Strasbourg, 17.11.2009 – « On assiste ces dernières années à un retour en force de la piraterie en mer, et les Etats européens sont relativement démunis pour faire face à l’ampleur de ce phénomène », a souligné Birgen Keles (Turquie, SOC), lors d’une audition organisée aujourd’hui à Bruxelles par la Commission des questions politiques de l’APCE. « La dissuasion militaire a eu un impact certain dans la diminution des attaques, mais elle ne peut pas être à elle seule une solution au problème de la piraterie », a-t-elle ajouté. « Il convient de s’attaquer aux causes profondes de ce phénomène, comme l’absence de bonne gouvernance ou la pauvreté, et d’assurer l’exercice de la juridiction pénale contre les pirates ».
Les pirates échappent aux poursuites, car pratiquement aucun pays n’a de législation pénale moderne en matière de piraterie, et qu’il est extrêmement complexe d’identifier la juridiction pertinente. Les participants à l’audition estiment donc que la modernisation du cadre juridique interne et l’introduction de règles claires, identifiant l’Etat chargé des poursuites, sont essentielles pour lutter contre la piraterie.
Les chiffres sont alarmants. Le Bureau maritime de la Chambre internationale de commerce signale 358 attaques en 2009, contre 293 en 2008, 263 en 2007 et 236 en 2006. Les pirates opèrent principalement dans le Golfe d’Aden, par où transite un tiers du frêt maritime mondial, au sud de la Mer rouge, et au large des côtes somaliennes. Ces chiffres pourraient être sous-estimés, car, 50 pour cent des actes de piraterie perpétrés contre des navires de commerce ne seraient pas signalés, la lenteur des enquêtes dissuadant souvent les compagnies maritimes.
L’audition s’est notamment penchée sur le cas de la Somalie, où le phénomène a pris une ampleur inquiétante. Dans ce pays, plongé dans une guerre civile depuis le début des années 80, la piraterie est en effet devenue un moyen de subsistance pour la population.