lundi 27 janvier 2025 matin
2025 - Première partie de session Imprimer la séanceVidéo(s) de la séance 1 / 1
Lituanie, PPE/DC, Président de l'Assemblée
11:40:08
Chers collègues,
C'est une grande occasion de vous voir tous, de voir vos visages. Nous vous souhaitons une bonne année, une bonne santé et nous vous encourageons à vous battre pour nos valeurs européennes en Europe, dans d'honorables pays distingués. Nous sommes donc fiers de vous avoir tous cent pour cent prêts pour cette semaine importante.
Je vous demande donc l'autorisation de déclarer ouverte la première partie de la session ordinaire de 2025 de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Je vous remercie pour votre attention.
Si vous me le permettez, j'utiliserai les quelques minutes dont je dispose traditionnellement en tant que membre le plus ancien pour dire quelques mots personnels. C'est inscrit dans notre tradition. La dernière fois, si vous vous en souvenez, et Mme Despina CHATZIVASSILIOU et le Secrétaire Général s'en souviennent, ainsi que nos deux orateurs, c'était à propos de l'opposition russe, l'année dernière, de la libération de M. Vladimir KARA-MOURZA. Nous sommes heureux qu'il ait été libéré.
Je vais maintenant parler de l'événement d'aujourd'hui et de nos devoirs moraux, de nos commandements moraux. Aujourd'hui, à Auschwitz, nous commémorons la plus grande tragédie de la seconde guerre mondiale, le crime organisé appelé Holocauste et le crime organisé contre d'autres ethnies créé par le régime nazi.
Aujourd'hui, chers amis, les délégations nationales de plus de 100 pays d'Europe et d'ailleurs, des États-Unis, du Canada, de l'Australie et d'autres pays se sont engagées à prononcer des paroles importantes. Faisons en sorte que notre voix de Strasbourg, notre voix du Conseil de l'Europe soit raisonnable à propos de l'événement commémoré aujourd'hui.
Je voudrais vous dire que ma famille a été confrontée à l'Holocauste et que je fais partie de la deuxième génération de familles victimes de l'Holocauste. Ma mère a été arrêtée par la Gestapo et envoyée au camp de concentration de Stutthof. Mon grand-père était à Dachau. Vous me permettez donc de partager quelques mots.
Il y a 80 ans, Auschwitz a été libéré. Nous nous souvenons aujourd'hui de ce jour comme de la Journée internationale de commémoration de l'Holocauste. Le massacre éhonté de millions de Juifs européens, qui ont contribué à la construction de l'Europe à travers les âges, ainsi que d'innombrables membres d'autres minorités massacrés par les nazis, est le crime le plus effroyable que le monde ait connu à travers les âges.
Ainsi, 80 ans après l'Holocauste, nous sommes confrontés à un fait incroyable, incroyable : des régimes dictatoriaux utilisent un verdict antinazi et le compromettent en réalité. Aujourd'hui, en tant que membre de la famille de l'Holocauste, je lance un appel à M. Vladimir POUTINE et à M. Alexandre LOUKACHENKO pour qu'ils n'utilisent pas de faux slogans anti-nazis alors que nous, les familles de l'Holocauste, ne leur permettons pas de manipuler notre conscience de ce que fut Auschwitz et Buchenwald au profit d'objectifs politiques impérialistes. Il faut les arrêter. Aujourd'hui, la commémoration de l'Holocauste est extrêmement personnelle pour moi et je suis si heureux que nous soyons tous unis !
Nous devons rappeler la bravoure des dirigeants du soulèvement antinazi dans le ghetto de Varsovie et dans les territoires occupés par les nazis. Vous vous souvenez de [M. Mordechai] Anielewicz, du soulèvement en 1943 dans le ghetto de Varsovie, avec peu d'armes contre les troupes nazies. Un courage incroyable.
J'aimerais donc vous demander de vous joindre à moi pour proposer une minute de silence pour tous ces Européens courageux. Des Européens courageux qui ont contribué à l'Europe. Le silence. Nous avons un musée à Amsterdam [sur] Anne Frank. Mais d'autres milliers de journaux intimes ne furent pas simultanément été créés, c'était un monde silencieux. Prenons ce monde comme un devoir moral et souvenons-nous-en dans nos activités quotidiennes, en luttant contre la haine, la xénophobie, l'antisémitisme, l'islamophobie, sur notre sol européen. Soyons solidaires avec eux. Si vous le permettez, je voudrais vous demander de vous lever pour une minute de silence pour les victimes de l'Holocauste et des camps de concentration pendant la seconde guerre mondiale.
[Une minute de silence est observée.]
Merci beaucoup. Je vous remercie également au nom de ma famille.
L'un des objectifs de la création de l'Europe – et de notre Assemblée parlementaire – était donc de faire face aux horreurs de la seconde guerre mondiale. Depuis 75 ans, nous, parlementaires, nous réunissons pour accomplir cette tâche et faire face à nos défis communs. Aujourd'hui, nous avons l'obligation morale de poursuivre la vision de nos fondateurs et de travailler au-delà des frontières et des partis. L'intégrité de l'Europe est en jeu, elle est menacée par des régimes dictatoriaux. Nous devons être prêts au combat, prêts au combat contre les régimes totalitaires, ensemble, tous partis confondus, et demander à nos anciens amis et à nos nouveaux collègues dans cette salle d'avoir à l'esprit les horreurs qui se sont produites sur ce continent sous le fascisme, de garder à l'esprit les terribles souffrances qui se produisent en Ukraine aujourd'hui ; en Ukraine aujourd'hui. Et d'adopter un esprit de collaboration inlassable, constructive et ambitieuse afin de renforcer l'unité européenne et de proposer des solutions valables aux problèmes auxquels nous sommes tous confrontés ensemble. Ensemble.
Les 1,5 million d'enfants qui ont été tués pendant l'Holocauste n'avaient pas de voix, mais des décennies plus tard, nous devons entendre leur appel à protéger les droits humains, la démocratie et l'État de droit. Et l'ordre international doit être protégé. L'ordre international doit être protégé. Nous avons une obligation européenne de soutenir les démocrates sur notre continent, comme nous le faisons avec la présidente Maia SANDU, en Moldova. Nous soutenons bien sûr l'opposition après les élections truquées d'hier au Bélarus et l'élection de Mme Sviatlana TSIKHANOUSKAYA à la présidence. Nous soutenons les démocrates géorgiens dans leur lutte pour l'appartenance de la Géorgie à l'Europe et à nos valeurs.
J'ai le plaisir de déclarer ouverte notre session de l'Assemblée parlementaire d'aujourd'hui.
Je m'adresse à nos amis et collègues,
Notre premier point à l'ordre du jour est la vérification des pouvoirs des nouveaux membres.
