10/04/2015 Présidence
« Le rôle joué par la Turquie en Europe est plus crucial et plus essentiel que jamais », a déclaré Anne Brasseur, Présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) au terme d’une visite officielle à Ankara, Gaziantep et Istanbul.
« La Turquie a toujours été un pont entre l’Europe et l’Asie et elle se trouve aujourd’hui confrontée, du fait de cette position géographique, à d’énormes défis. Deux millions de réfugiés ont fui la Syrie et l’Irak pour emprunter ce pont et ont été accueillis par la Turquie, qui leur a octroyé l’asile. J’aimerais féliciter les autorités turques non seulement d’avoir accueilli ces réfugiés, ce que j’ai pu constater de mes propres yeux au camp d’Elbeyli à Kilis, mais également d’élaborer une stratégie à long terme pour les intégrer en Turquie », a-t-elle indiqué.
« La Turquie a consacré 5,5 milliards USD à ces réfugiés, alors que la communauté internationale s’est contentée d’effectuer un maigre don de 250 millions USD. La communauté internationale, et l’Europe en particulier, doivent à présent accroître leur aide à la Turquie et aux réfugiés, dont la situation est devenue extrêmement compliquée et s’éternise et dont les enjeux concernent à la fois l’Europe et les intéressés. J’admire le courage dont font preuve les réfugiés syriens que j’ai rencontrés le long de la frontière et les efforts qu’ils déploient pour faire face à leur situation désespérée », a ajouté la Présidente.
« Au cours de mes rencontres à haut niveau, j’ai fait part de l’horreur que m’inspire l’attaque terroriste qui a récemment conduit à l’assassinat du procureur Mehmet Selim Kiraz à Istanbul. « Le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme est de garantir les droits de l’homme ». Ces propos, que je partage, ne sont pas les miens, mais ceux du nouveau Président de la Cour constitutionnelle, qui a protégé avec audace aussi bien l’État que les droits des citoyens en rendant des arrêts de référence. Cette juridiction offre aux autres institutions démocratiques de Turquie un exemple de bon fonctionnement des freins et contrepoids dans une démocratie », a précisé Mme Brasseur.
« Au cours de ces dernières décennies, la Turquie a beaucoup progressé sur le plan économique, mais également dans sa manière de protéger et de garantir les droits de l’homme. Certains problèmes subsistent néanmoins, que j’ai soulevés au cours de mes entretiens avec le Président, le Premier ministre et d’autres interlocuteurs. Les questions les plus sensibles sont celles de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, ainsi que celle de la proportionnalité de certaines décisions restrictives récemment prises, notamment à l’égard des médias sociaux. J’ai cependant précisé que la liberté d’expression ne saurait être illimitée et que les médias sociaux s’accompagnaient de nouveaux défis qu’il nous reste à relever », a-t-elle ajouté.
« J’ai également eu l’occasion de proposer au Président du Parlement la création d’une instance parlementaire chargée d’évaluer l’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et de souligner auprès de différents partenaires le rôle que la Commission de Venise pourrait jouer en dispensant ses conseils au sujet de textes de loi et de questions controversés, comme les récentes mesures de sécurité, le rôle de la majorité et de l’opposition, ainsi que le seuil de 10 % prévu pour les partis candidats aux élections, qui est critiqué depuis longtemps par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ».
« Le dernier point que j’aimerais aborder est celui de la question kurde. Lorsque j’ai rencontré le Président Erdoğan, je me suis félicitée des mesures qu’il a prises pour trouver une solution au conflit kurde, qui dure depuis si longtemps ; je l’ai encouragé, ainsi que toutes les parties concernées, à prendre de nouvelles mesures pour mettre un terme aux tensions et aux problèmes qui subsistent ».
Au cours de sa visite, Mme Brasseur a rencontré le Président, le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères, le ministre de l’Intégration européenne et d’autres responsables gouvernementaux et locaux. Elle s’est également entretenue avec le Président du Parlement, les membres de la délégation de l’APCE, les représentants de la société civile, les responsables du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, les dirigeants religieux et la presse et a donné une conférence à l’Université Bilkent.
Mme Brasseur a remercié les autorités turques, le Parlement et les autorités locales de Gaziantep de l’hospitalité, de l’ouverture et de la franchise dont ils ont fait preuve au cours de sa visite.