables publics en période de campagne, la législation n’offre pas de garanties suffisantes contre l’usage impropre des ressources administratives ou l’abus de fonction pendant les campagnes. La loi autorise la plupart des fonctionnaires à se livrer à des activités publiques, y compris à faire campagne, sauf incompatibilité avec leurs fonctions. De nombreux projets d’infrastructures publiques ont été annoncés, lancés ou inaugurés pendant la campagne par le Président sortant ou des représentants du gouvernement qui étaient aussi candidats. Les candidats n’ont parfois pas réussi à faire la part entre leurs fonctions officielles et les campagnes des partis politiques, attribuant à la coalition au pouvoir des avancées enregistrées par le gouvernement. La possibilité d’utiliser des ressources administratives a donné à la coalition sortante un avantage significatif, car celle-ci a bénéficié d’une couverture médiatique très large et d’un écho sur les réseaux sociaux.
32. Il y a eu de nombreux signalements crédibles de pressions exercées sur des électeurs afin qu’ils soutiennent la coalition au pouvoir. Plusieurs représentants de partis d’opposition, d’organisations de la société civile et d’électeurs ont déclaré que des employés municipaux et des salariés de sociétés publiques ont été contraints de voter pour la coalition et de mobiliser de nouveaux électeurs, d’assister à des rassemblements ou de publier sur les réseaux sociaux des commentaires favorables au pouvoir en place. Certains représentants de l’opposition ont affirmé que leur accès aux lieux de campagne avait été limité. Si, en règle générale, les électeurs étaient libres de se procurer des informations sur tous les candidats, certains représentants de l’opposition ont déclaré que leurs sympathisants craignaient d’assister à leurs événements de campagne ou d’être vus en train de prendre leurs tracts. Les très nombreuses allégations de pressions et d’intimidation à l’encontre d’électeurs ont fait douter de la possibilité de voter sans crainte de sanctions.
33. La campagne numérique a été utilisée en particulier par l’opposition pour compenser ses moyens financiers limités et son accès restreint aux médias. Les candidats et les partis politiques ont surtout fait la promotion de leurs manifestes et des rencontres avec les électeurs. Les représentants de la coalition au pouvoir ont fréquemment publié des messages annonçant l’inauguration de projets d’infrastructures ainsi que d’autres résultats obtenus en tant que responsables publics. Des témoignages liés au parti au pouvoir et d’autres, livrés par des représentants de l’opposition, notamment des dirigeants et des candidats du parti « Unis pour la victoire de la Serbie », ont donné lieu à de nombreuses actions en direction des électeurs. Il y a eu des allégations crédibles concernant une opération menée par des groupes organisés sur les réseaux sociaux pour promouvoir les politiques du parti au pouvoir et discréditer l’opposition, notamment par la diffusion de fausses informations.
34. Le financement des campagnes est principalement régi par la loi sur le financement des activités politiques et la loi de 2019 sur la prévention de la corruption (dernière modification en 2022), auxquelles s’ajoute la réglementation de l’Agence anticorruption (AAC). La loi sur le financement des activités politiques, adoptée en février 2022, répond à plusieurs recommandations de la Commission de Venise et du BIDDH, notamment l’abaissement des plafonds applicables aux dons, l’établissement de rapports intermédiaires sur les dons et les dépenses en faveur des candidats aux élections et la mise en place de plafonds pour les cotisations et les prêts aux partis politiques. Cela étant, certaines recommandations antérieures de la Commission de Venise et du BIDDH n’ont toujours pas été mises en œuvre, notamment celles qui ont trait au renforcement du mécanisme de contrôle et à la définition d’un plafond pour les dépenses de campagne. Les insuffisances qui subsistent et l’application limitée des mesures nuisent à la transparence et à l’efficacité du cadre juridique du financement des campagnes. De nombreux interlocuteurs ont fait part de leur méfiance quant à l’efficacité du système de réglementation tel qu’il est mis en œuvre actuellement.
35. Les entités politiques représentées au parlement sont éligibles à un financement public annuel. De plus, des fonds publics sont affectés aux campagnes électorales des entités politiques qui désignent des candidats aux élections présidentielle et législatives. En 2022, le montant total des subventions allouées aux campagnes électorales s’élève à quelque 1,8 milliard RSD (15 millions € environ). Comme le prévoit la législation, les premiers décaissements de fonds publics pour les campagnes électorales ont été possibles neuf jours seulement avant les élections. En outre, de nombreux représentants de l’opposition ont indiqué que leurs possibilités de collecte de fonds étaient limitées, car la peur des sanctions dissuadait les donneurs de soutenir leurs campagnes, tandis que l’accès aux prêts était entravé par le manque d’intérêt des banques d’un point de vue commercial. Ces obstacles, conjugués au décaissement tardif des fonds publics destinés aux campagnes, ont compromis encore davantage la possibilité de faire campagne de manière efficace et ont contribué à l’instauration d’une situation d’inégalité.
36. Les candidats peuvent également financer leurs activités politiques, y compris les campagnes, avec leurs propres fonds, des dons en numéraire et en nature ainsi que des prêts. Les dons de donateurs anonymes ou étrangers, de contractants publics, d’organismes publics, de certains fonctionnaires, d’institutions religieuses, d’organisations à but non lucratif et de syndicats sont interdits, de même que les dons effectués par l’intermédiaire de tiers. Quatre candidats seulement ont publié des informations sur les dons. Une nouvelle disposition de la loi sur le financement des activités politiques dispose que les donateurs de fonds et de services à des entités politiques peuvent faire l’objet d’un contrôle de l’administration fiscale. Sans critères clairs prescrits par la loi, le choix des donateurs est laissé à l’entière discrétion de l’AAC, ce qui, selon de nombreux représentants de l’opposition, peut avoir dissuadé des donateurs potentiels de soutenir des partis d’opposition.
37. L’AAC est chargée de contrôler le financement politique et de prévenir la corruption. En vertu des modifications législatives de février 2022, les candidats doivent présenter à l’agence un rapport intermédiaire de financement de leur campagne cinq jours avant les élections. Le rapport est mis en ligne par l’AAC trois jours après sa soumission. Ce rapport intermédiaire ne couvre pas les 15 jours qui précèdent les élections, ce qui ne favorise pas la transparence et fragilise l’obligation de rendre des comptes, en particulier parce que les dépenses des fonds publics n’y figurent pas. L’AAC a envoyé 130 observateurs dans tout le pays pour contrôler les activités et matériels électoraux. Les constatations des observateurs n’ont pas été publiées ; c’est une occasion manquée d’accroître la transparence du financement des campagnes.
38. Si l’AAC peut lancer des audits supplémentaires, adresser des avertissements et engager des poursuites pénales ou correctionnelles d’office ou sur réception d’une plainte, avec pour conséquence des sanctions financières, pour autant, elle n’a pas effectivement répondu aux allégations de violation. Le traitement des plaintes n’étant pas subordonné à une date limite rapprochée, certaines plaintes concernant l’utilisation abusive des ressources administratives n’ont pas été examinées pendant la campagne. Il est à noter en outre que les décisions de l’AAC concernant les plaintes n’ont pas été légalement étayées  et que, dans certains cas, l’agence a statué sur la base des explications fournies par la partie mise en cause. Certaines délibérations concernant des plaintes n’ont pas donné lieu à des décisions administratives mais à des conclusions, lesquelles ne sont pas susceptibles de recours.

