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L’Europe ne se rend pas bien compte de la gravité de la crise humanitaire en Ukraine, selon un rapporteur de l’APCE

« L’Ukraine connaît une grave crise humanitaire en raison du conflit dans les régions orientales. Je suis convaincu qu’ailleurs en Europe, on ne se rend pas bien compte de l’étendue et de la gravité de la crise. Beaucoup de pays d’Europe occidentale n’en ont aucune idée », a déclaré Jim Sheridan (Royaume-Uni, SOC), rapporteur de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) sur la situation humanitaire en Ukraine, à l’issue d’une visite d’information de trois jours à Kiev et à Kharkiv.

« En effet, le gouvernement ukrainien lui-même commence seulement à reconnaître l’ampleur et les conséquences de la crise. Je salue néanmoins les efforts déployés jusqu’ici par les autorités ukrainiennes et la générosité et la solidarité remarquables manifestées par la population et la société civile de ce pays pour faire face à cette situation d’urgence, une situation dont elles ne sont en rien responsables et qui s’est déclenchée sans le moindre signe avant-coureur », a ajouté M. Sheridan.

« Le premier pas pour résoudre la crise est évident : il faut un véritable cessez-le-feu qui permettra aux personnes déplacées dont le logement n’a pas été détruit, de rentrer chez elles sans craindre pour leur sécurité. Il faut aussi mettre fin aux violations des droits de l’homme commises par les forces armées irrégulières et régulières dans les territoires contrôlés par les rebelles et au-delà. Le gouvernement devrait continuer d’assumer ses responsabilités essentielles à l’égard de ceux qui vivent toujours dans les territoires contrôlés par les rebelles. Ces habitants restent des citoyens ukrainiens qui ont le droit de jouir pleinement de leurs droits. Cela suppose une aide accrue de la communauté internationale, qui est d’autant plus nécessaire que la première neige de l’hiver est tombée au cours de ma visite », a souligné le rapporteur.

« Bien avant la crise actuelle, l’Ukraine avait besoin de réaliser des réformes audacieuses dans des domaines comme la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le judiciaire et l’économie. La crise humanitaire a rendu encore plus urgentes ces réformes. Dans le même temps, elles sont essentielles pour que les réactions nationales et internationales à la crise produisent tous leurs effets. Le gouvernement ukrainien a maintenant l’obligation impérieuse de traiter avec détermination et sans tarder les réformes et d’affronter la crise. Pour surmonter la crise humanitaire, il faudrait absolument que la loi sur les personnes déplacées adoptée au mois d’octobre soit promulguée par le Président Porochenko et qu’elle entre en application sans délai. Les représentants des organisations internationales et de la société civile ukrainienne que j’ai rencontrés étaient unanimes sur ce point.

Il ne faut pas oublier non plus la situation en Crimée, qui juridiquement fait toujours partie du territoire ukrainien même si Kiev n’est pas en mesure d’y exercer son autorité. 20 000 personnes au moins – sans doute bien plus – ont fui la péninsule par peur de l’insécurité, à la suite de violations des droits de l’homme, notamment à l’encontre de la communauté des Tatars de Crimée, de défenseurs des droits de l’homme et autres détracteurs des autorités de facto, qui sont responsables en droit international de la protection de la population toute entière de la péninsule », a conclu le rapporteur.

A Kiev, le rapporteur a eu une série d’entretiens avec des représentants des autorités nationales, y compris Volodimir Groysman, Vice-premier ministre et Ministre du développement régional, de la Construction, du Logement et des Services communaux, et les chefs du Service d’Etat des migrations, du Service d’Etat des gardes-frontières, du Bureau du Médiateur parlementaire, d’organisations internationales et d’ONG locales.

A Kharkiv, M. Sheridan a rencontré des représentants des autorités nationales, régionales et locales et des représentants locaux d’organisations internationales et d’ONG. Il a aussi visité plusieurs centres publics et privés d’hébergement de personnes déplacées et s’est entretenu avec des bénévoles travaillant à la gare pour accueillir, conseiller et assister les personnes déplacées à leur arrivée. Il remercie les autorités ukrainiennes qui ont contribué à l’organisation de sa visite et celles qu’il a rencontrées au cours de son voyage.

M. Sheridan présentera son projet de rapport lors de la réunion de la Commission des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées les 27-28 novembre à Bucarest, après quoi il se rendra aussi à Moscou et dans la Région de Rostov en Russie avant que le rapport ne soit examiné par l’Assemblée parlementaire lors de la première partie de session en 2015 (du 26 au 30 janvier).