Les noms des membres figurent dans le document 16097. Si aucun pouvoir n'est contesté, les pouvoirs seront ratifiés dans cette enceinte. Y a-t-il des contestations de pouvoirs ? C'est la question que je vous pose.
Madame Boriana Åberg, ravi de vous voir. Je vous en prie.
Avant d'appeler un membre à s'exprimer sur le podium, je dois rappeler à l'Assemblée parlementaire que les règles relatives à la contestation des pouvoirs exigent que le membre qui conteste les pouvoirs indique quels sont les pouvoirs contestés, que la contestation soit fondée sur l'article 7, motifs de procédure, ou sur l'article 8, motifs de fond. Et le motif de la contestation.
S'il vous plaît, chère Madame Åberg, la parole est à vous.
Monsieur le Président,
Le Parlement géorgien est un parlement à parti unique, qui ne compte plus que des députés du Rêve géorgien. Le régime d'IVANICHVILI est en train de démolir l'ordre démocratique en Géorgie.
C'est la raison pour laquelle, au nom du Parti populaire européen, je conteste les pouvoirs de la délégation géorgienne, en vertu de l'article 8.2.a. du Règlement.
Je conteste les pouvoirs de la délégation géorgienne.
Je vous remercie, Monsieur le Président.
Lituanie, PPE/DC, Président de l'Assemblée
11:49:46
Notre collègue conteste les pouvoirs de la délégation de la Géorgie pour des questions de fond, n'est-ce pas ?
Oui.
Lituanie, PPE/DC, Président de l'Assemblée
11:49:55
En vertu de l'article 8, votre contestation doit être soutenue par au moins 30 députés, 30 membres d'au moins 5 délégations nationales présentes dans l'hémicycle aujourd'hui.
Les membres qui soutiennent cette contestation peuvent-ils se lever et rester debout pendant que nous vérifions si la condition est remplie ?
Mesdames et messieurs,
Restez debout pour que l'on puisse vous compter.
La contestation a donc le soutien requis par l'article de procédure.
Je vous remercie.
Les pouvoirs de la délégation géorgienne sont renvoyés sans débat à la commission pour le respect des obligations et engagements des États membres du Conseil de l’Europe (commission de suivi) et à la commission du Règlement, des immunités et des affaires institutionnelles pour avis. La commission de suivi fera rapport dans les 24 heures si cela est techniquement possible, mais ce sera probablement le cas.
Y a-t-il des objections ?
Chers amis, chers collègues, il n'y a pas d'objection.
Le Président fera des propositions pour l'examen par l'Assemblée du rapport de la commission lors de l'examen du projet d'ordre du jour. Ce sera un peu plus tard. Je vous remercie.
Je rappelle que les membres d'une délégation nationale dont les pouvoirs sont contestés peuvent siéger provisoirement avec les mêmes droits que les autres membres de l'Assemblée jusqu'à ce que celle-ci ait pris une décision. Toutefois, ces membres ne votent pas dans les procédures relatives à la vérification des pouvoirs qui les concernent personnellement.
Y a-t-il d'autres contestations de pouvoirs?
Non, ce n'est pas le cas.
Je voudrais donc déclarer que votre avis étant clairement dit, les autres pouvoirs figurant dans le Document 16097 sont ratifiés. Je souhaite la bienvenue à nos nouveaux collègues après votre approbation et vous souhaite une bonne contribution à nos objectifs communs.
Je passe maintenant à l'élection du Président de notre Assemblée.
Aucun membre ne peut être candidat à la présidence s'il n'a pas été désigné par écrit par au moins 10 membres avant l'ouverture de la session plénière.
Je n'ai reçu qu'une seule candidature : celle de notre Président actuel, M. Theodoros ROUSOPOULOS, de Grèce. Les noms de ceux qui ont soutenu sa candidature ont été publiés dans le Document DOC. AS/Inf (2025) 03.
Je déclare donc que toutes les conditions sont remplies.
M. Theodoros ROUSOPOULOS est élu Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe pour cette session ordinaire.
Il est écrit que je dois vous féliciter. Je vous félicite du fond du cœur, Monsieur le Président.
Merci beaucoup.
Cher Secrétaire Général, cher Monsieur Berset,
Madame la Secrétaire générale de l'Assemblée, chère Despina,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Chers membres de l'Assemblée,
Chers collègues,
Chers anciens Présidents de cette Assemblée,
Je tiens tout d'abord à vous exprimer ma gratitude pour m'avoir réélu à la présidence de cette Assemblée pour un second mandat.
Je considère également ma réélection comme un vote de confiance et d'approbation du travail que j'ai accompli depuis que j'ai pris la présidence de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe en janvier 2024. Comme vous le savez, chers collègues, j'ai constamment investi pour rehausser le statut de cette Assemblée, accroître le respect de nos valeurs, principes et normes, élargir la portée et l'impact de notre travail, tout en promouvant le dialogue et la recherche de compromis significatifs sans compromettre nos valeurs.
Dans mon discours inaugural de l'année dernière, j'ai identifié l'accroissement de la visibilité de notre Assemblée comme une priorité essentielle. Je suis heureux de constater des résultats tangibles, avec une augmentation significative de l'intérêt des médias pour nos travaux : de 2023 à 2024, la couverture médiatique internationale des sessions de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a augmenté de 60 %, reflétant à la fois l'importance des efforts de notre Assemblée et notre capacité accrue à communiquer nos réalisations au public.
Le renforcement du dialogue avec nos partenaires est une autre de mes priorités que j'ai prise très au sérieux cette année. Ces derniers mois, j'ai tenu au total 412 réunions bilatérales, à savoir :
- J'ai reçu une centaine d'ambassadeurs (dont beaucoup ont été reçus plus d'une fois), ce qui démontre la volonté de l'Assemblée de renforcer la coopération avec le Comité des Ministres ;
- J'ai rencontré 84 membres de délégations, ce qui répond à mon intention de travailler en étroite collaboration avec les représentants nationaux de nos 46 États membres ;
- J'ai tenu 81 autres réunions, notamment avec les Présidents des Assemblées parlementaires de l'OTAN et de l'OSCE, avec le Commissaire aux droits de l'homme, avec les représentants de la Cour européenne des droits de l'homme et bien d'autres encore ;
- J'ai rencontré 39 présidents de nos groupes politiques et de nos délégations nationales (dont beaucoup plus d'une fois) ; 37 ministres de nos 46 États membres, pour renforcer la synergie entre l'Assemblée et le Comité des Ministres ; 21 présidents de parlements nationaux, approfondissant ainsi la collaboration entre notre Assemblée et les parlements de chaque pays ; 16 Présidents de pays, Premiers ministres et Vice-Premiers ministres ; 12 Secrétaires généraux et Secrétaires généraux adjoints d'institutions internationales, dont le Secrétaire général des Nations Unies ; 11 représentants des droits de l'homme ; 8 fonctionnaires des Nations Unies – en dehors du Secrétaire général ; et j'ai également eu l'honneur de rendre visite au pape François au Vatican en novembre dernier et d'accueillir le patriarche œcuménique hier ici à Strasbourg.