6 Environnement médiatique

39. L’environnement médiatique est caractérisé par un grand nombre d’organes d’information. Pour autant, l’accès à une diversité de points de vue est limité, car la portée des médias qui ne sont pas étroitement liés aux partis au pouvoir est insuffisante. La télévision demeure la principale source d’information politique, suivie des réseaux sociaux et des médias en ligne. La plupart des grandes chaînes de télévision privées à couverture nationale soutiennent les politiques du gouvernement, ce qui influence le débat public et affaiblit le rôle d’observateur critique des médias. La plupart des représentants de l’opposition ont souligné qu’il leur était régulièrement impossible d’accéder aux diffuseurs publics et privés nationaux pour présenter leurs points de vue. De nombreux journalistes ont confirmé la pratique courante de l’autocensure, du fait essentiellement que les médias dépendent de l’aide publique. S’il n’y a eu que quelques cas isolés de journalistes menacés ou intimidés pendant la campagne, de nombreux interlocuteurs de la MIOE ont noté qu’il régnait un climat de dénigrement des journalistes, ce qui renforçait l’effet dissuasif sur les opposants. Certains journalistes ont signalé qu’il est de plus en plus difficile d’accéder aux informations émanant des organismes publics.
40. La législation impose à tous les médias audiovisuels de fournir des informations sur les candidats de manière non discriminatoire et objective. Le radiodiffuseur public national Radio-Télévision de Serbie et le radiodiffuseur régional Radio-Télévision de Voïvodine ont couvert les activités de campagne de tous les candidats aux élections conformément à la législation, et ils leur ont permis de participer à des émissions électorales spéciales. Pendant la période qui a précédé les élections, les radiodiffuseurs de service public ont donné aux candidats l’occasion de participer à des débats. Cela étant, la couverture – sans distance critique et parfois très large – des actualités des responsables publics également candidats, en particulier le Président Vučić, n’était pas pleinement conforme au cadre réglementaire qui interdit aux médias de service public d’accorder à ces responsables un statut privilégié. Depuis de récents changements législatifs, la couverture médiatique du lancement de projets d’intérêt général ou de l’inauguration d’événements liés à ces projets par des responsables publics qui sont également candidats est interdite pendant les dix jours qui précèdent le jour du scrutin. Cette disposition a été respectée par la plupart des médias qui ont été observés, mais cette période de dix jours est trop courte pour garantir effectivement que tous les candidats sont à armes égales.
41. La plupart des médias audiovisuels ont présenté les activités de campagne principalement pendant leurs émissions d’actualité habituelles, au moyen de courts clips produits directement par les candidats, sans aucun apport éditorial. Des médias privés influents à couverture nationale (en particulier TV B92 et RTV Pink) ont axé leurs actualités sur des responsables publics qui, souvent, faisaient la promotion de projets gouvernementaux pendant la campagne, nombre d’entre eux étant aussi candidats aux élections. Parmi les émissions d’actualité retransmises sur les réseaux de télévision par câble qui ont été observées, la plupart ont couvert les candidats aux élections et les autorités de manière plutôt positive ou neutre, TV Vesti ayant largement affiché une ligne éditoriale favorable au gouvernement, tandis que TV Nova S a présenté une image plus critique des autorités. La plupart des journaux ont ouvertement soutenu les autorités. Seuls deux journaux observés sur dix se sont montrés critiques à leur égard.
42. Certains médias audiovisuels privés ont invité les candidats à présenter leurs points de vue lors d’entretiens ou de débats. Des candidats de l’opposition ont refusé d’y participer en invoquant un parti pris général. Les candidats de la coalition au pouvoir sont restés largement absents des chaînes de télévision par câble affichant une ligne éditoriale critique, ce qui a limité la possibilité pour les électeurs de comparer les différents points de vue.
43. L’Autorité de régulation des médias électroniques (RME) est chargée de contrôler les médias audiovisuels et de statuer sur les plaintes liées aux médias. En réponse aux inquiétudes exprimées par l’opposition concernant l’impartialité des organismes de contrôle existants, le gouvernement a créé, en octobre 2021, une Autorité de contrôle temporaire chargée du suivi des médias pendant la campagne présidentielle (ACT) afin de contrôler la conformité des médias avec la réglementation relative aux campagnes électorales. Avant le début de la campagne, l’ACT a pris généralement ses décisions de façon collégiale, mais pendant la campagne, des points de désaccord entre les membres nommés par l’opposition et ceux désignés par la RME ainsi que l’absence de pouvoirs d’exécution de cette autorité ont considérablement nui à son efficacité. Le point d’achoppement majeur concernait la couverture médiatique des responsables publics, dont les rapports de suivi de la RME ne faisaient pas état, et le fait que la RME n’ait pas résolu ce problème. La RME a fait preuve globalement d’une certaine passivité dans la régulation de la conduite des médias pendant la campagne. À noter cependant qu’elle a réagi rapidement à un cas de non-respect de la période de silence.

