23/06/2026 Session
Les élections législatives du 12 avril 2026 en Hongrie n’étaient pas des élections comme les autres. Elles visaient à déterminer si une démocratie européenne, après 16 ans d’érosion démocratique, pouvait encore retrouver le chemin de la démocratie par les urnes. Dans son rapport, Pablo Hispán (Espagne, PPE/DC), chef de la délégation d’observation électorale de l’APCE, salue la mobilisation extraordinaire des électeurs hongrois, avec un taux de participation atteignant 79,56 %, du véritable choix politique offert aux citoyens et de la passation pacifique du pouvoir à la suite de la victoire décisive du parti TISZA. Mais le rapport est tout aussi clair : les élections ne se sont pas déroulées dans des conditions véritablement équitables.
La campagne a été animée et compétitive, mais profondément inégale. Elle s’est déroulée dans un contexte fortement polarisé, marqué par la mainmise sur l’État, le mélange systémique entre État et parti, l’utilisation abusive des ressources publiques, des réseaux de mandataires alignés sur le gouvernement, un financement de campagne opaque, la désinformation et des discours alarmistes autour de la guerre, de l’Ukraine, de l’Union européenne et d’une prétendue influence étrangère. Les allégations et les inquiétudes concernant l’ingérence extérieure ont occupé une place prépondérante dans la campagne, mais la réponse des institutions de l’État n’a pas été suffisamment transparente, fondée sur des preuves ou politiquement neutre pour rassurer les électeurs.
Le paysage médiatique est resté l’une des principales sources de préoccupation. Bien que formellement pluraliste, il était structurellement biaisé en faveur des partis au pouvoir : les médias de service public n’ont pas assuré une couverture équilibrée, plusieurs grands médias privés ont massivement favorisé le Fidesz-KDNP, et les journalistes indépendants ont continué à subir des pressions, des campagnes de dénigrement et des restrictions d’accès à l’information. Le jour du scrutin s’est déroulé dans le calme, dans le respect de l’ordre et selon des modalités professionnelles, le déroulement du vote ayant été jugé satisfaisant dans 99 % des bureaux de vote observés ; toutefois, des préoccupations subsistaient concernant le secret du vote, le vote par correspondance, l’inscription des électeurs issus des minorités, l’accessibilité pour les électeurs en situation de handicap et l’absence d’observation indépendante par des citoyens hongrois.
Le rapport salue la passation pacifique du pouvoir et les premières mesures prises par le nouveau gouvernement en faveur du rétablissement de la démocratie, tout en soulignant que « le renouveau démocratique ne peut être réalisé en remplaçant une pratique majoritaire par une autre ». L’APCE appelle à une refonte globale et inclusive de la législation électorale hongroise, du cadre réglementaire des médias, des règles de financement des campagnes électorales, des garanties contre la désinformation et l’ingérence étrangère, du vote par correspondance et à l’étranger, du vote des minorités et de l’observation nationale. Les institutions européennes devraient accompagner le renouveau démocratique de la Hongrie avec espoir et vigilance, en liant leur soutien et les fonds de l’UE à des réformes authentiques et durables, tout en s’engageant dans un esprit de partenariat et de coopération.