Enfin, au cours de ces 12 mois, j'ai voyagé dans 40 villes sur trois continents (l'Europe, l'Afrique et l'Amérique) pour transmettre nos idéaux, nos normes et nos meilleures pratiques aux autorités officielles, à la société civile et à tout un chacun.
Nous développons également de nouveaux outils médiatiques et des manuels pour les nouveaux membres de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui sont déjà disponibles pour chacun d'entre vous. Nous devons être plus visibles, non pas pour nous-mêmes mais pour les principes pour lesquels nous nous battons.
Chers collègues,
Abordons maintenant les questions hautement prioritaires pour notre Assemblée. Je commencerai par la guerre d'agression russe en cours contre l'Ukraine. J'ai travaillé sans relâche avec vous tous pour veiller à ce que cette guerre ne se normalise pas et que notre Assemblée reste concentrée et décisive. L'ordre du jour de chaque session a comporté des débats sur divers aspects de la guerre, qui ont débouché sur des résolutions significatives. Soutenir l'Ukraine et travailler avec les acteurs internationaux pour restaurer la paix et la justice reste mon engagement principal.
Par ailleurs, comme vous le savez, des soi-disant élections ont eu lieu hier au Bélarus et M. LOUKACHENKO a été confirmé à la tête du pays. Nous reviendrons sur cette question dans le courant de la semaine, mais il est très symbolique que ces fausses élections coïncident avec la toute première participation de la délégation de l'opposition bélarussienne aux travaux de notre Assemblée. Je tiens à leur souhaiter la bienvenue et à souligner que leur présence dans notre hémicycle est un signal important que nous envoyons au peuple du Bélarus, pour lui montrer que l'Europe ne l'a pas oublié.
Les problèmes concernant le respect des droits de l'homme dans certains de nos pays membres, les problèmes concernant la régression des idéaux démocratiques, le recul démocratique, les problèmes concernant l'immigration, l'égalité, la discrimination à l'encontre de nos concitoyens en raison de leur identité raciale ou personnelle différente, continueront à nous préoccuper cette année.
L'impact de l'intelligence artificielle constitue un défi majeur. L'Assemblée parlementaire a adopté la Convention du Conseil de l'Europe sur l'IA en septembre 2024. Cette année, je prévois d'organiser un événement international pour explorer l'impact de l'IA sur la démocratie, en engageant les acteurs mondiaux et européens à relever ces défis transfrontaliers en collaboration.
Après mon élection l'année dernière, j'ai proposé la création d'un outil basé sur l'IA pour soutenir les membres de l'Assemblée. Je suis fier d'annoncer aujourd'hui que cet outil est désormais prêt à vous aider. Sur notre site web, sous l'onglet « Résolutions », vous trouverez une section « Résumé » générée par l'IA qui offre des aperçus concis des questions et décisions clés, permettant aux lecteurs de saisir les points principaux en moins de deux minutes, améliorant ainsi la transparence.
Nous avons également amélioré l'efficacité grâce à des outils de synthèse vocale générés par l'IA pour les procès-verbaux des sessions plénières, en accélérant la publication des rapports de débat et en rationalisant les processus multilingues. Cela reflète notre engagement en faveur de l'innovation et des meilleures pratiques dans le travail parlementaire. Je remercie chaleureusement l'équipe, dirigée par la Secrétaire générale Mme Despina CHATZIVASSILIOU, d'avoir assuré la réussite du projet en un an et d'avoir préparé le terrain pour de futures avancées.
Je suis également profondément redevable au personnel dévoué et aux collègues de l'Assemblée qui ont travaillé sans relâche à mes côtés.
Chers collègues,
L'année dernière, j'ai déclaré que l'Assemblée se tenait aux côtés des opprimés, et non des oppresseurs, plaidant pour plus de diplomatie et moins de conflits en ces temps troublés.
Alors que nous faisons souvent l'éloge de ma patrie, la Grèce antique, et de la démocratie qui y a été inventée, je voudrais aujourd'hui réfléchir à un chapitre plus sombre de l'histoire de la démocratie athénienne : « Le dialogue des Athéniens et des Milésiens », que l'on trouve dans les Historiae de Thucydide (livre 5). Il relate le débat entre Athènes et les habitants de l'île neutre de Milos pendant la guerre du Péloponnèse (416 av. J.-C.).
Les Athéniens, décrits comme pragmatiques et cyniques, soutiennent que le pouvoir détermine les lois, tandis que les Milésiens, plus faibles, en appellent à la morale. Les négociations ayant échoué, les Athéniens ont assiégé Milos, exécuté les hommes et réduit femmes et enfants en esclavage : un acte de cruauté emblématique de l'arrogance hégémonique.
Les Athéniens ont-ils payé pour ce cynisme ? Oui. Ces actions ont contribué à leur chute, à commencer par leur catastrophique campagne de Sicile (415-413 av. J.-C.), un an plus tard seulement, et finalement leur défaite face à Sparte. L'effondrement de l'hégémonie athénienne nous rappelle brutalement que l'arrogance et l'oppression peuvent conduire à l'isolement et à la ruine.
Le symbolisme est intemporel, comme je l'ai déjà dit.
C'est ce que nous devons combattre. Nous devons résister au cynisme. Nous devons résister à tout ce qui sape la démocratie, l'État de droit et les droits de l'homme.
Cette année, nous célébrons le 75e anniversaire de la Convention européenne des droits de l'homme. Faisons de notre mieux pour soutenir nos principes contre le cynisme et les obsessions antidémocratiques.
Je vous remercie.
Grèce, PPE/DC, Président de l'Assemblée
12:06:11
L’ordre du jour appelle l’élection des Vice-Présidents et Vice-Présidentes de l’Assemblée.
J’ai reçu 15 candidatures dans les formes règlementaires. Elles sont présentées dans le Document AS/Inf (2025) 01.
S’il n’y a pas de demande de vote pour un ou plusieurs candidats, les candidats proposés par les délégations nationales sont déclarés élus sans qu’il soit procédé à un scrutin.
Il n’y a pas de demande de vote. Conformément à l’article 16 du Règlement, je les déclare élus Vice-Présidents et Vice-Présidentes de l’Assemblée. Leur ordre de préséance est déterminé par l’âge.
L’ordre du jour appelle la constitution des commissions.
Les candidatures aux commissions ont été publiées dans le Document Commissions (2025) 01 rev et Addendum 1. Ces candidatures sont soumises à la ratification de l’Assemblée.
Il n’y a pas d’opposition ?
Les candidatures proposées et les désignations effectuées sont approuvées. Les commissions sont ainsi constituées.