7 Plaintes et recours

44. Les personnes qui soumettent des listes de candidats, les partis politiques, les candidats, les groupes parlementaires et les électeurs ont le droit de déposer des plaintes contre des décisions, actions et omissions de l’administration électorale et autres irrégularités survenant pendant les élections. Avant le jour du scrutin, les plaintes pouvaient être déposées auprès de la CER et du tribunal administratif de Belgrade. Les plaintes concernant des irrégularités pendant le vote pouvaient être déposées auprès des CEL correspondantes. Celles qui concernent la décision du parlement de confirmer les mandats des nouveaux députés sont traitées par la Cour constitutionnelle.
45. Le mécanisme de recours prévoit la résolution accélérée des litiges qui concernent des questions liées à l’administration des élections. Les modifications législatives de février 2022 ont répondu à plusieurs recommandations antérieures de la Commission de Venise et du BIDDH qui appelaient à améliorer l’efficacité de la résolution des litiges en étendant la qualité pour agir aux électeurs inscrits dans un bureau de vote et en prolongeant les délais de dépôt et d’examen des plaintes de 24 à 48 et 72 heures; en faisant obligation à la CER et aux CEL de publier leurs décisions dans les 24 heures; et en mettant en place un mécanisme de plainte permettant de contester les protocoles de détermination des résultats dans les BE ainsi que les décisions des CEL relatives à la compilation des résultats.
46. Avant les élections, la CER a été saisie de huit plaintes, dont cinq ont été déposées par des candidats et trois par des électeurs. Sur ces huit plaintes, cinq contestaient l’inscription de trois listes de candidats et d’un candidat à l’élection présidentielle, deux plaintes concernaient le refus d’inscrire un candidat, et une dénonçait la décision d’une CEL de mettre en place plusieurs bureaux de vote sans l’approbation de la CER, qui est requise par la législation. Toutes les plaintes ont été examinées sur le fond et rejetées par la CER comme étant non fondées ; une a été rejetée en appel pour des raisons techniques et une a été confirmée. La CER a examiné les plaintes lors de séances ouvertes, respectant en cela les procédures légales. Elle a maintenu à jour une base de données des plaintes déposées auprès des commissions électorales et du tribunal administratif. Cette base, librement accessible au public et actualisée en temps voulu, a contribué à renforcer la transparence du processus électoral.
47. Les décisions de la CER ont toutes fait l’objet d’un recours devant le tribunal administratif. Le tribunal a rejeté deux recours pour des motifs techniques et quatre sur le bien-fondé, et a fait droit à un recours.
48. En dépit de nombreuses allégations de graves infractions à la loi électorale (actes d’intimidation des électeurs, usage impropre de ressources administratives, achat de voix, etc.), le Bureau du procureur et la police n’ont pas précisé s’ils avaient ouvert des enquêtes en lien avec ces élections. Des interlocuteurs de la MIOE ont exprimé un manque de confiance dans la capacité et la volonté du procureur, de la police et des tribunaux de gérer ces affaires de manière effective et impartiale.

8 Jour du scrutin

49. Dans l’ensemble, le jour du scrutin a été calme et géré sans difficulté ; cependant, plusieurs incidents sont survenus, notamment des agressions physiques à l’encontre de deux candidats et d’un scrutateur. La CER a publié les taux de participation tout au long de la journée, mais elle n’a donné aucun chiffre après la clôture du scrutin. Le Président Vučić a annoncé sa victoire pendant la nuit, sur la base de données non officielles.
50. La délégation d’observation de l’APCE s’est scindée en 13 équipes et a visité des bureaux de vote à Belgrade et dans ses environs, ainsi qu’à Novi Sad, Kragujevac, Nis, Vranje et Novi Pazar. Leurs observations ont été, dans l’ensemble, comparables à celles des autres équipes de la MIOE. Les analyses statistiques fondées sur des données fournies par les équipes d’observateurs s’établissent comme suit :
  • L’ouverture du scrutin a été jugée satisfaisante dans 121 des 137 bureaux de vote observés. Les procédures d’ouverture ont, dans l’ensemble, été suivies, mais dans 21 bureaux de vote, les urnes n’avaient pas été scellées correctement. Dans six cas, les fiches de contrôle n’ont pas été signées ou insérées dans les urnes, comme le veut la procédure. 70 bureaux de vote ont connu des retards, mineurs pour la plupart, à l’ouverture du scrutin.
  • Dans l’ensemble, les opérations de vote ont été bien organisées et se sont déroulées sans heurts. Cependant, elles ont été évaluées de manière négative dans 11 % des bureaux de vote, en raison d’anomalies systémiques liées à l’aménagement ou à l’engorgement des locaux, à des violations du secret du vote et à des cas de vote familial. Dans quelques cas isolés, les observateurs de la MIOE ont noté que les mêmes personnes aidaient de nombreux électeurs à voter et ont relevé des cas d’achat de voix.
  • L’aménagement des bureaux de vote était inadapté dans 12 % des 1 411 bureaux qui ont été observés, en raison principalement de l’exiguïté des locaux. Ce problème, conjugué au nombre élevé de scrutateurs, censé renforcer la transparence, a créé des files d’attente et des engorgements dans 16 % environ des bureaux électoraux observés. Conformément aux protocoles sanitaires de niveau national, aucune mesure spéciale n’a été mise en œuvre en lien avec la covid-19. Environ 63 % des bureaux de vote ne disposaient pas d’accès indépendant pour les personnes handicapées et dans 27 % des bureaux, l’aménagement n’était pas adapté à cette catégorie d’électeurs. Au total, 46 % des membres des bureaux électoraux observés par la MIOE étaient des femmes, dont 40 % occupaient les fonctions de président.
