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Troisième rapport d'activité du Comité intergouvernemental pour les Migrations européennes

Rapport | Doc. 351 | 10 juin 1955

Thesaurus

1 Lettre du Directeur du Comité intergouvememental pour les Migrations européennes au Secrétaire Général du Conseil de l'Europe datée du 25 mai 1955

Monsieur le Secrétaire Général,

En vue du rapport que vous envisagez de soumettre à l'Assemblée sur les activités du Comité intergouvernemental, j'ai le plaisir de vous adresser ci-inclus des exemplaires du « Rapport d'activité du Comité pour l'année 1954 », ainsi qu'un document d'information récapitulant les activités du premier trimestre de 1955 et les résultats de la deuxième Session de notre Conseil qui s'est tenue récemment.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l'assurance de ma haute considération.

1.1 Ire PARTI E - Rapport sur les travaux du Comité pendant l'année 1954 présenté par le Directeur adjoint

TABLE DES MATIÈRES

Paragr. n°

Chapitre Ier. — INTRODUCTION - 1-6

Chapitre II. — ÉMIGRATION PENDANT L'ANNÉE 1954 - 7-15

Chapitre III. — RÉALISATION DES OBJECTIFS POUR LES DIFFÉRENTS PROGRAMMES. - 16-47

PROGRAMMES DE MIGRATIONS - 16-40

Mouvements effectués. - 16-18

Plans de regroupement familial. - 19-25

Accords bilatéraux, émigration de travailleurs et projets spéciaux - 26-30

Loi américaine d'aide aux réfugiés. - 31-34

Autres programmes concernant les réfugiés - 35-39

Programmes des sociétés bénévoles exécutes à l'aide des fonds d'avance. - 40

TRANSPORTS MARITIMES ET AÉRIENS - 41-47

Chapitre IV. — ENTRÉE EN VIGUEUR DE L'ACTE CONSTITUTIF - 48-51

Chapitre V. — ADMINISTRATION - 52-55

Chapitre VI. — LIAISON, INFORMATION ET RECHERCHES - 56-65

Liaison - 56-59

Information - 60-63

Recherches - 64-65

Chapitre VII. — MESURES PRISES POUR DÉVELOPPER ET AMÉLIORER LES MIGRATIONS - 66-82

Services de la migration - 68-73

Nouveaux débouchés - 74

Colonisation agricole - 75-78

Futurs plans d'opérations et leurs incidences financières - 79-82

Chapitre VIII. — CONCLUSION - 83-87

Page

ANNEXE. — Nombre d'émigrants transportés par le Comité (classés par pays d'émigration et d'immigration) - 33

1.1.1 Rapport sur les travaux du Comité pendant l'année 1954

1.1.1.1 IN MEMORIAM

1. Peu de temps après la fin de la première Session du Conseil, le Directeur du Comité des Migrations, M. Hugh Gibson, est décédé. M. Gibson a consacré les trois dernières années de sa vie à réaliser, sous la forme du Comité intergouvernemental pour les Migrations européennes, sa conception des migrations internationales qui lui tenait tant à coeur. Sa disparition est une perte cruelle, mais il est consolant de penser qu'il a pu voir la réalisation partielle de son oeuvre et assister à la session au cours de laquelle l'Acte constitutif est entré en vigueur et où l'on a pu déclarer que, pour la première fois, le chiffre des mouvements fixé comme objectif pour l'année avait été atteint. Les résultats exposés dans le présent rapport sont dus, dans une large mesure, h la clairvoyance, à la foi et à la profonde humanité du Directeur disparu.

1.1.1.2 CHAPITRE ler - Introduction

1. Dans son rapport annuel pour 1953, le Directeur déclarait que cette année devait être considérée comme une période d'essai. Si l'on ne peut aller jusqu'à dire que 1954 a été l'année des réalisations, elle a du moins été une année où l'on a pu enregistrer des résultats limités mais importants.
2. Dès le début de l'année, l'organisation avait devant elle trois objectifs principaux : tout d'abord, atteindre le chiffre de mouvements fixé comme objectif, ce qu'elle n'avait pu faire en 1952 et en 1953; ensuite, mettre en vigueur l'Acte constitutif qui avait été approuvé à la sixième Session (octobre 1953), et enfin préparer les voies à des migrations plus importantes et mieux ordonnées, capables, au cours des années à venir, d'atténuer la gravité du double problème des excédents de population en Europe et de la pénurie de main-d'oeuvre dans les pays d'outre-mer en voie de développement.
3. Le plan d'opérations de 1954, tel qu'il avait été approuvé à la session d'octobre 1953, envisageait l'émigration de 117.600 personnes. A. la septième Session, en avril 1954, le Comité a adopté un plan révisé qui portait ce total à 118.400; en fait, 121.222 emigrants sont partis, au cours de l'année, grâce à l'aide du Comité. Ce chiffre, peu important peut-être si l'on considère l'ampleur des problèmes démographiques que le Comité s'efforce de résoudre, était cependant de 38 % plus élevé que le chiffre correspondant de 1953.
4. Au cours de l'année, les notifications d'acceptation de l'Acte constitutif ont été envoyées par les gouvernements membres à un rythme extrêmement satisfaisant. Pour que l'Acte pût entrer en vigueur, il fallait que seize gouvernements membres dont les contributions administratives représentaient au total 75 % au moins du budget d'administration eussent notifié leur acceptation. Dès le début de novembre, ce pourcentage était atteint et le 26 novembre la seizième acceptation parvenait au Comité.
5. La troisième tâche consistait à préparer les voies qui rendraient possible un accroissement des mouvements au cours des années à venir. Les premières bases avaient été jetées en 1953 grâce à la création des services de migration et aux programmes de colonisation agricole; l'année 1954 a permis d'acquérir l'expérience pratique des services les plus propres à contribuer au développement des migrations et des méthodes les plus appropriées pour faciliter l'installation des immigrants sur des terres.
6. A la fin de 1954, lorsque ces trois tâches furent achevées, il devint évident que la période d'essai et de préparation était désormais franchie et que le Comité pouvait espérer apporter une contribution substantielle à la solution des problèmes démographiques des États membres. Sans doute, l'avenir ré-serve-t-il encore maintes déceptions, maintes difficultés à surmonter; il y aura des moments où les progrès paraîtront bien lents; le chemin sera ardu, mais du moins, on peut dire dès à présent qu'il est nettement tracé.

1.1.1.3 CHAPITRE II

Émigration pendant l'année 1954

7. Dans notre rapport pour 1953, un chapitre avait été consacré à un bref examen de la tendance générale des mouvements migratoires au cours de l'année et des conditions économiques et démographiques dans lesquelles le Comité avait été appelé à travailler. Les résultats obtenus par le Comité en 1954 apparaîtront peut-être d'une manière plus nette s'ils sont présentés dans un cadre analogue.

8. L'année 1954 a été très satisfaisante pour l'économie de l'Europe occidentale. La production industrielle s'est accrue d'environ 8 %, — pourcentage qui n'avait jamais été atteint depuis 1951, — et elle a été accompagnée d'un accroissement important du volume du commerce extérieur. De plus, ces progrès ont été réalisés dans une période de stabilité monétaire générale. Le chômage a diminué, notamment en Autriche et en Allemagne et, bien qu'il n'y ait guère eu-de réduction visible en Italie, le volume du sous-emploi y a probablement diminué.

9. En dépit de cette amélioration générale de l'économie, les facteurs fondamentaux du problème démographique dont se préoccupe le Comité sont restés pratiquement inchangés. Aux Pays-Bas, où existe cependant le plein emploi, la nécessité de l'émigration reste toujours actuelle; en Italie et en Grèce, le chômage et plus spécialement le sous-emploi demeurent de graves problèmes auxquels l'émigration constitue un remède nécessaire bien qu'insuffisant. En Allemagne et en Autriche, le chômage est encore sujet à de larges fluctuations saisonnières; des problèmes spéciaux à chacun de ces pays n'ont pas encore trouvé de solution : en Autriche, il s'agit des réfugiés étrangers et des réfugiés d'origine ethnique allemande résidant dans dos camps et, en Allemagne, des réfugiés étrangers, des agriculteurs réfugiés dépourvus de terres, des femmes en excédent, de la main-d'oeuvre non spécialisée et des jeunes gens sans formation professionnelle.

10. Dans les pays d'immigration, on ne peut pas encore discerner do tendance générale. En Australie, les chiffres de l'immigration, pour l'année 1954, sont très supérieurs à ceux de l'année précédente, mais au Canada, ces chiffres sont probablement un peu inférieurs. Des difficultés économiques avaient provoqué, en Australie, une diminution de l'immigration, qui a été moins importante en 1953 que pendant chacune des autres années postérieures à 1948. Toutefois, l'annonce de l'augmentation du nombre d'immigrants à admettre pendant l'exercice financier 1er juillet 1953-30 juin 1954 a montré un renversement de la tendance et l'objectif de l'exercice 1954-1955 a même été fixé à un chiffre supérieur; il s'ensuit que l'immigration en Australie pendant l'année 1954 a dépassé do 36 % le chiffre de l'année précédente.

11. Au Canada, l'immigration, pendant presque toute l'année 1954, a été légèrement supérieure aux chiffres de 1953 et ce n'est qu'en octobre que les chiffres ont commencé à diminuer. Il est intéressant d'observer que le niveau de l'immigration a pu être maintenu, bien que la réduction saisonnière du chômage, habituellement constatée au printemps, ne se soit pas manifestée aussi rapidement que d'habitude et que le chômage ait accusé, pendant toute l'année, des chiffres plutôt supérieurs à ceux de 1953. Les statistiques pour l'ensemble de l'année 1954 n'avaient pas encore été publiées au moment de l'élaboration du présent rapport, mais il semble que le total annuel doive être inférieur d'environ 5 % à celui de 1953.

12. Les statistiques complètes de l'immigration en Amérique latine, pendant l'année 1954, ne sont pas encore parvenues. Toutefois, il y a lieu de croire que l'immigration s'est maintenue à peu près au même niveau qu'en 1953; il est même probable que pour certains pays, tels que l'Argentine, elle a accusé une légère progression.

13. La courbe des mouvements migratoires au départ de l'Europe, qui ne cessait de s'abaisser depuis 1951, s'est relevée en 1954. Bien qu'on ne dispose pas de statistiques complètes pour l'année, il semble que le total de l'émigration au départ des cinq pays d'émigration membres du Comité ait augmenté d'en-Ariron 15 %.

14. La part prise en 1954 par le Comité des Migrations dans le relèvement des chiffres de l'émigration d'Europe et de l'immigration dans les pays d'outre-mer a été imjDortante, ainsi qu'il ressort du tableau ci-dessous qui concerne trois pays surpeuplés d'Europe : l'Italie, la Grèce et l'Ile de Malte et deux pays d'outre-mer en plein développement : l'Argentine et l'Australie.