Avant d’adopter l’ordre du jour de la session, l’Assemblée doit se prononcer sur trois demandes de débats d’urgence :
- une demande de débat d’urgence, présentée par les cinq groupes politiques, porte le titre suivant : « Avis sur un projet de convention pour la protection de la profession d’avocat »
- une autre demande de débat d’urgence, présentée par M. PETRU et plus de 20 membres, est intitulée « L’urgence d’organiser des élections libres et équitables au Bélarus »
- une troisième demande de débat d’urgence, présentée par Mme Olena KHOMENKO et plus de 20 membres, est intitulée « Engagement européen en faveur d'une paix juste et durable en Ukraine ».
Lors de sa réunion de ce matin, le Bureau a décidé de recommander à l’Assemblée de tenir les trois débats d’urgence. Mais il appartient à l’Assemblée de se prononcer.
Tout d’abord, l’Assemblée est-elle d’accord avec la proposition du Bureau de tenir un débat selon la procédure d’urgence sur « Avis sur un projet de convention pour la protection de la profession d’avocat » ?
Il n’y a pas d’opposition ?
Il n’y a pas d’opposition. La proposition du Bureau est adoptée et sera renvoyée à la commission des questions juridiques et des droits de l’homme. Il est proposé que ce débat ait lieu jeudi matin, comme indiqué dans le projet d’ordre du jour.
Ensuite, l’Assemblée est-elle d’accord avec la proposition du Bureau de tenir un débat selon la procédure d’urgence sur « L’urgence d’organiser des élections libres et équitables au Bélarus » ?
Il n’y a pas d’opposition ?
Il n’y a pas d’opposition. La proposition du Bureau est adoptée et sera renvoyée à la commission des questions politiques et de la démocratie. Il est proposé que ce débat ait lieu jeudi matin, comme indiqué dans le projet d’ordre du jour.
L’Assemblée est-elle d’accord avec la proposition du Bureau de tenir un débat selon la procédure d’urgence sur « Engagement européen en faveur d’une paix juste et durable en Ukraine » ?
Il n’y a pas d’opposition ?
Il n’y a pas d’opposition. La proposition du Bureau est adoptée et sera renvoyée à la commission des questions politiques et de la démocratie. Il est proposé que ce débat ait lieu jeudi après-midi, en premier point de l’ordre du jour.
Nous en venons à l’adoption de l’ordre du jour de la présente partie de session. Le projet d’ordre du jour a été adopté par le Bureau lors de ses réunions du 13 décembre dernier et de ce matin. Ce projet a été mis en distribution (Doc. 16083 prov 2).
Suite aux décisions que l’Assemblée vient de prendre, le débat selon la procédure d’urgence concernant « Avis sur un projet de convention pour la protection de la profession d’avocat » se tiendrait le jeudi 30 janvier à 10 h, comme indiqué dans le projet d’ordre du jour.
Le débat d’urgence sur « L’urgence d’organiser des élections libres et équitables au Bélarus » se tiendrait le même jour, jeudi 30 janvier, en deuxième point de l’ordre du jour du matin.
Le débat d’urgence sur « Engagement européen en faveur d’une paix juste et durable en Ukraine » se tiendrait le jeudi 30 janvier après-midi, en premier point de l’ordre du jour.
Le projet d’ordre du jour est-il adopté ?
L’ordre du jour de la présente partie de session est adopté.
Le procès-verbal de la Commission permanente, qui s’est réunie à Luxembourg le 29 novembre 2024, a été distribué (Doc. AS/PER(2024) PV 03).
L’Assemblée prend acte de ce procès-verbal.
L’ordre du jour appelle, dans le cadre d’un débat conjoint, la discussion du rapport d’activité du Bureau et de la Commission permanente, présenté par M. Pablo HISPAN (Doc. 16096 et Addendums 1, 2, 3 et 4).
À cette discussion sera jointe celle du rapport de la commission ad hoc du Bureau sur l’observation des élections législatives en Géorgie (26 octobre 2024) présenté par M. Iulian BULAI (Doc.16079) et celle du rapport de la commission de suivi sur « L’évolution de la procédure de suivi de l’Assemblée (janvier et décembre 2024) », présenté par Mme Zanda KALININA-LUKAŠEVICA (Doc.16086).
Nous allons suspendre l'examen de ce point de l'ordre du jour pour permettre à Sa Sainteté le Patriarche œcuménique BARTHOLOMÉE Ier de s'adresser à notre hémicycle.
Votre Sainteté,
C'est pour moi un honneur et un plaisir, alors que je viens d'être réélu Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe pour un nouveau mandat, de vous accueillir parmi nous dans la « Maison de la démocratie », qui abrite les représentants des parlements de nos 46 États membres, 18 ans après votre première visite ici, en janvier 2007.
Votre Sainteté,
Vous êtes le 270e patriarche œcuménique et archevêque de Constantinople au sein de l'Église orthodoxe orientale depuis 1991. Vous êtes le chef spirituel et religieux influent de 300 millions de chrétiens orthodoxes dans le monde. Vous êtes connu non seulement pour votre gestion de l'orthodoxie orientale, mais aussi pour vos efforts en faveur du dialogue et de la coopération interreligieux, en créant des ponts avec les communautés catholique, juive et musulmane et en promouvant la liberté religieuse, la tolérance et les droits humains.
Vous vous préoccupez également beaucoup de l'environnement, ce qui vous vaut d'être souvent appelé le « patriarche vert ». Vous avez déclaré : « Pour les êtres humains, détruire la création de Dieu, dégrader l'intégrité de la terre et contaminer les eaux, la terre et l'air de la planète sont autant de péchés ».
J'attends avec impatience votre discours inspirant, mais permettez-moi de vous raconter une anecdote qui m'est très chère.
Le 22 octobre 1991, je me trouvais au Patriarcat œcuménique en tant que journaliste. Cette visite avait été précédée d'une semaine à Ankara où j'avais rencontré et discuté avec le Premier ministre de l'époque, Mesut YILMAZ, des dirigeants politiques comme ERBAKAN et INONU et le Premier ministre nouvellement élu, DEMIREL. Ce fut une semaine intéressante pour moi en tant que journaliste, qui s'est terminée par mon voyage à Istanbul.
J'ignorais alors qu'un nouveau patriarche avait été élu le même jour et j'ai eu la chance de vous voir quelques heures après votre élection et d'avoir l'honneur d'obtenir la première interview avec vous. Depuis lors, nous nous sommes rencontrés à de nombreuses reprises dans votre bureau au Patriarcat ou ailleurs.
De toutes nos conversations, je me souviendrai toujours de votre réponse à une question que je vous avais posée : « Qu'est-ce que vous considérez, Votre Sainteté, comme le point le plus intéressant dans les textes théologiques que vous avez lus ? ».