  • Des observateurs citoyens ont suivi le processus électoral dans quelque 25 % des bureaux électoraux observés, ce qui a permis de renforcer la transparence.
  • Dans l’ensemble, les procédures de vote ont été respectées ; cela dit, dans certains bureaux de vote, les procédures étaient mal assimilées, d’où un manque de cohérence dans l’application de certains garde-fous importants pour l’intégrité du processus. Dans 16 % des observations effectuées, les urnes n’étaient pas correctement scellées. Dans 10 % des observations environ, la recherche d’encre invisible sur les doigts des électeurs n’était pas systématique. Dans 4 % des bureaux de vote observés, l’identité des électeurs n’a pas toujours été vérifiée correctement. De plus, dans 6 % des observations, les doigts des électeurs n’ont pas été systématiquement marqués à l’encre au moment du vote. Alors que les bureaux électoraux ont l’obligation légale d’expliquer aux électeurs comment se déroule le vote et de les informer sur leur droit de voter en secret, ils ne l’ont pas fait dans près de la moitié des bureaux de vote observés. Des cas de vote familial ont été observés dans 20 % environ des bureaux de vote, ce qui a pu compromettre l’indépendance du vote des femmes et des personnes âgées.
  • Dans 28 % des observations, tous les électeurs n’ont pas rempli leur bulletin en secret, en raison d’un mauvais positionnement des écrans de vote dans 23 % des bureaux et d’un engorgement ou d’une distance insuffisante entre les électeurs ou entre les électeurs et les scrutateurs dans 18 % des bureaux. Dans 11 % des observations, des électeurs n’ont pas plié leur bulletin avant de l’insérer dans l’urne. Dans 2 % des bureaux de vote observés (27 cas), des personnes autres que les scrutateurs désignés notaient le nom de ceux qui avaient voté. Des électeurs ont photographié leur bulletin dans 2 % environ des bureaux de vote observés (30 cas). Dans quelques cas isolés, des scrutateurs ou des sympathisants d’un parti politique ont été vus en train d’influencer des électeurs.
  • Le dépouillement a été jugé globalement satisfaisant dans 96 des 121 bureaux de vote observés. Dans certains cas, pour accélérer le dépouillement, des bureaux électoraux ont omis certaines étapes procédurales importantes, qui avaient été mises en place pour garantir l’intégrité du processus. Certains bureaux électoraux n’ont pas déterminé le nombre d’électeurs ayant signé le registre électoral avant d’ouvrir l’urne (20 observations), n’ont pas respecté l’ordre imposé par la loi pour le dépouillement des élections (28 observations) ou ont ouvert l’urne et d’autres matériels de l’élection présidentielle avant la fin du dépouillement du scrutin législatif (21 cas). Dans 28 observations, des procédures appliquées à la hâte ou simultanément et l’engorgement des bureaux de vote ont mis à mal les efforts de transparence pendant le dépouillement, ce qui a empêché toutes les personnes présentes de voir correctement les marquages figurant sur chaque bulletin de vote. Dans 34 cas, les bureaux électoraux ont eu des difficultés à faire concorder les résultats ; dans 16 cas, les résultats ne concordaient pas. Dans 17 bureaux de vote, les scrutateurs ont signé les procès-verbaux des résultats avant la fin du dépouillement ; dans 12 bureaux, les procès-verbaux n’ont pas été signés par tous les scrutateurs, comme l’exige la loi. Dans treize bureaux électoraux observés, le matériel électoral n’a pas été correctement emballé et scellé avant son envoi aux CEL.
  • Des observateurs citoyens étaient présents pendant le dépouillement dans un tiers des bureaux de vote observés.
  • Le transfert du matériel électoral et la première phase du processus de compilation des résultats, observés dans 89 CEL, ont été dans l’ensemble bien organisés. Les procédures ont été jugées insatisfaisantes dans 7 cas en raison de l’inadaptation et de l’engorgement des locaux. Des anomalies dans des procès-verbaux soumis par les bureaux électoraux ont été observées dans 33 CEL visités.
51. Le 6 avril, la CER, sur la base de 98,93 % des bulletins décomptés, a déclaré le Président sortant Vučić (candidat présidentiel commun de la coalition SNS, du SPS et de l’Alliance des Hongrois de Voïvodine) vainqueur de l’élection présidentielle, avec 59,5 % des voix. Le SNS a remporté 42,91 % des suffrages (120 sièges). Le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle, Zdravko Ponos, a obtenu 18 % des voix environ ; son alliance, « Unis pour la victoire de la Serbie », 13,69 % environ (38 sièges). La candidate de la coalition verts-gauche à l’élection présidentielle, Moramo (« Nous devons »), Biljana Stojković, a remporté 3,25 % des suffrages et sa coalition 4,63 % (12 sièges). Le SPS, partenaire de longue date de la coalition SNS, est arrivé troisième, avec 11,34 % (32 sièges). La coalition Nada (« Espoir »), constituée autour du Parti démocratique de Serbie, a obtenu plus de 5 % des voix et 15 sièges. Dveri et Zavetnici (« Gardiens du serment ») ont recueilli environ 3,8 % des voix chacun (10 sièges chacun).
52. D’après les résultats préliminaires, le taux de participation a été de 59 % environ.