    1953     1954
  Total I.C.E.M % Total I.C.E.M %
Italie 106.853 20.980 19,6 138.744 48.263 34,8
Grèce 9.950 4.096 41.2 19.000Note 11.775 62,0
Malte 2.830 11.455 5.483 47,9
Argentine 53.333 9.023 16,9 68.000 Note 29.309 43,1
Australie 74.915 13.327 17,8 101.964 37.773 37,0

15. Dans chacun de ces pays, 1954 a constitué une meilleure année, du point de vue de la migration, que 1953 et, dans chaque cas, l'augmentation a été due en grande partie au nombre accru des mouvements effectués sous les auspices du Comité.

1.1.1.4 CHAPITRE III - Réalisation des objectifs fixés pour les différents programmes

1.1.1.4.1 Programmes de migrations

Mouvements effectués

16. Ainsi qu'il a été déjà signalé, le Comité a légèrement dépassé en 1954 les objectifs qu'il s'était fixés et il a transporté un nombre de personnes supérieur d'environ 38 % à celui de 1953. Les tableaux ci-après présentent une comparaison des opérations d'émigration et d'immigration effectuées sous les auspices du Comité en 1953 et en 1954 et indiquent les pays où l'amélioration a été particulièrement marquée.

TABLEAU I - Régions d'emigration
      Pourcentage
  1953 1954 plus moins
Autriche 5.532 6.411 1.5,9  
Allemagne 40.325 34.931   13,4
Grèce 4.096 11.775 187,5
Italie 20.980 48.263 130,0
Pays-Bas 2.290 1.274   44,5
Shanghai/Hong Kong 3.267 1.450   55.6
Trieste 1.352 5.735 324,2  
Autre pays 9.686 11.383 17,5    
Total 87.534 121.222 38,5  

17. On observera que les augmentations les plus importantes intéressent l'Italie, la Grèce et Trieste, et qu'elles sont de plus de 100 % pour chacun de ces pays; les raisons principales de ces augmentations sont de deux ordres : en premier lieu, elles sont dues à la remarquable réussite des plans de regroupement familial, et, en second lieu, elles s'expliquent par l'augmentation continue de l'immigration en Australie après la période de consolidation de 1952-1953. Le chiffre des mouvements effectués sous les auspices du Comité au départ de l'Allemagne a toutefois été inférieur de 13,4 % en 1954 par rapport au chiffre de 1953. L'assistance prêtée par le Comité au Canada en vue de suppléer à la pénurie de transports vers ce pays a été beaucoup moindre en 1954 qu'en 1953 : 15.420 personnes seulement ont été transportées d'Allemagne au Canada par le Comité en 1954, contre 27.977 personnes en 1953.

TABLEAU 2 - Pays d'immigration
      Pourcentage
  1953 1954 plus moins
Argentine 9.023 29.309 224,8  
Australie 13.327 37.773 183,4  
Brésil 12.718 16.336 28,5  
Canada 36.928 21.294   42,3 Chili 776 814 4,9  
Israël 2.389 1.037   56,6
États-Unis 6.367 7.246 13,8  
Venezuela 3.922 5.307 35,3  
Autres pays 2.084 2.106 1,1    
Total 87.534 121.222 38,5  

18. Trois faits importants ressortent du tableau ci-dessus : premièrement, l'augmentation considérable des mouvements vers l'Argentine et l'Australie et — bien que dans une moindre mesure — vers le Brésil et le Venezuela; deuxièmement, la diminution des mouvements vers le Canada, et, troisièmement, l'augmentation plutôt faible des mouvements vers les États-Unis, bien que les dispositions de la loi américaine d'aide aux réfugiés aient été en vigueur pendant toute l'année.

Plans de regroupement familial

19. Le facteur qui a le plus contribué à améliorer la statistique des mouvements effectués en 1954 est le succès continu des plans de regroupement familial, dans le cadre desquels 46.682 personnes ont émigré au cours de l'année 1954.

20. On se souviendra que le Comité avait mis en oeuvre ces plans de regroupement des familles afin de remédier à la situation pénible dans laquelle se trouvait un nombre croissant de familles dont le chef avait émigré et qui, sans aide, étaient dans l'impossibilité de le rejoindre. Les chefs de famille étaient partis seuls afin de trouver un emploi et de s'installer dans le pays avant de faire venir les membres de leur famille. Malheureusement, pour des milliers d'entre eux, l'établissement d'un foyer, l'envoi de fonds pour assurer l'existence de leur famille et la nécessité d'économiser en môme temps suffisamment pour payer le voyage des personnes à leur charge représentaient une tâche que les immigrants n'étaient pas en mesure d'accomplir dans un délai raisonnable; les familles se trouvaient donc dispersées, elles tombaient à la charge du pays d'émigration, tandis qu'un grand nombre de chefs de famille se faisaient rapatrier.

21. L'utilité des plans de regroupement familial a été démontrée en 1954. C'est en Italie que le plus grand nombre de familles dont le chef avait émigré étaient restées en arrière; or, en 1954, 44.606 personnes ont pu partir dans le cadre de ces plans de regroupement. La République Argentine a accueilli 28.821 membres de familles venant principalement d'Italie; 11.329 ont gagné le Brésil et 4.880 le Venezuela. Le regroupement familial qui permet aux pays d'immigration d'augmenter leur population et qui évite le rapatriement de la main-d'oeuvre immigrée est de la plus haute importance : les résultats qu'il donne ressortent clairement du tableau ci-dessous qui permet de comparer les mouvements migratoires d'Italie en Argentine au cours des huit premiers mois des années 1953 et 1954.

Immigration italienne en Argentine Note
  Hommes Immigration nette Femmes Immigration nette Arrivée Départ   Arrivées Départes  
Huit mois de 1953 6.000 8.580 en moins 2.580 7.674 3.850 en plus 3.824
Huit mois de 1954 10.961 6.206 en plus 4.755 14.423 3.312 en plus 11.111

22. On constatera qu'au cours des huit premiers mois de 1953, 2.580 Italiens sont rentrés de la République Argentine et que l'immigration nette des Italiennes dans ce pays ne s'est élevée qu'à 3.824 personnes. Au cours de la môme période de l'année 1954, il y a eu un renversement de la tendance et l'immigration nette des Italiens a atteint le chiffre de 4.755 personnes; l'immigration nette des Italiennes s'est élevée à 11.111 personnes.

23. Au cours du deuxième semestre de 1954 cependant, le rythme des regroupements familiaux a commencé à se ralentir; les familles qui étaient restées jusque-là en Italie étaient presque toutes parties; toutefois, un grand nombre de familles désiraient encore rejoindre leur chef; grâce à l'activité accrue des bureaux nationaux do la main-d'oeuvre en Italie, aidés de quatre équipes chargées de la préparation à l'émigration et mises à leur disposition par le Comité, le ralentissement des mouvements ne s'est pas poursuivi. En même temps, on a procédé à un recensement des familles italiennes qui n'avaient pas encore été appelées jDar leur soutien; ce recensement, auquel s'est ajoutée une plus large diffusion des renseignements concernant l'assistance offerte par le Comité des migrations, a permis d'augmenter le nombre des inscriptions de personnes à charge, notamment de celles qui désiraient rejoindre leur chef de famille au Venezuela. Toutefois, on a pu constater en fin d'année une diminution du nombre des familles prêtés à partir en Argentine, par suite de l'insuffisance numérique du personnel consulaire en Italie.

24. En dehors des projets principaux concernant l'émigration d'Italie vers l'Argentine, le Brésil et le Venezuela, d'autres projets de regroupement familial ont été réalisés, visant les emigrants d'Autriche, d'Allemagne et de Grèce, à destination principalement de l'Argentine et de l'Australie. Au cours du deuxième semestre de l'année, des négociations ont été menées à bonne fin avec le Gouvernement de l'Uruguay, en vue de la réalisation d'un projet visant à regrouper des familles restées en Italie et en Grèce. Les mouvements ont commencé au mois de novembre et, à la fin de l'année, 282 personnes avaient été transportées en Uruguay.

25. Ces projets de regroupement familial se sont révélés comme l'une des opérations les plus efficaces exécutées par le Comité au cours de l'année 1954; l'utilité de ces plans se fera probablement sentir pendant quelque temps encore, toutefois on ne saurait s'attendre qu'ils revêtent à l'avenir la même importance numérique par rapport à l'ensemble des mouvements du Comité.

Accords bilatéraux, émigration de travailleurs et projets spéciaux

26. Les mouvements vers l'Australie dans le cadre des divers accords bilatéraux et des contingents spéciaux viennent, au point de vue numérique, immédiatement après les projets de regroupement familial. Le Comité a transporté en Australie en 1954 près de trois fois plus de personnes qu'en 1953 et le total de ces emigrants représentait près de 35 % de tous les mouvements effectués par le Comité pendant l'année. L'Allemagne vient en tête avec 14.227 emigrants partis pour l'Australie, mais des contingents importants sont également venus de Grèce (9.038) et de Trieste (4.375). D'ailleurs, l'augmentation substantielle de l'émigration au départ de la Grèce et de Trieste, en 1954, doit être attribuée aux mouvements vers l'Australie

27. Au cours du deuxième semestre de l'année, le Comité a assuré le transport en Australie d'émigrants maltais à titre intégralement remboursable; cet arrangement a permis au Gouvernement de Malte de résoudre les problèmes posés par l'insuffisance de tonnage et, en même temps, de réaliser des économies sur le coût du transport par personne.

28. Les mouvements vers le Canada, bien que moins nombreux qu'en 1953, ont été assez importants, notamment par suite de l'amélioration de la situation générale des transports maritimes vers ce pays; le Comité a assuré le transport de 7.044 emigrants payant eux-mêmes leurs frais de transport et de 1.722 ouvriers agricoles, travailleurs et gens do maison qui ont bénéficié du système do prêts pour frais de voyage; le reste des 21.294 personnes transportées était composé d'émigrants et do familles qui avaient reçu pour leur passage des prêts provenant des fonds d'avance des sociétés bénévoles qui ont signé des accords avec le Comité (11.633), ou de personnes au bénéfice du Programme américain en faveur des Evadés (869), ou de migrants individuels.

29. Des travailleurs urbains et des ouvriers de l'industrie, au nombre de 2.386, provenant principalement d'Italie, de Grèce, d'Autriche et des Pays-Bas, ont été transportés au Brésil. L'office de placement, au sein duquel le Comité collabore avec les services compétents du Gouvernement brésilien, a trouvé des emplois pour beaucoup de ces travailleurs. Quelques petits contingents de travailleurs urbains et de gens de maison, venant principalement de Trieste et d'Italie, ont été transportés au Venezuela et au Chili.

30. Le Comité a transporté pendant l'année un certain nombre de familles agricoles .-— 502 personnes au total — qui seront dirigées sur des colonies agricoles au Brésil, en Argentine, au Costa-Rica, au Venezuela et au Chili.

Loi américaine d'aide aux réfugiés

31. On prévoyait, au début de l'année, que d'importants mouvements pourraient avoir lieu vers les Etats-Unis dans le cadre de la loi d'aide aux réfugiés, entrée en vigueur en 1953, tout en se rendant compte que les premiers mois seraient probablement consacrés à la mise en place des services et à l'établissement des procédures nécessaires.

