Développements récents au Moyen-Orient: l’attaque terroriste du Hamas contre Israël et la réponse d'Israël
Addendum au rapport
| Doc. 15890 Add.
| 22 janvier 2024
- Commission
- Commission des questions politiques et de la démocratie
- Rapporteur :
- M. Piero FASSINO,
Italie, SOC
- Origine
- Addendum
au rapport Doc. 15890,
approuvé par la commission le 22 janvier 2024. 2024 - Première partie de session
1 Introduction
1. Lors de sa réunion des 12 et
13 décembre 2023, la commission des questions politiques et de la démocratie
a approuvé un rapport et adopté un projet de résolution sur les
«Développements récents au Moyen-Orient: l’attaque terroriste du
Hamas contre Israël et la réponse d’Israël», en vue d’un débat à
la partie de session de janvier 2024. À cette occasion, j’ai fait
part de mon intention de présenter un addendum au rapport pour tenir
compte de l’évolution de la situation.
2. Le conflit dure depuis plus de 100 jours et la situation dans
la région reste tendue. De nombreux otages sont toujours captifs,
la situation humanitaire à Gaza s’est encore dégradée et le risque
d’un embrasement régional s’est accru.
2 Le conflit Israël-Hamas
et ses conséquences sur le plan humanitaire
3. La guerre de forte intensité
menée par Israël contre le Hamas s’est poursuivie en décembre et
en janvier. Les tirs de roquettes des groupes armés palestiniens
sur Israël ont continué, de même que les opérations terrestres et
les combats entre les forces israéliennes et les groupes armés palestiniens
dans la majeure partie de la bande de Gaza
Note.
4. L’armée israélienne fait état de 186 soldats israéliens tués
et 1 113 blessés depuis le début des opérations terrestres.
5. Aucun autre otage n’a été libéré depuis la pause d’une semaine
observée fin novembre 2023. Les corps de huit otages ont été retrouvés
par les forces israéliennes et Israël a déclaré que 25 otages sont
morts en captivité. Le sort des autres otages reste extrêmement
préoccupant.
6. Des milliers d’Israéliens se sont rassemblés en Israël pour
appeler à la libération des otages détenus à Gaza, les manifestants
et les familles d’otages appelant le Gouvernement israélien à prendre
de nouvelles initiatives pour obtenir leur libération, et à approuver
tout accord qui conduirait à leur libération. S’exprimant le 14
janvier 2024, le chef de l’opposition Yair Lapid a déclaré que le
retour des otages était l’objectif le plus urgent des visées de
guerre d’Israël.
7. Le 16 janvier 2024, un accord, négocié par la France et le
Qatar, a été annoncé pour livrer des médicaments aux otages détenus
à Gaza, ainsi qu’une aide supplémentaire médicale et humanitaire
aux Palestiniens.
8. Selon les statistiques du ministère de la Santé dirigé par
le Hamas à Gaza en date du 14 janvier 2024, le conflit aurait fait
au moins 23 968 morts et 60 582 blessés parmi les Palestiniens
Note. 1,9 million de
personnes, soit 85 % de la population de Gaza, ont été déplacées
à l’intérieur du territoire
Note.
9. Face au risque majeur d’effondrement de la situation humanitaire
à Gaza, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres,
a invoqué l’article 99 de la Charte des Nations Unies le 6 décembre
2023, pour la première fois sous son mandat, afin de demander au
Conseil de sécurité d’éviter une catastrophe humanitaire
Note. L’invocation de l’article 99 permet au
Secrétaire général d’attirer l’attention du Conseil de sécurité
sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le
maintien de la paix et de la sécurité internationales. Dans sa lettre
du 6 décembre 2023, le Secrétaire général a renouvelé son appel
pour qu’un cessez-le-feu humanitaire soit déclaré et que la communauté
internationale use de toute son influence afin d’empêcher une nouvelle
escalade et de mettre un terme à la crise.
10. Pour remédier aux conséquences du conflit sur le plan humanitaire,
le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté, le 22 décembre
2023, après plusieurs cycles de négociations, une résolution exigeant
de faciliter et de permettre l’acheminement immédiat, sûr et sans
entrave de l’aide humanitaire à grande échelle directement à la
population civile palestinienne de Gaza, et d’autoriser et de faciliter
l’utilisation de l’ensemble des voies d’accès disponibles vers et
dans toute l’enclave palestinienne.