9 Conclusions et recommandations

53. L’Assemblée a observé toutes les élections en Serbie depuis 2000 (hormis les élections législatives de 2020 en raison de la pandémie de covid-19). Depuis 2000, toutes les élections législatives en Serbie ont été des élections anticipées, sauf une. À cet égard, la délégation de l’APCE a estimé que, bien que cela soit légalement possible, une « culture » d’élections anticipées a des incidences sur le bon fonctionnement en toute autonomie du parlement, comme le prévoit son mandat constitutionnel, et ce quelles que soient les forces politiques au pouvoir.
54. Les élections du 3 avril 2022 se sont déroulées dans un contexte de très forte polarisation entre la coalition au pouvoir et les partis d’opposition, comme l’attestent le boycott des élections législatives par l’opposition en 2020 ainsi que les nombreuses manifestations survenues entre juillet 2020 et janvier 2022.
55. La délégation de l’APCE a noté que l’agression de l’Ukraine par la Fédération de Russie a largement éclipsé la campagne, en particulier au début, et a recentré le débat public sur les événements liés à la sécurité européenne et leur impact en Serbie.
56. La délégation de l’APCE a estimé que, dans l’ensemble, le cadre juridique est propice à la conduite d’élections démocratiques. Elle souligne néanmoins que la mise en œuvre effective de ce cadre est indispensable pour offrir des conditions pleinement équitables.
57. La délégation de l’APCE a pris note des récentes modifications législatives apportées à la suite d’un dialogue intensif entre les partis au pouvoir et certaines forces d’opposition. Ces changements répondent à certaines recommandations antérieures de la Commission de Venise et du BIDDH. Toutefois, la délégation souligne que certains problèmes ne sont pas résolus, essentiellement en ce qui concerne l’accès aux médias, le financement des campagnes, les mesures visant à lutter contre les pressions exercées sur les électeurs ainsi que le contrôle et l’audit publics des listes électorales.
58. L’administration électorale a dûment rempli ses missions et, de plus, des représentants de l’opposition non parlementaire étaient présents dans toutes les commissions électorales. Cela étant, la confiance envers les organes de l’administration électorale était variable, et certains ont douté de la capacité technique des commissions inférieures d’assumer de nouvelles responsabilités.
59. Dans ses précédents rapports d’observation des élections, l’Assemblée a émis, sur la question de la couverture médiatique des élections en Serbie, de très vives critiques. Malheureusement, bon nombre des graves problèmes soulevés par l’Assemblée dans ce domaine restent sans réponse. La délégation a noté que tous les candidats aux élections étaient présents dans les médias, mais que la plupart des médias audiovisuels publics et privés à couverture nationale ont favorisé le président sortant et la coalition au pouvoir, limitant ainsi la possibilité pour les électeurs de faire un choix pleinement éclairé.
60. La plupart des représentants de l’opposition entendus par la délégation de l’APCE ont mentionné le manque de possibilités, qui existe depuis longtemps, de présenter leurs points de vue dans les médias audiovisuels publics et privés nationaux. En outre, de nombreux journalistes ont mis en avant la pratique courante de l’autocensure et, souvent, de la diffamation à leur endroit. Pendant la campagne, les médias audiovisuels publics ont couvert les activités de tous les candidats conformément à la législation. Toutefois, ils ont couvert, sans distance critique, les actualités de certains candidats en leur qualité de responsables publics. L’Autorité de régulation des médias électroniques n’a pas résolu ces problèmes, et l’efficacité de l’autorité temporaire mise en place pour contrôler la conformité des médias sur le plan de la couverture de la campagne a été fortement compromise par l’absence de pouvoirs d’exécution de cette autorité.
61. La délégation de l’Assemblée a souligné que les élections ne se limitent pas au jour du scrutin et a déploré que pendant la campagne, certains obstacles importants ont limité la possibilité pour les électeurs de faire leur choix sans pression ni incitation. Outre les pressions exercées sur les employés du secteur public et l’usage impropre des ressources publiques par des acteurs étatiques et municipaux, des ressources budgétaires excessives semblent avoir été allouées à certaines catégories d’électeurs avant les élections.
62. La délégation a noté que les règles de financement des campagnes ne sont pas totalement transparentes ni pleinement efficaces, et qu’en dépit de modifications législatives récentes, certaines inquiétudes demeurent en ce qui concerne le plafond des dépenses de campagne et le renforcement du mécanisme de contrôle. Le versement tardif des fonds publics a empêché les candidats de faire campagne de manière efficace. De plus, le contrôle fiscal récemment mis en place a dissuadé les donateurs de soutenir les campagnes de certains partis d’opposition. Enfin, l’Agence anticorruption n’a pas pris de mesures efficaces contre les infractions présumées.
63. La délégation de l’APCE a déploré que les programmes des partis et les messages de campagne aient rarement traité des questions d’égalité entre les femmes et les hommes.
64. La délégation de l’APCE a estimé que le scrutin s’est globalement déroulé sans heurts et dans le calme, mais que, malgré de solides préparatifs, il a été marqué par plusieurs anomalies procédurales systématiques liées à l’aménagement des bureaux de vote, à l’engorgement des locaux, à des violations du secret du vote, à de nombreux cas de vote familial et à des cas d’achat de voix.
65. Enfin, la délégation de l’APCE a identifié un certain nombre d’irrégularités et de manquements au cours de l’ensemble du processus de l’élection présidentielle et des élections législatives anticipées du 3 avril. Elle souligne que des aspects essentiels du processus électoral doivent être réformés et mis en œuvre et elle estime que la Serbie devrait prendre des mesures concrètes pour améliorer le cadre juridique des élections ainsi que certaines pratiques électorales. Ce travail devrait être accompli dans le cadre de la procédure de suivi de l’Assemblée et en étroite coopération avec la Commission de Venise.

Annexe 1 – Composition de la commission ad hoc

Sur la base des propositions des groupes politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme suit:

Président: Aleksander POCIEJ, Pologne

* membres de la délégation préélectorale

Groupe des socialistes, démocrates et verts (SOC)

  • Mme Petra BAYR, Autriche *
  • Mme Heike ENGELHARDT, Allemagne
  • M. Mogens JENSEN, Danemark
  • M. André VALLINI, France
  • M. Pierre-Alain FRIDEZ, Suisse
  • M. Andrzej SZEJNA, Pologne
  • Mme Marina BERLINGHIERI, Italie

Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)

  • M. Uldis BUDRIĶIS, Lettonie
  • M. Christian KLINGER, France
  • M. Kęstutis MASIULIS, Lituanie
  • M. Aleksander POCIEJ, Pologne *
  • M. Birgir THORARINSSON, Islande

Groupe des Conservateurs européens et Alliance démocratique (CE/AD)

  • M. Alberto RIBOLLA, Italie *
  • M. Norbert KLEINWÄCHTER, Allemagne

Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE)

  • Mme Liliana TANGUY, France *
  • M. Iulian BULAI, Roumanie
  • Mme Krista BAUMANE, Lettonie

Groupe pour la gauche unitaire européenne (GUE)

  • M. Andrej HUNKO, Allemagne*

Commission de Venise

  • M. Eirik HOLMǾYVIK, Norvège

Secrétariat

  • M. Bogdan TORCĂTORIU, administrateur, Division de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
  • Mme  Daniele GASTL, assistante, Division de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
  • Mme  Anne GODFREY, assistante, Division de l’observation des élections et de la coopération interparlementaire
  • M. Gaël MARTIN-MICALLEF, conseiller juridique, Commission de Venise

Annexe 2 – Programme de la délégation préélectorale de l'Assemblée parlementaire

Mercredi 2 mars 2022

9.30-10.45 Réunion de la délégation

  • Accueil par le chef de la délégation, M. Aleksander Pociej
  • Interventions par les co-rapporteurs de la commission de suivi
  • Présentation par M. Tobias Flessenkemper, chef du bureau du Conseil de l’Europe à Belgrade
  • Informations pratiques par le secrétariat

11.00-12.30 Réunion avec M. Douglas Wake, chef de la mission d’observation des élections du BIDDH/OSCE et M. Marcell Nagy, adjoint au chef de la mission, et des membres de l’équipe

14.30-15.30 Réunion avec des représentants de la société civile:

  • M. Raša Nedeljkov, Centre pour la recherche, la transparence et la responsabilité
  • Mme Maja Stojanović, Gradjanske Inicijative (Initiatives civiques)
  • Mme Izabela Kisić, Comité de Helsinki pour les droits de l’homme en Serbie
  • M. Zlako Minić, Transparency International Serbie

15.45-16.45 Réunion avec des représentants des médias:

Journalistes:

  • M. Zoran Stanojević, RTS
  • Mme Ljiljana Smajlović, Nedeljnik
  • M. Igor Božić, N1
  • Mme Vesna Mališić, NIN

Représentants d’associations de médias:

  • M. Živojin Rakočević, Président de l’Association des journalistes de Serbie
  • M. Željko Bodrožić, Président de l’Association des journalistes indépendants de Serbie
  • M. Norbert Šinković, Directeur général, Association des journalistes indépendants de Voïvodine

