01/08/2014 Egalité et non-discrimination
Maria Giannakaki (Grèce, SOC) est rapporteure générale sur la lutte contre le racisme et l’intolérance depuis avril 2014. Le rapporteur général, désigné par la Commission sur l’égalité et la non-discrimination, a la responsabilité d’intervenir sur les questions relatives au racisme, à l’intolérance, au discours de haine, à la violence raciste et à la discrimination raciale. Dans cet entretien, Mme Giannakaki explique son rôle et les priorités de son mandat.
Vous avez été désignée rapporteure générale. Pourriez-vous nous parler de votre rôle au sein de l’Assemblée ?
Je souhaite tout d’abord dire qu’avoir été désignée rapporteure générale sur la lutte contre le racisme et l’intolérance par la Commission sur l’égalité et la non-discrimination est un grand honneur et en même temps une grande responsabilité. Je souhaite participer à la sensibilisation sur la nécessité de lutter contre le racisme et l’intolérance dans les Etats membres du Conseil de l’Europe, en suivant les développements sur le plan national, et vais présenter périodiquement à la commission les informations collectées et les actions entreprises. Je vais également maintenir des relations de travail et suivre les activités des organes intergouvernementaux et de monitoring du Conseil de l’Europe, ainsi que des parlements nationaux, des organisations intergouvernementales et des ONGs qui travaillent et luttent contre le racisme, l’intolérance, le discours de haine, la violence raciste et la discrimination raciale. Je vais utiliser les résolutions et recommandations pertinentes de l’Assemblée parlementaire comme des lignes directrices.
Enfin, je souhaite contribuer à donner une visibilité au travail de la commission dans les domaines de la lutte contre le racisme, la haine et l’intolérance dans la sphère publique.
Quelles seront les priorités de votre mandat pour l’année à venir ?
Après une évaluation des derniers développements, je vais concentrer mes actions sur la lutte contre la montée du discours de haine, la rhétorique raciale, la discrimination et la violence, notamment à la suite du soutien grandissant pour des partis et des groupes ouvertement racistes, nationalistes et néo-Nazis. Je vais analyser la rhétorique de ces groupes et partis afin de trouver des moyens efficaces de lutter contre la haine. Je vais travailler en étroite collaboration avec le Mouvement du Conseil de l’Europe contre le discours de haine.
Quels sont les principaux défis liés à votre mandat ?
Nous devons tenir compte des développements récents et ne devons pas oublier que le contexte politique, économique et sociétal change rapidement. Sensibiliser les gouvernements européens à l’urgence de lutter contre le discours de haine et les convaincre de réagir au travers de leurs institutions contre le discours de haine et les discours incendiaires prenant pour cibles les groupes de personnes vulnérables, tels que les immigrés, les Roms, les personnes LGBT, les minorités, comprenant les minorités religieuses, et d’autres, représentent un défi important. Les gouvernements doivent prendre des mesures concrètes afin de prévenir le manque d’incrimination des personnes ou groupes pratiquant le discours de haine. Ils doivent envoyer un signal fort à la population indiquant que ce type de discours ne peut pas et ne sera pas accepté.
Il est important de penser également au futur et de donner aux groupes vulnérables les moyens de se voir comme égaux au sein de la société. L’éducation joue un rôle crucial à cette fin, en expliquant les différences et en faisant la promotion de la tolérance et de l’acceptation de la diversité. Je déplore le fait que l’augmentation du racisme et de l’intolérance affectent particulièrement les nouveaux immigrés, qui viennent en Europe en raison d’une instabilité géopolitique croissante dans leurs pays. Au lieu de défendre ses valeurs fondamentales de respect de la dignité et de protection des droits humains, la population européenne a tendance à regarder les nouveaux arrivants comme des menaces pour leur stabilité économique.
Pourriez-vous nous parler de la situation en Grèce ?
Je suis assez inquiète quant à la situation dans mon pays. Comme vous le savez déjà, le parti néo-Nazi Aube dorée est arrivé à la troisième place lors des dernières élections pour le Parlement européen. Près de 10% des votants ont soutenu ce parti politique qui a utilisé une rhétorique ouvertement raciste. J’ai peur que cela ne révèle les racines profondes du racisme et de l’intolérance dans une partie de la société grecque.
Trop de cas de comportements racistes ne sont pas traités et restent impunis en Grèce, en raison du mangue de cadre législatif spécifique, principalement en ce qui concerne les personnes LGBT, les immigrés, les différents groupes religieux et les Roms. Je souhaite encourager le gouvernement à prendre des actions positives pour la promotion de la non-discrimination et de l’égalité. Les Roms sont toujours considérés et traités comme des citoyens de seconde classe, des groupes spécifiques ne jouissent pas pleinement du droit de pratiquer leur religion, les immigrés irréguliers sont trop souvent détenus dans des infrastructures aux conditions inimaginables et font l’objet de discriminations, parfois directement de la part d’agents des forces de l’ordre.
A propos de la rapporteure générale
Mme Giannakaki est élue au Parlement grec depuis 2012 et est membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe depuis son élection.
Elle est née et a grandi au Pirée, a étudié la philologie classique et les sciences politiques à l’Université d’Athènes. Elle est ensuite allée à Paris pour ses études supérieures (DEA en histoire de l’art à la Sorbonne et un DEUG en gestion culturelle à Paris IX-Dauphine. Elle a aussi un Masters II en droits de l’homme de l’Université Robert Schumann de Strasbourg. En 2000, elle est admise à l’école nationale d’administration (Département des conseillers en communication et des attachés). Elle a commencé une carrière dans l’administration publique. Mme Giannakaki a travaillé de 2004 à 2009 à la représentation permanente de la Grèce auprès du Conseil de l’Europe et du Parlement européen, avec des responsabilités relatives à la presse, la communication et la culture. Elle a représenté la Grèce à des dizaines de commissions de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe de 2002 à 2012, avec une spécialisation dans la liberté d’expression, les droits humains et les médias audiovisuels.
Mme Giannakaki est l’auteure de deux ouvrages et de multiples articles. Ses intérêts scientifiques se concentrent sur les migrations, les réfugiés, les minorités, les relations internationales, la Turquie et Chypre. Elle est également engagée dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, en tant que membre du Réseau parlementaire pour « le droit des femmes de vivre sans violence » pour la Grèce.