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L’avenir de la Libye entre les menaces du terrorisme et une perspective démocratique

L’avenir de la Libye entre les menaces de terrorisme et une perspective démocratique a fait l’objet d’une audition organisée par la Commission des questions politiques de l'APCE à Paris le 24 mai 2016, dans le cadre de l’élaboration d’un rapport sur ce thème par Attila Korodi (Roumanie, PPE/DC).

« J’entends dans mon rapport me concentrer non seulement sur des questions de sécurité primordiales pour la Libye, mais aussi sur la transition du pays vers la démocratie, une longue route semée d’embûches que nous tous, en tant que parlementaire du Conseil de l’Europe, devons suivre de très près », a déclaré M. Korodi en ouvrant l’audition. « Les principaux défis que doit aujourd’hui relever la Libye consistent notamment à coordonner les efforts internationaux pour lutter efficacement contre Daech ; à apporter une aide humanitaire au peuple libyen, y compris aux personnes déplacées internes, qui avoisinent le million ; à améliorer la qualité de vie des citoyens ordinaires et à rétablir la paix, la stabilité sociale et la prospérité économique. Et, dernier point et non des moindres, à défendre et de promouvoir les droits de l’homme ».

« La Libye se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins » a déclaré Muin Shreim, Conseiller des questions politiques de la mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL). « Nous avons aujourd’hui un accord politique, un accord que nous avons mis près d’un an à conclure, mais qui a le mérite d’exister au sein d’une société libyenne morcelée. Il est temps désormais de mettre cet accord en œuvre au vu des graves difficultés actuelles : grande fragilité des institutions étatiques, effondrement des structures de sécurité, focalisation des politiques régionales dans les Etats voisins à la suite du Printemps arabe et réticence de certains partenaires à entériner l’accord qu’ils ont signé. Tout ceci dans un contexte extrêmement tendu sur le plan de la sécurité et de l’économie, sans même évoquer le problème de Daech », a expliqué M. Shreim. « Heureusement, la communauté internationale est unanimement favorable à l’accord conclu pour soutenir le gouvernement en place. Cependant, malgré les signes très encourageants d’un soutien international, c’est au niveau local qu’il faut surmonter les nombreux obstacles rencontrés par les Libyens ».

« L’Union européenne fait tout son possible. Nous souhaiterions pouvoir faire davantage en termes de programmes d’aide, mais il n’y a pas de véritable interlocuteur, de véritable gouvernement dans le pays », a déclaré Lorenzo Kluzer, responsable de secteur pour la Lybie, Service européen pour l’action extérieure de la Commission européenne. « Diviser le pays en deux serait non seulement irréalisable mais pourrait conduire à Dieu sait combien de nouvelles subdivisions. Aujourd’hui, nous avons un gouvernement à Tripoli et la situation est bien meilleure qu’il y a quelques mois. La communauté internationale appuie cet accord sans réserve, du moins officiellement. Tout est en place pour faire avancer le processus de paix. Nous ne devrions toutefois pas oublier que la situation économique est au moins aussi grave que la situation sécuritaire. » a-t-il déclaré tout en soulignant que le temps presse.

Selon Kader Abderrahim, chercheur à l’Institut français de Relations Internationales et Stratégiques et maître de conférences à Sciences-Po Paris, « Nous sommes en présence d’un processus extrêmement précaire. Avec Daech, nous avons affaire à un joueur qui n’accepte pas les règles du jeu et cherche à déstabiliser la Libye. Le parlement n’ayant pas reconnu le gouvernement au pouvoir, ce dernier n’est pas totalement légitime. Il est cependant clair qu’il nous faut soutenir ce gouvernement, aussi fragile soit-il, tout en cherchant des moyens d’y associer les Libyens qui y sont opposés. Parce qu’il ne faut surtout pas oublier l’existence de nombreux autres acteurs dont les intérêts sont très éloignés de ceux du pouvoir en place. »

M. Korodi a annoncé avoir l’intention d’effectuer une visite d’information en Tunisie au cours des prochains mois, dans le cadre de l’élaboration de son rapport.