17.00-19.00 Réunions consécutives avec des chefs et représentants de partis extra-parlementaires :

17.00-17.30 Opposition unie / coalition Đilas

17.30-18.00 Coalition Dveri/POKS: Mme Tamara Milenković-Jerković, vice-présidente de SP Dveri, Dr Andrej Mitić, secrétaire international de SP Dveri, Mme Irina Bogunović, Secrétaire générale de POKS

18.00-18.30 Moramo / coalition vert-gauche

18.30-19.00 Coalition SDS / Tadić: M. Konstantin Samofalov (Secrétaire général du Parti social-démocrate), Mme Jovana Jovanović (vice-présidente du parti social-démocrate)

20.00 Diner de travail à l’invitation de S.E. Carlo Lo Cascio, Ambassadeur d’Italie, avec des membres du corps diplomatique (ambassadeurs des pays représentés dans la délégation préélectorale : Pologne, Autriche, France, Allemagne)

Jeudi 3 mars 2022

09.30-10.00 Réunion avec les représentants du groupe parlementaire «Aleksandar Vučić - pour nos enfants»

10.10-10.40 Réunion avec les représentants du groupe parlementaire du Parti socialiste de Serbie

10.50-11.20 Réunion avec les représentants des groupes: PUPS (Parti des retraités unis de Serbie), JS (Serbie unie), SDPS (Parti social-démocrate de Serbie), SVM (Alliance des Hongrois de Voïvodine), SPP-USS (Parti de la justice et de la réconciliation - Parti paysan uni)

11.30-12.55 Réunion avec les représentants du groupe parlementaire «Vallée Unie - SDA du Sandžak» (Parti de l'action démocratique du Sandžak)

13.00-13.45 Réunion avec le Président de l'Assemblée nationale de la République de Serbie, S.E. M. Ivica Dačić, avec la participation des membres de la délégation serbe auprès de l’APCE

15.30-16.30 Réunion avec le Président de la Commision éléctorale de la République, M. Vladimir Dimitrijević

17.00-18.00 Réunion de la commission ad hoc (préparation d’une déclaration)

Annexe 3 - Déclaration de la délégation préélectorale de l'Assemblée parlementaire

Une délégation préélectorale* de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), conduite par Aleksander Pociej (Pologne, PPE/DC), s’est rendue à Belgrade pour évaluer le climat préélectoral et l’état de préparation des élections à un mois de l’élection présidentielle et des élections législatives anticipées qui doivent avoir lieu en Serbie le 3 avril 2022.

La délégation de l’APCE a rencontré le président du Parlement et la délégation serbe auprès de l’APCE, des dirigeants et des représentants de partis politiques et de coalitions, des membres de la mission d’observation électorale du BIDDH, le président et des membres de la Commission électorale de la République, des membres du corps diplomatique à Belgrade et des représentants de la société civile et des médias.

L’Assemblée a observé toutes les élections en Serbie depuis 2000 (hormis les élections législatives de 2020). La délégation préélectorale de l’Assemblée observe que, depuis 2000, toutes les élections législatives en Serbie sauf une ont été des élections anticipées. À cet égard, la délégation considère que, bien que cela soit légalement possible, une « culture » d’élections anticipées a des incidences sur le bon fonctionnement en toute autonomie du Parlement, comme le prévoit son mandat constitutionnel, et ce quelles que soient les forces politiques au pouvoir. La délégation observe que les raisons pour lesquelles le gouvernement a proposé au Président de dissoudre le Parlement en application de l’article 109 de la Constitution n’ont pas été rendues publiques.

En ce qui concerne le cadre juridique de l’élection présidentielle et des élections législatives anticipées, il a fait l’objet de modifications substantielles en début d’année 2022. L’efficacité de ces modifications pour la mise en conformité aux normes et aux engagements internationaux reste à vérifier. Il s’agit notamment de questions relatives à l’inscription des électeurs, des partis et des candidats, à l’organisation du scrutin, aux dispositions concernant les minorités nationales et les personnes en situation de handicap, ainsi qu’à l’accès aux médias. Il convient de souligner que, même si les récents changements visent à mettre en œuvre des recommandations internationales, le fait de modifier tardivement la législation électorale a néanmoins pour conséquence de réduire le temps disponible pour la préparation des élections, y compris la formation et l’éducation des électeurs, ce qui peut rendre difficile l’application correcte et uniforme de la législation électorale.

Les représentants de la société civile et des médias ont fait état d’une situation politique tendue et de la position dominante, dans la sphère publique et en particulier dans les médias audiovisuels, du principal parti politique au pouvoir, dirigé par le Président de la République.

Les organisations nationales d’observation des élections ont informé la délégation de problèmes et d’actes d’intimidation commis lors du référendum constitutionnel qui s’est tenu le 16 janvier 2022. Différents interlocuteurs ont fait part à la délégation de leur préoccupation concernant des pressions exercées sur les électeurs et de possibles irrégularités le jour du scrutin.

La délégation préélectorale de l’Assemblée observe que les campagnes de l’élection présidentielle et des élections législatives anticipées ont commencé il y a peu et qu’elles pourraient être influencées par la position de la Serbie sur la guerre contre l’Ukraine.

La délégation a constaté que l’atmosphère générale est calme et que tous les candidats politiques peuvent faire campagne librement et sans restriction. Elle a également pris note de l’obligation légale de présenter des listes comptant au moins 40 % de personnes du sexe sous-représenté. D’autre part, la délégation a été informée de la polarisation de la société en amont des élections et de la propagation d’opinions extrémistes, ce qui pourrait accroître les tensions.

Une délégation complète de l’APCE, comptant 22 membres et accompagnée de représentants de la Commission de Venise, se rendra en Serbie pour observer le scrutin le 3 avril.

* Composition de la délégation : Aleksander Pociej, Pologne (PPE/DC), chef de la délégation ; Petra Bayr, Autriche (SOC) ; Alberto Ribolla, Italie (CE-AD) ; Liliana Tanguy, France (ADLE) ; Andrej Hunko, Allemagne (GUE).