11. Les besoins humanitaires liés aux déplacements à grande échelle
se sont accrus en raison du manque d’abris, de nourriture, d’eau,
de médicaments et de soins médicaux. Le 15 décembre 2023, le Gouvernement israélien
a annoncé qu’il ouvrirait son point de passage de Kerem Shalom pour
permettre l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza. Les premières
livraisons via ce point de passage ont eu lieu le 17 décembre 2023. Malgré
cette avancée, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires
et Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies, Martin
Griffiths, a déclaré, le 12 janvier 2024, que l’acheminement de
l’aide était insuffisant pour répondre aux besoins actuels à Gaza
Note.
Dans une allocution du 15 janvier 2024, le Secrétaire général des
Nations Unies a déclaré que les problèmes d’accès à l’aide humanitaire
augmentaient le risque de famine, de maladies et autres menaces
sanitaires
Note.
12. Les efforts diplomatiques pour tracer une voie vers une paix
et une sécurité durables ont inclus d’autres visites en Israël du
conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan,
et du secrétaire d’État des États-Unis, Antony Blinken, en décembre
2023 et janvier 2024. Ces visites ont été axées sur la libération
des otages restants, sur la crise humanitaire et la protection des
civils à Gaza, et sur la prévention de la propagation du conflit
Note.
3 Procédure devant
la Cour internationale de Justice
13. Le 29 décembre 2023, l’Afrique
du Sud a demandé à la Cour internationale de justice (CIJ) de prendre d’urgence
des mesures conservatoires ordonnant à Israël de suspendre immédiatement
ses opérations militaires à Gaza et contre Gaza et de protéger les
habitants contre les actes de génocide, alléguant des violations
par Israël de la Convention de 1948 pour la prévention et la répression
du crime de génocide
Note.
14. Le 29 décembre 2023, le ministère israélien des Affaires étrangères
a répondu à la requête adressée par l’Afrique du Sud à la CIJ, notant
qu’Israël était pleinement attaché au droit international et agissait conformément
à celui-ci, et que le pays dirigeait ses efforts militaires uniquement
contre le Hamas et d’autres organisations terroristes coopérant
avec ce dernier. Le ministère a rejeté le fondement factuel et juridique
de la demande de mesures conservatoires déposée par l’Afrique du
Sud
Note. Les audiences
concernant cette requête se sont tenues les 11 et 12 janvier 2024.
4 Violence des
colons
15. La situation des droits humains
en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, a continué de
se détériorer. Selon les chiffres confirmés par le Haut-Commissariat
des Nations Unies aux droits de l’homme, 330 Palestiniens ont trouvé
la mort entre le 7 octobre 2023 et le 10 janvier 2024. Par ailleurs,
toujours selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, des communautés
entières d’éleveurs ont été déplacées de force en raison de la violence
des colons
Note.
16. Face à l'augmentation de la violence des colons, le secrétaire
d'État des États-Unis, Anthony Blinken, a annoncé le 6 décembre 2023
que le département d'État imposerait une interdiction de visa aux
colons israéliens de Cisjordanie. Le Haut Représentant de l’Union
européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité,
Josep Borrell, a déclaré, après la réunion du Conseil des Affaires
étrangères du 11 décembre 2023, que la Commission européenne allait
travailler sur une proposition visant à imposer des sanctions aux
colons de Cisjordanie
Note.
17. L'Australie, la Belgique, le Canada, le Danemark, la Finlande,
la France, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, l'Espagne,
la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont publié,
le 15 décembre 2023, une déclaration commune dans laquelle ils appellent
Israël à prendre des mesures immédiates et concrètes pour lutter
contre la violence record des colons en Cisjordanie occupée. Il
est indiqué dans la déclaration que les niveaux sans précédent atteints
par la violence des colons compromettent la sécurité en Cisjordanie
et dans la région, et menacent les perspectives d'une paix durable.
5 Risques régionaux
18. D'autres événements alarmants
se sont produits en mer Rouge, qui risquent d'exacerber les tensions régionales.
Les Houthistes ont tout d’abord lancé des attaques de missiles et
de drones contre Israël depuis le Yémen après le déclenchement de
la guerre entre Israël et le Hamas, le 7 octobre 2023; ils ont déclaré
que ces attaques se poursuivraient jusqu’à ce qu’Israël mette fin
à sa campagne militaire à Gaza. Leurs attaques se sont étendues
en novembre 2023 aux navires ayant un lien supposé avec Israël.
Depuis décembre 2023, les attaques contre les navires commerciaux
semblent être devenues systématiques après que les Houthistes ont
averti tous les transporteurs d'éviter les ports israéliens.