32. Au cours du premier trimestre, le personnel consulaire et les services chargés d'examiner les candidats ont été installés et les autorités américaines ont achevé les négociations avec les gouvernements des pays d'origine au sujet de certaines questions, telles que les permis de retour. Aux termes de la loi, le Comité des migrations doit aider les personnes qui ont reçu un visa en application de cette loi et qui ont besoin d'une assistance, financière ou autre. En vertu d'accords conclus avec les sociétés bénévoles internationales, celles-ci avancent les frais de voyage et perçoivent les remboursements pour le compte du Comité; en cas de besoin, elles-mêmes accordent des prêts pour les frais de transport par terre et les frais accessoires. Le Congrès des États-Unis a adopté, en cours d'année, l'amendement Graham qui permet de substituer, dans les contingents, des proches parents à certaines catégories de réfugiés, en Grèce, en Italie et aux Pays-Bas. On avait pensé que, comme les proches ' parents pourraient ne pas avoir besoin d'une aide financière autant que les réfugiés, l'amendement aurait pour effet de réduire le nombre des personnes assistées par le Comité.

33. En réalité, les résultats pour l'année entière ont été bien inférieurs aux prévisions : 13.056 personnes ont été admises aux États-Unis en application de la loi, la majorité d'entre elles étant des proches parents qui avaient obtenu leur visa en Italie et en Grèce; c'est ainsi que le Comité n'a été appelé à aider que 267 personnes. Vers la fin de l'année la cadence des opérations relatives aux formalités préalables semblait s'accélérer : à la date du 31 décembre 1954, le Département d'État à Washington avait reçu 25.684 affidavits, dont 20.448 avaient été vérifiés et transmis aux pays d'émigration; il y avait probablement à cette époque près de 42,000 personnes en train de subir les formalités préalables, aux différents stades.

34. Il a été décidé d'établir, en accord avec les sociétés bénévoles intéressées, un programme commun d'orientation et d'enseignement des langues à l'intention des personnes qui émi-grent aux Etats-Unis en vertu de cette loi, avec l'aide du Comité. Il a été convenu que le Comité se chargerait de ce programme à bord des bateaux, tandis que les sociétés bénévoles organiseraient ces cours et conférences avant l'embarquement et après l'arrivée.

Autres programmes concernant les réfugiés

35. Il est stipulé, à l'article 1er, paragraphe 3, de l'Acte constitutif que le Comité « s'occupera de l'émigration des réfugiés ». Conformément à ce mandat, le Comité a entrepris trois catégories principales d'opérations : premièrement, il transporte les réfugies choisis par les gouvernements dans le cadre de projets d'immigration collective; deuxièmement, il prête son assistance, en collaboration avec des organisations telles que le Programme américain en faveur des Évadés et les sociétés bénévoles internationales, au transport des réfugiés pour lesquels on peut obtenir des visas individuels; troisièmement, il s'efforce de réinstaller des groupes de réfugiés européens qui se trouvent encore dans certaines régions telles que le Moyen-Orient, l'Extrême-Orient et Trieste. Au cours de l'année 1954, le Comité a été en mesure d'aider au transport do 26.900 personnes répondant d'une manière générale à la définition de réfugiés; 16.224 d'entre elles relevaient du mandat du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

36. Les gouvernements des pays d'immigration ont continué de recruter des réfugiés remplissant les conditions requises pour les projets d'immigration collective et, bien qu'il n'y ait pas encore de statistiques complètes pour l'année 1954, il y a lieu de croire que le nombre de ces personnes est de l'ordre de 5.000.

37. L'heureuse collaboration qui s'était établie entre le Comité et l'administration du Programme américain en faveur des Évadés s'est poursuivie et deux nouveaux accords sont encore venus la renforcer : le premier règle la coopération des deux parties pour le transport des réfugiés européens au départ de la Chine, et le second prévoit l'étude en commun de projets relatifs au placement, dans des institutions, de vieillards et d'autres catégories de réfugiés de Trieste; le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés doit également participer à cette étude. L'accord initial conclu avec 1' U. S. E. P. est resté en application pendant toute l'année et le Comité a transporté 8.793 réfugiés qui bénéficiaient de l'assistance de cet organisme.

38. Les progrès réalisés vers la solution du problème des réfugiés de Trieste ont été particulièrement satisfaisants. Lorsque le Comité a accepté en 1953 d'administrer un fonds spécial en faveur de ces réfugiés, on comptait dans les camps du Gouvernement militaire allié 4.341 réfugiés et personnes déplacées qui pouvaient bénéficier de ce fonds. En juillet 1954, il n'en restait plus que 2.178, mais d'autres. réfugiés étaient arrivés à Trieste en grand nombre depuis la mise en oeuvre du programme alimenté par le fonds spécial. Comme le fonds spécial disposait encore d'un solde important, il a été décidé de faire aussi bénéficier du fonds les nouveaux arrivés. Au cours de l'année 1954, le Comité a réinstallé 3.102 réfugiés de Trieste dont 1.073 ont reçu l'assistance du fonds spécial; 483 étaient des personnes qui avaient besoin d'être placées dans des institutions et les membres de leur famille; elles ont été dirigées sur des pays d'Europe, principalement en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Au 31 décembre 1954, il restait à Trieste 3.006 réfugiés et personnes déplacées, dont 1.700 se trouvaient déjà dans cette ville lors de la mise à exécution du programme du fonds spécial et 1.306 étaient arrivés par la suite.

39. Le programme spécial de transport des réfugiés européens d'Extrême-Orient, qui avait donné de si bons résultats en 1953, a été sérieusement compromis en 1954 par les restrictions imposées à la sortie de Chine des réfugiés, de sorte que 1.450 personnes seulement ont été réinstallées contre 3.267 en 1953. Cette situation inquiétante a vivement préoccupé le Comité, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés et les sociétés bénévoles dont le concours a été si précieux pour procurer aux réfugiés de Chine des possibilités de placement. Le Comité a pu organiser, malgré certaines difficultés, une série de vols au départ de Hong-Kong pour transporter des réfugiés âgés, tuberculeux ou atteints de maladies mentales ou chroniques qui devaient être hospitalisés dans des institutions en Europe; il a également fourni le personnel médical d'accompagnement. Ce programme est financé par des contributions spéciales et il est agréable de signaler qu'en 1954, des contributions ont été reçues à ce titre de la Belgique, du Canada, du Danemark, de la Norvège, de la Nouvelle-Zélande, des Pays-Bas, de la Suède et de la Suisse, ainsi que des autorités de l'U. S. E. P.

Programmes des sociétés bénévoles exécutés à l'aide des fonds d'avance

40. La collaboration établie avec les sociétés bénévoles internationales qui s'occupent de migration est devenue un élément essentiel des opérations du Comité; elle s'est poursuivie au cours de l'année 1954 avec quelques changements peu importants. La subvention forfaitaire aux fonds d'avance des sociétés bénévoles qui ont conclu des accords avec le Comité a été ramenée de 100 dollars à 90 dollars pour le deuxième semestre; toutefois, la subvention destinée aux services accessoires fournis par les sociétés bénévoles a été maintenue à 20 dollars par personne. Ces sociétés ont également reçu d'importantes subventions afin de développer leurs services de placement dans les pays d'immigration; si, au cours de l'année, elles ont rencontré quelques difficultés pour procurer aux immigrants des possibilités de placement en Amérique latine, elles ont, par contre, obtenu de bons résultats en Australie et au Canada. L'émigration de 20.211 personnes a été facilitée grâce aux prêts pour frais de voyage et dépenses accessoires qu'elles ont accordés sur leurs fonds d'avance.

Transports maritimes et aériens

41. L'augmentation considérable des transports effectués par le Comité en 1954 a imposé une très lourde tâche aux services de transports maritimes et aériens, à une époque où le mouvement touristique se développait, notamment sur les lignes de l'Atlantique nord et sud, et où les périodes d'activité maximum des compagnies maritimes avaient tendance à se prolonger. Il était donc difficile d'obtenir des places supplémentaires pour répondre à l'accroissement des mouvements migratoires et le Comité n'a été en mesure de faire face à tous les besoins de transport que grâce à la coopération des compagnies maritimes avec lesquelles il a l'habitude de travailler ainsi que des diverses conférences qui s'occupent des grandes routes maritimes; les transports aériens ont été utilisés plus largement qu'au cours des années antérieures.

42. Pour organiser ses transports, le Comité a eu recours à diverses méthodes : il a réservé des places à bord de bateaux ou d'avions des lignes régulières pour des emigrants individuels ou des groupes, ou conclu des contrats pour s'assurer la totalité ou la grande partie des cabines d'un bateau, ou affrété des navires pour un voyage circulaire, ou encore loué des avions pour un ou plusieurs vols.

43. L'intérêt croissant porté par les armateurs au trafic touristique régulier a toutefois facilité la tâche du Comité qui s'efforce d'améliorer les conditions matérielles du transport. Plusieurs bateaux ont été réaménagés et les installations améliorées de manière à pouvoir soutenir la comparaison avec les bateaux de la classe touriste; de plus, ils ont subi les transformations nécessaires pour permettre de transporter, d'une manière satisfaisante, les groupes familiaux dont le nombre ne cesse de s'accroître; les armateurs ont également accepté de réserver à bord des navires les locaux nécessaires aux services religieux, aux cours d'orientation et de langues.

44. Sur la base des prévisions relatives au trafic pendant la saison d'été, et après entente avec la Conférence de l'Atlantique Nord, il a été convenu que deux navires effectueraient douze voyages d'avril à novembre entre Bremerhaven, Rotterdam et Québec. Les transports du nord de l'Europe vers l'Amérique latine n'ont donné lieu à aucune difficulté, mais en cë qui concerne les mouvements au départ des ports méditerranéens, il y a eu des périodes où il était difficile d'obtenir des places, notamment vers la côte orientale de l'Amérique du Sud. Cependant, grâce à la collaboration des compagnies et des conférences, toutes les demandes ont pu être satisfaites.

45. Les transports vers l'Australie qui, depuis 1953, ont considérablement augmenté, ont posé les problèmes les plus difficiles. Cependant on a pu organiser les services nécessaires pour répondre aux besoins du Comité, et deux bateaux sont partis régulièrement de ports du nord de l'Europe et un de la Grèce. On a également fait des arrangements pour que certains navires qui avaient assuré le service sur l'Atlantique Nord jusqu'en septembre-octobre soient transférés ensuite sur le parcours australien, et pour que d'autres embarquent des emigrants à La Valette, au Pirée et dans des ports italiens. Au cours du quatrième trimestre, onze navires avaient des contrats avec le Comité afin de transporter vers l'Australie des emigrants en provenance d'Allemagne, d'Autriche, d'Italie, de Trieste, de Malte et de Grèce; en dépit de ce tonnage supplémentaire, il a fallu utiliser largement la voie aérienne.

