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Les élections en Albanie ont été animées et pluralistes, mais la défiance entre les forces politiques a nui au climat, selon des observateurs internationaux

Strasbourg, 24.06.2013 - Les élections législatives du 23 juin en Albanie ont été véritablement pluralistes, avec la participation active des citoyens pendant toute la campagne et le respect réel des libertés fondamentales. Néanmoins, l’atmosphère de défiance entre les deux principales forces politiques a nui au climat électoral et elle a rendu difficile la gestion de tout le processus électoral, ont estimé des observateurs internationaux dans une déclaration publiée aujourd’hui.

La persistance des divergences de longue date et de la défiance réciproque entre les principaux partis politiques a mis à mal le travail de l’administration électorale et, en raison du boycott de la Commission électorale centrale par les partis d’opposition à la suite de la révocation controversée de l’un de ses membres, cette commission a dû accomplir le reste de ses travaux sans le quorum nécessaire pour prendre des décisions cruciales, selon la déclaration.

« Il s’agissait d’élections importantes qui proposaient aux électeurs un véritable choix à un moment critique pour l’Albanie. Il est temps maintenant que les dirigeants politiques du pays écoutent le verdict des urnes », a déclaré Roberto Battelli, le Coordinateur spécial qui était à la tête de la mission d’observation de courte durée de l’OSCE. « La population tenait beaucoup à exprimer sa volonté, et elle ne devrait pas être prise en otage par la politique. La politique constitue un élément crucial des élections mais, à certains égards, la politique partisane s’est révélée nocive, comme par le passé ».

Les modifications considérables apportées au Code électoral en juillet 2012 ont amélioré le cadre électoral, assurant de manière générale une base solide pour le déroulement d’élections démocratiques. Les observateurs ont cependant constaté que la confiance de la population dans le processus électoral avait été ébranlée car, à différents égards, la mise en œuvre n’avait pas été à la hauteur.

Soixante-six partis politiques – qui avaient pour la plupart rejoint l’une des deux coalitions électorales – et deux candidats indépendants s’étaient inscrits pour participer à un processus largement ouvert qui offrait aux électeurs un véritable choix. Les partis ont exposé leur programme et ont participé à d’importants débats politiques, mais les accusations mutuelles entre les deux plus grands partis ont parfois détourné l’attention de l’essentiel de la campagne.

« Hier, les Albanais ont fait la démonstration de leur foi dans le processus démocratique et de leur espoir d’un avenir européen. Il est temps maintenant que les dirigeants politiques montrent qu’ils méritent la confiance qui a été placée en eux en respectant les résultats des élections, en œuvrant de concert avec le sens des responsabilités au sein du nouveau parlement pour améliorer les normes démocratiques et en s’attaquant aux problèmes économiques et sociaux », a déclaré Luca Volontè, le chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. « Ce sens des responsabilités est crucial pour que l’Albanie atteigne son objectif européen et il doit se manifester non seulement pendant les quelques prochains jours lors du dépouillement mais pendant toutes les années à venir où se déploieront les efforts du parlement et du gouvernement ».

Le jour des élections, le vote s’est relativement bien déroulé, malgré quelques irrégularités procédurales. Les procédures de clôture et la réception des urnes dans les centres de dépouillement ont fait l’objet d’une évaluation plus positive. Le dépouillement a été retardé dans de nombreuses régions en raison de la désignation tardive des scrutateurs.

« L’Albanie a de la chance d’avoir des forces politiques solides qui ont présenté différentes visions pour ce pays mais, en ne désignant pas de scrutateurs pour dépouiller rapidement le scrutin, les partis politiques obligent inutilement leurs électeurs à attendre les résultats de ces élections », a déclaré João Soares, le chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE. « Cela n’est juste ni pour les électeurs ni pour la démocratie albanaise ».

La présence nombreuse d’observateurs citoyens et opposants pendant toute la journée a accru la transparence de manière générale, bien que l’on ait constaté que des observateurs partisans s’étaient parfois ingérés dans le processus, selon la déclaration. Le meurtre d’un sympathisant à Lac et d’autres cas isolés de violence ont terni le début des élections.

La déclaration relève des cas dans lesquels des ressources publiques ont servi à la campagne électorale et elle indique que, dans le contexte d’un certain nombre de manifestations officielles du gouvernement, il y a eu de la publicité pour la campagne et des discours du parti au pouvoir. Des allégations d’achats de voix et de pressions exercées sur des salariés du secteur public ont eu des effets délétères sur le climat préélectoral. La réglementation du financement des campagnes électorales n’a pas assuré une transparence suffisante.

Le suivi du déroulement de la campagne a conclu que le cadre médiatique était pluraliste et offrait un contenu diversifié, donnant aux électeurs la possibilité de faire un choix éclairé. L’indépendance éditoriale a cependant été gênée par les influences politiques. Certes, l’audiovisuel public a offert aux partis les plus importants un temps d’antenne équitable, mais le suivi a mis en évidence une tonalité plus favorable au parti au pouvoir. Les femmes candidates ont fait l’objet d’une couverture marginale, traduisant la persistance des problèmes liés à la participation des femmes à la vie politique.

Il a manqué des voies de recours effectives ainsi qu’une procédure équitable pour résoudre les plaintes en matière électorale, et les instances saisies ont refusé d’examiner des plaintes ou bien outrepassé leur compétence dans des affaires cruciales. Les opposants ont rarement porté plainte auprès des organes compétents.
 

« Les électeurs ont le droit de s’attendre à ce que les élections soient gérées de manière professionnelle et impartiale », a déclaré Conny McCormack, le chef de la mission de longue durée d’observation des élections du BIDDH/OSCE. « Au cours de notre travail d’observation ces six dernières semaines, nous avons constaté que la politique était omniprésente dans l’administration électorale à tous les niveaux. Bien que le déroulement du scrutin ait fait l’objet d’une évaluation positive, nos conclusions générales sont préliminaires car une grande partie du dépouillement est en cours. La mission du BIDDH restera dans le pays pour observer les phases restantes du processus ».
 

Pour tout renseignement complémentaire, s’adresser à :

Thomas Rymer, BIDDH/OSCE, +355 69 736 65 93 ou +48 609 522 266, [email protected]

Roberto Montella, AP OSCE, +355 69 736 66 74 ou + 43 699 10 42 86 81, [email protected]

Bogdan Torcatoriu, APCE, +355 68 692 78 79 ou +33 650 39 29 40, [email protected]