01/12/2025 Observation d'élections
Les élections législatives anticipées au Kirghizstan se sont déroulées efficacement, mais le contexte restrictif de la campagne électorale a freiné l'engagement des candidat·e·s et des électeurs et électrices. Si les libertés fondamentales sont protégées par la Constitution, elles sont de plus en plus limitées dans la pratique et les récentes modifications apportées au cadre juridique ont affaibli la participation des partis politiques aux élections. Bien que l'administration électorale ait bénéficié de la confiance du public quant à sa capacité technique à préparer les élections et ait fait des efforts pour accroître la transparence, ceux-ci ont été insuffisants sur certains aspects clés, ont déclaré aujourd'hui les observateurs internationaux dans un communiqué.
La mission d'observation conjointe du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (BIDDH) de l'OSCE, de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE (AP OSCE) et de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a constaté que le cadre juridique fournissait une base technique pour la tenue des élections, mais qu'il ne répondait pas à un certain nombre de normes internationales en matière d'élections démocratiques. En outre, les possibilités limitées de consultation publique sur les changements fondamentaux apportés au cadre juridique avant les élections ont suscité des inquiétudes.
« Ces élections se sont déroulées dans un cadre fondamentalement réformé, qui a été modifié à plusieurs reprises tout au long de l'année 2025, introduisant des changements dans presque tous les éléments essentiels du processus et ne répondant pas à un certain nombre de normes internationales », a déclaré Claude Haagen, coordinateur spécial et chef de la mission d'observation à court terme. « Ces réformes de grande envergure, adoptées peu avant le jour du scrutin et sans tenir compte de la quasi-totalité des recommandations précédentes, ont posé des défis en matière de transparence, de stabilité et de capacité des électeurs à faire des choix en toute connaissance de cause. Notre forte présence ici, avec plus de 350 observateurs parlementaires et de l'ODIHR, témoigne de notre profond soutien à la voie démocratique empruntée par le Kirghizstan. »
Les candidat·e·s ont eu peu d'occasions de s'adresser aux électeurs en raison de la courte durée de la campagne, de l'espace restreint réservé au débat public et des règles de campagne trop strictes. La campagne a été globalement discrète et n'a suscité qu'un engagement limité de la part des électeurs et électrices, qui craignaient des représailles pour leur activité politique. La législation électorale garantit l'égalité des chances à tous les candidat·e·s en matière de campagne et donne aux citoyen·ne·s le droit de participer à la campagne, mais si certaines activités concurrentielles ont été observées, les disparités financières importantes entre les candidat·e·s ont empêché ceux-ci de se livrer à une concurrence équitable. Parallèlement, de nombreuses allégations d'achat de votes ont continué d'être formulées tout au long de la campagne.
« Être un Partenaire pour la démocratie de l'APCE n'est pas seulement un titre, c'est un engagement permanent. La délégation de l'APCE est ici pour aider le Kirghizstan à faire en sorte que chaque vote compte. L'évaluation que nous faisons aujourd'hui de ces élections sera prise en compte par l'APCE dans son futur dialogue avec le parlement kirghize », a déclaré Georgios Stamatis (Grèce, PPE/DC), chef de la délégation de l'APCE. « Une attention particulière sera accordée à la participation significative des jeunes, des femmes et des personnes handicapées à la vie politique. Bien qu'ils jouissent de droits électoraux égaux au Kirghizstan, des obstacles importants persistent dans la pratique. »
Quelque 4,3 millions d'électeurs et électrices étaient inscrits pour voter lors des élections d'hier. Les autorités électorales ont géré efficacement les préparatifs techniques et ont également formé les agents électoraux à l'utilisation des nouveaux dispositifs électroniques utilisés dans tous les bureaux de vote pour l'identification biométrique des électeurs et électrices et le vote. Si le nouveau matériel a été globalement jugé positif, la confiance dans la nouvelle technologie de vote a été affectée par un manque de transparence. La nouvelle option nationale de vote à distance a offert de meilleures possibilités de participation aux électeurs et électrices. Les observateurs ont jugé la journée électorale globalement positive, les procédures ayant été largement respectées, mais des problèmes généralisés ont été observés en ce qui concerne le respect des procédures de dépouillement et de comptage des votes après la fermeture des bureaux de vote.
L'introduction d'un siège réservé par circonscription pour le sexe sous-représenté a été une mesure bienvenue pour accroître la représentation des femmes en politique. Cette mesure est louable, mais des efforts supplémentaires sont néanmoins nécessaires pour soutenir leur participation significative.
« L'introduction d'un quota de genre dans ces élections est une première étape bienvenue et importante vers l'amélioration de la situation du genre sous-représenté et le renforcement de la participation des femmes à la vie politique », a déclaré Monika Zajkova, cheffe de la délégation de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE. « Une représentation significative passe par un soutien soutenu, un environnement favorable et un accès égal à la vie publique. Nous encourageons les autorités à s'appuyer sur cette première mesure et à promouvoir une véritable égalité entre les sexes, ainsi qu'une représentation équitable de tous les groupes, y compris les minorités nationales et les personnes handicapées, tout au long du processus politique. »
Bien que la Constitution garantisse la liberté d'expression, elle prévoit également des motifs excessivement larges et vagues pour restreindre ce droit. Conjugué à une augmentation des poursuites judiciaires à l'encontre des journalistes, cela a conduit à une autocensure généralisée dans les médias. Le pluralisme des médias a souffert de la nouvelle législation qui impose l'enregistrement des médias, limite la propriété étrangère et prévoit de nombreux motifs de radiation des médias, ainsi que de la récente nationalisation du radiodiffuseur public. Pendant la campagne électorale, bien que les radiodiffuseurs financés par l'État aient accordé gratuitement du temps d'antenne conformément à la loi, leur couverture médiatique s'est presque exclusivement concentrée sur des questions de procédure, limitant ainsi la capacité des électeurs et électrices à faire un choix éclairé le jour du scrutin.
Les restrictions financières, associées aux récentes modifications législatives qui définissent l'observation des élections comme une activité politique et obligent les organisations bénéficiant d'un financement étranger à s'enregistrer en tant que « représentants étrangers », ainsi que la crainte de représailles pour ces activités, ont considérablement affaibli la capacité de la société civile à participer à la vie publique. Alors que les autorités électorales ont accrédité près de 800 observateurs internationaux, seuls deux observateurs nationaux issus de deux organisations ont été accrédités.
« La possibilité d'exprimer une opinion politique et la disponibilité d'informations précises et pertinentes sont essentielles pour que les électeurs et électroces puissent faire un choix éclairé le jour du scrutin. Malheureusement, malgré une préparation efficace, ces deux éléments ont présenté des lacunes lors des élections d'hier », a déclaré Tamás Meszerics, chef de la mission d'observation électorale du BIDDH. « Pour aller de l'avant, le Kirghizstan doit s'efforcer de créer un système plus inclusif tant pour les candidats que pour les électeurs, ce qui contribuerait à renforcer l'engagement des électeurs et la confiance du public. »
La mission internationale d'observation électorale comptait au total 359 observateurs, dont 269 experts déployés par le BIDDH, des observateurs à long terme et à court terme, 72 membres de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE et 18 membres de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.
Pour plus d'informations, veuillez contacter :
Katya Andrusz, BIDDH : +48 609 522 266 ou [email protected]
Anzhelika Ivanishcheva, AP OSCE : + 45 60 10 80 30 [email protected]
Bogdan Torcătoriu, APCE : +33 750 39 29 40 ou [email protected]