46. Au cours de l'année, 48 vols spéciaux ont été organisés vers les États-Unis au départ de Munich, Bruxelles, Paris, Francfort, Stockholm et Athènes. Un important service aérien vers l'Australie a été établi au cours du deuxième semestre, afin de remédier au manque de place à bord des bateaux et des contrats prévoyant 34 vols spéciaux ont été signés. En outre, certains groupes de réfugiés ont été transportés par avion : sept vols ont été effectués au départ de Hong-Kong afin de transférer en Europe des réfugiés atteints de maladies chroniques ou qui devaient être placés dans des institutions, et quatre vols ont transporté au Royaume-Uni des réfugiés d'Allemagne et d'Autriche.

47. L'extension simultanée des mouvements migratoires et du trafic touristique a posé de nombreux problèmes de transports; toutefois jusqu'à présent, les difficultés ont pu être surmontées grâce à la collaboration des compagnies maritimes et à une meilleure compréhension des besoins particuliers de l'émigration; il convient cependant de ne pas sous-estimer ces difficultés, car elles ne manqueront pas de s'accentuer à mesure que se développera le programme d'activité du Comité.

1.1.1.5 CHAPITRE IV - Entrée en vigueur de l'Acte constitutif

48. Aux termes de la Résolution constitutive de la Conférence de Bruxelles, qui créait l'organisation pour une période do douze mois seulement, les gouvernements membres devaient chaque année adopter une résolution prolongeant l'existence du Comité pour une nouvelle période. Toutefois, dès la quatrième Session (octobre 1952), on a reconnu que l'organisation ne pourrait s'acquitter de sa tâche d'une manière vraiment satisfaisante que si elle était assurée d'une plus longue période de stabilité. En conséquence, une résolution adoptée à cette époque demandait que soit préparé un avant-projet de constitution. Douze mois plus tard, à la sixième Session, tenue à Venise, un texte de constitution était approuvé et les gouvernements membres étaient invités à notifier le plus tôt possible au Directeur leur acceptation du nouvel Acte constitutif : la mise en vigueur de cet Acte constituait donc l'un des objectifs principaux de l'année 1954.

49. Dès le mois de janvier 1954, le Gouvernement italien notifiait son acceptation et pendant toute l'année, les notifications d'autres gouvernements se sont succédées. Au 30 novembre 1954, à la veille de l'ouverture de la huitième Session, la seizième notification parvenait et les contributions de ces seize gouvernements à la partie administrative du budget représentaient 81,5 % du total : l'Acte constitutif pouvait donc entrer en vigueur.

50. A la séance d'ouverture de la huitième Session, le Comité était informé que les conseillers juridiques avaient constaté que les conditions stipulées à l'article 33 pour l'entrée en vigueur de l'Acte constitutif étaient remplies. La délégation des Etats-Unis d'Amérique soumettait un projet de résolution, présenté par M. Chauncey W. Reed, ancien président du sous-comité de l'Acte constitutif pendant la sixième Session, déclarant l'Acte constitutif en vigueur à la date du 30 novembre 1954, convoquant la première Session du Conseil pour le même jour et transmettant au Conseil les documents qui avaient été soumis au Comité. Cette résolution ayant été adoptée à l'unanimité, la huitième et dernière Session du Comité était déclarée close et la première Session du Conseil ouverte.

51. Ainsi que plusieurs orateurs le firent observer à cette séance, l'organisation avait été fondée, à titre provisoire, par seize nations seulement; depuis cette époque, le nombre des Gouvernements membres s'était élevé à vingt-quatre; en permettant, à 275.000 personnes d'émigrer d'Europe dans un pays d'outremer et en créant de nouvelles méthodes pour encourager et développer l'émigration outremer, l'organisation avait prouvé qu'elle était capable d'aider à résoudre l'un des plus importants problèmes auxquels le monde doit faire face : c'est-à-dire l'existence d'une population excédentaire dans certains pays d'Europe et l'insuffisance de population dans un grand nombre de pays d'outre-mer en voie de développement. Bien que l'Acte constitutif ne prévoie qu'une organisation non permanente, sa mise en vigueur a apporté l'élément de stabilité indispensable au développement de ses opérations et à l'établissement de projets à long terme, qui faisait défaut jusqu'à ce jour.

1.1.1.6 CHAPITRE V - Administration

52. Il a été procédé pendant l'année à une étude complète de l'organisation du siège central et des bureaux régionaux, ainsi que du système de traitements et indemnités en vigueur depuis la création du Comité.

53. La conclusion de la première étude a été que la structure de l'organisation était foncièrement saine et qu'aucune modification importante n'était nécessaire, sauf quelques légers changements dans l'organisation intérieure de certains départements du siège central. Dans le cadre de cette étude, on a examiné les fonctions et responsabilités incombant aux différents postes et élaboré un tableau de la structure hiérarchique du personnel qui devait prendre effet dès le début de l'année 1955, en môme temps que le nouveau système de traitements qui serait approuvé par le Conseil. L'étude du système des traitements et indemnités a abouti à une proposition qui a été soumise au Conseil à sa première Session : le nouveau système, comparable à celui des Nations Unies, était fondé sur un barème de traitements établis pour le siège central, assortis, pour les bureaux extérieurs, de différentiels en plus ou en moins selon le coût de la vie dans les différents pays et comportant des allocations familiales; cette proposition a été approuvée par le Conseil et est entrée en vigueur au début de l'année 1955.

54. Des mesures préliminaires ont été prises en cours d'année, afin de mécaniser certaines fonctions administratives et il a été procédé à la revision des méthodes et procédures en vigueur, en vue d'éliminer les travaux non essentiels et d'accroître le rendement. De nouveaux bureaux ont été ouverts à Monté-vidéo en Uruguay, à Rosario, à Mcudoza et à Tucuman en République Argentine, et à Sao Paulo au Brésil. Deux bureaux auxiliaires ont été fermés à Carlsruhe et à Hanovre en Allemagne, et deux autres ont été ouverts à Kapfenberg et à Villach, en Autriche.

55. On s'est efforcé de maintenir les dépenses d'administration à un niveau raisonnable et des économies dépassant 520.000 dollars — y compris une réserve de 328.575 dollars imprévus — ont été réalisées sur le budget des dépenses' d'administration approuvé par le Comité à sa septième Session.

1.1.1.7 CHAPITRE VI - Liaison, information et recherche

Liaison

56. Le Comité a maintenu des liaisons étroites, pendant toute l'année, avec d'autres organisations internationales et régionales s'occupant de migration. Des contact réguliers ont été assurés avec les institutions spécialisées des Nations Unies, l'O. I. T., l'O. A. A., l'UNESCO et le Haut Commissaire pour les réfugiés, sur des questions relatives aux opérations telles que la colonisation agricole, les normes médicales de la sélection et les transports de réfugiés, notamment le transport des réfugiés d'Extrême-Orient dont le Comité s'occupe en collaboration avec le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. En outre, des représentants du Comité ont assisté à la réunion annuelle du groupe technique de travail sur la migration qui réunit, sous la présidence de l'O. I. T., les institutions spécialisées des Nations Unies qui s'intéressent à cette question.

57. A la suite d'une correspondance échangée avec le Secrétariat des Nations Unies à New-York, des relations plus étroites ont été établies dans la dernière partie de l'année avec la Commission économique pour l'Amérique latine; ces contacts sont particulièrement importants, étant donné que les activités concernant la colonisation agricole sont probablement appelées à se développer dans ces régions. Des arrangements ont été pris afin d'établir une liaison officielle entre les représentants locaux du Comité d'assistance technique et les chefs de mission du Comité, dans les régions où les deux organisations poursuivent leurs opérations.

58. Des contacts étroits ont été maintenus avec des organisations régionales européennes. Un représentant du Comité a été invité à assister aux réunions du Comité de la main-d'oeuvre de l'O. E. C. E. et de la commission de la Population et des Réfugiés du Conseil de l'Europe; des rapports sur l'activité du Comité sont régulièrement envoyés à ces organisations. Le Comité a également été en relation avec le Représentant Spécial du Conseil de l'Europe pour les réfugiés nationaux et les excédents de populations et plusieurs entretiens officieux ont eu lieu avec lui sur des problèmes d'intérêt commun.

59. Pour donner suite aux voeux exprimés dans la Résolution n° 69, adoptée à la septième Session du Comité, on s'est efforcé tout particulièrement d'établir une liaison effective et des relations de travail étroites avec les organisations internationales de travailleurs et d'employeurs. Après des entretiens officieux avec les représentants de la Confédération internationale des Syndicats chrétiens, de la Confédération internationale des Syndicats libres et de l'Organisation internationale des Employeurs, il a été convenu epue des réunions de travail seraient tenues avec ces organisations à intervalles réguliers, et que l'une de ces réunions aurait toujours lieu dans les trente jours qui précèdent chaque session du Conseil; la première, tenue le 28 octobre 1954, a été très encourageante en ce qui regarde l'avenir de la collaboration avec les organisations intéressées et d'importantes questions pratiques y ont été étudiées d'une manière constructive,

Information

60. Le programme d'information pour 1954 comportait trois objectifs principaux : attirer l'attention du public sur les problèmes connexes relatifs aux populations excédentaires en Europe et aux pays d'outre-mer insuffisamment peuplés; stimuler l'intérêt général à l'égard de la migration outre-mer; faire connaître au public les objectifs et l'activité du Comité.

61. D'importantes études sur l'activité du Comité ont été publiées dans les principaux journaux du monde entier. Des articles spéciaux sur les problèmes démographiques et la contribution que le Comité apporte à leur solution ont été rédigés à l'intention de journaux et de revues; dans un certains cas, ces mêmes questions ont fait l'objet d'une série de 17 articles.

62. Certains événements particulièrement significatifs ont reçu une publicité spéciale : par exemple, un vol que l'on a appelé le Freedom Flight, organisé à l'occasion du deuxième anniversaire du Programme américain en faveur des Evadés pour transporter des « évadés » de Munich aux États-Unis; l'embarquement à Bremerhaven du 250.000e emigrant parti sous les auspices du Comité; le premier convoi important parti de Trieste pour l'Australie, et enfin la réinstallation de réfugiés malades ou infirmes venant d'Extrême-Orient et de Trieste. Le groupe d'études sur les problèmes des migrations européennes a publié une étude préparée sous les auspices du Comité et intitulée Modem Migration—A challenge to the West. Une autre brochure, rédigée spécialement pour le Comité, a paru, en français, sous le titre Le problème des hommes en trop.

63. Un journaliste bien connu de la radio australienne a diffusé une série de douze reportages, réalisés sous les auspices du Comité et des autorités australiennes, destinés à mieux faire connaître les « Néo-Australiens » et à faciliter leur assimilation. Une équipe suisse de cinéastes et de radio-reporters a visité le Brésil sous le patronage du Comité et a préparé un certain nombre d'émissions en langue française ainsi qu'un court métrage documentaire. Le premier film traitant de la migration et produit directement pour le Comité a été achevé au cours de l'année; il s'agit d'un documentaire sur le problème des populations excédentaires en Italie qui peut être projeté en versions anglaise, française, espagnole et portugaise.

