Logo Assembly Logo Hemicycle

Plan général destiné à résoudre simultanément le problème du déséquilibre permanent des échanges entre les Etats-Unis et l'Europe, et le problème de l'aide à apporter aux pays sous-développés

Proposition de Directive | Doc. 31 | 30 mai 1952

Rapporteur :
M. Guy MOLLET, France
Thesaurus

Exposé des motifs

On se rappelle les paroles d'espoir des Etats-Unis qui expriment que lorsque le fardeau du réarmement pourra être diminué, de nouvelles ressources seront libérées pour des programmes considérablement élargis de reconstruction et de développement des pays arriérés; mais on note que les divers plans actuellement en vigueur n'ont qu'à peine mordu sur le problème qui se pose devant la conscience de l'humanité, et l'on doit remarquer que l'élan original, qui était né de la généreuse inspiration du Point IV et du Plan de Colombo, a disparu, alors que le réarmement défensif n'en fournit qu'une justification qui ne paraît pas complètement suffisante.

Il faut se rendre compte que les plans d'aide aux pays sous-développés seront d'une application très lente; que leur épanouissement sur le pied correspondant aux besoins réels à satisfaire ne pourra alors intervenir qu'à un moment où les économies nationales ne seront plus soumises aux tensions du réarmement; et qu'ainsi rien ne s'oppose à leur étude systématique immédiate et au début de leur mise en oeuvre.

Alors que l'aide à apporter aux pays arriérés afin de leur permettre de partir sur la route du progrès est un impératif catégorique pour les nations évoluées, l'échec des dernières années provient sans doute de ce que le problème, qui n'est que celui du déséquilibre systématique existant entre les nations riches et les nations pauvres, ne peut être résolu s'il est attaqué de façon isolée et indépendante des autres facteurs de l'économie globale.

Il faut souligner, d'autre part, qu'en ce qui concerne les relations entre l'Amérique et les autres pays évolués, les espoirs de ceux qui escomptaient un retour naturel à l'équilibre des échanges dans une atmosphère de liberté grandissante ont été déçus; et l'on doit alors supposer que les crises successives qui surviennent régulièrement chez de nombreux pays de l'Europe et de l'Amérique latine procèdent d'une cause naturelle qui devrait être recherchée dans la nouvelle image de l'économie mondiale. De façon plus précise, on doit constater que ces mêmes économies, à la fin du Plan Marshall, ne sont qu'à peine en mesure de se procurer les ressources strictement indispensables pour que les machines et les corps humains ne soient pas arrêtés.

Il faut bien admettre qu'un tel résultat est contraire aux espérances passées et qu'il est fort éloigné de l'objectif que l'économie du xxe siècle doit s'assigner. On doit alors supposer qu'en face de ce second problème, qui revêt également l'aspect d'un déséquilibre persistant, le remède, là encore, consiste peutêtre à ne pas lui chercher une solution isolée et indépendante des facteurs qui gouvernent l'économie du reste du monde.

On est ainsi impérieusement conduit à étudier la relation à établir entre ces deux problèmes, et l'obligation éventuelle de leur fournir une solution unique et indivisible, si l'on veut enfin sortir de la phase des expédients successifs et trouver la base ferme et durable d'une économie mondiale libre, en expansion, et qui satisfasse les besoins de travail et de produits de toutes les nations. Le principe central d'un tel plan consisterait à permettre désormais à l'Europe de gagner, par F aide apportée aux pays arriérés, les sommes nécessaires à la compensation de son déficit naturel vis-à-vis des États-Unis.

Proposition de directive

L'Assemblée

Décide l'étude de la liaison à établir entre les deux principaux problèmes économiques qui actuellement confrontent le monde : le déséquilibre des échanges entre l'Europe et les États-Unis, et l'aide à apporter aux pays sous-développés, et décide l'étude d'un plan général permettant de les résoudre simultanément par l'application de principes conformes à la physionomie actuelle du monde.