Et vous avez immédiatement répondu que c'était la lettre qui parle de l'amour de l'apôtre Paul aux Corinthiens. Je l'ai lue et je l'ai apprise par cœur à partir de ce moment-là.
Chers collègues, je veux la partager avec vous.
Dans Corinthiens 13.1, Paul écrit : « Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n'ai pas l'amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit ». L'amour est le langage qui n'a pas besoin de traduction , chers collègues. En d'autres termes, l'amour est ce que nous pratiquons ici, dans notre Assemblée, lorsque nous parlons des droits humains, du respect de la démocratie pour chaque être humain et de l'État de droit.
Votre Sainteté, j'ai l'honneur de vous donner la parole.
(Applaudissements)
12:17:46
Votre Excellence, Monsieur Rousopoulos, Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, je vous félicite pour votre réélection à l'unanimité ce matin.
Vous m'avez dit que vous m'aviez rencontré au Patriarcat immédiatement après mon élection comme patriarche et j'ai l'honneur de vous voir, de vous rencontrer, une fois de plus, immédiatement après votre réélection comme Président. Nous vous souhaitons un mandat fructueux, puisque c'était votre premier en tant que Président de cet organisme de bon augure. Que Dieu vous conforte dans l'exercice de vos responsabilités.
Vos Excellences, vos éminences, chers dignitaires et amis bien-aimés,
C'est un privilège unique et une joie particulière de m'adresser à vous tous, surtout en ce jour si important où nous commémorons le 80e anniversaire de la libération d'Auschwitz. Nous sommes profondément honorés de nous retrouver une fois de plus, après 2007, à cette prestigieuse réunion de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, une organisation internationale qui s'est engagée à défendre et à promouvoir les principes fondamentaux des droits humains, de la démocratie et de l'État de droit, c'est-à-dire tout ce qui définit la culture de l'intégrité, de la liberté et de la justice.
En outre, c'est un honneur particulier d'être ici avec tant d'éminents membres de cette Assemblée ainsi que d'autres dignitaires et diplomates étrangers.
La présence parmi vous d'un ecclésiastique orthodoxe peut surprendre certains, mais en tant que primat de l'Église de Constantinople, patriarcat œcuménique, nous suivons les traces d'une longue lignée de ministres de l'Église dotés d'une vision universelle, qui savent que le monde de la foi peut s'avérer un allié puissant dans les efforts de la société pour aborder les questions de liberté, de justice et de paix. En effet, la religion peut offrir une perspective unique sur l'objectif d'éradication de la pauvreté et de la faim, de lutte contre le fondamentalisme et le racisme, ainsi que de promotion de la tolérance et du dialogue.
Les églises et les communautés religieuses ne sont pas seulement au cœur de la vie personnelle ou spirituelle des gens, elles jouent également un rôle essentiel dans la mobilisation des institutions et des sociétés à de multiples niveaux. Qu'il s'agisse du changement climatique ou d'un conflit régional, il existe aujourd'hui un sentiment accru de préoccupation et de responsabilité communes, qui est ressenti avec une sensibilité particulière par les personnes de foi, ainsi que, et à côté, de celles dont la perspective est expressément laïque.
C'est précisément la raison pour laquelle, au Patriarcat œcuménique, nous sommes profondément conscients de nos liens avec le passé et le présent. En tant qu'Église dont l'histoire s'étend sur 17 siècles, nous sommes enracinés dans un riche passé, nous vivons dans un présent complexe et nous nous tournons vers un avenir plein d'espoir. C'est précisément cette tradition de foi vivante qui nous permet de parler avec audace de questions contemporaines cruciales telles que la liberté religieuse, les droits humains et la protection de l'environnement naturel. C'est pourquoi nous avons été les premiers à organiser une série de dialogues interchrétiens, mais aussi des conversations interreligieuses afin de jeter des ponts par-delà les divers clivages culturels et raciaux.
Dans un monde qui s'avère de plus en plus divisé, nous ressentons l'obligation et la vocation de construire des ponts de paix et d'unité, ainsi que de coopération et de collaboration. Le Patriarcat œcuménique est la preuve vivante que des cultures et des croyances différentes peuvent coexister dans la solidarité et la paix. Tels sont notre vision et notre message. En tendant la main à nos semblables au-delà des frontières réelles ou imaginaires, nous sommes convaincus que nous tendons la main à la fois à Dieu, à l'image duquel tous les êtres humains sont façonnés, mais aussi à notre prochain, que nous devrions toujours servir et soutenir.
Il ne fait aucun doute pour nous que les principes et valeurs religieux connaissent un immense renouveau et peuvent jouer un rôle majeur pour garantir la coexistence et la sécurité entre les différentes races et cultures. C'est pourquoi nous nous efforçons de forger et d'entretenir des liens au-delà des frontières religieuses et culturelles.
Il y a trente ans, nous avons convoqué une assemblée internationale des leaders spirituels mondiaux à Istanbul, déclarant ou répétant officiellement que « tout crime commis au nom de la religion est un crime commis contre la religion », ce qui est communément appelé la déclaration du Bosphore. La montée des extrêmes et des expressions du fondamentalisme et du nationalisme a rendu plus urgente la cause de l'unité entre l'Est et l'Ouest, ainsi qu'entre le Nord et le Sud.
La manière dont nous traitons nos semblables, persécutés par la discrimination religieuse et le populisme raciste, révèle le genre de personnes que nous voulons être.
Aujourd'hui, le monde est véritablement devenu un village planétaire et ses citoyens souhaitent vivre en paix et en sécurité. C'est à des dirigeants tels que vous qu'il incombe de faire en sorte que cela se produise.
Dans ce discours, nous aimerions souligner deux domaines importants et intéressants pour nous, au Patriarcat œcuménique, qui, nous en sommes convaincus, peuvent soutenir les principes que le Conseil de l'Europe chérit tant.
Le premier domaine est l'importance du dialogue. Où que nous vivions dans le monde, et quelle que soit la nature de notre profession, la société comprend invariablement des représentants de l'humanité dans toute sa merveilleuse diversité.
Nous entendons souvent dire que notre monde est en crise, mais il est également vrai que jamais les êtres humains, en particulier les dirigeants influents tels que vous, n'ont eu l'occasion d'affecter et de transformer notre monde de manière aussi radicale grâce aux avancées technologiques dans le domaine des médias sociaux et des voyages. Ainsi, s'il est vrai que nous vivons une période de crise, il faut également souligner, dans un esprit d'optimisme et d'espoir, qu'il existe encore une grande tolérance et une grande compréhension pour le respect des traditions et des cultures.
Le deuxième domaine d'urgence est la protection de notre planète. Depuis plus de trente ans, le Patriarcat œcuménique a organisé de nombreux symposiums, séminaires et sommets internationaux sur l'état de la Terre et de ses eaux, en Méditerranée et en mer Noire, ainsi que le long de l'Amazone et du Mississippi. Notre objectif est de sensibiliser et de rappeler que le respect et la protection de l'environnement naturel constituent un devoir moral pour tous.