Recherches

64. Aux activités décrites ci-dessus se sont ajoutés les travaux du Comité dans le domaine des recherches. Ces travaux avaient pour but de s'assurer que les programmes du Comité étaient fondés sur des faits économiques et démographiques dûment vérifiés et de mettre à sa disposition, pour établir ses plans d'opérations actuels et futurs, les conclusions les plus récentes des études scientifiques effectuées sur ces questions. Des relations étroites ont donc été maintenues avec des organismes tels que le Groupe de Recherche sur les Problèmes de la Migration européenne, le Centre européen d'Études de Population, l'Association européenne pour l'Étude des Problèmes de Réfugiés, le Centre européen de la Culture et l'Association économique internationale. Des fonctionnaires de l'Organisation ont été invités à participer à la Conférence mondiale sur la population à Rome, au Congres sur la migration tenu à Bréda sous les auspices de la Commission catholique internationale de la migration, et au Congrès international pour l'étude des problèmes des régions insuffisamment développées qui a eu lieu à Milan au mois d'octobre. En dehors de ces relations avec d'éminentes institutions scientifiques, le Comité a entrepris quelques études sur certains problèmes démographiques et économiques qui l'intéressaient directement et il a pu ainsi, en plusieurs occasions, être utile aux autorités compétentes de certains gouvernements membres, auxquelles il a été en mesure de fournir des renseignements.

65. Tout ce travail de liaison, d'information et de recherches tendait au môme but : permettre à l'Administration de mieux comprendre la nature de sa tâche et les problèmes qu'elle doit résoudre et mettre au courant de cette expérience l'opinion publique et les milieux officiels dont l'appui est indispensable au développement futur de l'activité du Comité.

1.1.1.8 CHAPITRE VII - Mesures prises pour développer et améliorer les migrations

66. En présentant son compte rendu d'activité pour la période janvier-avril 1954, le Directeur exprimait l'opinion que les résultats des quatre premiers mois étaient importants surtout parce qu'ils prouvaient que le Comité était capable d'apporter à l'avenir une contribution substantielle à la solution des problèmes démographiques. Il estimait que, pour alléger d'une manière efficace et sensible la pression démographique en Europe et accroître la population des pays d'outre-mer, il importait d'augmenter très fortement les mouvements migratoires effectués avec l'aide du Comité. Le .Directeur insistait sur l'effort qu'exigerait un plan de ce genre et il suggérait, dans leurs grandes lignes, les méthodes qui permettraient de le réaliser. La réponse des délégations à cette déclaration a été favorable et, dans la résolution adoptée ultérieurement, on a reconnu que « dans l'intérêt des gouvernements membres, il conviendrait d'étudier avec soin toutes les possibilités d'accroître et de développer les activités du Comité dans le cadre de son mandat ».

67. Au cours de l'année 1954, le Comité a abordé sous trois formes principales le problème visant à développer la migration : il a tout d'abord collaboré étroitement avec les gouvernements membres afin d'améliorer des services essentiels de la migration et d'assurer la pleine utilisation de toutes les possibilités existantes d'émigration; en deuxième lieu, il a recherché les régions dans lesquelles l'immigration européenne est faible ou non existante, afin d'y créer de nouveaux débouchés; enfin, il a poursuivi son programme d'encouragement à la colonisation agricole.

Services de la migration

68. Dès 1953, des progrès remarquables avaient été réalisés dans le domaine des services de la migration. En Grèce et à Trieste, le Comité était déjà chargé de la préparation à l'émigration et de la présélection, et en Italie, il avait collaboré avec le Gouvernement italien et l'O. I. T. à la formation d'un certain nombre de fonctionnaires chargés de la présélection. Des cours de langues fonctionnaient en Grèce; un projet-pilote de formation professionnelle avait été organisé en Italie et l'on s'occupait d'améliorer la diffusion de renseignements sur les pays d'accueil aux candidats à la migration; en cas de besoin, le Comité avait publié lui-même des brochures d'information. Dans les pays d'outre-mer, le Comité collaborait déjà avec le Gouvernement brésilien pour le placement des immigrants et avec le Gouvernement argentin pour le développement de la ferme-école de Santa Catalina destinée aux agriculteurs immigrants. En 1954, le Comité s'est donc préoccupé de développer ces premières initiatives qui avaient donné d'excellents résultats.

69. Dans le domaine de la présélection, le fait le plus saillant a été l'accord conclu avec le Gouvernement italien en vue de la création d'un service commun d'aide à la sélection. Ce service était le prolongement naturel des cours de perfectionnement destinés aux fonctionnaires de la présélection, inaugurés en 1953 avec l'aide de l'O. I. T. et poursuivis en 1954 conjointement par le Gouvernement italien et le Comité. Ces deux programmes et l'amélioration des méthodes de sélection qui en est résultée ont permis de réduire le nombre des candidats refusés au stade final de la sélection et le coût forfaitaire de la présélection, dans une mesure telle que le Gouvernement italien a demandé la collaboration permanente du Comité pour les opérations de présélection et qu'il a été décidé de créer un service commun.. Ce service comprendra des fonctionnaires du C. I. M. E. qui collaboreront avec l'organe italien compétent au recrutement de candidats emigrants, à leur présélection professionnelle et médicale et au contrôle de leurs papiers. Non seulement ce système apportera une aide aux autorités italiennes, mais encore il simplifiera la tâche des missions de sélection des pays d'accueil.

70. Un autre cours de formation professionnelle a été inauguré dans la dernière partie de l'année, cette fois en Grèce; ce cours avait pour but de perfectionner les connaissances professionnelles de quelque 200 mécaniciens, soudeurs, électriciens et menuisiers de nationalité grecque qui désiraient émigrer au Brésil, mais dont la formation professionnelle n'était pas suffisante pour répondre aux critères exigés. Le premier cours s'est ouvert à Salonique avec 80 ouvriers et le deuxième à Athènes avec le môme nombre d'élèves; l'enseignement était donné dans les écoles professionnelles existantes, toutefois il comportait un programme intensif comprenant quatre heures de portugais chaque semaine; quelques élèves du premier groupe ont pu s'embarquer pour le Brésil en 1954.

71. Vers la fin de l'année, le Comité a conclu avec le Gouvernement italien un accord prévoyant l'organisation de trente-quatre cours professionnels qui seront donnés dans les écoles existantes, en Italie méridionale. Les cours porteront sur les treize métiers les plus demandés par les pays d'immigration; la première série qui sera inaugurée le lor mars 1955 s'adressera à 415 ouvriers semi-qualifiés; la majeure partie des frais sera assumée par le Gouvernement italien, mais le Comité participera à la direction générale des cours et versera une allocation de 60 dollars pour chaque élève qui êmigrera. Après une première période expérimentale, on envisage de rendre ce programme permanent et de l'étendre à d'autres parties de l'Italie.

72. Les cours de langues donnés en Grèce et à bord des bateaux ont été poursuivis pendant toute l'année, toutefois l'expérience acquise dans ce domaine a montré la nécessité d'établir des manuels-types pour les langues anglaise, espagnole et portugaise et d'appliquer des méthodes d'enseignement accéléré. On a jugé qu'il conviendrait d'élaborer, pour renseignement des langues, un texte uniforme adapté aux différentes situations auxquelles un immigrant aurait à faire face dans sa nouvelle patrie et d'utiliser un matériel complémentaire d'enseignement composé d'enregistrements sur bandes reproduisant ledit texte prononcé par des personnes du pays; les professeurs devraient être entraînés à utiliser cette méthode standard et la continuité de l'enseignement serait assurée dans la mesure du possible. Des spécialistes et des établissements d'enseignement ont été consultés à ce sujet et il a été décidé de confier à la Georgetown University, Washington D. C, la mission d'établir le texte-type et un système d'enseignement simple et rapide. Il y a lieu d'espérer que la documentation et le matériel complémentaire pourront être utilisés pendant le deuxième semestre de 1955 et que cette nouvelle méthode rép>ondra à toutes les situations où l'enseignement de la langue est indispensable.

73. Tous les services mentionnés ci-dessus ont été fournis soit dans le pays d'émigration, soit à bord des bateaux. Toutefois, il est apparu clairement que les services essentiels de la migration pourraient être utilement développés en collaboration avec les gouvernements des pays d'accueil. L'aide fournie actuellement par le Comité pour le placement des immigrants au Brésil et pour l'exploitation d'une ferme-école en Argentine a déjà été signalée. On a estimé qu'il convenait de faire plus encore et il a été décidé d'envoyer dans les pays de l'Amérique latine un fonctionnaire supérieur chargé de conférer avec les services gouvernementaux intéressés et les chefs de mission du Comité, afin de rechercher quels autres champs, d'activité pourraient s'offrir au Comité. Le voyage de ce fonctionnaire a été extrêmement utile : certaines recommandations ont été mises à effet dès 1954 et d'autres seront étudiées et appliquées dans le courant de l'année 1955. Il a été décidé d'établir, avec la collaboration du Gouvernement de l'Argentine, des bureaux auxiliaires dans l'intérieur du pays, à Tucuman, à Mendoza et à Rosario, afin de développer les services de regroupement familial du ' Comité et d'aider les répondants. Des négociations ont été entamées avec le Gouvernement du Chili, au sujet de l'établissement à Santiago d'un centre d'accueil et de placement pour les immigrants; en fin d'année, on procédait à l'aménagement des locaux et un accord était en voie d'être conclu avec le Gouvernement et avec la Commission catholique internationale des Migrations qui se chargera d'administrer le centre.

Nouveaux débouchés

74. L'attention du Comité a été attirée de temps à autre sur la possibilité d'ouvrir de nouveaux débouchés à l'immigration européenne en Afrique. L'Administration a donc accueilli avec satisfaction une invitation de la nouvelle Fédération de la Rhodésie et du Nyas-saland, en vue d'envoyer dans ce pays un haut fonctionnaire du Comité, en visite non officielle. Ce fonctionnaire a séjourné en Afrique en octobre et en novembre 1954 et il a eu des entretiens extrêmement utiles avec les fonctionnaires compétents de la Rhodésie et d'autres territoires africains. Il est apparu que les mouvements migratoires vers l'Afrique seraient assez restreints au début et qu'ils ne pourraient se développer que lentement et prudemment; toutefois l'intérêt des gouvernements des territoires en question à l'égard d'une immigration européenne s'est manifesté nettement. Un représentant de la Rhodésie a assisté à la première Session du Conseil en décembre en qualité d'observateur et il a annoncé que son Gouvernement pourrait ultérieurement adhérer au Comité.

