Les enfants et le monde du travail: éradiquer le travail nocif pour les enfants
Réponse à Recommandation
| Doc. 16081
| 03 décembre 2024
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1513e réunion des Délégués des Ministres
(27 novembre 2024). 2025 - Première partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2276
(2024)
1. Le Comité des Ministres
a examiné avec attention la
Recommandation
2276 (2024) de l’Assemblée parlementaire «Les enfants et le monde
du travail: éradiquer le travail nocif pour les enfants». Il l’a
transmise aux organes compétents pour information et observations
éventuelles
Note. Le Comité
des Ministres soutient l'appel de l'Assemblée parlementaire en faveur
d'une action plus efficace et coordonnée à tous les niveaux pour
mettre fin au travail des enfants d'ici à 2025, conformément aux
engagements pris au titre de la cible 8.7 du Programme de développement
durable des Nations Unies à l’horizon 2030. Il partage l'avis de
l'Assemblée parlementaire selon lequel les instruments du Conseil
de l'Europe qui fournissent un cadre juridique protecteur pour les
enfants, ainsi que l'Appel à l'action de Durban sur l'élimination
du travail des enfants (2022), constituent une base concrète pour
prendre des mesures visant à contribuer à l'éradication du travail
des enfants.
2. Le Comité des Ministres souhaite inviter les États membres
et observateurs à examiner les recommandations spécifiques énumérées
aux paragraphes 2.1, 2.2 et 2.3, en accordant une attention particulière
au paragraphe 2.2, en vue de l’adhésion aux différents instruments
du Conseil de l’Europe. En ce qui concerne la Charte sociale européenne
(révisée), les États membres sont également encouragés à ratifier son
Protocole additionnel prévoyant un système de réclamations collectives.
3. À cette fin, le Comité des Ministres estime opportun de rappeler
l'importance des instruments du Conseil de l’Europe visés dans la
recommandation et les activités pertinentes menées en rapport avec
le problème abordé.
4. Le Comité des Ministres rappelle qu'en vertu de la Charte
sociale européenne, les États parties doivent fixer l'âge minimum
d'admission à l'emploi à 15 ans (article 7§1). Le Comité européen
des Droits sociaux (CEDS) a précisé que le travail au sein de la
famille relevait également de cette règle, même s'il est informel. Les
exceptions ne s'appliquent qu'aux travaux légers qui ne risquent
pas de porter atteinte à la santé, au bien-être moral, au développement
ou à l'éducation de l'enfant. Des mesures doivent être pris pour
protéger et aider les enfants en situation de vulnérabilité, en
accordant une attention particulière aux enfants des rues et aux enfants
exposés au risque de travail, y compris dans les zones rurales.
En outre, en vertu de l’article 7§10, les États doivent interdire
l’exploitation des enfants, notamment l’exploitation sexuelle et
par le travail, la traite, la mendicité et le prélèvement d’organes,
et former les professionnels concernés sur ces questions.
5. Le CEDS souligne que les États parties doivent non seulement
garantir la législation nécessaire pour protéger les enfants mais
aussi sa mise en œuvre complète, assortie d'un suivi et de sanctions
adéquats. Dans ses conclusions de 2023, le CEDS a relevé plusieurs
problèmes: des interdictions insuffisantes sur l’emploi des moins
de 15 ans, des heures de travail excessives pour les enfants, des
lacunes dans l'incrimination de l’exploitation sexuelle et une protection
insuffisante pour les enfants victimes de violences, d’exploitation
et d’abus dans l’environnement numérique.
6. L'appel de l'Assemblée dans cette recommandation est aussi
pleinement conforme à la
Stratégie
du Conseil de l'Europe pour les droits de l'enfant (2022-2027), notamment dans le cadre de son objectif stratégique 2
«L'égalité des chances et l'inclusion sociale pour tous les enfants»,
appelant à «s'attaqu[er] […] aux situations des enfants vivant dans
une situation économique difficile ou dans la pauvreté, des enfants touchés
par les migrations et les déplacements forcés (y compris à des fins
de travail des enfants)».
7. La Stratégie souligne également, dans le cadre de son objectif
stratégique 6 «Les droits des enfants dans les situations de crise
et d'urgence», la vulnérabilité particulière des enfants dans les
conflits armés, les migrations ou les déplacements forcés, ainsi
que le risque accru que les enfants dans ces situations deviennent
victimes d'exploitation ou de traite, y compris à des fins d'exploitation
par le travail, ou tombent dans la pauvreté et finissent par travailler
dans la rue ou dans des conditions pouvant leur être préjudiciables.
Pour garantir la protection des droits de l'enfant dans les situations
de crise et d'urgence, notamment via la prévention du travail des
enfants, la Stratégie prévoit d'aider les États membres du Conseil
de l’Europe à mettre en place des systèmes de protection de l'enfance
solides, de répertorier les nouvelles situations de vulnérabilité
qui pourraient découler des situations de crise ou d’urgence et
de concevoir des mesures de protection novatrices.