Nous sommes convaincus que ce que nous faisons pour la Terre est intimement lié à ce que nous faisons pour les gens, que ce soit dans le contexte des droits humains, de la politique internationale ou de la paix mondiale. En d'autres termes, la manière dont nous répondons au changement climatique est intimement liée à la manière dont nous répondons aux défis humains. C'est pourquoi notre planète entière est affectée par les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient. Par exemple, la guerre injustifiable de la Russie a causé des dommages irréversibles aux écosystèmes du pays, avec un impact invisible et imprévisible sur le changement climatique pour la région et au-delà.
Dans ce contexte, nous reconnaissons que cette session plénière d'hiver de l'Assemblée parlementaire concentre son attention, entre autres questions vitales, sur la crise humanitaire au Moyen-Orient et en particulier à Gaza. En Terre sainte, les chrétiens orthodoxes continuent de préserver et de nourrir leur foi malgré de graves épreuves. Nous avons donc exprimé notre plein soutien moral et spirituel aux patriarcats de Jérusalem et d'Antioche, qui comptent parmi les églises les plus anciennes du monde et qui sont le berceau du christianisme. Nous les avons assurés que, selon les paroles réconfortantes de saint Paul, « si un membre souffre, tous les membres souffrent ensemble, et si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent ensemble », extraites de la première lettre de saint Paul aux Corinthiens.
Néanmoins, notre soutien aux Églises en crise va au-delà d'un simple soutien moral ou spirituel. Le développement et la maturité de l'Église orthodoxe d'Ukraine démontrent que la solidarité et l'unité fonctionnent dans la pratique et pas seulement en théorie. L'octroi et la reconnaissance de son autocéphalie, à savoir l'autoadministration ecclésiastique par le Patriarcat œcuménique il y a six ans en janvier 2019, démontrent comment l'ordre canonique et les soins pastoraux peuvent guérir les divisions et les blessures des siècles. Elle confirme également que les anciens principes canoniques de l'Église orthodoxe peuvent répondre aux problèmes contemporains dans un monde divisé.
Le monde entier est le témoin quotidien de la façon dont le courageux peuple ukrainien a lutté et s'est sacrifié pour l'indépendance contre l'oppression et la liberté religieuse. Cependant, nous avons été témoins de la même passion pour la vie et la liberté en Estonie et en Lituanie également, et le Patriarcat œcuménique reste déterminé à répondre à ces appels à l'intégrité et à la souveraineté ecclésiastiques, en respectant les besoins distincts et sans équivoque de chaque église et de chaque communauté.
En même temps, dans notre tradition acquise au cours de nombreux siècles, nous nous efforçons d'honorer l'identité unique de chaque culture, tout en les encourageant à s'engager de manière constructive dans des rencontres et un dialogue avec le reste du monde, évitant ainsi le repli sur soi et la discrimination. Cet équilibre requiert de la sagesse pour distinguer entre traditions essentielles et pratiques adaptables, entre principes fondamentaux et expressions contextuelles.
Chers amis, qu'il s'agisse de conflits et d'injustices, d'économie ou d'écologie, de persécutions discriminatoires ou d'immigration forcée, nous sommes appelés à nous rappeler qu'aucun d'entre nous ne peut plus prétendre vivre comme si le reste du monde n'existait pas. Nous avons tous la responsabilité éthique d'examiner attentivement la manière dont nous habitons le monde : les choix que nous faisons et les modes de vie que nous aspirons à adopter. Nous ne pouvons plus vivre comme des individus isolés, désengagés des événements de notre monde. Nous sommes créés pour la rencontre et nous sommes jugés sur notre réponse à chaque rencontre. Nous sommes des êtres et des institutions relationnels et, à ce titre, nous sommes à la fois responsables et redevables les uns des autres. Nous sommes des êtres sociaux et, à ce titre, nous partageons le monde et les ressources de la planète. En d'autres termes, nous vivons dans une communauté mondiale et, à ce titre, nous partageons des valeurs communes qui transcendent les frontières nationales, politiques, religieuses, raciales ou culturelles.
Cette conscience éthique ne dépend pas seulement de nos convictions religieuses, mais de la dignité universelle de tous les êtres humains. C'est ici que la perspective à la fois clairvoyante et réaliste de la religion peut jouer un rôle essentiel. Dans un document intitulé « Pour la vie du monde : Vers une éthique sociale orthodoxe », approuvé par le Saint Synode du Patriarcat œcuménique il y a exactement cinq ans, nous reconnaissons que l'espérance chrétienne ne réside pas dans les royaumes de ce monde, mais dans le royaume de Dieu, pas dans les fils des hommes, mais dans le Fils de Dieu, qui peut nous libérer des pratiques et des structures du péché, de l'oppression et de la violence qui corrompent notre monde déchu. Dans ce monde, nous sommes des étrangers et des pèlerins, mais nous pouvons aussi jouir d'un avant-goût de la rédemption finale de tout l'ordre social dans le royaume de Dieu. En effet, il nous a été confié un signe à exhiber devant les nations pour les appeler à une vie de paix et de charité à l'abri des promesses de Dieu. Ceci est tiré du huitième paragraphe du texte « Pour la vie du monde ».
Nous pouvons faire la différence dans le monde. Nous pouvons apporter une plus grande guérison à ses habitants. Nous pouvons apporter un regain d'espoir si nous tous, dirigeants politiques et religieux, travaillons ensemble à la réalisation d'un objectif commun, à savoir laisser à nos enfants un monde meilleur que celui dont nous avons hérité ou que nous avons créé. Un monde où les conflits et les guerres ne sont pas des moyens de résoudre les différends et les divisions, où toutes les religions et toutes les races sont respectées de manière égale et sans discrimination, où les gens ont suffisamment d'amour comme langue maternelle de toute l'humanité, et où la diversité de la nature est protégée.
Je vous remercie de votre aimable invitation et de votre attention.
Que Dieu bénisse vos délibérations et vos décisions.
Grèce, PPE/DC, Président de l'Assemblée
12:38:32
Merci, votre Sainteté. Merci pour votre discours inspirant.
Je garderai à l'esprit ce que nous avons dit sur le dialogue, bien sûr, que nous servons, ou que nous essayons de servir, afin de pouvoir résoudre les problèmes soulevés sur notre continent.
Chers collègues, nous allons maintenant entendre les contributions des orateurs des cinq groupes politiques, et au nom du Groupe des Socialistes, Démocrates et Verts, je donne la parole à Mme Edite ESTRELA.
Edite, vous disposez de 2 minutes.
Merci beaucoup, Monsieur le Président, et félicitations pour votre élection.
Votre Sainteté, merci beaucoup d'être parmi nous aujourd'hui.