Colonisation agricole

75. Des progrès notables ont été enregistrés dans l'établissement de plans de colonisation agricole économiquement sains. L'expert du Comité en matière de colonisation agricole a tout d'abord effectué un voyage d'étude en Amérique latine; il était accompagné, dans certains pays, d'autres membres du personnel particulièrement au courant des conditions et des problèmes locaux. Les conclusions de cette mission préparatoire ont été en général très satisfaisantes : des terres convenant à l'établissement d'immigrants pourraient être obtenues à des prix raisonnables; la fertilité naturelle du sol, notamment s'il était cultivé avec les techniques modernes des colons européens, assurerait un rendement élevé et la demande croissante de produits agricoles dans la région, en offrant des débouchés favorables, garantirait le succès des colonies et le remboursement des capitaux investis. Les représentants du C.f.M.E. ont pu constater que des colons récemment installés s'étaient adaptés aux nouvelles conditions de vie et de travail sans rien perdre de leur efficacité et que la productivité des colonies d'immigrants existantes était satisfaisante. En outre, les gouvernements des pays visités étaient pleinement conscients de la valeur de projets de colonisation bien établis et ils s'occupaient de prendre les mesures législatives et administratives nécessaires pour les réaliser. On a pu également constater que plusieurs gouvernements étaient disposés à accorder à la colonisation agricole un appui financier important et que des fonds supplémentaires pourraient être obtenus de sources nationales, surtout si les milieux financiers étrangers s'intéressaient activement à ces opérations. Sur la base de ces constatations et des données et renseignements obtenus par la mission préparatoire, on a commencé pendant l'année à préparer une étude d'ensemble portant sur tous les aspects de la colonisation agricole, en particulier sur une question très importante, celle du financement.

76. Au cours du deuxième semestre de l'année, ces travaux essentiels de préparation ont trouvé un sérieux encouragement dans deux faits très significatifs : en premier lieu, les ministres des Finances et des Affaires économiques, réunis à la Conférence économique de l'Organisation des États américains à Rio-de-Janeiro, ont manifesté un vif intérêt pour la colonisation agricole. Cet intérêt et la valeur que l'on attachait au travail du Comité dans ce domaine se sont traduits par une résolution qui invitait « le Secrétaire Général de l'Organisation des États américains à prendre contact avec le C. I. M. E. afin d'attirer son attention sur la nécessité d'étudier, en accord avec les pays intéressés, les tendances de la migration dans le cadre d'un vaste programme de colonisation agricole, y compris les investissements de capitaux et le financement des opérations ».

77. En second lieu, un fait également encourageant a eu lieu au cours de la première session du Conseil en décembre 1954. Sur l'initiative de la délégation argentine, les gouvernements intéressés à la colonisation agricole ont tenu une réunion spéciale; les discussions ont porté essentiellement sur les problèmes financiers; la délégation argentine a exposé un projet de financement de la colonisation agricole en Argentine, au moyen d'une contribution du Gouvernement de ce pays complétée par des contributions analogues versées par les pays d'émigration et par des tiers. Le Gouvernement de la République Argentine est disposé à réserver à la colonisation, dans le deuxième Plan quinquennal, 25 % environ du budget total; cette proposition et les idées sur lesquelles elle repose, ont été chaleureusement accueillies par les autres délégations qui représentaient des pays d'émigration et des pays d'immigration. A la suite de cette réunion, le Directeur a été prié de rechercher avec les gouvernements membres la possibilité de tenir une conférence spéciale sur la colonisation agricole au cours de l'année 1955, cette conférence devant avoir lieu dans un pays où la colonisation agricole peut être envisagée.

78. C'est ainsi qu'à la fin de l'année, les bases sur lesquelles les futurs projets de colonisation agricole pourraient être établis commençaient à prendre forme; toutefois, il manquait la pierre angulaire, c'est-à-dire le mode de financement. La recherche d'une solution à cette question constituera la tâche essentielle de 1955.

Futurs plans d'opérations et leurs incidences financières

79. A la première Session du Conseil, en décembre 1954, les délégations ont adopté un plan d'opérations et un budget pour 1955 et elles ont procédé à une étude préliminaire d'un avant-projet de plan d'opérations et de budget pour 1956.

80. Le plan et le budget approuvés pour 1955 envisageaient le mouvement de 143.200 migrants et une dépense totale de 44.027.211 dollars, au titre des opérations. L'avant-projet de plan et le budget pour 1956, qui devra être révisé ultérieurement et soumis à la troisième Session du Conseil, en 1955, pour approbation définitive, envisageait le transport de 174.350 migrants pour une dépense totale de 52.191.111 dollars, au titre des opérations.

81. Bien que, à la fin de 1954, il restât au budget des opérations un solde de 2.500.000 dollars à reporter à l'année 1955, il faudra obtenir environ 2 millions de dollars de contributions supplémentaires pour pouvoir exécuter intégralement le programme de 1955. La question a retenu l'attention des gouvernements membres réunis à la septième Session du Comité ainsi que de l'Administration. L'une des solutions proposées consistait à généraliser l'application du principe de la participation des emigrants et de leurs répondants aux frais de transport; de très forts arguments d'ordre moral et psychologique militent en faveur d'une contribution des migrants sous une forme quelconque et l'on s'est rendu compte qu'un système de paiement partiel, plutôt que total, permettrait au Comité d'accorder une assistance à des groupes d'émigrants qui actuellement n'en bénéficient pas et de ce fait se trouvent dans l'impossibilité de partir. Le principe d'une contribution à demander à l'émigrant a été généralement admis, toutefois les avis ont différé sur les méthodes, notamment en ce qui concerne les avantages respectifs du paiement anticipé avant l'embarquement et du remboursement dans le pays d'immigration. Il a été convenu que l'administration, en consultation avec les gouvernements membres, s'efforcerait d'établir un système de paiements qui ne compromettraient pas la réinstallation des migrants et dont les frais de recouvrement seraient peu élevés. En fin d'année, on étudiait un système de cet ordre avec les gouvernements membres, dans l'espoir de pouvoir le mettre à exécution en 1955 à titre d'essai.

82. La deuxième suggestion a été présentée par la délégation des Pays-Bas et elle comprenait, en fait, deux propositions distinctes : la première prévoyait que, lorsque le Comité apportait une contribution à l'économie d'un pays en y affrétant des bateaux et avions ou en y maintenant des services, ce pays devrait s'engager à rembourser au C. I. M. E. un certain pourcentage de la dépense (le chiffre de 10 % a été proposé). La deuxième proposition envisageait de combler tout déficit ultérieur - par une taxe supplémentaire pour chaque emigrant transporté par le C. I. M. E.; cette taxe — qui pourrait être de 10 dollars par personne — serait acquittée par les pays d'émigration et d'immigration intéressés au mouvement. Ces propositions, qui ont été exposées dans une lettre adressée au Directeur, ont été communiquées à tous les gouvernements membres et elles seront probablement discutées à la prochaine session du Conseil.

1.1.1.9 CHAPITRE VIII - Conclusion

83. Il ressort de ce rapport que, si 1953 a été une période d'essai, l'année 1954 a vu des réalisations limitées mais imjjortantes, non pas tant en soi que parce qu'elles ont préparé les voies pour le développement futur des activités qui devront marquer les années à venir. La nécessité de ce développement se mesure d'après l'ampleur et la nature des problèmes pour lesquels le Comité a été créé et qu'il a été chargé de résoudre. Pendant l'année 1954, le regretté Directeur M. Hugh Gibson, n'a cessé, dans chacune de ses interventions, de marquer la préoccupation qu'il avait de préparer l'avenir; il exposait les objectifs à atteindre, les moyens de les réaliser et les dépenses à envisager. On ne saurait rendre suffisamment hommage au rôle joué par M. Gibson dans les travaux et le développement du Comité au cours des trois années difficiles pendant lesquelles il en a été le Directeur, à sa clairvoyance et à sa foi dans l'avenir du Comité.

84. Techniquement, il est possible d'accroître le chiffre des mouvements, par rapport à 1954, grâce à l'organisation mise sur pied par le Comité, aux services migratoires qu'il a établis en collaboration avec les autorités compétentes des gouvernements membres et aux possibilités d'accroissement de la capacité d'absorption des pays d'immigration résultant des projets de colonisation agricole et d'autres plans de développement auxquels le Comité pourrait prêter son assistance en qualité d'agent catalyseur et en fournissant la main-d'oeuvre représentée par les immigrants. Ceci ne veut pas dire que le chiffre des mouvements n'accusera pas des hauts et des bas ni que le chiffre élevé atteint au cours des premiers mois de 1954 se reproduira nécessairement chaque année. Les mouvements migratoires dépendent de ti'op de facteurs économiques, politiques, psychologiques et saisonniers pour ne pas être exposés à des fluctuations et à des régressions; néanmoins, malgré ces fluctuations temporaires ou saisonnières, la tendance générale devrait être vers une progression.

85. C'est ainsi qu'à la fin de 1954, deux constatations s'imposaient : tout d'abord la nécessité d'une émigration accrue, tant pour soulager la pression démographique dans certains pays que pour, renforcer la situation économique de pays en voie de développement; en second lieu, les techniques nécessaires à l'accroissement de l'émigration étaient bien comprises; elles avaient été en grande partie élaborées et étaient soit déjà mises à exécution, soit sur le point de l'être. Il est toutefois une question qui n'a pas trouvé de réponse en 1.954 : comment ce nombre accru de mouvements, techniquement possible, pourra-t-il être financé? Les travaux essentiels nécessaires pour développer et encourager l'émigration pourront-ils être payés? Pourra-t-on faire face aux frais de transports d'un nombre accru d'émigrants? Tels sont les grands problèmes qui se posaient au Comité à la fin de l'année 1.954.

86. Ce rapport a tout particulièrement insisté sur le nombre des emigrants transportés et sur la nécessité d'accroître le volume des migrations. Cependant, le rôle important que joue la qualité de cette émigration n'a pas été oublié en 1954 et l'on n'a pas perdu de vue le fait que les mouvements migratoires intéressent des hommes et des femmes, c'est-à-dire des êtres humains qui ont leurs espoirs et leurs aspirations. La migration doit avoir comme objectif de donner à ces hommes et à ces femmes de nouveaux foyers et de les installer dans des conditions qui leur assurent une vie plus prospère, qui leur permettent de mieux développer leurs aptitudes et leur personnalité et de mener une existence libre et heureuse. Le succès de la migration ne peut se mesurer uniquement par des chiffres.

87. C'est pourquoi les services techniques que le Comité aide à développer et ses efforts en vue d'encourager la colonisation agricole visent à accroître le volume de l'émigration en améliorant les conditions clans lesquelles elle s'effectue, en d'autres termes en en améliorant la qualité. Améliorer la qualité de l'émigration est en effet aussi important qu'en accroître le volume et c'est une tâche pour laquelle la coopération internationale est également nécessaire.