Annexe 4 - Programme des réunions de la mission internationale d'observation des élections, Belgrade, 1-4 avril 2022

Vendredi 1er avril

09.00-10.00 Réunion interne de l’APCE

  • Ouverture par M. Aleksander Pociej, chef de la délégation
  • Briefing sur les élections législatives anticipées par M. Eirik Holmøyvik, Commission de Venise
  • Aspects pratiques et logistiques, plan de déploiement – Secrétariat

10.15-10.30 Remarques d’ouverture par les chefs des délégations parlementaires

  • M. Kyriakos Hadjiyianni, coordinateur spécial et chef de la mission d’observation de court terme de l’OSCE
  • M. Aleksander Pociej, chef de la délégation de l’APCE
  • M. Thijs Reuten, chef de la délégation du Parlement européen
  • Mme Bryndis Haraldsdottir, cheffe de la délégation de l’AP de l’OSCE

10.30-10.50 Introduction au pays

  • Ambassadeur Jan Braathu, chef de la mission de l’OSCE en Serbie
  • M. Tobias Flessenkemper, chef du Bureau du Conseil de l’Europe à Belgrade
  • Ambassadeur Emanuele Giaufret, chef de la délégation de l’Union européenne en Serbie

11.00-13.00 Briefing par la mission d’observation des élections du BIDDH – Équipe de base – partie 1

  • Accueil et vue d’ensemble de la MOE M. Douglas Wake, chef de mission; M. Marcell Nagy, chef adjoint de la mission
  • Aperçu politique, candidats et campagne – Mme Aliénor Benoist, analyste politique
  • Cadre juridique, système électoral et résolution des litiges – Mme Elissavet Karagiannidou, analyste juridique
  • Administration électorale – Mme Marcela Mašková, analyste électorale; M. Thomas Leszke, analyste juridique junior
  • Financement de la campagne – Mme Elena Kovalyova, analyste du financement des campagnes
  • Paysage médiatique – M. Marek Mračka, analyste des médias; M. Dumitru Lazur, analyste des médias junior

14.10-15.00 Panel sur l’administration et la législation

  • M. Vladimir Dimitrijević, président, Commission électorale de la République
  • Mme Marina Dražić, adjointe au ministre, Section registre, ministère de l’Administration publique et de l'Autonomie locale
  • Mme Ivana Cvetković, directrice adjointe pour les affaires extérieures et le développement stratégique, Agence anticorruption
  • M. Gradimir Nenadović, Directeur adjoint du Secrétariat de la République pour la législation

15.15-16.30 Panel sur le contexte de la campagne électorale et la société civile

  • M. Bojan Klaćar, directeur général, Centre pour des élections libres et démocratiques
  • Mme Tamara Branković, Coordinateur du Policy Lab, Centre pour la recherche, la transparence et la responsabilité
  • M. Nemanja Nenadić, directeur de programme, Transparency Serbie
  • Mme Biljana Stepanov, coordinatrice de programme, Centre pour le soutien des femmes
  • M. Zoran Gavrilović, directeur général, Bureau pour la recherche sociale
  • Mme Dragana Žarković Obradović, directrice, Balkan Investigative Reporting Network, Serbie

16.30-17.45 Panel des médias

  • M. Rade Veljanovski, président, Organe temporaire de surveillance des médias pendant les élections
  • Mme Safeta Biševac, rédactrice de la section politique étrangère et chroniqueuse, Danas
  • M. Zoran Stanojević, assistant au rédacteur en chef, Radio et Télévision de Serbie
  • Mme Tatjana Aleksić, productrice executive, Télévision N1
  • M. Rade Djurić, avocat-chercheur, Association des journalistes indépendants de Serbie
  • M. Milan Todorović, Secrétaire général, Autorité de régulation des médias électroniques
  • M. Saša Mirković, président adjoint, Association des médias électroniques

Samedi 2 avril

09.15-11.00 Briefings avec des représentants des partis politiques (créneaux séparés)

  • M. Vladimir Orlić, Parti progressiste de Serbie
  • Mme Nataša Gaćeša, Parti socialiste de Serbie
  • Mme Marinika Tepić, Coalition «Unis pour la victoire de la Serbie»
  • Mme Vesna Rakić Vodinelić, Coalition Moramo
  • M. Merfid Kamešnićanin, Parti de l’Action démocratique de Sandžak
  • M. Nebojša Marjanović, Alliance des Hongrois de Vojvodina

11.15-12.45 Procédures d’observation – BIDDH – partie 2

  • Sûreté et sécurité – M. Davor Ćorluka, expert sécurité
  • Procédures du jour du scrutin et formulaires d'observation – Mme Marcela Mašková, analyste électorale, M. Thomas Leszke, analyste électoral junior, et M. Max Bader, analyste statistique
  • Travail des observateurs de longue durée (LTO) – Mme Kerstin Dokter, coordinatrice des LTO
  • Briefing avec le secrétariat de l’AP de l’OSCE PA sur le partage de l'information, la communication et d'autres modalités
  • Briefing avec les LTO de la région de Belgrade
  • LTO équipe 5 – Mme Anja Bronny et M. Valdemar Uruba
  • LTO équipe 6 – Mme Lucrezia Aresi et M. Mario Barfus

Dimanche 3 avril

Toute la journée Observation des élections

Lundi 4 avril

08.00-09.00 Débriefing de la délégation de l’APCE

15.30-16.30 Conférence de presse

Annexe 5 – Communiqué de presse de la Mission internationale d’observation des élections

BELGRADE, 4 avril 2022 – Lors de l’élection présidentielle et des élections législatives anticipées qui se sont tenues le 3 avril en Serbie, les libertés fondamentales ont été respectées dans une large mesure, et les électeurs se sont vus proposer une offre politique diversifiée. Cependant, comme les observateurs internationaux l’ont indiqué dans une déclaration publiée aujourd’hui, un certain nombre d’irrégularités ont conduit à une situation d’inégalité favorable aux candidats sortants. Selon la déclaration, les effets combinés d’un accès inégal aux médias, de pressions injustifiées sur les employés du secteur public pour soutenir les sortants, de disparités importantes dans le financement des campagnes et de l’utilisation abusive des ressources publiques ont entraîné des conditions inégales pour les candidats.

De récentes modifications législatives, adoptées à la suite d’un dialogue approfondi entre les partis au pouvoir et certains partis de l’opposition, ont apporté des améliorations bienvenues, mais certains aspects essentiels du processus électoral nécessitent encore l’adoption et la mise en œuvre de mesures de réforme, indique la déclaration. Si tous les candidats étaient présents dans les médias, la plupart des médias audiovisuels publics et privés ayant une couverture nationale ont favorisé le président sortant et la coalition au pouvoir, limitant ainsi la possibilité pour les électeurs de faire un choix pleinement éclairé, selon les observateurs.

