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Après sa visite en Grèce, une délégation de l’APCE demande une plus grande solidarité européenne face à l’afflux des migrants irréguliers

Strasbourg, 17.01.2013 – Jean-Claude Mignon, Président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), et une sous-commission de l’APCE effectuant une visite en Grèce ont appelé à une plus grande solidarité européenne pour aider les pays du sud de l’Europe à faire face à l’entrée d’un grand nombre de migrants irréguliers et de demandeurs d’asile sur son territoire. Ils ont proposé également l’éventuelle tenue d’un débat d’urgence sur cette question lors de la session d’hiver de l’Assemblée, qui aura lieu à Strasbourg la semaine prochaine, afin de sensibiliser les Etats membres du Conseil de l’Europe par l’intermédiaire de leurs délégations parlementaires à l’APCE.

Le Président achevait une visite officielle de deux jours en Grèce, au cours de laquelle il s’est joint – pour des réunions tenues à Athènes – à une visite parallèle de la sous-commission ad hoc de l’Assemblée sur l’arrivée massive de migrants en situation irrégulière, de demandeurs d’asile et de réfugiés sur les rivages du sud de l’Europe. La sous-commission s’est aussi rendue dans la région grecque d’Evros, à la frontière avec la Turquie.

« La Grèce est confrontée à un problème d’immigration irrégulière d’une ampleur considérable, alors qu’elle doit faire face à une crise économique sans précédent », a souligné le Président. « Elle ne peut cependant pas faire face seule à toute la misère du monde. Seule une solidarité européenne renforcée, qu’elle soit d’ordre financier ou qu’elle consiste à accueillir des réfugiés et des demandeurs d’asile, serait de nature à contribuer à résoudre le problème. Une politique commune de migrations est plus essentielle encore lorsqu’une région fait face à une grande instabilité ».s

« Il ne s’agit pas d’un problème grec, mais avant tout d’un problème européen. L’Europe tout entière a la responsabilité d’éviter que la situation dans la Méditerranée, déjà difficile aujourd’hui, ne devienne une véritable catastrophe humanitaire », a-t-il ajouté.

Tineke Strik (Pays-Bas, SOC), Présidente de la sous-commission, s’est exprimée dans le même sens : « Aucun autre pays ne pourrait à lui seul faire face à une telle crise humanitaire, compte tenu du contexte économique et social actuel et de la porosité des frontières du pays. Puisque la plupart des migrants irréguliers veulent se rendre dans d’autres pays européens, les Etats membres doivent trouver très rapidement des solutions qui aillent au-delà d’une simple assistance financière et technique et faire preuve d’une bien plus grande solidarité. »

Le Président et la sous-commission se sont vivement félicités de la détermination des autorités grecques à résoudre, le plus tôt possible, l’arriéré considérable de 50 000 demandes d’asile et à fermer trois centres de rétention jugés non conformes aux normes applicables à de tels centres, parmi lesquels, courant 2013, le centre situé dans le commissariat de police de Petrou Ralli, à Athènes. Ils se sont aussi félicités des indications des autorités grecques selon lesquelles à compter du printemps 2013 les femmes et les enfants ne seraient plus détenus, et ils ont souhaité que cette mesure soit pleinement appliquée le plus rapidement possible.

Pour sa part, la sous-commission s’est déclarée vivement préoccupée par l’utilisation systématique de la détention comme moyen de dissuader les migrants d’entrer ou de séjourner en Grèce. « La décision récente de prolonger d’un an la période de détention des migrants et des demandeurs d’asile, qui revient à les traiter comme des délinquants, ajoute à leur désespoir et à leur vulnérabilité », a déclaré Mme Strik.

« Même s’il y a eu des progrès, avec la construction de nouveaux centres de rétention offrant de meilleures conditions, comme celui d’Amygdaleza, la délégation a cependant noté de graves problèmes concernant l’accès à l’asile, les soins de santé, l’information et la possibilité pour les détenus de communiquer avec le monde extérieur. La plupart des centres de détention visités par la délégation ne répondent pas actuellement aux normes compatibles avec le respect de la dignité humaine, puisqu’il y manque des équipements de base tels que le chauffage, l’éclairage ou l’eau chaude », a-t-elle ajouté.

Un nombre croissant de réfugiés syriens figurent parmi les personnes détenues, a souligné Mme Strik, déplorant que ces réfugiés n’aient pas dans la pratique la possibilité de demander l’asile en raison du manque d’assistance juridique, d’interprétation et d’informations sur leur situation. Désespérée, une Syrienne détenue au centre de Petrou Ralli a indiqué à la délégation qu’elle « préfèrerait mourir en Syrie que de rester une année de plus en détention en Grèce ».

« La Grèce doit honorer pleinement ses obligations en matière de droits de l’homme et mener à bien de toute urgence les réformes engagées », a conclu Mme Strik. « Elle ne peut y parvenir à elle seule, et l’Union européenne – avec les autres Etats membres du Conseil de l’Europe – ne peut plus feindre d’ignorer le problème, mais doit au contraire retrousser ses manches et aider la Grèce ».

Lors de sa visite, le Président a été reçu par, inter alia, le Président de la République, le Président du parlement, le Premier ministre, le Ministre des Affaires étrangères, le ministre du l’Ordre public et de la Protection des citoyens, et des membres de la délégation grecque auprès de l’APCE. Pour sa part, la sous-commission a également visité plusieurs centres de rétention et a eu des entretiens avec le le ministre des Affaires maritimes et le Vice-ministre des Affaires étrangères (chargé des questions de migration), ainsi qu’avec des représentants de Frontex, des organisations internationales et de la société civile.