1.1.1.10 ANNEXE - COMITÉ INTERGOUVERNEMENTAL POUR LES MIGRATIONS EUROPÉENNES

Nombre d'emigrants transportés par le Comité (classés par pays d'émigration et d'immigration) 1er janvier - 31 décembre 1954

(avec le total récapitulatif à partir du 1er février 1952)

Area of migrants finally (Imparled from embarkation o r cinplnueinent centres or other ports of Embarkation Total 1 February 31 December, 1952 — Total 1er février 1932 31 décembre 1954 Total 1 January 31 December, 1954 — Total 1er janvier 1932 31 décembre 1954 COUNTRY OF IMMIGRATION - PAYS D'IMMIGRATION Argentina Argentine Australia Australie Brazil Brésil Canada Canada Chile Chili lsraël lsraël States of America États-Unis d'Amérique Venezuela Vénézuela Others Autres pays RÉGIONS d'où les émigrants sont partis par bateau ou avion
Austria 22,071 6,111 33 2,029 925 2,530 21 57 688 46 82 Autriche
Germany 113,210 31,931 30 11,227 1,107 15,120 169 21 3,338 158 401 Allemagne
Greece 16,360 11,775 79 9,038 1,507 881 20 12 107 40 91 Grèce
Italy 80,850 48,263 28,895 1,090 11,245 1,127 448 39 197 4,807 415 Italie
Netherlands 13,632 1,274 574 321 306 33 33 7 Pays-Bas
Shanghai/ Hong-Kong 5,686 1,450 3,298,560 13,14 30 52 5 475 Changhai/ Hong-Kong
Trieste 7,794 5,735 8 4,375 321 121 86 1 107 181 535 Trieste
Others 25,917 11,383 261 6,142 290 896 56 844 2,724 70 100 Autres pays
Total 1 Jan./31 Dec. 1954   121,222 29,309 37,773 16,336 21,294 814 1,037 7,246 5,307 2,106 Total 1er janv.-31 déc. 1954
Total 1 February, 1952 / 31 December, 1954 286,420   38,802 66,647 38,838 66,893 2,917 4,188 51,738 10,719 5,678 Total 1er févr. 1952-31 déc. 1954

1.2 IIe PARTIE - Rapport sur l'activité du Comité en 1955 et faits nouveaux résultant de la deuxième Session du Conseil

L'activité du Comité intergouver-nemcntal pour les Migrations européennes (C. 1. M. E.) pour l'année 1954 est exposée dans le « Rapport sur les travaux du Comité pendant l'année 1954 ». La présente note d'information donne un aperçu du travail accompli pendant les premiers mois de 1955, dos résultats de la deuxième Session du Conseil et des objectifs que le Comité s'est fixés pour l'année.

Nouvelles adhésions

Au cours de la deuxième Session du Conseil qui s'est tenue à Genève du 27 avril au 4 mai 1955, les Gouvernements de la Nouvelle- Zélande et de la Fédération de la Rhodésie et du Nyassaland ont été admis à l'unanimité comme Membres du Comité, qui est maintenant composé de 26 gouvernements. Il convient de souligner que le Comité, qui comprenait déjà des pays de trois continents, l'Europe, les Amériques et l'Australie, compte pour la première fois au nombre de ses Membres un pays d'Afrique. L'acte constitutif du C. I. M. E. a été ratifié par les 20 gouvernements suivants :

Argentine - Grèce

Australie - Israël

Autriche - Italie

Belgique - Norvège

Canada - Nouvelle-Zélande

Chili - Paraguay

Costa-Rica - Pays-Bas

Danemark - République Fédérale d'Allemagne

États-Unis d'Amérique - Suède

Fédération de la Rhodésie et du Nyassaland - Suisse

Les délégués des six gouvernements qui n'ont pas encore notifié leur acceptation de l'Acte constitutif ont déclaré que la procédure nécessaire était maintenant en cours devant leurs parlements respectifs et que les ratifications interviendraient dans un proche avenir.

Élection du Directeur

Le Conseil a élu à l'unanimité en qua-lité de Directeur du Comité intergouvernemental pour les Migrations européennes Mr. Harold H. Tittmann, ancien Ambassadeur des États-Unis, dont la candidature avait été présentée par le gouvernement de ce pays. Mr. Tittmann succède à M. l'Ambassadeur Hugh Gibson, décédé à Genève en décembre 1954.

Mouvements migratoires

Depuis sa création en février 1952 jusqu'à la fin d'avril 1955, le Comité a aidé au départ de 317.197 emigrants d'Europe. Au cours des quatre- premiers mois de l'année 1955, il a transporté 30.777 personnes. Pour diverses raisons et par suite des difficultés qu'il a fallu surmonter dans plusieurs pays d'immigration et d'émigration, les chiffres mensuels des départs pendant cette première période de l'année ont été assez faibles.

Toutefois, malgré ces difficultés, les perspectives pour 1955 sont assez encourageantes dans l'ensemble. On prévoit que 55.000 émigrants auront quitté l'Europe avant la fin du mois de juin et il y a tout lieu d'espérer que le chiffre total de 142.500 personnes sera atteint à la fin de l'année.

Quelques-unes des causes qui ont ralenti les mouvements ont déjà été .éliminées et l'avenir des migrations européennes apparaît dès à présent sous un jour plus favorable. La mise en vigueur de la loi américaine d'aide aux réfugiés se poursuit à un rythme plus rapide et le délégué des Etats-Unis à la deuxième Session du Conseil a pu annoncer que son gouvernement était disposé à délivrer 170.000 visas en Europe au cours des dix-huit prochains mois.

L'immigration vers l'Australie est en progression et l'on peut prévoir que le programme australien sera, cette année, le plus important de toute l'histoire du Comité — car il envisage l'immigration d'environ 50.000 personnes. Enfin, il y aura une certaine émigration vers la Nouvelle-Zélande et la Fédération de la Rhodésie et du Nyassaland, deux nouveaux débouchés ouverts aux émigrants européens.

Par comparaison avec les prévisions antérieures, la répartition des mouvements migratoires d'après le pays de destination a subi d'importantes modifications résultant principalement d'un accroissement des mouvements vers l'Australie et d'une diminution du nombre des emigrants à destination des Etats-Unis et de l'Amérique latine; ces modifications se sont traduites par une augmentation des dépenses du Comité et une insuffisance de ressources d'environ 2.800.000 dollars dans le budget de 1955. Au cours de la deuxième Session du Conseil, les gouvernements ont examiné les moyens de combler ce déficit, grâce soit à des contributions supplémentaires des gouvernements et à d'autres ressources, soit à des contributions des emigrants et à d'autres participations financières : le Conseil prendra probablement une décision définitive à ce sujet lors de sa prochaine session.

Transports maritimes et aériens

Dans l'exécution de son programme de transports, le Comité ne se préoccupe pas seulement d'obtenir le nombre de places nécessaires aux mouvements migratoires, mais il veille également à ce que les migrants effectuent leur voyage dans les meilleures conditions possibles. On peut affirmer que la plupart des navires affectés au transport des emigrants offrent le même confort que les bateaux modernes de tourisme et qu'il n'est fait aucune différence entre les emigrants et les autres passagers. En outre, le Comité fait accompagner les convois, à bord des navires, par un personnel chargé de veiller au bien-être des emigrants, de leur faii'c des causeries sur les conditions de vie dans leur nouveau pays et de leur en apprendre la langue.

Au cours des quatre premiers mois de 1955, les migrations d'Europe en Australie n'ont pas soulevé de problèmes particuliers de transport; toutefois, la mise à exécution de la nouvelle politique d'immigration augmentera les besoins de tonnage pendant le reste de l'année et exigera par conséquent l'établissement de plans minutieux. Pour répondre à ce besoin de places supplémentaires, on se préoccupe également de développer les transports par avion, notamment pour les personnes auxquelles l'âge ou la santé ne permettent pas de supporter un long voyage par mer.

Sur la ligne Europe—États-Unis, les transports ont été assurés jusqu'à ce jour par les compagnies commerciales, mais un certain nombre d'avions ont également dû être affrétés. Il semble que, au cours des mois à venir, il faille s'attendre à des difficultés pour obtenir des places. On envisage, pour y parer, d'emprunter au service des transports de la marine américaine • un certain nombre de bateaux et de dérouter, au cours des derniers mois de l'année, des navires en service sur la ligne du Canada.

Enfin, en ce qui concerne la ligne Europe—Amérique du Sud, les bateaux des compagnies commerciales semblent devoir répondre aux besoins et il ne sera pas nécessaire d'affréter des bateaux supplémentaires ni des avions.

Service de la migration

L'augmentation des mouvements migratoires, l'intérêt des pays d'émigration et d'immigration et, plus encore, l'intérêt des emigrants eux-mêmes exigent l'amélioration et le développement des services techniques de la migration. L'objectif du Comité est, en fait, non seulement d'accroître le volume des mouvements migratoires, mais d'améliorer la qualité de l'émigration et d'assurer la réinstallation des immigrants dans les meilleures conditions possibles, et conformément aux légitimes exigences de l'opinion. Les aspects sociaux et humains de la migration, à tous ses stades, deviennent de plus en plus une partie essentielle de l'action internationale.

C'est ainsi que le Comité prête son concours aux gouvernements, sur leur demande, pour les opérations préalables à l'émigration, pour la présélection, la formation professionnelle des candidats à l'émigration, l'enseignement des langues dans les pays d'émigration ou à bord des navires, l'accueil et le placement des migrants dans les pays d'immigration.

C'est principalement en Grèce et en Italie que le Comité a développé ses services de présélection; il espère pouvoir mettre graduellement sur pied une organisation qui donnera satisfaction aux pays d'émigration et d'immigration et qui permettra d'utiliser des méthodes plus simples et plus économiques.

Des cours de formation professionnelle ont été institués en Grèce et en Italie. Un accord signé avec le Gouvernement italien prévoit la création, en Italie méridionale, de centres de formation professionnelle destinés aux travailleurs des métiers les plus demandés par les pays d'immigration. Les cours seront complétés par des conférences sur les pays d'accueil et par des renseignements sur les formalités préalables à accomplir et sur les dossiers à constituer. Toutes les dépenses initiales de ce programme seront à la charge du Gouvernement italien; toutefois, le Comité'versera une subvention pour chaque élève qui aura passé avec succès les examens et qui émigrera outre-mer. En Autriche, des discussions ont actuellement, lieu avec les autorités en vue d'organiser des cours de perfectionnement professionnel à l'intention d'un certain nombre de travailleurs semi-qualifiés, dont une certaine partie sera choisie parmi les chômeurs.

Toutes ces initiatives n'ont qu'un caractère expérimental et elles sont essentiellement destinées à donner des exemples de ce qu'il y aurait lieu de faire. Le Comité n'a pas les moyens d'entreprendre de vastes projets de formation professionnelle, mais il est tout prêt à collaborer au maximum, dans le cadre de son mandat et dans les limites de ses possibilités financières, avec les gouvernements intéressés et toutes les organisations internationales compétentes, afin de résoudre l'un des problèmes les plus sérieux de la migration moderne qui tient, d'une part, aux besoins des pays d'accueil en travailleurs qualifiés et, d'autre part, à la nécessité de faire émigrer des pays surpeuplés d'Europe une main-d'oeuvre non qualifiée ou semi-qualifiée.

En ce qui concerne l'enseignement des langues, le C. I. M. E. adopte actuellement, pour ses cours d'anglais et de portugais, un texte uniforme ainsi qu'une méthode d'enseignement simple et accélérée qui seront prochainement appliqués également à l'espagnol.