« La campagne a été marquée par la compétition et surtout, cette fois, elle a inclus les candidats de l’opposition, mais les partis au pouvoir, du fait de leur influence omniprésente, ont bénéficié d’un avantage indu », a déclaré Kyriakos Hadjiyianni, coordonnateur spécial et chef des observateurs à court terme de l’OSCE.

Les élections se sont déroulées dans un contexte de vive polarisation entre la coalition au pouvoir et les partis d’opposition, qui s’était traduite par un boycott des élections législatives de 2020 par l’opposition et par de nombreuses manifestations entre juillet 2020 et janvier 2022.

« La récurrence d’élections législatives anticipées a donné naissance à une « culture » d’élections anticipées, qui influe sur l’efficacité du fonctionnement du parlement, quelles que soient les forces politiques au pouvoir », a déclaré Aleksander Pociej, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. « Il est regrettable que l’audiovisuel public et la majorité des médias n’aient pas assuré une couverture équilibrée de la campagne. »

Pendant la campagne, certains obstacles importants ont limité la possibilité pour les électeurs de faire un choix sans aucune pression ni menace. Outre les pressions exercées sur les employés du secteur public et l’utilisation abusive des ressources publiques par les acteurs étatiques et municipaux, les observateurs ont également été informés que des ressources budgétaires excessives avaient été allouées à certaines catégories d’électeurs avant les élections. La guerre provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Fédération de Russie a largement éclipsé la campagne, en particulier au début, et a recentré le débat public sur les évolutions de la sécurité européenne et leur impact en Serbie.

Huit candidats à la présidentielle, dont trois femmes, et 19 listes parlementaires totalisant 2 912 candidats (42 % de femmes, y compris en position éligible), étaient enregistrés. Les plateformes des partis et les messages de campagne ont rarement traité des questions relatives à l’égalité entre les femmes et les hommes.

« Nous saluons le retour à un parlement plus diversifié et pluraliste en Serbie à la suite des élections d’hier, qui ont enregistré un taux de participation supérieur. Cependant, nous condamnons la violente attaque qui a été perpétrée le jour du scrutin contre un responsable de l’opposition », a déclaré Thijs Reuten, chef de la délégation du Parlement européen. « Nous regrettons que la campagne se soit déroulée dans un environnement politique très polarisé, marqué par un pluralisme et une liberté de la presse limités ainsi que par des pressions du gouvernement sur les électeurs. Nous nous réjouissons de coopérer avec le nouveau Parlement serbe sur des mesures concrètes visant à renforcer la démocratie et l’État de droit en Serbie sur la voie de l’adhésion à l’UE. »

« Si je tiens à souligner que les partis qui avaient précédemment boycotté les élections y ont cette fois-ci participé, après un dialogue approfondi entre les partis qui a conduit à l’adoption d’une série de réformes, il convient de considérer que ce n’est que le point de départ d’un dialogue plus transparent en vue d’une réforme plus large et indispensable », a indiqué Bryndis Haraldsdottir, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE. « Cette approche par le dialogue, au cœur de la démocratie, doit être la voie à suivre pour rétablir la confiance dans le système. »

La plupart des représentants de l’opposition ont mentionné le manque de possibilités, qui existe depuis longtemps, de présenter leurs points de vue dans les médias audiovisuels publics et privés nationaux. En outre, de nombreux journalistes ont mis en avant l’autocensure généralisée et, souvent, leur diffamation. Pendant la campagne, les radiodiffuseurs publics ont couvert les activités de tous les candidats conformément à la législation. Toutefois, ils ont assuré une couverture médiatique non critique de certains candidats en leur qualité de représentants de l’État. L’autorité indépendante de régulation des médias électroniques n’a pas abordé ces questions, et l’efficacité de l’autorité temporaire établie pour contrôler la conformité des médias dans le cadre de la couverture de la campagne a été fortement compromise par l’absence de pouvoirs de mise en œuvre.

Dans l’ensemble, le cadre juridique constitue un fondement adéquat pour l’organisation d’élections démocratiques, mais une mise en œuvre efficace et des mesures supplémentaires sont indispensables afin de garantir pleinement des conditions équitables. Les modifications législatives apportées en février 2022 ont véritablement tenu compte de certaines recommandations antérieures du BIDDH et de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe. Cependant, plusieurs questions demeurent, notamment en ce qui concerne l'accès aux médias, le financement des campagnes, les mesures visant à lutter contre les pressions exercées sur les électeurs ainsi que le contrôle et l’audit publics des listes électorales.

L’administration électorale a dûment rempli ses missions et, pour ces élections, toutes les commissions électorales comprenaient des représentants de l’opposition non parlementaire. Les degrés de confiance dans les organes de l’administration électorale étaient divers, et des préoccupations ont été formulées quant à la capacité technique des commissions inférieures d’assumer de nouvelles responsabilités. Le scrutin s’est globalement déroulé sans heurts et dans le calme, mais malgré les préparatifs solides, il a été marqué par plusieurs lacunes procédurales systématiques liées à l’aménagement des bureaux de vote, à la surpopulation, à des violations du secret du vote et à de nombreux cas de vote familial.

La transparence et l’efficacité de la réglementation du financement des campagnes sont limitées. De plus, si les modifications législatives apportées en février 2022 ont pris en considération les recommandations du BIDDH et de la Commission de Venise sur les plafonds des dons et les rapports intermédiaires, certaines questions demeurent, notamment sur le plafond des dépenses de campagne et le renforcement du mécanisme de contrôle. De nombreux représentants de partis politiques se sont inquiétés du fait que le versement tardif des fonds publics destinés à la campagne ait pu empêcher de mener une campagne efficace, et les partis d’opposition ont affirmé que le contrôle fiscal des donateurs aux partis politiques, récemment mis en place, décourageait le soutien financier en faveur de leurs campagnes. L’agence de lutte contre la corruption n’a pas réagi de manière efficace aux infractions présumées.

« Plusieurs modifications, dont il convient de se réjouir, ont été récemment apportées à la pratique et à la législation électorales, certaines tenant compte de recommandations déjà formulées par le BIDDH », a déclaré Douglas Wake, chef de la mission d’observation électorale du bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE. « Néanmoins, des mesures de réforme beaucoup plus fondamentales dans des domaines tels que l’accès aux médias, la responsabilité des infractions électorales, et la réglementation du financement des campagnes, ainsi que leur mise en œuvre effective, sont indispensables afin de garantir que tous les candidats peuvent se présenter aux élections sur un pied d’égalité, que la société civile et les médias peuvent dûment contribuer au débat politique et que tous les électeurs ont la possibilité de faire des choix pleinement éclairés ».