8. La question du travail préjudiciable des enfants est également
couverte par l'objectif stratégique 1 «Une vie sans violence pour
tous les enfants», appelant à la protection des enfants contre les
abus, la négligence, la maltraitance, l'exploitation ou la traite,
qui pourrait inclure des situations de travail préjudiciable des
enfants. La Recommandation
CM/Rec(2009)10 sur les stratégies nationales intégrées de protection
des enfants contre la violence, dont la mise en œuvre est actuellement
en cours d’examen, demande également que l'interdiction de la violence
à l'égard des enfants couvre le travail ou les services forcés.
Elle considère aussi que l'exploitation des enfants inclut le travail
ou les services forcés.
9. Le Groupe de consultation du Conseil de l'Europe sur les enfants
d'Ukraine (GCU) a également abordé la question du travail nocif
pour les enfants. Le GCU, une plateforme multilatérale de coopération
entre les États membres du Conseil de l'Europe, l'Union européenne,
les organisations internationales et les organisations de la société
civile concernées, a été créé avec le soutien du CDENF dans le cadre
du suivi de la «
Déclaration
de Reykjavík – Unis autour de nos valeurs». Le 2 juillet 2024, lors de sa réunion plénière, le GCU
a tenu une audition spéciale visant à mieux comprendre les risques
de traite des êtres humains auxquels sont confrontés les enfants
d'Ukraine, y compris à des fins d'exploitation sexuelle et de travail,
et a identifié les nouveaux défis apparus dans le cadre de la prévention
et de la lutte contre ce phénomène de traite. L'audition a souligné
la nécessité de renforcer la prise de conscience des risques de
traite des enfants ukrainiens dans les États membres du Conseil
de l'Europe et un rapport commun des secrétariats du GCU et du Groupe d'experts
sur la lutte contre la traite des êtres humains (GRETA) a été publié
en octobre 2024.
10. Le Comité des Ministres souligne également l'importance de
la Convention du Conseil de l'Europe sur la lutte contre la traite
des êtres humains dans ce domaine, notamment en relation avec l'objectif
de développement durable 8.7 des Nations Unies, qui demande, entre
autres, l'interdiction et l'élimination des pires formes de travail
des enfants et invite à mettre fin, d'ici à 2025, au travail des
enfants sous toutes ses formes. La Convention oblige également les
États à prendre des mesures de protection visant à réduire la vulnérabilité
des enfants à la traite, à mettre en place des procédures spéciales
pour les enfants dans le cadre de l'identification des victimes,
et à accorder des mesures de protection spéciales aux enfants victimes
et témoins, prenant en compte leur intérêt supérieur.
11. Le GRETA a constamment mis l'accent sur la traite des enfants
dans ses activités de suivi, en particulier la traite à des fins
de travail forcé. Ses rapports par pays, en particulier ceux du
deuxième cycle d'évaluation de la Convention, contiennent des chapitres
spécifiques sur la prévention de la traite des enfants et sur l'assistance
qui est apportée à ceux qui en sont victimes. Le quatrième cycle
d’évaluation du GRETA, qui a débuté en 2023, continue de suivre
les efforts déployés par les États pour réduire la vulnérabilité
des enfants, identifier et aider les victimes, et punir les auteurs
d’infractions. Le groupe a également souligné la nécessité de prendre
des mesures préventives spécifiques pour les enfants vulnérables,
notamment les enfants non déclarés, les enfants en institution,
les enfants des rues et les mineurs non accompagnés. Le GRETA a souligné
la nécessité de lutter contre la traite des enfants à des fins d'exploitation
sous diverses formes, notamment le travail forcé, la servitude domestique
et la criminalité.
12. Le GRETA a également publié une Note d'orientation sur la
prévention et la lutte contre la traite à des fins d'exploitation
par le travail, qui examine la situation spécifique des enfants
victimes de traite à des fins d'exploitation par le travail et les
obligations des États parties en la matière. Cette note souligne
que les États devraient sensibiliser le grand public aux risques
et aux différentes manifestations de la traite des enfants (y compris
à des fins de travail forcé) et donner la priorité à la sensibilisation
et à la formation des professionnels concernés (enseignants, personnel
éducatif, professionnels de la protection de l'enfance, travailleurs
sociaux, tuteurs).
13. Enfin, le Comité des Ministres rappelle sa Recommandation
CM/Rec(2022)21 aux États membres sur la prévention et la lutte contre
la traite des êtres humains à des fins d’exploitation par le travail,
dont le préambule rappelle les instruments internationaux existants,
notamment la Convention de l’OIT sur les pires formes de travail
des enfants de 1999, et souligne la pertinence de la recommandation
pour la question du travail des enfants. Le rapport explicatif de
la Recommandation
CM/Rec(2022)21 comprend une section spécifique sur la protection des
enfants victimes dans ce contexte (paragraphes 37-39).