D'autre part, le C. I. M. E. se préoccupe de mettre à la disposition des candidats à l'émigration des informations objectives sur leur pays de destination, afin de donner aux futurs emigrants un aperçu de la vie et des conditions d'existence dans ces pays.

Les services techniques ont en outre pour tâche de s'occivper de l'accueil et du placement des immigrants dès leur arrivée. Un accord signé avec le Gouvernement du Chili prévoit l'établissement d'un centre d'accueil et de placement à Santiago; des efforts ont été faits pour aider d'autres gouvernements dans ce domaine; en particulier, de nouveaux bureaux auxiliaires ont été ouverts en Argentine et au Brésil pour rechercher des possibilités d'emploi et des répondants.

En s'efforçant d'améliorer la qualité de l'émigration, d'assurer des facilités de placement et d'accélérer l'assimilation des immigrants dans leur nouveau milieu, le Comité a notamment pour objectif de diminuer le nombre des rapatriés. Les raisons pour lesquelles un immigrant ne réussit pas à se réinstaller sont dues bien souvent au manque de renseignements sur les conditions existant dans le pays d'immigration ou au fait que l'intéressé n'a pas été suffisamment aidé et conseillé dès son arrivée. Le Comité procède actuellement à une enquête sur les raisons qui poussent les emigrants à se faire rapatrier; un questionnaire à cet effet a été établi, que devra remplir l'immigrant désireux de rentrer dans son pays. L'étude des réponses aidera les gouvernements membres à prendre des mesures qui auront pour effet de réduire le nombre des demandes de rapatriement.

Objectifs principaux du C. I. M. E. pendant l'année 1955

Les objectifs principaux du C. I. M. E. pour 1955 sont au nombre de quatre : en pre-mieu lieu faire accepter l'Acte constitutif par tous les gouvernements membres et s'efforcer d'accroître le nombre de ses membres en obtenant l'adhésion d'autres gouvernements intéressés à la solution du problème des migrations.

En second lieu, transporter environ 142.500 emigrants en un an et faciliter leur installation.

En troisième lieu, trouver les ressources financières supplémentaires qui permettront de combler le déficit actuel du budget et d'exécuter intégralement le programme prévu sans qu'il soit nécessaire de diminuer le nombre des mouvements.

En quatrième lieu, élaborer des plans à long terme afin de résoudre le problème, en particulier fournir les moyens de transport et les autres services d'émigration indispensables et étudier à l'avance le volume et les tendances des mouvements migratoires au départ de l'Europe.

La situation des pays européens d'émigration s'est ' sensiblement modifiée depuis 1952. Par exemple, le relèvement économique de l'Allemagne occidentale a considérablement changé le problème de l'émigration allemande. D'après les déclarations officielles des autorités allemandes, l'Allemagne n'a plus besoin d'une émigration massive et elle ne désire plus faire émigrer que certaines catégories de personnes qui ne peuvent être entièrement intégrées clans la vie économique et sociale du pays, notamment les fermiers expulsés de l'Est et, à un degré moindre, les travailleurs non qualifiés. Il faut également noter les efforts accrus que font certains pays, l'Italie par exemple, pour intégrer sur place leur main-d'oeuvre excédentaire.

IDans ces circonstances, on estime que, au cours des cinq prochaines années, les pays européens d'émigration membres du Comité devront faire émigrer annuellement une moyenne de 340.000 personnes environ : 175.000 d'entre elles pourront probablement partir sans avoir besoin d'une assistance internationale et 165.000 auront besoin de l'aide du Comité. Si ces chiffres semblent pour le moment correspondre à la réalité, il se peut cependant qu'ils doivent être modifiés par la suite, pour des raisons indépendantes de la volonté du Comité. L'étude des possibilités d'immigration dans les territoires d'outre-mer permet de penser qu'une émigration de 340.000 personnes en provenance des pays européens sera réalisable si les conditions économiques, politiques et sociales des pays d'outre-mer ne subissent pas de changements importants. Cette conviction est fondée sur un certain nombre de facteurs et tout d'abord sur des prévisions d'augmentation des débouchés offerts à l'immigration.

En premier lieu, on peut prévoir une augmentation des mouvements vers l'Australie dont les autorités responsables ont déclaré que leur pays espère accueillir chaque année un nombre d'immigrants correspondant à 1,6 % de sa population totale; ensuite on peut envisager que les pays de l'Amérique latine recevront annuellement 25.000 emigrants de plus que le chiffre actuel; enfin, il y aura un accroissement des mouvements vers les nouveaux pays membres du Comité, la Nouvelle-Zélande et la Fédération de la Rhodésie et du Nyassaland et peut-être aussi vers d'autres territoires africains.

Il faudra, pour atteindre ces objectifs, surmonter un certain nombre de difficultés. Tout d'abord, les pays d'immigration doivent, dans l'intérêt de leur développement et afin de ne pas modifier leur structure sociale, maintenir un certain équilibre dans leur immigration : équilibre entre les nationalités, équilibre entre les travailleurs qualifiés et non qualifiés, équilibre entre les travailleurs urbains et les travailleurs ruraux. D'autre part, les pays d'émigration ne veulent pas perdre une proportion trop élevée de leur main-d'oeuvre qualifiée et ils doivent, eux aussi, maintenir un certain équilibre entre les différentes catégories de personnes qui émigrent. Il faudra donc, dans tous les plans futurs, s'efforcer de satisfaire aux besoins des pays d'émigration et des pays d'immigration grâce à une série de mesures qui devront être prises sur le plan national et sur le plan international.

En second lieu, il y aura à résoudre un problème financier : il faudra non seulement étudier le financement des transports et des services de la migration, mais aussi la question des investissements nécessaires à la création de colonies agricoles et au développement de l'industrie et des services publics dans les pays d'immigration.

La migration est un phénomène complexe, au caractère changeant, qui comporte des éléments démographiques, sociaux, économiques et politiques; elle affecte tous les aspects de la vie dans les pays européens et dans les pays d'outre-mer disposés à accueillir des immigrants. Plus on étudie le double problème de la surpopulation en Europe et de la sous-population et de l'insuffisance de la main-d'oeuvre dans les pays d'outre-mer, plus on constate qu'une action internationale peut jouer un rôle important dans sa solution. Ni les chiffres cités plus haut, ni les techniques nécessaires à la migration ne dépassent les possibilités combinées du Comité, des autres organisations internationales et des gouvernements membres.

Colonisation agricole

Au cours des premiers mois de 1955, le Comité a continué à étudier l'établissement de plans en vue de la création de colonies agricoles et il y a eu des discussions avec les gou-A'ernements intéressés et les institutions financières afin d'arriver à un accord général sur les mesures à prendre pour mettre en oeuvre un programme de ce genre. La nécessité de développer la colonisation agricole afin de réaliser un meilleur équilibre entre l'immigration rurale et l'immigration urbaine se fait sentir de jour en jour davantage. Depuis la deuxième guerre mondiale, en effet, les emigrants ont été beaucoup plus attirés par les grandes villes des pays d'immigration que par les nombreuses possibilités que leur offraient les régions rurales et ce déséquilibre dans l'immigration n'a fait qu'aggraver les conséquences de l'exode vers les villes de la population rurale du pays.

Toutes les études et analyses auxquelles le Comité a procédé jusqu'à présent l'ont amené à la conclusion qu'il n'est plus possible d'envisager une immigration massive de fermiers et de travailleurs agricoles vers un certain pays si l'on ne prend pas tout un ensemble de mesures coordonnées en vue de créer de nouveaux centres agricoles de peuplement. L'élaboration de plans au Chili et en Argentine est déjà en bonne voie. A la demande de l'Administration américaine des opérations à l'étranger, on a préparé un plan préliminaire de colonies agricoles en Bolivie.

Au cours de la deuxième Session du Conseil qui s'est tenue en mai, les gouvernements intéressés à la colonisation agricole ont procédé à un large échange de vues. Plusieurs pays d'émigration et d'immigration ont reconnu la nécessité, d'une part, de vastes programmes de colonisation agricole et, d'autre part, d'une action commune pour les réaliser.

La délégation des États-Unis a déclaré que son gouvernement s'intéressait au développement de projets de colonisation agricole en Amérique latine. Les États-Unis reconnaissent que de tels projets, bien mis en oeuvre, peuvent contribuer à augmenter la production agricole, à favoriser le développement économique et à améliorer la vie rurale et sociale dans cette zone. Les États-Unis sont disposés à examiner tout projet de colonisation agricole qui leur sera présenté par un gouvernement latino-américain seul ou en coopération avec un ou plusieurs gouvernements européens. Si le projet se révèle techniquement valable, le Gouvernement américain décidera alors de la manière dont il pourra aider à son financement. Il envisagerait des prêts accordés par certaines institutions ou des subventions prélevées sur des fonds existants. Entre autres institutions, il a été fait mention de la Banque internationale de Reconstruction et de Développement et de Y Export-Import Bank et les fonds existants proviendraient de différents crédits votés par le Congrès, notamment aux termes de la loi sur l'aide aux échanges de produits agricoles.

Au cours de la session, on a reconnu que le C. I. M. E. avait un rôle important à jouer dans ce domaine, qu'il pourrait stimuler les initiatives des gouvernements, « catalyser » les ressources existantes et fournir son aide et ses avis techniques.

Une résolution votée à l'unanimité a invité le Directeur « à poursuivre l'étude des problèmes économiques, administratifs et financiers que pose le développement des plans de colonisation agricole et à soumettre au Conseil aussitôt que possible un rapport détaillé sur les conclusions de cette étude, y compris les résultats de toutes consultations qui auraient pu avoir lieu à ce sujet avec les gouvernements intéressés, ainsi que les recommandations concrètes qui lui paraîtraient opportunes ».

Autres décisions du Conseil du C. I. M. E.

Outre les questions mentionnées ci-dessus, le Conseil a pris également des décisions sur un certain nombre d'autres points.

(1) Il a approuvé le rapport annuel pour 1954 et pris acte du fait que jusqu'à la fin de l'année le C. I. M. E. avait aidé à la réinstallation outre-mer de 286.000 emigrants, sur lesquels 109.865 étaient des réfugiés au sens large du terme et 63.268 étaient des réfugiés relevant du mandat du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

(2) Il a approuvé le plan d'opérations pour 1955 portant sur un mouvement total de 142.165 emigrants qui se décompose comme suit :

49.180 vers l'Australie

34.530 vers les États-Unis d'Amérique

17.335 vers l'Argentine

12.180 vers le Brésil

1.935 vers le Canada

8.105 vers le Venezuela

et quelques groupes vers d'autres pays d'accueil.

En ce qui concerne les pays d'émigration, l'origine des emigrants est la suivante :

50.450 venaient d'Italie

36.840 — d'Allemagne

18.240 — d'Autriche

12.435 — de Grèce

11.010 — des Pays-Bas

(3) Le budget et le plan de dépenses pour 1955 ont été fixés à un peu plus de 48 millions de dollars, soit 2.506.217 dollars pour les dépenses administratives et 45.625.478 dollars poulies dépenses d'opérations.