Ma question est la suivante : comment les responsables religieux peuvent-ils contribuer à la protection de l'environnement, étant donné que le Patriarcat œcuménique est impliqué dans la protection de l'environnement depuis les années 1990 et que le changement climatique est une question de plus en plus importante ?
Je vous remercie.
Grèce, PPE/DC, Président de l'Assemblée
12:39:42
Merci, Madame Estrela.
Votre Sainteté, je vais donner la parole à tous les représentants des groupes politiques et ensuite, si vous le souhaitez, vous pourrez répondre.
Je donne donc la parole à M. Pablo HISPÁN, au nom du Groupe du Parti populaire européen.
Merci, Monsieur le Président, et félicitations pour votre réélection.
Votre Sainteté, bienvenue dans cette Assemblée.
Je suis catholique romain et chef du Groupe du Parti populaire européen dans cette institution, un groupe aux valeurs chrétiennes profondes.
Je vous remercie d'être parmi nous et pour les paroles que vous nous avez adressées et qui nous ont beaucoup inspirés.
Je voudrais vous interroger sur l'un des défis de notre époque.
Comment envisagez-vous le rôle de l'Église dans le soutien aux réfugiés et la promotion de la paix, comme vous l'avez souligné dans votre discours lors de la Conférence des Nations Unies de décembre 2023 à Genève ?
Quelles mesures pensez-vous que la communauté internationale devrait prendre pour s'attaquer aux causes profondes des migrations ?
Je vous remercie.
Grèce, PPE/DC, Président de l'Assemblée
12:40:45
Merci, Monsieur Hispán.
Au nom du Groupe des conservateurs européens, la parole est à Mme Elisabetta GARDINI.
Madame Gardini ?
Le chef du groupe, M. Zsolt NÉMETH, va prendre la parole.
Merci et félicitations, Monsieur le Président, pour votre réélection.
Votre Sainteté, Monsieur le Patriarche BARTHOLOMÉE Ier,
Je suis un protestant hongrois, calviniste, presbytérien, et je suis également le président du Groupe des conservateurs européens au sein de cette Assemblée.
Nous savons tous que la minorité la plus persécutée dans le monde aujourd'hui est celle des chrétiens. Certains estiment qu'ils sont environ 200 millions.
Quelles mesures sont prises et quelles mesures devraient être prises, selon vous, par l'Église et par les acteurs politiques pour préserver les droits des chrétiens persécutés, les libertés des chrétiens – et en particulier concernant le Moyen-Orient et la situation en Syrie, au Liban et à Gaza ?
Je vous remercie.
Grèce, PPE/DC, Président de l'Assemblée
12:42:06
Merci, Monsieur Németh.
Je donne maintenant la parole, au nom de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, à M. Iulian BULAI.
Merci, Monsieur le Président, et félicitations pour votre réélection.
Votre Sainteté, au nom des libéraux de l'Assemblée, je vous souhaite la bienvenue dans cette Assemblée.
Je suis très heureux de vous voir ici. Au nom de mon groupe, j'ai trois remarques et une question à formuler.
Tout d'abord, je suis très heureux que vous ayez condamné fermement l'agression russe en Ukraine et que vous ayez eu le courage de dire au patriarche Cyrille de faire face au dictateur ou de se retirer, mais de ne pas légitimer la guerre en Ukraine à travers l'image de l'Église orthodoxe russe. C'était très important. Je vous remercie.
Deuxièmement, je me réjouis que vous ayez pleinement reconnu l'Église orthodoxe autonome et indépendante d'Ukraine. C'est très important.
Troisièmement, j'ai lu hier que Sa Sainteté le pape François était disposé à trouver une date commune pour la célébration de Pâques. J'espère vraiment que Votre Sainteté et Sa Sainteté trouveront un terrain d'entente pour que cela se produise dans la période à venir, car il s'agit d'une célébration qui divise des millions d'Européens.
J'ai également une question à vous poser. Votre Sainteté, alors que l'intelligence artificielle s'intègre de plus en plus dans la vie quotidienne et façonne la manière dont l'humanité interagit avec la création, comment envisagez-vous que l'Église orthodoxe aborde les implications éthiques et spirituelles de l'intelligence artificielle, en particulier en termes de sauvegarde de la dignité humaine, de la liberté et de la relation de l'homme à Dieu ?
Merci d'avoir reçu cette question. Pour votre information à tous, vous devez savoir que cette question a été formulée avec l'aide de l'intelligence artificielle, en combinant les mots « question » et « au nom des libéraux, au Patriarche » avec le contenu de l'intelligence artificielle.
Je vous remercie.
Grèce, PPE/DC, Président de l'Assemblée
12:44:05
Merci, Monsieur Bulai. C'est très intéressant.
Je pense que Sa Sainteté n'aura pas besoin de l'aide de l'intelligence artificielle pour répondre.
Je vais maintenant donner la parole à Mme Nina KASIMATI, au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne.
Merci, Monsieur le Président, et félicitations pour votre réélection.
Au nom du Groupe pour la gauche unitaire européenne, Votre Toute Sainteté le Patriarche œcuménique BARTHOLOMÉE de Constantinople, alors que le monde chrétien s'apprête à commémorer les 1 700 ans du premier concile œcuménique de Nicée, comment évaluez-vous l'état actuel des relations entre les Églises ? Et quels sont l'importance et le potentiel de cette célébration pour favoriser l'unité et le dialogue ?
Je vous remercie.
Grèce, PPE/DC, Président de l'Assemblée
12:44:50
Merci, Madame Kasimati.
Chers collègues, je vais maintenant demander à Sa Sainteté le Patriarche œcuménique BARTHOLOMÉE Ier de prendre la parole et de faire quelques commentaires ou de répondre aux questions posées par les cinq groupes politiques de cette Assemblée.
Votre Sainteté, vous avez la parole.
12:45:09
Chers amis,
Je vous remercie pour vos questions profondes. J'essaierai de les intégrer et d’apporter une réponse globale.
Tout d'abord, en ce qui concerne la question environnementale : en tant que gardiens de notre planète, nous avons le devoir sacré de protéger la création dans son intégralité et toutes ses créatures. Notre consommation effrénée et notre poursuite incessante de la croissance économique nous ont conduits au bord de la catastrophe environnementale.
Il est temps de retrouver notre lien spirituel avec le monde naturel et d'agir avant qu'il ne soit trop tard. La crise environnementale appelle une réponse immédiate et une attention urgente, car elle constitue un défi éthique et spirituel vital qui dépasse toutes les considérations politiques ou financières.
Le Saint et Grand Concile de l'Église orthodoxe a reconnu, en 2016, que cette crise était essentiellement enracinée dans le cœur des hommes. Les religions devraient rappeler à l'humanité que la Terre est un don divin qui nous est confié pour la protéger, et non pour l'exploiter.