19. Les Houthistes, qui font peser une menace permanente sur la
navigation maritime, ont lancé au moins une vingtaine d'attaques
contre des navires marchands et commerciaux depuis le 19 novembre 2023.
Le Secrétaire général de l’Organisation maritime internationale
(OMI), Arsenio Dominguez, a fermement condamné ces attaques contre
les transports maritimes internationaux et a réitéré l’appel à la
désescalade afin de garantir la sécurité des gens de mer, la liberté
de navigation et la stabilité des chaînes d’approvisionnement
Note. Des recherches
menées par l'Institut d'économie mondiale de Kiel ont permis d'estimer
que le détournement de la navigation maritime de la mer Rouge a
réduit de près de 65 % le volume de transport par containers à travers
la mer Rouge
Note.
20. En réponse aux attaques menées par les Houthistes en mer Rouge,
une coalition dirigée par les États-Unis a lancé l’opération «Gardien
de la prospérité» (Prosperity Guardian)
le 18 décembre 2023, pour contrer les menaces pesant sur le commerce
maritime international dans la région. Le 4 janvier 2024, les gouvernements
des États-Unis, de l'Australie, du Bahreïn, de la Belgique, du Canada,
de l'Allemagne, de l'Italie, des Pays-Bas, de la Nouvelle-Zélande,
de la République de Corée, de Singapour et du Royaume-Uni ont publié
une déclaration dans laquelle ils considérent que les attaques menées
par les Houthistes en mer Rouge sont illégales, inacceptables et
profondément déstabilisantes et constituent une menace directe pour la
liberté de navigation.
21. Le 10 janvier 2024, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté
une résolution dans laquelle il exige que les Houthistes cessent
immédiatement toutes leurs attaques et appelle à la prudence et
à la retenue afin d'éviter une nouvelle escalade en mer Rouge et
dans l'ensemble de la région.
22. Le 11 janvier 2024, des frappes aériennes ont été menées par
les forces des États-Unis et du Royaume-Uni contre plusieurs installations
militaires des Houthistes
Note. D'autres frappes
ont été annoncées depuis par les États-Unis et le Royaume-Uni. Les
Houthistes ont riposté en lançant des missiles balistiques et de
croisière contre un navire militaire et un porte-conteneurs américains.
Le Secrétaire général de l'ONU a souligné la nécessité d'éviter
des actes qui pourraient aggraver encore la situation au Yémen,
et des responsables de l'ONU ont mis en garde contre le risque que
de nouveaux incidents annulent les progrès enregistrés récemment
sur le plan humanitaire au Yémen
Note.
23. La fréquence des échanges de tirs entre les forces israéliennes
et les acteurs du Hezbollah au Liban a également augmenté. Cette
escalade des combats transfrontaliers s’est notamment traduite par
une frappe contre une base israélienne de contrôle du trafic aérien
le 8 janvier 2024. Cette attaque est intervenue après la frappe
qui a tué le chef politique adjoint du Hamas, Saleh Arouri, à Beyrouth
le 2 janvier 2024. Le 15 janvier 2024, le Secrétaire général de
l'ONU a fait part de ses préoccupations concernant les échanges
de tirs quotidiens et les risques de déclencher une escalade plus
large entre Israël et le Liban. Il a appelé à la désescalade et
à la fin des hostilités
Note.
6 Conclusions
24. L'évolution de la situation
dans la région n'a fait que renforcer la nécessité, pour la communauté internationale,
d'appeler à un cessez-le-feu immédiat et prolongé afin de permettre
un accès total, rapide, sûr et sans entrave à la population de Gaza.
25. Le risque réel et croissant de conflagration régionale exige
une collaboration intensive avec les partenaires régionaux et internationaux
pour empêcher une nouvelle escalade.
26. L'importance d'une paix durable et la poursuite active d'une
vision à long terme pour la région est évidente. L'Assemblée parlementaire
a constamment plaidé en faveur d'une solution à deux États et devrait continuer
à utiliser son engagement bien fondé avec à la fois la délégation
d'observateur d'Israël et la délégation partenaire pour la démocratie
de la Palestine pour renforcer le dialogue parlementaire en vue d'atteindre
une paix stable et sécurisée.
27. Enfin, plus de 100 jours après les attaques barbares menées
par le Hamas et d'autres milices contre Israël le 7 octobre 2023,
des otages sont toujours en captivité. Il faut assurer leur libération
immédiate et inconditionnelle.