Le principe de l'intendance définit notre relation avec la Terre, affirmant notre rôle et notre responsabilité en tant que gardiens, plutôt que propriétaires, de ses ressources, pour le bien des générations futures. C'est cette compréhension qui guide nos actions en matière de protection de l'environnement. Nous devons donc promouvoir sans relâche un mode de vie durable et la justice environnementale, et agir avec un sentiment d'urgence à tous les niveaux de la vie sociale et civile.
Deuxièmement, la question de l'intelligence artificielle. À la lumière de ces préoccupations et en examinant la convention-cadre sur le sujet du Conseil de l'Europe, le Patriarcat œcuménique observe des progrès notables dans la prise en compte des préoccupations éthiques et sociales cruciales soulevées par cette technologie en plein essor.
L'intelligence artificielle possède un immense potentiel de transformation positive dans les domaines de la protection de l'environnement, de l'éducation et de la santé, offrant des voies innovantes pour résoudre des problèmes humains importants. Toutefois, ce formidable outil comporte également des risques inhérents, tels que des atteintes à la vie privée, des inégalités croissantes ou une éventuelle remise en cause des institutions.
L'objectif fondamental de la Convention des droits de l'homme, des valeurs démocratiques et des systèmes juridiques peut être complété par de nombreux principes et valeurs chrétiens. Le progrès technique doit soutenir le développement humain et servir le bien-être de tous.
Ainsi, la mise en œuvre de l'intelligence artificielle exige le respect de la dignité individuelle, la sauvegarde des libertés fondamentales et la promotion de l'équité sociale. Les normes établies d'ouverture et de responsabilité de la Convention, qui imposent une étude approfondie des systèmes d'intelligence artificielle et de leur impact plus large sur la société, sont très pertinentes.
La méthodologie de l'Huderia fournit un moyen spécifique d'identification et de réduction des risques, appelant à une évaluation minutieuse des applications de l'intelligence artificielle sur la base des conséquences éthiques et des performances techniques. Dans ce contexte, la tradition chrétienne orthodoxe met l'accent sur le discernement et l'orientation moraux, parallèlement à la recherche et au développement scientifiques.
Le Patriarcat œcuménique invite toutes les nations à participer à cet important projet, afin de soutenir et de façonner une croissance technologique qui satisfasse les besoins universels de l'humanité, y compris la protection des droits humains et de la liberté religieuse, notamment pour ceux qui sont confrontés à la persécution et à l'injustice, en particulier les minorités religieuses.
Troisièmement, en réponse à la question sur les chrétiens du Moyen-Orient, j'aimerai attirer votre attention sur cet exemple frappant de cette persécution. De nombreuses communautés chrétiennes, enracinées dans les premiers jours du christianisme, voient leur existence menacée dans des régions où elles vivent depuis près de deux millénaires.
Par exemple, à Deir ez-Zor, en Syrie, une communauté chrétienne autrefois prospère ne compte plus que sept personnes âgées. Les maigres restes de 300 familles ont fui ailleurs en 2013. Leurs lieux saints ont été détruits par des forces extrémistes, et les efforts de reconstruction n'ont pas permis de ramener les personnes déplacées.
En outre, alors que les efforts humanitaires actuels se concentrent davantage sur la satisfaction des besoins immédiats que sur les causes sous-jacentes, les événements récents révèlent des attaques délibérées contre les communautés chrétiennes dans tout le nord de la Syrie, provoquant un déplacement complet de la population.Il y a aussi encore les attaques contre les églises et la communauté copte d'Égypte.
Cette situation d'urgence appelle des réponses coordonnées, notamment une meilleure surveillance internationale, des plans de protection globaux et une communication interconfessionnelle permanente. L'aide matérielle aux personnes déplacées doit compléter les initiatives diplomatiques visant à garantir la liberté religieuse.
On ne sait pas si le christianisme du Moyen-Orient, avec ses propres coutumes et son héritage, peut survivre. Leur présence continue est bénéfique, non seulement en termes de diversité religieuse, mais aussi en termes de maintien de la profondeur culturelle et de la continuité historique de la région.
Les agences internationales sont appelées à traduire les paroles en actes. Cela implique des programmes de préservation des communautés, des plans d'intervention d'urgence et des systèmes de surveillance spécifiques. Tout système de développement d'un gouvernement régional doit garantir les droits et la protection du peuple chrétien.
Dans le même temps, il est urgent d'apporter une réponse globale et coordonnée au nombre croissant de réfugiés dans le monde, une crise encore exacerbée par les effets du changement climatique.
Quatrièmement, en ce qui concerne la question cruciale de la crise des réfugiés, lors du Forum mondial sur les réfugiés à Genève, le 14 décembre 2023, nous avons parlé de la façon dont la crise des réfugiés et la crise climatique ont évolué côte à côte.
L'engagement de notre Église dans la construction de la paix et la lutte contre le changement climatique comprend la satisfaction des besoins matériels des réfugiés, tels que la nourriture, le logement et la santé. En outre, nous nous efforçons de défendre les droits fondamentaux de toutes les personnes, en soulignant que la demande d'asile est un droit humain fondamental.
Enfin, en réponse à votre question sur les prochaines célébrations de Nicée, l'héritage durable du premier concile œcuménique de Nicée est une opportunité unique de réflexion et de coopération entre les confessions chrétiennes.
Construisons un monde où la prière du Christ pour l'unité se réalise enfin.
Je vous remercie encore une fois.
Grèce, PPE/DC, Président de l'Assemblée
13:01:16
Merci, Votre Sainteté.
Puisque vous avez terminé votre discours en répondant à la question de mon estimé collègue sur le pape François, permettez-moi de partager le moment que j'ai vécu avec lui en novembre dernier dans son bureau, lorsque je lui ai parlé de votre visite. Il en était vraiment heureux. J'ai été impressionné par le fait que, dans une pièce chargée d'histoire, d'expériences et de souvenirs, le pape François m'a conduit à son bureau et m'a montré la seule photo qui orne son bureau ; une photo de Sa Sainteté le patriarche de Constantinople.
Cela signifie que tous les efforts que vous faites tous les deux pour le christianisme, et pas seulement pour le christianisme, mais pour toutes les religions au service de l'humanité et pour l'avenir de notre planète, ne sont pas vains.
Chers collègues, avant de clore la séance, permettez-moi de préciser que le débat d'urgence « Engagement européen en faveur d’une paix juste et durable en Ukraine » se tiendra le jeudi 30 janvier après-midi, en premier point de l’ordre du jour, sur la base d'un rapport de la commission des questions politiques.
Votre Sainteté, une fois de plus, je vous remercie d'être parmi nous aujourd'hui.
La séance est levée.
Nous nous retrouverons à 15 h 30 avec l'ordre du jour qui a été approuvé ce matin.